Accordéon & Accordéonistes


Jean Ségurel l'homme qui faisait chanter les bruyères...

par Philippe Krümm

 

 
Jean Ségurel aurait eu 100 ans en 2008.
 
Le Relais routier de La Loge, sur la R.N. 20 entre Vierzon et Salbris, était l’étape presque obligée de tous ceux qui voyageaient tous les jours entre la Corrèze et Paris, et vice-versa dans les années 1960. L’autoroute n’existait pas encore. Et les chauffeurs routiers, en majorité corréziens, faisaient reposer leur corps et le moteur de leurs camions en entrant dans la bruyante salle du café-restaurant au milieu de laquelle trônait un rutilant juke-box américain. En attendant de passer à table, ils mettaient 20 centimes dans l’appareil pour écouter un air de Jean Ségurel choisi parmi les quarante titres proposés. Celui-ci, qui connaissait la route et l’endroit par cœur lorsqu’il “montait” dans la capitale ou en “redescendait”, ne manquait jamais de s’arrêter pour déjeuner ou boire un petit verre de blanc à La Loge.
Il avait à peine franchi la porte d’entrée de l’établissement que le juke-box déversait un flot de bourrées ou bien, par la voix des chanteurs André Var et Mario Monaco, répandait dans la salle tout entière le refrain de Bruyères corréziennes ou de Bol d’Or des Monédières. Ségurel mesurait alors sa grande popularité. Ravi, il payait une tournée générale. Tant pis s’il y avait soixante clients ! Eux-mêmes étaient ravis de l’aubaine de voir en chair et en os l’artiste le plus populaire du centre de la France. Au cœur de la Sologne, c’était bien Jean Ségurel le roi du juke-box et l’accordéoniste préféré des routiers. Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Sheila et Sylvie Vartan, dont les disques partageaient à l’époque ceux de Ségurel, n’avaient plus qu’à aller se faire rhabiller au relais de La Loge !
 
 
En 1958 Jean Ségurel et ses Troubadours : de gauche à droite Jack Erhard (frère de Jo Sony) Jacky Bonnaud, Jean Ségurel, Mario Monaco, Jo Sony, André var, max Daumont.
Il est vrai qu’un sondage réalisé en décembre 1963 l’avait hissé en plus au box-office des scopitones (ancêtres de nos vidéos actuelles). Celui de Bruyères corréziennes, tourné dans les Monédières par un cinéaste encore inconnu qui s’appelait Claude Lelouch, venait en n°2, derrière Elle est finie la belle vie (Petula Clark) et devant Je ne danserai plus jamais (Johnny Hallyday), L’école est finie (Sheila) et Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy). Belle consécration pour le petit violoneux de campagne devenu cinquante ans plus tard l’une des plus grandes vedettes du piano à bretelles. Pendant que les pavés volaient au Quartier latin, qu’il « était interdit d’interdire » et que l’accordéon était voué aux gémonies, la firme CBS remettait en mai 1968 un cinquième disque d’or à Jean Ségurel qui avait encore dix ans à vivre, le temps d’en recevoir cinq autres. Parce que dix millions de disques, ça se fêtait encore il y a trente ans !
 
Le 29 décembre 1978, Jean Ségurel mourait subitement d’une crise cardiaque dans sa maison de Chaumeil, le village corrézien qui l’avait vu naître soixante-dix ans plus tôt le 13 octobre 1908, déclaré à l’état civil sous le prénom de Jean-Baptiste. Il n’avait quitté Chaumeil que le temps de son service militaire en 1928, de sa mobilisation en 1939-1940 pendant la guerre et en raison de son métier, pour ses bals, galas, tournées, émissions de radio et de télévision, enfin pour les séances d’enregistrement de ses disques. Comme c’était la tradition dans cette région des Monédières, il débuta comme violoneux aux côtés de son père, aubergiste à Chaumeil, et jouait les jours de foire aux alentours. Passant son certificat d’études à Corrèze, au moment de l’épreuve de chant, il déclara ne pas savoir chanter mais dit qu’il jouait du violon. On accéda à sa demande et… il fut reçu. Déjà, sitôt la Grande Guerre finie, l’accordéon s’implanta en Corréze grâce aux trois Frères
En 1952 les trois frères Maugein Antoine, Jean, et Robert entourant André Thivet
 
Maugein qui fondèrent leur manufacture à Tulle en 1919. Encore adolescent, le petit “Baptistou” n’eut de cesse de devenir musicien et surtout accordéoniste. Les frères Maugein eurent vite fait de découvrir chez lui une ardeur exceptionnelle au travail et la volonté de réussir coûte que coûte. Ils réalisèrent pour lui l’un de leurs premiers accordéons chromatiques.
 
Puis Jean Ségurel devint facteur à vélo au Lonzac. Dès son retour du régiment, il fonda avec ses amis instituteurs Jean Leymarie (de Corrèze) et Roger Faure (de Saint-Yrieix-le-Déjalat) les Troubadours Corréziens qui sillonnèrent la Corrèze, puis le Limousin tout entier jusqu’à la fin des années 1930.
Au stadium de Brive-la-Gaillarde en 1965 avec Amédée Domenech
 
Les noces, banquets, bals donnés dans les cafés les jours de foire ou lors des fêtes locales eurent bientôt fait la réputation de Jean Ségurel. Ce dernier ne rechignait pas à mouiller sa chemise à la sueur de ses deux bras en jouant le folklore local ou les succès de l’époque. Ségurel savait mettre l’ambiance. On l’appréciait pour sa cadence régulière comme un métronome. Jusqu’à la fin de sa vie, il ne laissa jamais aux danseurs le temps de respirer entre deux morceaux d’accordéon. Ce fut sa force car il était lui-même une force de la nature. Au plus fort de sa carrière, après la dernière Guerre, quand il dirigeait ses Troubadours, il fut quasiment le seul accordéoniste et chef d’orchestre français à animer des bals et des galas six jours sur sept et cela, pendant plus de trente ans ! Pourtant, jusque-là il n’avait appris la musique qu’en autodidacte. Mais il finit par apprendre le solfège chez M. Balestra, alors chef de la musique municipale de Tulle.
 
Robert Monèdière,Jean Ségurel, Jo Sony
En 1931, ses amis Gervais et Antonine Goursolas — originaires de Saint-Augustin et qui dirigaient le groupe folklorique Les Chanteurs & Danseurs Limousins de Paris — présentèrent Jean Ségurel à Martin Cayla. Ce dernier lui fit enregistrer sur sa marque Le Soleil ses premiers disques. Marié au Lonzac en 1932, il quitta les P.T.T. (1) pour revenir s’établir à Chaumeil où il se fit construire une petite villa magnifiquement située en face des Monédières alors toutes recouvertes de bruyères. C’est du perron de celle-ci qu’un beau jour de l’été 1936, la vision de ces bruyères en fleurs inspira Jean Ségurel, Jean Leymarie et Roger Faure. Ainsi naquit la chanson Bruyères corréziennes, qui connut un succès immédiat. Il est vrai que la T.S.F. (on ne disait pas encore la radio) commençait à la diffuser depuis des stations comme Radio Toulouse, Radio Limoges et Radio Clermont-Auvergne.
 
Jean en 1926
 
Alfred Labounoux, liquoriste-distillateur à Montaignac (Corrèze) avait crée en 1885 son célèbre apéritif à la gentiane d’Auvergne : La Salers. Il patronna en 1937 une émission régulière sur Radio Toulouse avec Jean Ségurel en vedette, ce qui contribua à la publicité de son apéritif et… de l’accordéoniste. Cette émission était reçue jusqu’en Afrique du Nord. Ségurel interprétait ses Bruyères à chaque émission. Ilenregistra une première fois la chanson sur un disque 78 tours de sa marque Limousine-Édition,l’édition musicale qu’il venait de créer en 1935. Il faisait ainsi imprimer sur des petits formats les airs folkloriques qu’il avait recueillis ainsi que ses nouvelles compositions qu’il envoyait à la plupart des accordéonistes musette de l’époque, tant à Paris qu’en province. Au cours de sa carrière, Jean Ségurel enregistra sur disques cinq versions différentes de Bruyères corréziennes. Celle de 1945 sur un 78 tours Odéon n° 281.765 fut tirée à 650 000 exemplaires, un record pour l’époque. Elle fut exploitée en 33 et 45 tours vinyles jusque vers la fin des années 1950, ce qui valut à Jean Ségurel d’être en avril 1960 le quatrième accordéoniste à recevoir un disque d’Or, les trois premiers étant Émile Prud’homme (en 1955), André Verchuren (en 1956) et Maurice Alexander (en 1957). La chanteuse Lina Margy, native de Bort-les Orgues, puis plus tard Annette Lajon, Mireille Desbois et Jean-Marc Thibault enregistrèrent Bruyères corréziennes. Quatre-vingt versions de la chanson existent, interprétées par de nombreux accordéonistes dont les plus inattendues sont celles de Tony Murena il y a cinquante ans et du jeune champion du monde Sébastien Farge en 2002.
 
Fête à Durenque en 1966
Jean Ségurel eut une autre passion que la musique et l’accordéon : le vélo. Ancien coureur amateur lui-même, ayant gagné quelques épreuves locales dans sa jeunesse, il entreprit dès 1952 de faire partager à ses compatriotes sa passion pour les courses cyclistes en créant le Bol d’Or cycliste des Monédières qui vit affluer jusqu’à cent mille personnes à Chaumeil qui ne comptait que… 250 habitants ! 
Avec jacques Anquetil en 1965
 
De Robic à Géminiani en passant par Coppi, Bobet, Gimondi, Bahamontès, Stablinski, Van Looy, Altig, puis Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, tous les rois de la Petite Reine sont venus courir le Bol d’Or à Chaumeil du vivant de Jean Ségurel.
 
Au Bol d'Or des Monédières en 1954 Raphaël Géminiani donne une aubade à Jean et à Louison Bobet
C’est lui seul qui finançait entièrement de sa poche cette épreuve. Interrompue à la suite des événements de mai 1968, elle fut reprise par son fils Alain en 1982 avec un succès tout aussi éclatant. 
 
Avec son chanteur Roger Faure en 1936
 
Dans le monde de l’accordéon, Jean Ségurel a tenu une place à part. Il n’a jamais été un virtuose et le clamait lui-même bien haut. Mais lorsqu’il voulait sentimentaliser une valse ou un tango, il savait donner de l’expression au soufflet de son Maugein qui était le seul à posséder un timbre si particulier qu’il s’en était réservé jalousement l’exclusivité. Depuis sa mort, la fabrique de Tulle, dirigée par René Lachèze, a créé un modèle d’accordéon possédant “l’accord Ségurel”. Car la demande est grande de la part d’accordéonistes rêvant d’être un nouveau Ségurel. Souvent imité, il ne fut pourtant jamais égalé et l’on peut reconnaître son jeu et son style entre mille. Titulaire de nombreuses décorations dont les palmes académiques et la légion d’honneur, Jean Ségurel a su rester un homme discret, toujours proche du public. Il dépensa une petite fortune en offrant ici et là un verre à boire, celui de l’amitié.
 
Il était aussi prompt à arrêter sa voiture sur le bord d’une route afin de donner un billet de 10 000 francs de l’époque (100 francs) au cantonnier de Chaumeil qu’il connaissait : « Il a cinq gosses à nourrir, disait-il, et je sais qu’il n’est pas bien riche ! » Il était comme ça, Jean Ségurel, même si les musiciens de son orchestre le trouvaient parfois un peu… pingre. Cependant, ils ne l’ont jamais considéré comme un patron. Jo Sony en sait quelque chose puisqu’il travailla quinze ans avec lui. Il était ami avec des musiciens, des personnalités du sport ou de la politique. Il avait sur celle-ci ses idées, mais jamais il n’adhéra à aucun parti. Il animait des bals aussi bien pour les communistes que pour les gaullistes. Jacques Chirac a été son ami dans les années 1970. Jean Ségurel avait même prédit qu’il deviendrait un jour président de la République. Il ne s’était pas trompé. Les députés et les sénateurs de la Corrèze, qu’ils soient de gauche comme de droite, étaient reçus chez lui à Chaumeil. On dit même que le président Georges Pompidou, en tant qu’Auvergnat, possédait tous ses disques.
 
 
Devant sa villa à Chaumeil avec son Chanteur André Var
 
Revenu sain et sauf du conflit en 1940, les bals étant interdits, Jean Ségurel monta une petite troupe théâtrale avec des artistes réfugiés à Chaumeil à la suite de l’Exode, comme les accordéonistes Édouard Duleu et Jean Prez, ou les fantaisistes Mourier, Goudard et Pierre Doris. Après la Libération, certains lui reprochèrent d’avoir exercé son métier de musicien sous le régime de Vichy pendant la guerre , mais il donnait ses représentations au profit des prisonniers de guerre en Allemagne. Son autre chanson à succès Retour aux champs, qui date de 1941, prônait le Retour à la terre cher au maréchal Pétain, mais les paroles avaient été écrites par Jean Darville, un parolier ami d’Édouard Duleu qui le présenta à Jean Ségurel. Arrêté en 1943 par les nazis et déporté en Allemagne, Jean Darville, qui était Juif, mourut peu après sa libération des camps en 1945, des suites de leurs sévices. Au début de 1944, Jean Ségurel s’engagea dans la Résistance (Armée Secrète) alors fortement implantée en Corrèze. Il brava l’Occupant en animant, seul à l’accordéon et la grosse caisse au pied, un grand nombre de bals clandestins dans les montagnes corréziennes où venaient se retrouver dans des granges isolées, les maquisards et la jeunesse du pays. Par chance, il ne fut jamais dénoncé.
Les bals étant à nouveau autorisés après la Libération, Jean Ségurel se mit en quête de remonter un orchestre de danse. Toujours en 1945, il prit pour partenaire son ami et compatriote de Chaumeil Robert Monédière (1918-2006), lui-même excellent accordéoniste. Ce dernier venait de passer sept ans sous les drapeaux, dont cinq de captivité en Allemagne. L’orchestre enfin reconstitué connut un succès phénoménal. Parcourant la France entière six jours sur sept, Jean Ségurel et ses Troubadours attira les foules, aussi bien dans les petites salles de café enfumées que lors de grands galas comme le bal des Corréziens de Paris au Palais de la Mutualité et la “Nuit arverne” à la Porte de Versailles.
 
Jean Ségurel Alias Baptistou devant l'église de Chaumeil en 1964
Cela dura jusqu’en 1967, année où Jean Ségurel décida de prendre sa retraite de chef d’orchestre, laissant à son partenaire Jo Sony, qu’il avait engagé en 1958, le soin de poursuivre l’exploitation de l’orchestre. De son côté, ayant fait sécession, Robert Monédière fonda son propre orchestre de danse tout en continuant d’accompagner Ségurel pour ses enregistrements. Jean voulut et sut toujours s’entourer des meilleurs musiciens. Outre Jo Sony et Robert Monédière, il eut aussi d’excellents éléments comme Jack Erhard, Max Daumont, Raymond Barbat ou Robert d’Amico, qui firent aussi leurs preuves dans d’autres orchestres réputés. Des chanteurs comme Roger Vincent, Jacques Mario, Mario Monaco et surtout André Var apportèrent à Jean Ségurel et à son orchestre une grande part de popularité. De plus, pour l’enregistrement en studio de ses nombreux disques, les labels Odéon puis CBS firent appel à des musiciens prestigieux qui assuraient par ailleurs les séances des grandes vedettes de variétés. Bien qu’ils n’aient jamais été crédités sur les étiquettes et les pochettes des disques, le batteur Armand Molinetti, le guitariste Marcel Blanche et Pierre Nicolas (contrebassiste de Georges Brassens) ont très souvent accompagné Jean Ségurel dans ses disques.
Peu avant la guerre, Jean Ségurel enregistra quelques disques chez Pathé à la suite de son succès remporté en 1937 à l’“Exposition internationale” de Paris, au pavillon des Provinces Françaises. Il enregistra une série de 78 tours pour Polydor mais cette société étant allemande, seul un disque fut édité commercialement en août 1939 et la firme fut mise alors sous séquestre. C’est en 1945 que ses amis les accordéonistes (et beaux-frères) Émile Prud’homme et Tony Murena le présentèrent à Édouard Dory, alors tout puissant directeur artistique du label Odéon, chez qui ils enregistraient leurs disques depuis plusieurs années.
Au cours de sa longue carrière, Jean Ségurel enregistra au total 646 titres différents. Ce qui demanderait une audition totale de près de trente-six heures si on les écoutait sans discontinuer. Reçu en 1936 comme compositeur à la Sacem (2), il en devint vite Sociétaire définitif. Au total, il déposa 830 œuvres, la plupart écrites en collaboration et dont certaines devaient devenir des succès populaires : La marche des célibataires, Oh ! Maria, Retour aux champs, La Cati, Bernadette-java, Un p’tit gars corrézien, Les coiffes blanches, Paris sans Auvergnats, Le Pays des Mille Sources, On danse en Auvergne, Une Espagnole à Saint-Flour, Marie des bruyères, Nostalgie de son pays, sans oublier bien entendu ses fameuses Bruyères corréziennes qui lui rapportèrent — et rapportent toujours à ses héritiers — plusieurs millions de francs de droits d’auteur. Il a également collaboré avec toutes les grandes vedettes de l’accordéon. Une chanson signée avec Jean Ségurel était synonyme de succès.
 
 
 
La Nuit des Auvergnats de Paris (la “Nuit arverne”) attirait des milliers de personnes chaque année au mois de décembre. En 1963, Jean Ségurel lui fit battre tous les records : treize mille entrées payantes ! De leur côté, les amicales des Chanteurs et Danseurs Limousins et les Corréziens de Paris le faisaient venir tous les ans au mois de novembre au Palais de la Mutualité. Résultat : entre trois mille et cinq mille personnes ! Il est vrai que la firme de disques CBS, cette année-là, avait fait placarder sur toutes les colonnes Morris de Paris et dans les couloirs du métro une grande affiche rouge de Jean Ségurel pour annoncer le bal et qui ne pouvait passer inaperçue.
 
 
En 1964 et 1965, la “Quinzaine auvergnate” fut organisée dans le quartier de la Bastille dans ce temple du music-hall qu’était le Concert Pacra, aujourd’hui disparu. Jean Ségurel en fut la vedette aux côtés des chanteurs Jean Cambon, Gérard Delord, Alain Nancey, Mireille Desbois, Anny Flore et des accordéonistes Jean Vaissade, Deprince, André Thivet et René Joly. Le succès fut tel que la Société Saint-Raphaël (l’apéritif), qui avait son siège social à côté dans le quartier du Marais, demanda à Roland Manoury d’organiser en 1968 une tournée sous chapiteau dans le Massif central pour le lancement de l’Avèze, un nouvel apérifif à la gentiane d’Auvergne. Mais c’était à la condition que Ségurel soit la vedette du spectacle en plus des autres artistes. Le succès dépassa toutes les espérances puisque Jean participa à la “Tournée Avèze” (devenue ensuite “L’Auvergne qui chante”) pendant dix ans jusqu’en 1977. Celle de 1975 vit les débuts prometteurs de Patrick Sébastien. Hélas, fatigué et mal remis d’un début d’infarctus en 1977, Jean Ségurel ne prit pas le départ de la dernière tournée prévue au cours de l’été 1978. Comme il n’était plus à l’affiche, le succès fut moindre.
 
 
Son état de santé aurait voulu qu’il se reposât chez lui à Chaumeil. Son médecin attitré, le docteur Bénassy, alors conseiller général du canton de Corrèze, décéda en octobre 1978, précédé quelques jours auparavant par celui de Jean Leymarie, le parolier de Bruyères corréziennes et grand ami de Jean Ségurel. Ces deux disparitions l’affectèrent énormément. Comme son épouse Anna, longtemps maire de Chaumeil, n’avait pas voulu se représenter, il s’était porté candidat aux élections municipales. Mais n’ayant pas été élu, il en fut profondément déçu et attristé. Toutefois, comme Jean Ségurel n’était pas du genre à se laisser abattre, son activité redoubla en ce mois de décembre 1978. Dans l’ordre : la “Nuit arverne”(il avait été invité au banquet), des émissions de télévision et de radio tant à Paris qu’à Limoges, de nombreuses prestations dans les maisons de retraite de la Corrèze, et enfin la traditionnelle veillée de Noël des Compagnons de la Joie au Village(le groupe folklorique de l’abbé Buge à Ussel). Le 23 décembre, Jean Ségurel prit une dernière fois le chemin du Studio Davout à Paris afin d’enregistrer son nouvel album chez CBS mais il ne put jamais l’écouter. Ce disque, publié en 1979 et réédité en CD par Sony-Music, passe encore aujourd’hui pour être l’un de ses meilleurs.
 
Roland Manoury filme Jean Ségurel pour le film "Au flanc des Monédières" en 1959.
De retour en Corrèze, il fut victime six jours plus tard d’un arrêt cardiaque. Il mourut subitement dans son lit et dans les bras de son vieil ami André Bayol, représentant de la société Maugein pour l’Aveyron, qui était venu à Chaumeil avec quelques jours d’avance pour lui souhaiter... la bonne année. Jean Ségurel venait de fêter quelques jours auparavant ses 70 ans. Il avait exigé dans ses dernières volontés qu’il n’y ait ni fleurs ni couronnes le jour de ses obsèques. En ce premier jour de l’année 1979, il faisait à Chaumeil un froid glacial. La neige tombée en abondance avait rendu les routes très glissantes, ce qui empêcha beaucoup de monde d’assister à son enterrement. Ce fut sans doute le jour le plus triste de toute l’histoire de ce petit village qu’il avait rendu célèbre. Pour la première fois, les Monédières venaient de prendre le deuil. Jean Ségurel était mort et le village ne fut tout à fait pareil.
 
En 1971 en Aubrac : de gauche à droite Jean Canevet, Gérard Delord, Marcel Pelat, Jean Ségurel, Jean Pons, Pierre Roux, Remi Remise, Robert Quinrin, Marcel Marginier.
 
Dès février 1979, s’est constituée l’association Les Amis de Jean Ségurel, dont le but initial était d’ériger une stèle en son hommage à Chaumeil. Elle fut inaugurée en 1981 face au rond-point qui porte son nom, comme quelques rues de plusieurs localités corréziennes, dont un square à Tulle. L’association, qui regroupa près d’un millier d’adhérents à ses débuts, en compte encore près de deux cent cinquante aujourd’hui. Elle organise chaque année depuis 1984 le Grand Prix Jean Ségurel de la Chanson Populaire , qui attire un nombreux public.
Trente ans après, la popularité de Jean Ségurel n’a pas faibli. Ses chansons sont toujours jouées dans les bals de France par de nombreux accordéonistes qui réclament toujours de la musique imprimée et les recueils de ses succès à Limousine-Édition. En 1981, la télévision régionale de Limoges réalisa une émission qui fut diffusée la même année dans toute la France sur le réseau FR3. En 1998, une autre émission fut tournée en Corrèze mais pour des raisons obscures de blocage des droits du réalisateur et du producteur, elle n’a jamais pu être diffusée ni éditée en vidéo. Les  disques I.L.D.  à Boulogne-Billancourt poursuivent l’édition sur un DVD de “Il était une fois Jean Ségurel” et “Le Bol d’Or des Monédières”. La même société exploite toujours d’autre part “L’intégrale des enregistrements de Jean Ségurel” en quatre albums : “Volume 1 : 1931-1936”, “Vol. 2 : 1936-1939”, “Vol. 3 : 1945-1952”. Le “Vol. 4. : 1952-1956” (Les Années Odéon) sortira dans l’été 2008. Les volumes 3 et 4 sont éditésen coffrets contenant deux CDs chacun. Par ailleurs, la Société Sony Music France, repreneur des Disques Odéon et CBS, a exploité cinq CDs de Jean Ségurel jusqu’en 2006. Il semble qu’elle n’en exploite plus aujourd’hui que deux ou trois.
Un autre producteur discographique, L.E.P.M. (Les Éditions Provençales Music), installé à Montfavet dans le Vaucluse, a repris aussi des enregistrements anciens et originaux de Jean Ségurel en 78 tours. Il va rééditer en 2008 les enregistrements de Jean Ségurel datant de la période CBS puisque Sony Music France ne désire plus les exploiter. Trente ans après sa mort, Jean Ségurel bat encore tous les records de vente de disques d’accordéon dans le Massif central. Le jeudi 7 Août dernier, la Corrèze a fêté avec éclat le centième anniversaire de sa naissance à Chaumeil le jour de l’arrivée de la course cycliste “Paris-Corrèze / Bol d’Or des Monédières” par une animation de 10 heures à 18 heures donnée par de nombreux accordéonistes et en soirée sous chapiteau un grand gala du centenaire a été présenté par son fils Alain Ségurel. Quant au festival des “Nuits de nacre” à Tulle, il y aura une soirée consacrée à Jean Ségurel le vendredi 19 septembre 2008 avec une rétrospective des “Grands Prix Jean Ségurel de la Chanson”, suivie d’un bal de nuit avec de nombreux accordéonistes.
Lorsqu’en décembre 2006, s’est éteint à son tour Robert Monédière, partenaire de Jean Ségurel et autre figure importante de l’accordéon, le village de Chaumeil est resté fidèle à cet instrument de musique populaire car il reste encore François Martini, Bernard Plas et Bernard Rual. Du vivant de Jean Ségurel, Chaumeil avait dans ses murs six orchestres de danse différents qui étaient dirigés par un accordéoniste. Grâce à l’accordéon, au vélo et à la course «“Paris-Corrèze”, Chaumeil est un village pas comme les autres. Si les bruyères ont disparu aujourd’hui tout comme Jean Ségurel et Robert Monédière, il est néanmoins entré désormais dans la légende de l’accordéon et du folklore.
Roland Manoury
(1) : Postes, télécommunications et télédiffusion.
(2) : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.
Un livre grand format (21 cm x 29 cm), retraçant la vie en images de Jean Ségurel,  est publié depuis Février 2004. Un second tirage a été réalisé en juillet 2006. Il est essentiellement composé de très nombreuses photos en couleurs et en noir et blanc extraites de la collection de Roland Manoury et des archives mise à sa disposition par la famille du célèbre accordéoniste. Il comporte également sa discographie complète.
chez Roland Manoury, (Place de l’Église — 19800 Vitrac-sur-Montane).:
 
 
 
 
Discographie disponible de Ségurel en 2008
 
.
Au concert Pacra à la bastille en 1965 pour la quinzaine auvergnate
 
 
 
— Sony Music France  (Fnac, disquaires et par internet) :
• “Et vive la bourrée d’Auvergne !” : CD Versailles VER 480735-2 Enregistrements originaux CBS. 25 titres en stéréo (1995-2007).
• “Les fiancés d’Auvergne” : CD Versailles VER 480734-2 Enregistrements originaux CBS. 16 titres en stéréo (1995-2007).
• “Les plus grands succès de Jean Ségurel” : CD SMM 505348-2 Enregistrements originaux CBS. 20 titres en stéréo (2001).
• “Bruyères corréziennes” : CD Versailles COL 477199-2 Enregistrements originaux CBS. 31 titres en stéréo (1994).
— Membran Music (site internet : www.membran.net) :
• “Bruyères Corréziennes” : CD 231102-205. 22 titres en stéréo (2007).
— Wagram Distribution (Fnac Disquaires) :
• “Jean Ségurel” : CD Wagram 311429-2. 14 titres en stéréo (2006).
— Disques I.L.D. (vente par correspondance et par internet : I.L.D. — 37 rue de la Belle Feuille — 92100 Boulogne-Billancourt. Site internet : www.ild.tm.fr) :
• “Intégrale 1955-1958 (vol. 4)” : 2 CDs ILD 642266 / 642267 31 titres en mono d’origine 33 et 45 tours Odéon (2008).
• “Intégrale 1952-1956 (vol. 4)” : 2 CDs ILD 642258 / 642259 52 titres en mono d’origine 78 et 45 tours Odéon (2007).
• “Intégrale 1945-1952 (vol. 3)” : 2 CDs ILD 642181 / 642182   40 titres en mono d’origine 78 tours Odéon (1998).
• “Intégrale 1937-1939 (vol. 2)” : CD ILD 642079 22 titres en mono d’origine 78 tours Salers, Pathé et Polydor (1993).
• “Intégrale 1931-1936 (vol. 1)” : CD ILD 642078. 23 titres en mono d’origine 78 tours Le Soleil et Limousine-Édition (1992).
Toute l’intégrale des enregistrements de Jean Ségurel de 1931 à 1958 est dans ce label.
— Disques L.E.P.M. (Contact : L.E.P.M. — Chemin de Tartay — 84140 Montfavet. Site internet : www.accordeonboutique.com) :
• “Centenaire de Jean Ségurel” : CD de 25 titres d’origine Odéon dont “Une Espagnole à Saint-Flour” et “Bol d’Or des Monédières” (2008).
• “Hommage à Jean Ségurel (vol. 7)” : CD de 29 titres enregistrés par Robert Monédière, AndréVerchuren, Jo Sony, Edouard Duleu, Christian Peschel, André Roques, Gérard Delord, Aimable, etc. (2007).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 4)” : CD 034802 25 titres d’origine 78 et 45 tours Odéon (2006).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 3)” : CD 044982 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2005).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 2)” : CD 044612 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2004).
• “Danses et chansons d’Auvergne (vol. 1)” : CD 044472 25 titres d’origine 78 tours Odéon (2003).
— JDC Music (47000 Agen. Site internet : www.jdcmusic.fr)
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 3)” : CD de 20 titres d’origine 78 et 33 tours Odéon (2008).
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 2)” : CD de 20 titres d’origine 78 tours Odéon et Pathé (2005).
• “Jean Ségurel, le roi du folklore du Massif central (vol. 1)” : CD de 16 titres d’origine 78 tours Odéon et Pacific (1999).
 
 
 

 

Adresse de trackback pour cet article

Trackback URL (right click and copy shortcut/link location)

5 commentaires

Commentaire de: nativelle albert [Visiteur] Email
merci jean pour les nombreux titres que tu nous a composes tu es dans notre pensee et notre coeur le meilleur accordeoniste de ton epoque et tu nous as beaucoup
inspire ,grace a toi l accordeon est pour moi le plus bel instrument de musique encore merci...
07.02.10 @ 11:36
Commentaire de: thiry [Visiteur]
Bonjour,

Si j'ai bonne mémoire, en 1975 il y avait une future vedette dans la tournée "l'auvergne qui chante" c'etait un certain "Patrick Sébastien".

Cordialement.

jct95@laposte.net
23.04.10 @ 11:50
Commentaire de: René Poupin [Visiteur] Email
C'e fut un accordéoniste l'un des plus prestigieux de son époque.Il a remis en valeur tant d'airs de folklore qui depuis
enchantent tous ceux qui sont amoureux de cette musique
traditionnelle.
Il nous a laissé un souvenir impérissable et je suis de ceux
qui n'ont jamais pu se consoler de sa disparition, hélas venue
trop tôt
Un admirateur inconditionnel René Poupin.
19.06.10 @ 12:24
Commentaire de: FAUVERT JEAN [Visiteur]
Je suis auvergnat de 75 printemps et je
suis un fou de JEAN SEGUREL car il est
un des seuls qui a sut rester humble en
étant un prodidieux musicien ,amoureux de son et de notre pays L AUVERGNE ;
15.08.10 @ 23:31
Commentaire de: POUPON [Visiteur] · http://mspoupon@wanadoo.fr
Merci à Jean SEGUREL c'est un réel plaisir de l'écouter
,je voudrais l'ebtendre jouer Neiges d"Auvergne, je ne la trouve pas dans la kiste et je sais qu'il la joue ,je crois sur le volume n°4 ; Merci si vous pouvez me renseigner.
M Poupon
23.10.11 @ 08:23

Cet article a 1248 réactions en attente de modération...

Laisser un commentaire


Votre adresse email ne sera pas révélée sur ce site.

Votre URL sera affichée.
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Nom, e-mail & site Web)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera not révélée.))