Festival de Fès des Musiques Sacrées 2012


Issam Kamal (Mazagan) : "l'expression de l'âme"

par Jean Berry Email

 

 

 Au lendemain de son concert sur la scène de Bab Boujloud dans le cadre du "Festival dans la Ville", le chanteur et guitariste du groupe Mazagan évoque la dimension spirituelle des musiques populaires marocaines.

 

 

 Mondomix : Nous sommes à Fès au Festival des Musiques Sacrées, quelle est la place des musiques spirituelles dans les musiques populaires que vous interprétez ?

 

Issam Kamal : La question est très pertinente parce que le fondement même de la musique populaire marocaine, et plus largement des musiques populaires du monde arabo-musulman, c'est la religion et tout ce qui touche au sacré. Les chants sacrés et religieux étaient à la base de cette chanson populaire qui s'est développée et qui a créé de nouvelles formes de chansons et de musiques... Bien sûr, Mazagan s'intéresse à la musique populaire, et donc à sa dimension sacrée ou plutôt spirituelle, le terme me paraît plus expressif. Ce sont des textes qui chantent la paix, l'amour, la spiritualité, et qui reviennent dans une partie des chansons que nous interprétons.

 

Il s'agit de morceaux du répertoire traditionnel que vous réarrangez ?

 

Pas uniquement. Il y a des reprises, mais même en terme de création, quand on écrit une chanson, cette dimension revient, parce qu'elle fait partie de notre quotidien. Je pense à La Ilaha Illa Allah, une chanson gnaouie, afro, qui parle de spiritualité, du prophète, de dieu, dont on a proposé un nouvel arrangement. Mais il y a aussi de nouveaux titres, qui ne parlent pas seulement de religion mais également de problèmes sociaux, avec en toile de fond cette référence spirituelle et religieuse qui revient, par exemple par le biais de proverbes historiques.

 

Pour vous, les musiques populaires sont basées sur ces traditions ?

 

Certainement, toutes les musiques populaires sont ancrées dans le sacré et le spirituel. Il y a différentes évolutions de la chanson populaire. La musique commerciale, par exemple, ne se contredit pas forcément avec la dimension spirituelle, en revanche on tombe parfois dans le populisme, des chansons populistes, qui parlent de sujets très superficiels, de faux problèmes, de fausses joies, et qui abandonnent cette dimension. Le Festival de Fès nous donne l'occasion de revenir aux sources, et de redécouvrir la dimension spirituelle de la chanson populaire, pas seulement au Maroc mais également dans les différents pays dont les artistes sont invités, d'Occident et d'Orient, d'Asie...

 

C'est également une manière de montrer un islam modéré, ouvert sur le monde, moderne...

 

Oui, je pense que l'Islam en lui-même est et a toujours été ouvert et modéré. Mais il y a toujours différentes interprétations, on retrouve différents courants dans le christianisme et le judaïsme également. Les courants sont des interprétations, il faut essayer d'être objectif et de respecter les choses telles qu'elles sont à la source, et éviter de se fier aux déviations idéologiques ou intellecutuelles qui font parfois des amalgames. Pour revenir à l'ouverture et à la modération, oui, bien sûr, l'islam est ouvert et modéré : on est des artistes, on joue notre musique, on chante l'islam, la spiritualité, la paix, dieu, l'être humain, la nature, et rien de tout celà ne se contredit avec notre religion.

 

Comment votre dimension amazighe se concilie-t-elle avec l'islam ?

 

Le Maroc est un pays amazigh, et ce côté amazigh s'est mélangé avec l'islam depuis des siècles. L'harmonie s'est développée au fil de l'histoire, et a été rejointe par la spiritualité. Avant même l'arrivée de l'islam au Maroc, les amazigh ont côtoyé le judaïsme et le christianisme. A mon sens, l'islam est venu enrichir ces différentes composantes et non les dominer, d'ailleurs la présence juive et chrétienne est toujours réelle au Maroc. Cette spécificité se reflète dans la chanson amazighe, qui est imprégnée de chants spirituels, même si elle est caractérisée par des rythmes, des gammes et des structures spécifiques, qui ont d'ailleurs des points communs avec la chanson spirituelle arabe ou indienne. C'est la même sensation, la même pureté, pour moi c'est même plus que du chant, c'est l'expression de l'âme, de l'intérieur. 

 

 


Retrouvez Mazagan sur scène à Venise (le 16/06), Rabat (21/06), Marrakech (22/06), Sidi Ifni (03/07), Tan-Tan (14/07), Essaïdia (28/07), Azrou (22/08), et les vendredis et samedis du mois d'août au Monte-Cristo à Rabat. www.mazagan-music.com/

 

Retrouvez l'album Tajine Electrik (août 2011) avec la nouvelle édition de la compilation The Rough Guide to the Music of Morocco, parue en février chez World Music Network. www.worldmusic.net

 

Une création réunira Mazagan et les Ouled ben Aguida, troupe traditionnelle de Safi interprétant la Aïta (musique populaire de la côte atlantique), au Festival des Arts Populaires de Marrakech, le 22 juin.

 

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