Festival de Fès des Musiques Sacrées 2011


La boîte à souvenirs

par Arno Villenave Email

Ben Harper en clôture du Festival de Fès, on pouvait penser à une affiche de prestige un peu décalée du thème du festival, consacré aux musiques sacrées. Et pourtant, la musique de Ben Harper est nourrie de spiritualité, à l'image de ses racines plurielles, dont le sang et les sons cultivent les échos des musiques noir-américaines, ou mixent de lointaines origines cherokees.

L'artiste affirme ainsi que sa musique est entièrement imprégnée de Gospel. Et que puisque seul le néant est parfait, la vie n'a pas d'autre sens que de gommer le maximum des imperfections inhérentes à notre présence en ce bas monde.


Aussi étrange que cela puisse paraître, la visite de Ben Harper à Fès constitue son premier voyage en Afrique. Il en est visiblement ému, et évoque ses quelques heures de balade dans la médina comme une authentique révélation, une révolution dont il sort profondément et définitivement bouleversé. Autant dire que toutes les conditions sont réunies pour un concert d'exception…

Seul, à la guitare acoustique, ou avec un slide posé sur ses genoux, Ben envoie de quelques cordes et de sa voix chaude une vague d'émotion qui engloutit le public. Le solo d'intro témoigne d'emblée qu'il est inspiré, imprégné, s'évadant dans quelques envolées bruitistes et enragées. Quand il est accompagné d'un trio guitare-basse-batterie, l'ensemble conserve sa chaleur et s'enrichit d'une authentique énergie rock.

Visiblement, l'accueil du public achève de submerger un artiste à la générosité authentique. Au rappel, une petite délégation lui offre une djellaba et une paire de babouches. Ben Harper maquille timidement son émotion derrière un sourire surpris et gêné, et je souris aussi en le voyant manipuler ses pédales d'effets avec ses babouches toutes neuves.

C'est donc en djellaba qu'il attaque un "I love her" d'anthologie, invitant sur scène une trentaine de spectateurs ivres de bonheur, pour une chorale improvisée et terriblement touchante, qui restera la magnifique image de fin de ce concert, et donc du festival.

Ben Harper en clôture du 17eme rendez-vous des musiques sacrées de Fès, c'était bel et bien une idée lumineuse… Et un souvenir mémorable…

Tapis volant...

par Arno Villenave Email

Après une semaine de voyages musicaux en tous genres, il est venu le temps de mettre le Maroc à l'honneur… La soirée de vendredi était toute entière tournée vers les musiques soufis. Avec ses trois concerts, et trois ambiances totalement différentes…

A Bab Makina, la grande scène à l'ambiance feutrée et au public assis, les chœurs de qawwalî de Fareed Ayyaz, venus du Pakistan, rencontrent les voix incantatoires du samâa du Maroc, accompagnés par l'Orchestre de Fès dirigé par Mohammed Briouel. L'expression vocale se joue alors des frontières, mais aussi des époques, rappelant qu'un art musical s'est épanoui du Maghreb à l'Orient au fil d'une même philosophie mystique, dans un esprit commun de déclamation poétique.


A Bab Boujloud, la grande place propice aux rassemblements populaires, c'est plus fort que moi, je suis en général plus réceptif à la frénésie de la foule qu'à la musique. Le contraste est saisissant entre les chants incantatoires des Maîtres Issawis, et un public dont l'attitude rappelle plutôt celle d'un concert de rock. On crie, on chante, on se met torse nu pour faire tourner son tee-shirt au-dessus de sa tête… Parfois, un groupe de quelques personnes se réunit en cercle, et s'amuse à projeter l'un des leurs, à l'horizontale, au-dessus d'eux… Les scooters se fraient péniblement un passage au milieu de la foule : les heureux propriétaires d'un deux roues ne quittent pas leur monture, témoin de leur réussite sociale, acolyte de leurs rêves de cow-boys de la médina…


La soirée se termine dans les jardins reposants de Dar Tazi, de façon beaucoup plus habituelle, puisque ce lieu est dédié pendant toute la durée du festival à des concerts tardifs de musique soufie… C'est aussi l'endroit le plus propice pour s'abandonner aux incantations vocales, aux ornementations ou à la frénésie rythmique des confréries qui se produisent. Comme les musiciens, le public est assis sur un impressionnant parterre de tapis. Ça ne l'empêche pas pour autant de chanter, taper des mains, participer… Et parfois s'allonger et se laisser porter, la tête dans les étoiles...

Vous avez dit tapis volant ?

Quelque chose qui s'en rapproche

par Arno Villenave Email

Spirituel pour certains, trop consensuel pour d'autres, Abd Al Malik ne laisse pas indifférent. On ne peut pas nier que sa capacité à tout trouver merveilleux, sa façon de parler comme dans un prêche sont parfois agaçantes. Ce qui est certain en revanche, sur un registre musical et poétique, c'est que son rapport du texte au chant évolue par moments vers une forme de déclamation dont le dépouillement amplifie l'efficacité. Avec "L'Alchimiste", simplement accompagné au piano, avec "Valentin", un texte écrit récemment en hommage à son grand-père disparu, et dont il avait les pages sous les yeux pour en faire la lecture, le chanteur se fait slameur et fait preuve d'une sobriété qui touche au cœur. 

 

 

Pour Abd Al Malik, le rapport au Maroc est particulier, pour y avoir rencontré son maître spirituel, Sidi Hamza, il y a une douzaine d'années. Il ne manque pas une occasion de le rappeler. Son pays est la France, ses racines sont au Congo, mais son esprit est né ici. Proche de la pensée des penseurs soufis, le chanteur poète précise avant le morceau "Je veux rentrer chez moi" qu'il se sent chez lui au Maroc.

Jouant ainsi à domicile, Abd Al Malik et son groupe ont fait lever le public en deuxième partie de concert, dans un registre où les racines africaines, le rap ou même quelques accents de ska ont fait monter la température dans l'enceinte de Bab Makina. C'était avant ce final déjà évoqué précédemment de "L'Alchimiste", piano et chant découpés d'une délicate lumière bleutée, juste pour le plaisir de rappeler que…

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Je n'étais rien, ou bien quelque chose qui s'en rapproche

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Mercredi de l'Asuncion

par Arno Villenave Email

Si on considère que les Musiques du Monde sont un moyen de voyager à moindre frais, il y a, comme dans le voyage, cette idée qu'on est parfois content de retrouver une destination connue, et parfois surpris par la saveur totalement exotique d'une nouveauté absolue, d'un univers à défricher.

Quand on me présente l'Ensemble Paraguay Barocco d'Asuncion comme un ensemble à mi-chemin entre l'univers baroque européen et les musiques traditionnelles, j'avoue que je ne m'attends pas à grand chose, voire même que je suis moyennement enthousiaste. Les conditions sont pourtant parfaitement réunies pour une découverte totale, qui s'avérera être une délicieuse surprise. A ce jour, et à titre purement personnel, c'est LA révélation du festival (je sortais pourtant totalement conquis par le concert d'Urbain Philéas).

 

L'Ensemble Barocco évolue donc sur un registre totalement inattendu. Il doit beaucoup à une initiative originale du Conservatoire Itinérant de Lorraine, qui depuis 25 ans forme des musiciens en Amérique Latine. A la rigueur de l'orchestration baroque, à la virtuosité musicale, l'ensemble ajoute des couleurs latinos, une générosité radieuse, et surtout une fraîcheur et un humour qui créent un plaisir vivifiant, un décalage saisissant...

Le public, totalement conquis, a exigé plusieurs rappels. Mais puisque le groupe lui-même ne souhaitait pas s'arrêter, après quelques conversations informelles et autres séances photos, c'est devant la salle de concert qu'ils ont poussé la chansonnette, dont voici ci-dessous un petit extrait vidéo…

Frais et généreux qu'on vous dit !

 

 

 

Après la pluie

par Arno Villenave Email

Après la pluie vient (enfin) le beau temps… Et au soleil de Fès s'est ajouté celui qu'Urbain Philéas a amené de La Réunion, en revisitant à sa manière le maloya, un chant de complainte au confluent des cultures indiennes, des rituels de possession malgaches, ou d'héritages africains. Un creuset musical fidèle à la tradition de métissage de la petite île de l'Océan Indien. Mais avant tout un bon bain d'énergie folle !

 

Urbain Philéas présente son groupe comme étant sa famille. Sept personnes l'accompagnent, exclusivement au chant et aux percussions. Les musiciens échangent régulièrement leurs instruments, le visage barré d'un énorme sourire. Surtout, tout le monde chante, choristes et percussionnistes, et cette puissance collective, cette joie de jouer se prolonge dans les pas de danse qui transforment le concert en un spectacle visuel haut en couleurs.

Plus calme, un intermède a capella transforme le groupe en un chœur qui entoure son chanteur dans un petit moment de grâce. Histoire de montrer que l'ensemble est capable de toutes les nuances, avant de terminer dans un feu d'artifice musical, où un apprenti géographe placerait volontiers La Réunion à côté de Salvador de Bahia sur une mappemonde musicale. Alain Weber, directeur artistique du festival, avait bien raison de l'annoncer en début de concert : le soleil est de retour à Fès.

 

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