Musique au caravansérail

Par Nicolas Filicic

Баяртэ! A la santé des Bouriates !

par nicolas filicic Email

 

Баяртэ (bayertè) est une formule de salutation en bouriate pour souhaiter la santé, qu’il s’agisse de porter un toast ou de se dire au revoir.

 

A Mina, Estelle et Aloïs qui m’ont proposé cette aventure.

Merci pour votre bonne humeur et votre professionnalisme.

 

 

Connaissez-vous la bande-dessinée Le Photographe ? L’histoire de Didier, un photographe français, missionné pour faire un reportage sur les opérations de Médecins Sans Frontières en Afghanistan pendant l’attaque du pays par les soviétiques. Didier emporte des appareils photo, des pellicules, quelques vêtements, quelques médicaments, l’Île au Trésor de Stevenson et se joint à une caravane, dirigée par Juliette, dont la mission est d’apporter médicaments et soins aux populations du Nord-Est de l’Afghanistan. Pendant la majeure partie de la bande-dessinée, Didier donne l’impression d’être en retrait et de se conformer aux décisions prises par le reste de l’expédition. Ce côté ‘contemplatif’ que le narrateur expose non sans une certaine autodérision interpelle, bien qu’il s’explique par les impératifs de la prise de clichés et par sa faible connaissance du contexte par rapport aux personnes qu’il accompagne (ci-dessous, extrait de Guibert/Lefèvre/Lemercier – Le Photographe Tome 1, éd. Dupuis) :


 

Eh bien je suis parti en Bouriatie un peu dans le même état d’esprit, suivant un mouvement initié par deux charmantes demoiselles qui souhaitaient réaliser un film documentaire sur les Bouriates vivant à l’Ouest du Lac Baïkal, leurs traditions, leurs chants et les modes de transmission de leur culture.

Faisons tout de suite un petit point sur qui sont les Bouriates. Les Bouriates constituent un peuple d’origine mongole et de tradition nomades. Les premières tribus protobouriates seraient apparues il y a 2500 ans dans la région située à l’Ouest du Lac Baïkal. Ces tribus ont été progressivement mongolisées jusqu’à l’époque de Gengis Khan où la région du Baïkal prit le nom de Bargudzhin Tukum et fut intégrée à l’empire mongol en formation (différentes sources dont Tilman Musch et Evgenii Khamaganov). Les différentes tribus qui constituent ce peuple, le nomadisme de ces tribus, la colonisation des terres bouriates par les Russes au XVIIème siècle, ainsi que les bouleversements politiques (création d’une République Autonome Bouriato-mongole Socialiste Soviétique en 1923, division de cette république en trois en 1937, puis suppression de l’autonomie de la région d’Ust’-Orda il y a deux ans et demi,…) ont conduit à un morcellement des régions bouriates et à une certaine diversité culturelle d’une région à l’autre.

Les Bouriates vivent essentiellement en Russie et dans le Nord de la Mongolie. Le Lac Baïkal marque une séparation assez forte dans le mode de vie des Bouriates suivant que leurs racines sont d’un côté ou de l’autre du lac. Les Bouriates vivant à l’Ouest du Lac Baïkal sont pour la plupart issus des tribus Ekhirit-Boulagat, ils ont un mode de vie semi-nomade (déplacement estival dans des yourtes en bois d’une partie de la population accompagnant le bétail dans des régions plus riches), des noms russes et leurs croyances relèvent du chamanisme (importance du culte des esprits, du culte des ancêtres et du rapport à la nature). Les Bouriates vivant à l’Est du Lac Baïkal sont essentiellement issus des tribus Khori, ils parlent un dialecte différent de leurs cousins de l’Ouest qu’ils ont souvent la possibilité d’apprendre à l’Ecole grâce à l’indépendance de la république bouriate (capitale Ulaan-Ude), certains ont conservé l’utilisation de yourtes en toile, leurs prénoms et noms sont souvent bouriates, mais ils ont adopté le bouddhisme comme religion principale (voire les Datsans de la République de Bouriatie).

Malgré ces différences, les Bouriates gardent un très fort sentiment d’appartenance à un même peuple. Les liens unissant les communautés de l’Ouest, de l’Est et de Mongolie (voire même d’ailleurs) sont très forts et les contacts extrêmement fréquents. Lorsque nous avons demandé à la conservatrice du musée de Khuzhir (Хужирский краевический Музей) de nous parler des Bouriates en quelques mots, elle les a définis comme un peuple très uni, bienveillant et pacifique.

C’est à cette bienveillance des Bouriates que nous devons la réussite de notre voyage. Celui-ci avait commencé par -2°C dans les rues désertes d’Irkutsk un dimanche à 5 heures du matin, avec 20 kilos d’équipement sur le dos et rien dans le ventre. Nous étions heureux d’être arrivés en Russie, au beau milieu de la Sibérie – un peu désorienté dans cette grande ville vide où la température semblait augmenter de 5°C avec chaque heure qui passait. Irkutsk ne nous sembla pas très alléchante de prime abord. A tel point que, quelques jours plus tard, lorsque l’une d’entre nous qualifia Irkutsk de ‘ville mignonne’, elle ne reçut comme accueil de notre part que des éclats de rire condamnant l’oxymore suprême consistant à associer ‘mignon’ à une ville russe de Sibérie ! Et pourtant, maintenant que je regarde les photos…

 

Marché central

Musée Régional (IOKM)

 

Vendeuse de kvas (квас)

Nous avons passés deux jours à Irkutsk, ce qui nous a permis de prendre les contacts et de faire le plein de квас (kvas, boisson fermentée à base de pain de seigle), каша гречневая (sarrasin) et autres морс облепихи (boisson aux baies d’argousier) qui font le charme de la table russe !

Puis, nous avons pris un mini-bus pour Ust’-Orda, centre de l’ex-région autonome du même nom. Là, Galina Baliuieva-Mikhakhanova, une femme importante, médecin, chamane et présidente d’associations, ainsi que Edouard Borkhodoev nous attendaient pour nous conduire dans le petit village d’Oloï.

Galina Baliuevna-Mikhakhanova

Ust’-Orda

 

 Oloï a été notre lieu de villégiature privilégié, même si nous n’en savions rien en y mettant les pieds. On nous a conduits dans la demeure de Nikolaï Stepanov et son épouse, Uliana, qui nous avaient préparé un repas avec les principales spécialités bouriates. Depuis 3 jours, nous nous demandions si les Bouriates buvaient du kumis, ce lait de jument fermenté dont le goût et l’odeur sont décrits dans tant de récits de voyageurs. Eh bien, à peine assis à table à Oloï, on m’apporte une énorme tasse d’un produit laitier chaud avec des grumeaux. Ça y est, je pensais être bon pour le kumis ! Je présentais un échec lamentable dès le premier repas bouriate : et si je n’arrivais vraiment pas à boire ?! En fait, pas du tout, il s’agissait de арса (arsa), une boisson chaude à base de lait de vache contenant des petits grumeaux de fromage à laquelle il m’a semblé assez facile de s’habituer. Toutefois, vu la taille du bol qu’on m’avait apporté, je pensais qu’il s’agissait d’une sorte de calumet de la paix que je m’empressai, après en avoir bu deux gorgées, de passer à ma voisine. Mais non, il s’agissait bien d’un bol d’Arsa par personne et la raison pour laquelle j’avais été servi le premier est que chez les Bouriates les hommes sont servis en premier en commençant par le plus âgé. Avec cela, nous avons eu de l’омуль fumé (omul’, poisson mythique du Lac Baïkal), du саломат (salomat, préparation à base de crème de lait et de farine dont les Bouriates disent que 2-3 cuillères le matin permettent de tenir toute une froide journée d’hiver sibérien), un plat de viande en sauce,…

Nous étions le 12 mai, soit 3 jours après la commémoration des 65 ans de la victoire des Russes dans la Grande Guerre Patriotique (День Победы, la victoire de la Seconde Guerre Mondiale est célébrée le 9 mai en Russie), et croyez-moi, ce jour n’a rien à voir avec le 8 mai dont la plupart des Français savent juste qu’il s’agit d’un jour férié. Vingt millions de morts, ça fait des morts dans presque toutes les familles. La Grande Guerre Patriotique, c’est aussi le blocus de Leningrad de 1941 à 1944 causant la mort d’un million de civils, faute de ravitaillement de la ville pendant près de 3 ans. Le 9 mai en Russie est donc extrêmement important pour la population et fait l’objet d’une mise en scène gouvernementale sans commune mesure :

 

C’est ainsi qu’à force de questions à nos hôtes sur leur vie et leurs traditions, nous avons glissé vers les souvenirs de guerre et qu’ils revêtirent leur veste couverte de médailles d’anciens combattants, tandis que Galina nous chantait des chants bouriates à la gloire des héros de la guerre :

 

Puis ce fut la rencontre avec Lilia Eronova, наша сибирская мама (notre maman sibérienne), comme nous l’appelions. Deux dames, Lilia et Antonina, déboulèrent au beau milieu des médailles militaires. Elles nous demandèrent ce que nous étions venus chercher et nous proposèrent de nous héberger, bien que Lilia exprimât un regret : Мне просто жаль! (je suis désolée, c’est dommage). Mais désolée de quoi ? Cette exclamation, lâchée dans une avalanche d’échanges en russe entrecoupé de bouriate entre les présents, nous a posé question jusqu’à la fin du séjour. Après avoir craint que Lilia ne trouve dommage de devoir s’occuper de nous, j’en suis venu à penser que Lilia trouvait dommage que nous arrivions sans que rien n’ait été prévu, ni en matière de ‘programme’, ni d’hébergement. C’est une explication confortable de la petite phrase, mais à mon avis une explication partielle. Ce regret contenait probablement aussi l’expression d’une certaine rivalité entre Lilia et Galina quant à ce qu’elles étaient respectivement en mesure de nous montrer.

Quoi qu’il en soit, Lilia me proposa de venir voir l’endroit où elle pouvait nous héberger et de décider : ça nous va et on reste ou ça ne nous va pas et… bon vent ! Je saute dans sa voiture japonaise rouge qui nous emmène, sautillant sur les chemins escarpés d’Oloï au rythme de chansons arabes à la Amr Diab : راجعین نعشق و ندوب و نعیش مع بعض حیاتنا... وتعالی تعالی تعالی یا حبیب العمر تعالی....

 

Nous arrivâmes devant une belle maison de bois organisée exactement selon la tradition locale : un vestibule non chauffé à l’entrée de la maison permettant de conserver le lait, l’eau apportée du puit et différentes autres denrées. Puis, derrière une porte capitonnée et parfaitement étanche à l’air – toujours basse – les pièces principales du logement sont organisées autour d’un poêle de brique. Le poêle est au centre, de sorte que chaque pièce puisse profiter du contact d’une de ses parois. Dans la cuisine, il est surbaissé pour pouvoir l’alimenter et y poser des casseroles de lait qui se transforme progressivement en творог (tvorog, sorte de fromage blanc sec) et en fromage.

La maison est entourée d’une clôture de bois permettant éventuellement de garder le troupeau. Dans cet enclos, on compte également un grenier à grains (амбар – ambar), un banya (le sauna à bois, qui permet de se laver), parfois un four à pain, et bien sûr les toilettes.

Clôture

Four à pain

 

Très heureux de pouvoir vivre dans le village, dans un foyer bouriate, nous avons emménagé chez Lilia ! Nous avons commencé à comprendre la forme que prendrait la suite de l’aventure. Nous étions venus pour connaître les Bouriates, leurs traditions et leurs chants. Pour cela, nous souhaitions passer par deux vecteurs : le terrain et les musées, et voir dans quelle mesure les informations collectées se recoupaient. Pour les musées, la marche à suivre était assez simple, d’autant que l’une d’entre nous avait travaillé quelques semaines au Musée Régional d’Irkutsk (IOKM) dans le cadre d’un mémoire – elle avait les contacts. Concernant le terrain, Galina nous a présenté Lilia car elle est la responsable de Арюун булаг (Ariun Bulag), un ensemble traditionnel bouriate. Nous pensions dans un premier temps que l’ensemble de Lilia nous présenterait les chants et les danses sous la forme d’un « spectacle ». Cela nous semblait très intéressant mais du point de vue « ethnographique » nous craignions la forme trop figée et enjolivée du spectacle folklorique. En réalité, il s’est vite avéré que l’on souhaitait nous montrer un обряд (obriad, rituel) et non un spectacle. Puis il a été question d’un mouton offert pour l’occasion par l’administration régionale grâce à l’intercession d’Edouard Borkhodoev. On s’éloignait petit à petit du spectacle folklorique de chants et de danses trop bien réglés pour basculer vers quelque chose de beaucoup plus concret et authentique : обряд приезда дорогих гостей (obriad priezda dorogikh gosteï), un sacrifice de mouton en l’honneur de l’arrivée d’hôtes de marque.

Il a fallu trouver un lieu pour cette cérémonie. La première idée fut d’utiliser une yourte (en bois, bien sûr) située dans un village voisin. Nous sommes allés la visiter un matin. Pour le petit déjeuner les propriétaires nous ont proposé une « délicatesse » : des tranches de foie de cheval cru, servies avec du thé au lait salé. Ce fut la seule fois où nous avons bu du thé salé, et cela s’explique peut-être par le fait que les propriétaires étaient originaires de l’Est du Baïkal où les habitudes alimentaires sont légèrement différentes, peut-être plus proches des traditions mongoles. Quant au foie cru… c’est une viande assez courante en Bouriatie, qu’il s’agisse de cheval ou de mouton. La raison en est qu’il est réputé riche en vitamines dans cette région où les fruits et les légumes font souvent défaut, notamment pendant les neuf mois d’hiver. C’est assez difficile à concevoir, mais les oranges constituent un produit rare, importé de Chine.

Finalement, après quelques réflexions et conciliabules, il fut décidé de compter sur l’avènement du beau temps et d’organiser le rituel la semaine suivante, en plein air. Cela nous a laissé le temps de faire beaucoup d’autres choses en attendant. Nous nous sommes promenés dans Oloï, y avons rencontré les enfants, avons vu comment les jeunes garçons s’entrainent à la lutte (sport ‘national’ bouriate), avons discutés avec eux :

 

Nous nous sommes également rendus à l’école, où nous avons assisté au prêche enflammé d’une chamane venue d’une autre province qui s’exprimait devant les instituteurs pour la défense des traditions, de la religion et qui racontait aussi une histoire de sacs de pommes de terre que je n’ai toujours pas bien saisie : on dit à un enfant de mettre quatre seaux de pommes de terre dans un sac, puis le sac est plein, puis on rajoute un cinquième seau, puis ça rentre, puis… voilà !

 

L’école d’Oloï

Mais nous avons aussi vu des choses amusantes à l’école, par exemple ces deux berceaux traditionnels conservés dans le musée de l’école. A votre avis, lequel était destiné aux petites filles et lequel aux garçons ?

 

Ces quelques jours ont aussi été l’occasion de grandes promenades au travers de paysages qui rappelaient parfois les emotional landscapes de Madame Guðmundsdóttir ! Nous sommes allés voir le Musée Talci (Музей Тальцы), un magnifique musée en plein air situé à 40 kilomètres d’Irkutsk, sur les rives du fleuve Angara, où sont regroupées de nombreuses constructions traditionnelles de la région datant du XVII au XIXème siècle. Les bâtiments présentés sont issus de la tradition russe, mais aussi des traditions des autres peuples vivant autour du Baïkal : bien sûr les Bouriates (raison de notre visite !!), les Evènes et les Tofalars. Mais pour cette fois, je vous fais grâce des photos des yourtes bouriates :

 

Ensuite, nous devions aller voir un rituel dans un petit village près d’Elantsy, 200km au Nord-Est d’Irkutsk. Mais nous avons appris que la route conduisant à ce village était inondée. L’hiver a été particulièrement rude ; des couches de neiges exceptionnelles se sont accumulées et inondent la steppe, les champs et les routes en fondant. Nous avons alors poursuivi jusqu’à l’Île d’Olkhon (Ольхон) en attendant que le niveau d’eau baisse.

Olkhon… Dois-je la décrire comme l’île où je suis tombé malade en faisant trop de VTT ? Comme l’île où d’avides entrepreneurs construisent des yourtes en toile ‘à la mongole’ et des banya publics dans l’attente des estivants ? Comme l’île où exerce le plus médiatisé des chamanes bouriates, Valentin Khagdaev ? Ou dois-je simplement rendre les honneurs qui lui sont dus à cette île que nous avons visitée, heureusement, en dehors de la saison touristique.

Olkhon est une île de 70 km de long, au beau milieu du Baïkal. Elle est peuplée de quelques 1500 habitants regroupés dans quatre ou cinq villages distants de 10 kilomètres les uns des autres. D’un côté de l’île, les steppes et les plages de sable en pente douce s’enfoncent dans le lac encore gelé pour former un paysage irréel dans lequel l’écume immobile et silencieuse attend patiemment sur les plages de sable jaune que le soleil estival lui rende sa vivacité. De l’autre côté, le relief s’accentue, la steppe cède la place à la forêt avant de plonger en falaises abruptes jusqu’au plus profond du Lac (1600 mètres).


 

 

 

 

Mais deux jours sur l’île et déjà la Bouriatie authentique nous appelait ! Nous avons appris que la route menant au village du rituel était partiellement asséchée et que l’on nous attendait dès le lendemain pour un rituel au pied de Ехэ-Ёрд (Yékhè-Yord), une montagne sacrée dans la tradition chamanique bouriate. Nous avons donc pris un minibus, puis le brise-glace, puis un autre minibus pour arriver à Elantsy où un troisième minibus nous attendait. Nous avons fait connaissance avec nos hôtes, Galina Vladimirovna et Antonina Antoninovna, et avons embarqué dans le minibus tous nos commensaux, les costumes, la viande de mouton encore fumante (par ‘fumante’, j’entends à 37,5°C – pas mijotée à la casserole !), et la vedette du rituel : le Тарасун (Tarassoun), un alcool obtenu par distillation du lait. C’est ainsi, à 16, que nous avons parcouru la route que je qualifiai au-dessus de ‘partiellement asséchée’ pour nous rendre auprès de la Yékhè-Yord ! Mais les voitures sibériennes ont, à l’instar de la population, des ressources insoupçonnées par nous, Européens valétudinaires !

 

Et nous avons participé à notre premier grand rituel, un peu surpris et pas très à l’aise, avouons le. L’emploi du terme ‘rituel’ (обряд, obriad) sans l’expliciter davantage n’est pas fortuit. Il reflète le niveau d’information dont nous disposions pendant une bonne partie du séjour sur la question. Il a fallu attendre cette journée autour de la montagne Yékhè-Yord pour mettre des images sur les mots. Ensuite, dès le lendemain, l’autre rituel prévu depuis une semaine nous attendait à Oloï. Nous en avons même décommandé un troisième que l’on nous proposait le surlendemain à Оса (Ossa, une autre bourgade de la république autonome, un peu plus loin à l’Ouest). Fort de ces expériences, je définirais de cette manière les rituels en question : il s’agit du sacrifice d’un animal et d’un banquet accompagné de chants et de danses. Ces rituels peuvent prendre plusieurs formes, l’animal sacrifié peut-être différent suivant l’événement que l’on fête. Ainsi, on sacrifiera un mouton pour le début de la belle saison, avant de commencer des travaux de construction importants, lorsque l’on reçoit des hôtes de marque. Le sacrifice du cheval a lieu plus tard dans l’année, à l’approche de l’automne, et il sera effectué pour des sujets encore plus sérieux, par exemple pour honorer les ancêtres. Les rituels d’initiation des nouveaux chamanes, bien que presque disparus aujourd’hui, nécessitaient le sacrifice de plusieurs gros animaux, tels que des chevaux ou des bœufs.

Les photos ci-dessous vous donnent un aperçu de la manière dont se déroule un rituel :


Шамхандаа (Shamkhandaa) est une des chansons qui peuvent être chantées à cette occasion. La version présentée dans le petit enregistrement ci-dessous n’est certes pas la plus harmonieuse, mais c’est une version inspirée et enthousiaste, entonnée sur notre demande à Oloï après des heures passées à festoyer. En prime, vous avez même les paroles pour pouvoir chanter en bouriate pendant les repas de famille :

 

 

Terminons cet article par deux ou trois autres chansons que nous avons pu enregistrer. Dans la vidéo qui suit, elles sont accompagnées de photos évoquant les aspects développés dans ce petit texte. La première chanson est chantée par Galina Baliuieva, la seconde (en bouriate et en russe) par Antonina Trafimovna Tatarova de l’ensemble Ariuun Boulag et les deux dernières par Baiarma Guiliazova que nous avons enregistrée en concert au Эрдэм (Erdem), le théâtre de la ville d’Ust’-Orda :

 

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