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Sayat Nova – La couleur de la grenade
La Couleur de la Grenade est le nom d’un film réalisé en 1969 par Sergey Paradjanov, réalisateur soviétique né en 1924 à Tbilissi (Géorgie) de parents Arméniens. Le film évoque la vie et l’œuvre de Sayat Nova, poète et troubadour arménien du XVIIIè siècle.

Une scène de la Couleur de la Grenade
(Source : L’observatoire : article détaillé sur le film et l’œuvre de Paradjanov ; nombreuses photos)
Par delà Sayat Nova, la couleur de la grenade est un film chargé de références dans lequel Paradjanov expose nombre de symboles de la culture arménienne : avant tout le catholicisme et les traditions de l’Eglise arménienne, mais aussi la tradition agricole de la région avec la préparation du vin, du pain lavash, la culture des grenades, toute la ‘vie’ de la laine depuis les bergers et leurs moutons jusqu’à la confection des tapis, sans oublier la musique. La musique du film, constituée exclusivement d’airs et chants arméniens ou géorgiens, fait la part belle aux kémantchés, duduks, et autres dafs régionaux.
Le film est assez hiératique, bien plus pictural que narratif. Il est composé d’une dizaine de tableaux retraçant la vie du poète de manière relativement chronologique et ponctués d’intertitres probablement extraits de son œuvre. Mais la force du film, outre l’aspect culturel évoqué précédemment, réside ans la puissance des images. Chaque scène apparaît comme une composition photographique à laquelle le choix des décors (essentiellement minéraux), la beauté des visages et des corps ou encore l’utilisation des couleurs confèrent une beauté pénétrante.
Il va de soi qu’un tel film, dans sa promotion des cultures régionales ou même dans la sensualité qu’il affichait, ne faisait pas les affaires du Kremlin. Cela s’ajoutait à la flamboyance de Parajdanov, à sa notoriété grandissante à l’Ouest, aux accusations d’homosexualité qui pesaient sur lui et déboucha sur une déportation au goulag dès 1973.
Ce fut le début d’une période sombre pendant laquelle Paradjanov ne fut guère en mesure de travailler. Il faut ensuite attendre les années 80 où, aidé par un assouplissement de la censure mais aussi par le soutien d’autres cinéastes mieux en vue, il dirige la Légende de la Forteresse de Suram (1984) et Ashik-Kérib(1988).
Ashik-Kérib est basé sur une courte nouvelle de Mikhail Lermontov (Ашик-Кериб, texte intégral en russe) où il est également question d’un poète musicien. Mais à la différence de Sayat Nova, Ashik-Kébir était un poète turcophone et le film est donc tourné en azéri. Ce tournage a eu lieu juste au moment du massacre de Sumgaït, un pogrom azéri qui a coûté la vie à de nombreux Arméniens. Il était alors délicat pour un Arménien de tourner un film en azéri avec de la musique azérie, mais qu’à cela ne tienne, Paradjanov a mené à bien son projet. Quelques détails sur cette décision et ce tournage sont relatés dans un article du Brosse Street Journal (Sergey Parajanov, A film maker once and for all).
Enfin, pour en revenir à Sayat Nova et à la musique, signalons d’une part que les images du film la Couleur de la Grenade ont été utilisées par le groupe iranien Kiosk dans le clip de la chanson Yarom Bia. Le résultat est superbe (vous aurez le plaisir d’apercevoir au passage notre cher Mohsen Namjoo) :
Et d’autre part que les poèmes de Sayat Nova sont encore chantés aujourd’hui, par exemple Yes Qo Ghimete (Je ne connais pas ta valeur/Tu es comme une pierre précieuse). J’ai découvert cette chanson il y a presque 10 ans sur le disque Ot bielova do tchornova Moria de Bielka Nemirovski. C’est un beau disque regroupant des chansons originaires de différentes régions de Russie, malheureusement je ne suis pas sûr qu’on puisse encore le trouver. Mais un autre chanteur que l’on connaît bien a chanté cette même chanson :
Мелодия (Mélodia) à travers les époques et les clivages politiques
- А вы долго были в Чечне?
- Да, я лет десять стоял там в крепости с ротою, у Каменного Брода, - знаете? […]
- Как же у них празднуют свадьбу? - спросил я штабс-капитана.
- Да обыкновенно. Сначала мулла прочитает им что-то из Корана; потом дарят молодых и всех их родственников, едят, пьют бузу; потом начинается джигитовка, и всегда один какой-нибудь оборвыш, засаленный, на скверной хромой лошаденке, ломается, паясничает, смешит честную компанию; потом,когда смеркнется, в кунацкой начинается, по-нашему сказать, бал. Бедный старичишка бренчит на трехструнной... забыл, как по-ихнему ну, да вроде нашей балалайки. Девки и молодые ребята становятся в две шеренги одна против другой, хлопают в ладоши и поют. Вот выходит одна девка и один мужчина на середину и начинают говорить друг другу стихи нараспев, что попало, а остальные подхватывают хором.
- Et vous êtes restés longtemps en Tchétchénie ?
- Oui, j’y ai passé une dizaine d’années, dans la forteresse de Kamenni Brod, vous connaissez ? [ …]
- Et comment fêtent-ils les mariages ?, demandai-je au capitaine.
- En général, le mollâ commence par leur réciter deux-trois sourates, on offre des cadeaux aux jeunes mariés et à tous leurs proches, on festoie, on boit de la bouza. Puis vient la djigitovka : on a toujours le droit à un cavalier loqueteux et sale monté sur un vilain cheval boiteux qui pavoise en faisant le pitre pour amuser la galerie. Ensuite, sur le soir, commence ce qu’on appellerait, nous, un bal. Un petit vieux fait grincer son … ah, j’ai oublié comment ils appellent ça – enfin, une sorte d’instrument à trois cordes un peu dans le genre de notre balalaïka. Les filles et les garçons forment deux rangs face à face, frappent dans les mains et chantent. Alors, une fille et un garçon s’avancent, se chantent quelques vers, comme ça leur vient, et les autres reprennent en chœur.
M. Y. Lermontov, Un héros de notre temps (1840)
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Le label russe Мелодия vient de sortir une collection consacrée à la musique régionale de la Russie et des anciennes républiques soviétiques. Ce n’est pas la première fois que ce label, qui a survécu à la chute de l’URSS, réalise de telles productions. Je pense notamment à une superbe collection de disques vinyles parue avant 1991 qui s’appelait (le tout en français !) Anthologie de la musique instrumentale et vocale des peuples de l’URSS.
Ce label, fondé en 1964, disposait de studios d’enregistrement à Almaty, Vilnius, Saint-Pétersbourg, Moscou, Riga, Tallin, Tachkent, Tbilissi, Kiev et Erevan ce qui lui a permis de collecter quantité d’enregistrements des différentes républiques soviétique. En pleine ère brejnévienne, à une époque ou le Kazakhstan enterrait ses kyl-kobyz pour que le gouvernement ne les trouve pas (Je tiens cela de Raushan Orazbaeva), où les Tadjiks n’avaient pas le droit de fêter Norouz (bonne année iranienne à tous, au passage !) et où le gouvernement soviétique tentait d’instaurer son idéologie en Afghanistan, la part accordée aux traditions musicales non russophones par ce label gouvernemental ne cesse de m’étonner.
Je vous conseille tout particulièrement le volume sur les musiques Tchétchènes qui nous fait découvrir une très belle tradition musicale dont la diffusion, probablement marginale de par le passé, fut complètement inexistante au cours des vingt dernières années marquées par les coups d’état et les guerre en Tchétchénie. Vous pourrez vous faire votre propre idée sur le detchig-pondur, cet instrument à trois cordes dont Maxime Maximytch a oublié le nom dans l’extrait ci-dessus, ainsi que sur les chants en forme de dialogue qui lui semblent si puérils !
Un autre disque de musique tchétchène est disponible sur la boutique mp3 Mondomix : Songs of Defiance.



05.04.10 10:52:18,