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Mohsen Namjoo – Un autre chat persan ?
La pop iranienne est très à la mode ces derniers temps, notamment grâce au film de Bahman Ghobadi Les Chats Persans (کسی از گربه های ایرانی خبر نداره) et j’inaugure ce blog dans la même veine, en vous parlant d’un jeune musicien iranien underground. Je surfe sur la vague, me direz-vous ! Peut-être…
Pourtant, le film de Bahman Ghobadi, pour intéressant qu’il soit, ne couvre qu’une petite partie de la création musicale iranienne actuelle. La soif de modernité des citadins iraniens alliée au profond attachement qu’ils vouent à leur culture ancienne, la ligne extrêmement dure du gouvernement iranien envers la création artistique et la culture, ainsi que l’importance et la variété de l’émigration iranienne (grande variété de motifs, groupes sociaux, destinations, époques) ont conduit à un magma culturel aux propriétés complexes dont le film tente de saisir un instantané. Les Chats Persans apparaissent comme une sorte de vidéoclip effréné, mettant en scène en majorité de très jeunes musiciens qui se débattent pour pouvoir jouer, répéter ou monter un groupe dans une ville bouillonnante, comme la décrit le rappeur Hichkas :
Issu d’un environnement culturel en réalité très différent, Mohsen Namjoo naquit en 1354 (année musulmane solaire persane : esfand 1354, c’est l’hiver 1976 !) à Torbat-e Jâm, une petite ville aux confins orientaux de l’Iran, à quelques 50 km des frontières Afghane et Turkmène. Il suivit des études de musique académiques à Mashhad puis à Téhéran : radif vocal, sétâr,…

Mohsen Namjoo et son sétâr
En 2007, il sortit un premier album officiel, Toranj, qui put finalement être distribué en Iran au terme d’un processus d’autorisation émaillé de quelques incidents. Ce disque révéla au grand jour une voix et d’une technique vocale exceptionnelles au service d’une grande inventivité. C’est qu’à l’instar de la musique classique européenne, ou de la musique classique indienne, la prise de libertés dans l’utilisation des techniques n’est guère encouragée par le milieu académique, à la fois pour défendre la qualité de la musique mais aussi, dans ce contexte précis, pour des raisons politiques. En cela, la liberté prise par Mohsen Namjoo dans le traitement du répertoire classique est tout à fait remarquable.
L’analyse des textes et inspirations pour les morceaux de Toranj montre le souhait de créer une œuvre hybride nourrie de tradition persane et de culture populaire occidentale moderne. Les textes des grands poètes des époques Seldjouqide et Mongole (Hâfez, Bâbâ Tâher, Khâjou Kermâni, Attâr, Rumi) chantés par Namjoo sont ainsi projetés dans un monde en mouvement. La dizaine de musiciens, qu’ils usent de (gui)tares ou de (sé)târs, de batteries ou de dafs, créent une musique plein de nuances, intégrant de manière plus ou moins évidente des phrases de musiciens américains de la deuxième moitié du XXème siècle comme L. Cohen, J.L. Hooker ou S.R. Vaughan. L’album s’ouvre sur un long morceau à l’atmosphère psychédélique qui donne son nom à l’album – Toranj :
Après la réalisation de ce premier album, Mohsen Namjoo quitta l’Iran. Il partit étudier 4 mois au conservatoire de Rotterdam, puis à Vienne. Durant cette période, il enregistra quelques disques et singles diffusés de manière inégale, avant de sortir cet hiver un album intitulé OY (آخ, en persan). Ce disque, enregistré et produit en Italie, marque un tournant dans la carrière de Mohsen Namjoo car il s’agit de son premier disque engagé politiquement (et pas qu’un peu !). Tout cela a commencé à la fin de l’été 2008 par une condamnation prononcée à son encontre par les tribunaux islamiques iraniens pour avoir récité « des versets du coran d’une manière humiliante, offensante et en musique ». En effet, Mohsen glisse dans les paroles de la chanson Gis (chevelure de femme), un verset de la sourate al-‘imran :
Cette condamnation qui le force à rester hors d’Iran, à laquelle viennent s’ajouter les événements politiques iraniens de l’été 2009, changent complètement son discours par rapport au régime en place en Iran. Dans une interview qu’il accorde en septembre 2007, lorsqu’on l’interroge sur la question de la censure par rapport à la sortie de Toranj, il répond : « Je me dis [toujours], Mohsen Namjoo, tu es citoyen d’une nation et tu dois en respecter les règles » (http://shahrvandemroz.blogfa.com/post-482.aspx, en persan). Aujourd’hui, dans son album OY, en collaboration avec l’actrice Golshifteh Farahani, il brise violemment les interdits de la république islamique, en décrivant par exemple une relation sexuelle dans Binazir ou en adressant un poème satirique au Guide Suprême dans Gladiators – the beautiful faqih. Ce poème remet en cause la légitimité du guide suprême en présentant de manière extrêmement connotée et provocatrice la relation que le guide entretient avec Dieu. En version footage, cela donne :
Cet album est excellent, encore une fois polymorphe, et très abouti dans ses musiques et dans ses textes. Mais ceux d’entre vous qui ont regardé le clip ci-dessus en ont saisi le principal problème : les morceaux comme Binazir ou Gladiator risquent de susciter peu d’intérêt hors des milieux persanophones. Je vous conseille dans ce cas les morceaux Hamash ou Shams. Ce dernier est de nouveau une adaptation namdjouènne du Coran : il remet ça, le bougre !



11.03.10 12:21:16,