Pascal Légitimus: Antillais sur scène, arménien dans la vie

Humoriste aux multiples casquettes, Pascal Légitimus revient sur scène pour un Alone man show (d)étonnant. Origines, métissage, carrière: l’ex-Inconnu se révèle.
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« On connaît Légitimus, je dévoile le Pascal». À 52 ans, 35 passés sur les planches, l’artiste est de retour chez lui, sur scène. Seul : « Il n’y a que moi qui pouvais interpréter ce spectacle. »
Chaque soir, Pascal Légitimus fait son Alone man show* et rejoue la même histoire. Celle d’un gamin à la culture « caucase-cocotier », qui grandit entre un père antillais et une mère arménienne. « Ballotté entre musique black et musique folklorique... Il y a matière à rire. »
S’il a choisi l’humour, ce n'est pas un hasard : « Plus jeune, j’ai subi beaucoup d’injustices à cause de mon apparence. J’étais une curiosité. Plutôt timide et introverti. Le rire m’a sauvé la vie.»
Très vite, le petit gars de Paname trouve sa vocation: il sera comédien. Rien d’étonnant pour cet enfant de la balle.
Une lignée d’artistes
Figure de proue des acteurs noirs francophones, sa grand-mère n’est autre que Darling Légitimus. Une femme au destin exceptionnel, qui débute aux côtés de Joséphine Baker, pose pour Picasso, côtoie les grands noms du cinéma français... et donne naissance à une lignée d’artistes : chez les Légitimus, tout le monde a (au moins) un pied sur scène.
« Ça aide un peu, concède l’humoriste. En accompagnant mon père [Théo Légitimus] à la Maison de la radio, j’ai pu observer ce milieu. J’étais mieux armé pour me lancer, mes choix ont toujours été pesés. J’ai pu éviter pas mal de pièges».
Son ascendance prestigieuse n’est pourtant pas un passe-partout. Des projets ? On lui en a proposé. «Pour jouer des rôles de Blacks, de Beurs, de Gitans, des dealers ou des mendiants. «“Trop frisé“, “pas assez blanc“ ni suffisamment noir... Délit de faciès».
Alors, «pour pouvoir exister et refuser les clichés», il écrit ses propres textes, soigne ses interprétations. Une habitude qui ne l’a jamais quitté, de ses débuts au Petit théâtre de Bouvard à Plus si affinités avec Mathilda May, en passant par le succès phénoménal des Inconnus. Les Inconnus...
1986 : le quintuor (puis trio) comique voit le jour. «Trois frères» qui marqueront plusieurs générations et rafleront au fil des années un Molière, deux Sept d’or, une Victoire de la musique et un César. «Grâce au cheval de Troie qu’est l’humour, j’ai pu m’introduire dans ce métier de manière subtile ».
Incarner une critique sociale
Humoriste et comédien, Pascal Légitimus est aussi metteur en scène : Pierre Palmade, Elie et Dieudonné ou Anthony Kavanagh sont passés entre ses mains.
En 2000, il est derrière la caméra avec Antilles sur Seine. Faire rire, encore et toujours. Un piège? «Une arme», répond-il, lui qui pointe avec ironie «les dysfonctionnements de la société». S’il préfère laisser la revendication «aux politiques», l’artiste connaît la «fonction sociale» de son métier. L'effet miroir. «À moi seul, je suis une critique sociale», s’amuse Pascal Légitimus, métis dans un milieu où « le réflexe racisant perdure».
Trente-cinq ans de carrière et, finalement, «pas beaucoup de changement»: à l’écran, les acteurs noirs se font toujours rares... «Maintenant on ne prête plus attention à ma couleur, poursuit le comédien. On voit le personnage ».
C’est peut-être aussi pour cela qu’il s’autorise à faire de son métissage un spectacle. « Antillais sur scène, arménien dans la vie » : une ambivalence qui l’a façonné, mais échappe aux regards simplificateurs. « On ne fait pas rire avec du bonheur », répète celui qui se définit comme « un coureur de fond ». Un marathonien du spectacle, qui se retourne aujourd’hui sur le chemin parcouru. « Gamin, je me suis lancé dans ce métier pour être aimé. Ensuite, j’ai voulu être reconnu. Aujourd’hui, je veux être apprécié ».
Par Sacha Ardant / Respect Mag
Pascal Légitimus dans "Alone man show" - Jusqu'au 7 janvier 2012 ; Le Palace (8 rue du Faubourg Montmartre – 75009 Paris / M° Grands Boulevards)
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Hommage à Edouard Glissant, penseur du Tout-monde

Philosophe, poète, écrivain, père du "Tout-monde", Édouard Glissant est décédé ce 3 février à Paris à l'âge de 82 ans. Léonora Miano, Françoise Vergès, Christiane Taubira et François Durpaire rendent hommage à l'ancien étudiant en philosophie, originaire de Sainte-Marie (Martinique), qui avait obtenu le prix Renaudot en 1958 pour "La Lézarde".

Léonora Miano, écrivain.
Christiane Taubira, députée de Guyane.
Françoise Vergès, historienne, spécialiste de l'esclavage.
François Durpaire, historien des identitésL'heure n'est pas à la polémique, mais permettez un emportement. Comme Césaire, que de nombreux Français découvrent au moment de son décès, c’est une honte de ne pas avoir reservé une place à Edouard Glissant au sein de l'université française. Il a été professeur distingué de l'université de Lousiane, puis professeur distingué de l'unversité de New York. Le monde de l'édition, lui, ne l'a pas manqué : auteur chez Gallimard, et Prix Renaudot dès 1958. Mais notre université a de nouveau manqué l'immanquable. Honte à son système de recrutement surané et injuste, qui rejete hors du monde francophone les esprits français les plus inventifs, ceux qui seraient les mieux à même de nous faire dialoguer avec le monde. "
Propos recueillis par Maral Amiri et Chloé Goudenhooft - www.respectmag.com
Appel: L'islam bafoué par les terroristes

Dès les premières heures de l’année, 21 chrétiens étaient massacrés à la sortie de la messe, devant l'Église des Saints d’Alexandrie en Égypte. Deux mois auparavant, veille de la Toussaint, des terroristes assassinaient 45 chrétiens dans la cathédrale de Bagdad. Des atrocités commises «au nom de l’islam».
Nous rappelons, haut et fort, que ces meurtriers ne sont pas l’islam, et qu’ils ne représentent en rien les musulmans. Nous voulons signifier par cet Appel notre refus de ce rapt de nous-mêmes: celui dont on usurpe l’identité est plus à même de démasquer le faussaire. L’instrumentalisation de la religion est certes trop souvent, ici, le fait de certains médias ou politiques. Elle reste, de par le monde, la terrible arme des extrémistes. Et ce sont eux qui tuent, dans différents pays, des femmes, des hommes et des enfants de toutes confessions, dont de nombreux musulmans. Le meurtre de chrétiens, comme de tout être humain, est une horreur absolue. Et c’est aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son nom.
Alors comment se taire quand on tue en votre nom? Depuis la France, les citoyens de foi, de tradition ou de culture musulmane - ou héritiers de ces références - veulent ici dire leur indignation devant ces crimes. Pour leurs voisins, pour leurs enfants et pour eux-mêmes, contre les amalgames destructeurs. Ils clament haut et fort leur refus de l'intolérance et des violences commises, de par le monde, à l'encontre de minorités. Et plus fort encore lorsque certains bafouent leur foi ou leur identité en tuant au nom de l’islam.
Construisons partout le vivre ensemble dans nos pays multiconfessionnels.
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