Aïd Tova, Chana Mabrouk

Cette année, deux grandes fêtes de deux grandes religions monothéistes coïncident : Roch Hachana et l'Aïd el-Fitr. Ainsi, Juifs et Musulmans célèbrent simultanément mais séparément, les uns la nouvelle année, les autres, la fin d’une période d’un mois de jeûne.
Par Mabrouck Rachedi, écrivain
Par la force de ma culture, je connais mieux le Ramadan. De l’extérieur il est parfois perçu comme un moment de privation. Combien de fois ai-je entendu : un mois, c’est long ! Mais vous buvez au moins ? Ca dure vraiment toute, toute, toute la journée ?
Le Ramadan n’est pas un concours d’affamement. C’est un rapprochement avec l’essence même de la foi. L’effort demandé au croyant s’accompagne d’une réflexion, d’une méditation sans laquelle le jeûne n’a aucun sens. En se rapprochant de soi, en partageant avec les autres, on se rapproche de Dieu. Et on devient meilleur.
l'Aïd el-Fitr est ce jour festif qui scelle la fin du mois saint. On mange, on chante, on danse, on se réunit en famille et entre amis. On n’oublie pas pour autant les enseignements du Ramadan en priant et en partageant encore et toujours, en particulier avec les pauvres.
Je connais moins Roch Hachana. J’avais seulement accompagné un ami pendant un bout des festivités. Je me souviens avoir ressenti la même atmosphère de joie, de piété et de partage que lors de l’Aïd. Je n’ai pas saisi tous les codes, loin de là, mais j’ai eu l’impression de communier avec les autres convives. Je me suis senti chez moi, même quand il a fallu, selon une coutume qui m’avait semblé absconse, tremper une pomme dans le miel et manger de la tête de poisson !
Cette célébration inaugurait une période dix jours de pénitence qui se clôturerait par Yom Kippour, le grand pardon s’accompagnant d’un jeûne de 25 heures. Ce rapport à Dieu m’a rappelé quelque chose…
Ce jour de Roch Hachana m’a mis en face de l’évidence que les trois religions abrahamiques tenaient leurs enseignements du même Livre. J’ai vu tout ce qui les rapprochait et toute l’absurdité des murs, réels ou imaginaires, qu’on peut dresser entre elles. Où la religion peut unir, les enjeux politiques peuvent diviser…
J’ai alors fait le rêve d’un monde où comme dans mon roman « Le Petit Malik », Salomon, Abdou et Malik pourraient être amis partout. Un rêve très accessible tant nos cultures, nos traditions sont cousines, si on veut bien faire l’effort de s’intéresser à l’autre. Un monde où on pourrait dire Aïd Mabrouk, Chana Tova, fêter les Inès selon le calendrier chrétien ou tout simplement se féliciter qu’un nouveau jour se lève. Un monde où l’on pourrait souhaiter le meilleur à son voisin et à son prochain, qu’il soit croyant ou pas, d’où qu’il vienne. Un monde où on se souviendrait que shalom et salam signifient paix. Ce monde serait aussi celui où Juifs et Musulmans célèbreraient ensemble et côte à côte Roch Hachana et l'Aïd el-Fitr.
Mabrouck Rachedi, écrivain, est l'auteur du Petit Malik (Ed. Lattès) et co-auteur, avec Habiba Mahany, de La petite Malika, à paraitre le 15 septembre 2010 aux Editions Lattès.



13.09.10 01:06:10,