Samarra


L'aventure Samarra continue !

par Aug Email

 

 

 

Entamée en 2007, l'aventure Samarra continue !

Après près de 6 ans passés en compagnie de Mondomix, nous avons appris avec beaucoup de tristesse que les responsables du site ne pouvaient plus poursuivre l'expérience menée, faute de moyens. Cet échec financier démontre la difficulté d'offrir un contenu riche et varié à l'ère du numérique. Nous saluons chaleureusement le travail accompli par Mondomix et toute son équipe.

 

Pour sa part, la joyeuse équipe de Samarra, composée de Véronique Servat, Julien Blottière, Jean-Christophe Diedrich et Etienne Augris, n'est néanmoins pas prête de renoncer à vous faire découvrir ce qui fait la richesse de notre monde et est plus motivée que jamais pour continuer. Les 2000 pages quotidiennes vues par nos lecteurs sont un encouragement.

 

Et le petit texte placé en exergue de Samarra a toujours du sens dans un monde où la tentation est forte de simplifier la réalité et la complexité et d'enfermer l'Autre dans nos préjugés. Voici donc notre programme :

 

Pour connaître et comprendre le monde, partons en voyage dans le temps et dans l'espace. Rien de mieux pour cela que de découvrir des musiques, des livres, des BD, des films, de l'art.... Samarra est le nom d'une ville d'Irak. En arabe, son nom signifie "celui qui l'aperçoit est heureux".


Dans un premier temps, nous mêlerons ici de nouveaux articles et d'anciens articles réactualisés.

 

"Les Grands" de Syvain Prudhomme

par blot Email

Dans son dernier roman paru à la rentrée, les Grands, Sylvain Prudhomme nous raconte l'histoire d'un amour contrarié. En creux, il nous offre une plongée fascinante dans l'histoire tourmentée de la Guinée Bissau et de sa plus célèbre formation musicale, le Super Mama Djombo.  

Les Grands s'ouvre sur l'annonce du décès de l'ancienne chanteuse du groupe, Dulce. Son ancien amant, le guitariste Couto, évincé par un des principaux dignitaire du pays, décide de lui rendre un dernier hommage. Il jouera le soir-même à Bissau  avec les autres membres du groupe en dépit du contexte politique explosif. A la veille des élections, Neves - l'homme fort du régime et mari de la défunte - semble bien décider à conserver à tout prix le pouvoir, quitte à fomenter un coup d'état.


 

  "Les Grands", de Sylvain Prudhomme, éd. L'Arbalète / Gallimard, 256 p, 19,50euros.
 

 

A partir de cette situation initiale, l'écrivain dévide son écheveau autour de trois histoires enchevêtrées: celles d'un pays, d'un couple et d'un groupe. Dans les pas de Couto, le lecteur assiste à la lutte contre le colonisateur portugais, puis aux premiers pas du jeune Etat africain. Les immenses espoirs suscités par l'émancipation coloniale sont bientôt douchés par les régimes militaires successifs, responsables de l'inféodation actuelle de l'Etat guinéen aux narcotrafiquants d'Amérique centrale.

La force du récit tient à l'omniprésence de la musique. Prudhomme s'est faire partager au lecteur son admiration pour le Super Mama Djombo dont il égrène les paroles au fil des pages. Ce groupe domina pendant trois décennies la scène musicale bisséenne grâce à de puissantes compositions et un répertoire en phase avec les vicissitudes historiques du pays

 


Le nom du groupe est emprunté à une divinité féminine locale, à laquelle se réfèrent constamment les guérilleros. Les premières compositions du Super Mama Djombo - chanté en créole et non en portugais - célèbrent la lutte de libération du PAIGC (le parti anticolonialiste) comme sur les titres
Guiné Cabral ou "Sol maior para comanda". Sur ce morceau fleuve, un narrateur loue les mérites d'Amilcar Cabral et du PAIGC dont le Super Mama Djombo s'impose bientôt comme l'orchestre officiel.

Le groupe connaît ainsi son heure de gloire au lendemain de l'indépendance grâce à des prestations scéniques brillantes et à la diffusion de ses morceaux sur la radio nationale bissau-guinéenne. En tournée à Cuba en 1978, les musiciens reçoivent les honneurs du Festival musical de la jeunesse de La Havane. Leur succès s'étend à toute l'Afrique lusophone, alors même qu'ils n'ont encore jamais enregistré. En 1980, au cours d'une unique session d'enregistrement à Lisbonne, Super Mama Djombo grave six heures de chansons qui constitueront le matériel des 5 albums diffusés par le label national Cobiana records.

 

 


En novembre 1980, le renversement de Luis Cabral par un nouveau régime militaire entraîne la marginalisation du Super Mama Djombo, associé dès lors aux "années Cabral". A l'enthousiasme de l'indépendance succède rapidement la désillusion face à l'autoritarisme d'un régime incapable de faire reculer la pauvreté endémique. Aussi, le Super Mama Djombo prend-il peu à peu ses distances avec le pouvoir et aborde de manière très critique la situation du pays. Sur un de leurs morceaux les plus célèbres (le prodigieux Dissan Na M'bera), les musiciens dénoncent la corruption et le clientélisme. " Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle. Sur le titre, la voix mystérieuse de la chanteuse du groupe (la Dulce du roman) subjugue et fascine l'auditeur.

Désormais supplanté par les groupes de hip-hop locaux, le Super Mama Djombo n'en continue pas moins d'exister. Après vingt ans de mustisme, le groupe s'est reformé dans les années 2000 pour enregistrer l'album Ar puro (en 2009).

 

Vous l'aurez compris, nous vous recommandons chaudement la lecture des Grands avec dans les oreilles, bien sûr, une chanson du Super Mama Djombo.

 

 
 
Sources et liens:
- Sélection de morceaux du SMD par Sylvain Prudhomme sur Radio Nova.
- Armelle Enders:"Histoire de l'Afrique lusophone", Chandeigne, 1994.
- L'émission consacrée à La Guinée Bissau dans le cadre d'une excellente série sur les indépendances africaines diffusée en 2009 par France Culture.
- Yves Léonard:"La fin de l'Afrique portugaise", Les Collections de l'Histoire, n°49, octobre 2010.
- Sylvie Clerfeuille: "l'Afrique lusophone bercée par la saudade" (PDF).
- Nous avons consacré d'autres posts à l'émancipation des colonies portugaises et aux leaders nationalistes sur Samarra: "les décolonisations africaines en musique (1960-1990)", "les pères des indépendances africaines", "Quand les Cubains exportaient la révolution en Afrique".
- Florent Mazzoleni: L'épopée des musiques africaines, Hors collection, 2008. 

 

Cosimo Matassa (1926-2014)

par blot Email

Propriétaire d'un studio de légende, Cosimo Matassa vient de s'éteindre. Il fut l'un des principaux artisans de l'éclosion du rythm'n'blues de la Nouvelle-Orleans. Fils d'un immigré italien, Matassa se passionne très tôt pour la musique de Crescent City et ouvre un magasin de disques au lendemain de la seconde guerre mondiale. Sollicité par de nombreux musiciens en quête de notoriété, il fonde en 1946 un microscopique studio baptisé J & M. Les locaux sont si exigües qu'ils permettent tout juste d'y installer un piano à queue, quant à la cabine technique, un producteur peut tout juste s'y glisser aux côtés du maître des lieux.

 


Les retrouvailles de trois légendes du New Orlean's sound: Dave Bartolomew, Cosimo Matassa et Allen Toussaint.

 

 

Dans son "Encyclopédie du Rythm & Blues et de la Soul", Sebastian Danchin revient sur l'apport considérable de Cosimo au New Orleans sound: "Avec le temps, le studio se déplace à plusieurs reprises à travers la ville, mais il ne se départira jamais de l'amateurisme (1) qui frappe ceux qui le visitent: les équipements de Matassa sont pour le moins rudimentaires (...), mais le son que cet ingénieur du son de génie parvient à obtenir est incomparable: les cuivres ronflent, la basse et la grosse caisse (deux éléments du son constitutif du son néo-orléanais) possèdent une rondeur très inhabituelle et le piano y résonne comme nulle part ailleurs, donnant au rythm & blues local une tonalité inimitable." (2) Les grandes firmes discographiques (Atlantic, Specialty) ne s'y trompent pas et envoient leurs artistes enregistrer chez Cosimo.


Entre la fin des années 1940 et le début des années 1970, la majorité des best-sellers produits à la Nouvelle-Orleans le sont au Cosimo's Studio; citons entre autres: Good rockin' tonight de Roy Brown, Tell it like it is d'Aaron Neville, Tutti Fruti de Little Richard, Barefootin' de Robert Parker, The Fat Man ou Blueberry Hill de Fats Domino, The things I used to do par Guitar Slim.




Notes: 
1. L'été, en guise de climatisation, Matassa glisse des blocs de glace près des fenêtres ouvertes. Grâce aux ventilateurs, il crée un courant d'air frais qui rend la température ambiante supportable.

2. L'orchestre régulier du studio est dirigé par Dave Bartolomew, trompettiste, chef d'orchestre, compositeur et arrangeur de très grand talent. 


Sources:
- Sebastian Danchin: "Encyclopédie du rythm & blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Cosimo's studio", livret du disque de Fats Domino dans la série Jazz & Blues aux éditions Atlas.

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