Samarra


Cosimo Matassa (1926-2014)

par blot Email

Propriétaire d'un studio de légende, Cosimo Matassa vient de s'éteindre. Il fut l'un des principaux artisans de l'éclosion du rythm'n'blues de la Nouvelle-Orleans. Fils d'un immigré italien, Matassa se passionne très tôt pour la musique de Crescent City et ouvre un magasin de disques au lendemain de la seconde guerre mondiale. Sollicité par de nombreux musiciens en quête de notoriété, il fonde en 1946 un microscopique studio baptisé J & M. Les locaux sont si exigües qu'ils permettent tout juste d'y installer un piano à queue, quant à la cabine technique, un producteur peut tout juste s'y glisser aux côtés du maître des lieux.

 


Les retrouvailles de trois légendes du New Orlean's sound: Dave Bartolomew, Cosimo Matassa et Allen Toussaint.

 

 

Dans son "Encyclopédie du Rythm & Blues et de la Soul", Sebastian Danchin revient sur l'apport considérable de Cosimo au New Orleans sound: "Avec le temps, le studio se déplace à plusieurs reprises à travers la ville, mais il ne se départira jamais de l'amateurisme (1) qui frappe ceux qui le visitent: les équipements de Matassa sont pour le moins rudimentaires (...), mais le son que cet ingénieur du son de génie parvient à obtenir est incomparable: les cuivres ronflent, la basse et la grosse caisse (deux éléments du son constitutif du son néo-orléanais) possèdent une rondeur très inhabituelle et le piano y résonne comme nulle part ailleurs, donnant au rythm & blues local une tonalité inimitable." (2) Les grandes firmes discographiques (Atlantic, Specialty) ne s'y trompent pas et envoient leurs artistes enregistrer chez Cosimo.


Entre la fin des années 1940 et le début des années 1970, la majorité des best-sellers produits à la Nouvelle-Orleans le sont au Cosimo's Studio; citons entre autres: Good rockin' tonight de Roy Brown, Tell it like it is d'Aaron Neville, Tutti Fruti de Little Richard, Barefootin' de Robert Parker, The Fat Man ou Blueberry Hill de Fats Domino, The things I used to do par Guitar Slim.




Notes: 
1. L'été, en guise de climatisation, Matassa glisse des blocs de glace près des fenêtres ouvertes. Grâce aux ventilateurs, il crée un courant d'air frais qui rend la température ambiante supportable.

2. L'orchestre régulier du studio est dirigé par Dave Bartolomew, trompettiste, chef d'orchestre, compositeur et arrangeur de très grand talent. 


Sources:
- Sebastian Danchin: "Encyclopédie du rythm & blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Cosimo's studio", livret du disque de Fats Domino dans la série Jazz & Blues aux éditions Atlas.

De la musique et de la lecture pour l'été sur l'histgeobox

par Aug Email

Une famille du Sud à son arrivée à Chicago en 1922

 

C'est l'été sur Samarra et l'histgeobox, l'occasion d'écouter de la musique ... et de faire de l'histoire-géo. Nous vous proposons une dizaine d'articles qui vous permettront de voyager dans l'Antiquité au coeur de la Gaule romaine, sur les traces d'Ulysse et dans les pas des femmes, rarement à l'honneur en cette période. Si vous préférez Détroit et la riche histoire du blues en lien avec la "Grande migration", trois articles vous montrent le chemin qui vous conduira du Sud au Nord, des champs de métayers aux usines automobiles Cadillac. Puis, centenaire de a Grande guerre oblige, écoutez ce que Brassens a à nous dire :

 

"En attendant, je persévère
A dir' que ma guerr' favorit'
Cell', mon colon, que j'voudrais faire,
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit !"

 

Enfin il ne vous aura pas échappé que cette année, Patrick Bruel et Michel Sardou ont fait leur entrée sur l'histgeobox !

  

 

Bon été et bonne écoute à tous sur l'histgeobox !

 

 

Jaurès, ici et maintenant. Un entretien avec Benoît Kermoal.

par vservat Email

Une grande exposition consacrée à Jaurès vient de fermer ses portes aux Archives Nationales, une autre se déploie actuellement sous la coupole du Panthéon, ce soir, 8 juillet, la chaîne Arte diffuse un documentaire consacré au fondateur de l'Humanité. Sur écran, sur panneaux mais aussi sur papier (biographies, publications diverses, numéros spéciaux de la presse etc), Jaurès est partout. 2014 est son année : on commémorera à la fois le centenaire de son assassinat au café du Croissant mais aussi la palpable actualité de sa pensée politique. Il nous a donc semblé opportun et légitime de porter un regard sur l'homme, sur les commémorations et publications en cours ainsi que sur les instrumentalisations qui accompagnent souvent ces moments mémoriels. Benoît Kermoal(1), familier de Jaurès, dont il ne cesse de croiser la route en raison de ses recherches a accepté de répondre à quelques questions portant sur l'actualité de cette figure dont la trajectoire vient croiser celle de la Grande Guerre. Une exploration de la sphère scientifique, scolaire, éditoriale et même musicale...
 
 
 
 
1/ 2014, expositions, commémorations, publications scandent l'année dédiée à Jean Jaurès. D'ordinaire, on se cale davantage sur la naissance que sur la mort de la personne dont on souhaite rappeler l'œuvre. Que nous dit l'assassinat de Jaurès que sa vie ne nous dit pas ?
 
- Le centenaire de la mort de Jaurès suit chronologiquement la célébration du 150e anniversaire de sa naissance en 2009, qui avait déjà suscité pas mal d’intérêt, de publications ou de conférences sur le sujet. Mais il est évident que les circonstances dramatiques de sa mort entraînent une plus forte attention en 2014 sur Jaurès et son œuvre. On peut penser que le commémorer cette année permet de l’inclure dans les célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale, en insistant sur une donnée qui est parfois un peu mise de côté : s’il est vrai que la guerre concerne avant tout les soldats, et on peut voir que le centenaire de 14 insiste sur les différents aspects militaires, 
ce conflit a également bouleversé la société et la vie politique. Du coup, s’arrêter sur le sort de Jean Jaurès permet de mieux comprendre comment une catégorie importante de la gauche de l’époque a tenté d’éviter le conflit et comment aussi elle est entrée ensuite, presqu’en même temps que la mort de Jaurès, dans l’acceptation de la guerre, l’Union sacrée et l’idée de participation à une guerre qui se voulait défensive.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au-delà de l’assassinat du 31 juillet 1914, je crois que l’action de Jaurès permet aujourd’hui de mieux reconstituer historiquement ce qui fait l’identité socialiste des premiers jours de la guerre : sa disparition est un traumatisme pour les socialistes, cela a entraîné un choc profond ; puisque Jaurès est mort après avoir tout fait pour arrêter la guerre, beaucoup de militants se disent qu’il faut maintenant accepter le conflit, d’autant encore une fois que l’opinion publique se persuade dès les premières heures de la guerre que les Allemands sont les agresseurs. Il y a une résignation évidente, peu prévisible quelques jours auparavant. Mais si on regarde de près les initiatives lancées dans la cadre du centenaire de la mort de Jaurès, on se rend compte qu’elles vont bien au-delà de l’assassinat : on étudie le parcours entier du socialiste, on s’intéresse à ses évolutions, à ses combats, à sa pensée et on redécouvre également tout un ensemble d’écrits puisque de nombreuses publications actuelles sont en réalité des anthologies commentées de textes de Jaurès.
 
 
2/ Les archives nationales lui ont consacré une importante exposition. Elle commence d'ailleurs par l'attentat du café du Croissant. On y découvre les héritages, les engagements, les multiples facettes de l'homme politique. C'est peut être du côté de l'histoire sociale que l'exposition est la moins prolixe. Pourtant ce sont les mineurs de Carmaux qui accompagneront sa dépouille jusqu'au Panthéon. En quoi ses engagements auprès des travailleurs ont-ils été si déterminants ?
 
- Tout d’abord je ne suis pas certain que l’exposition aux Archives Nationales n’évoque pas suffisamment la question sociale. On pouvait y voir le soutien apporté par Jaurès à de nombreuses grèves, les voyages militants qu’il fait à la rencontre avant tout des classes populaires. La difficulté d’une exposition sur Jaurès est de refléter tous les aspects d’une vie très riche en expériences, comme le soulignait Madeleine Rebérioux, Jaurès c’est « un continent », et je crois que l’exposition a pu rendre compte de tous les aspects, y compris concernant l’histoire sociale.
 

Plus largement, le lien entre Jaurès et le monde du travail est effectivement très fort : il devient socialiste, après avoir été élu comme député républicain, par ses contacts nombreux avec la classe ouvrière à Carmaux ou à Albi à la fin du XIXe siècle. Cet intellectuel considère que la république doit aboutir logiquement au socialisme, et donc à l’égalité. C’est pourquoi il attache une grande importance aux ouvriers, mais aussi aux paysans. Jusqu’au bout il mène le combat pour l’amélioration de la condition ouvrière et paysanne. Cela passe par des mesures immédiates et il fait tout pour les obtenir, avec d’autres : c’est la première loi sur les retraites en 1910, même s’il considère qu’elle est imparfaite ; c’est la limitation du temps de travail, la réforme fiscale adoptée en juillet 1914. Dans un premier temps pour Jaurès, il faut donc au quotidien obtenir un certain nombre de réformes qui améliorent la condition des plus faibles. Mais il n’oublie jamais l’autre dimension du socialisme : ces réformes, même imparfaites, ne sont pas une fin en soi. Il faut aller au-delà et Jaurès a une conscience pleinement révolutionnaire. Il souhaite que, par la lutte des classes, le socialisme puisse créer une nouvelle société. Les deux dimensions de Jaurès sont présentes, et cela explique qu’aujourd’hui encore, on puisse faire une interprétation différente de sa pensée qui est bien plus riche que quelques citations pourraient le laisser penser.
 
Il faut aussi, dans son rapport au monde des travailleurs, s’intéresser du point de vue historique à la réception de ses écrits, de ses discours, de ses interventions publiques. C’est un penseur, un philosophe, et même dans ses discours destinés aux militants ouvriers, il a une éloquence et des références intellectuelles qui pourraient faire obstacle à la compréhension du peuple. Je crois qu’on a beaucoup à apprendre, à étudier, sur la réception des interventions publiques de Jaurès et sur la manière dont les simples militants comprennent réellement ses paroles et sa pensée. Jaurès est conscient de ce type de difficultés, je crois, c’est pourquoi il s’intéresse autant aux questions d’éducation, de pédagogie. Au cours de sa carrière politique, on voit qu’il simplifie ses discours, qu’il raccourcit ses articles : c’est qu’il arrive à se faire davantage comprendre en étant à l’écoute de son auditoire. Sa pensée n’est pas figée et s’adapte pour que les classes populaires le comprennent au mieux. Mais il faut encore étudier la réception de ses écrits et discours, même si ce sont des objets historiques difficiles à cerner.
 
 
 
3/ Nous entrons aussi en 2014 dans les commémorations du Centenaire de la Grande Guerre. Il y a peu de mise en relation entre les deux dans les manifestations organisées. De même alors que la Grande Guerre est devenu un objet d’étude incontournable des programmes scolaires, Jaurès est une figure qui y tient peu de place. Comment expliquerais-tu cette déconnexion et cet effacement ?
 
- Je pense que célébrer la disparition de Jaurès aide justement à donner du concret, du politique, aux cérémonies du Centenaire de la Grande Guerre, en faisant que cela ne se limite pas aux souvenirs des grandes batailles et des faits militaires. C’est aussi intégrer de plain pied une mémoire militante dans l’histoire de France, et considérer que Jaurès incarne cette France républicaine et socialiste qui a elle aussi accepté les sacrifices.
 
En ce qui concerne la question des programmes scolaires, on se rend effectivement compte que dans les intitulés généraux, la dimension des acteurs de l’histoire semble être passée au second plan. En même temps, et c’est peut-être paradoxal, on voit dans l’histoire savante mais aussi dans l’histoire enseignée, que la reconstitution de parcours personnels est de plus en plus valorisée pour aider à faire comprendre les grandes dimensions historiques. C’est-à-dire que des histoires personnelles aident à mieux saisir les spécificités d’une époque et encore plus à mieux comprendre les périodes de crise. Alors je crois que dans la pratique des enseignants, il faut justement redonner « corps » à l’histoire par ce biais. Est-ce que cela passe obligatoirement par l’évocation d’itinéraires des grands hommes et des grandes femmes de l’histoire ? Là je ne sais pas trop, mais si je me base sur ma propre expérience d’enseignant, on peut très bien manier le programme officiel de façon à évoquer dans les cours celles et ceux dont on estime l’action déterminante selon les périodes historiques. Jaurès peut être évoqué par exemple dans le chapitre sur l’histoire des médias et des crises politiques du programme d’histoire de terminale. Après, sans doute que les instructions officielles, ainsi que les outils dont on dispose, sont parfois « frileux » en ce qui concerne les acteurs politiques. Rien ne me semble contradictoire entre une pratique distanciée de l’enseignement de l’histoire et le choix de s’arrêter davantage sur tel ou tel acteur qui nous intéresse plus particulièrement.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
4/ Jaurès a peut être une place modeste dans l'histoire enseignée, mais les hommes politiques - de N. Sarkozy à Manuel Valls plus récemment - usent et abusent de son image, de son héritage. Quel est selon toi le sens de ce grand écart, Pourquoi Jaurès semble-t-il aussi actuel ?
 
- Il est vrai que de plus en plus les responsables politiques actuels semblent chercher dans l’Histoire des modèles ou des justifications pour les politiques qu’ils souhaitent mettre en place. Cela ne me paraît pas un problème si on ne fait pas que ça ! En clair, avoir des modèles historiques, c’est bien, mais avoir un programme tourné vers le présent et l’avenir, c’est mieux selon moi. Alors peut-être que justement l’attention accordée à des hommes comme Jaurès s’explique par une certaine peur d’aller de l’avant. On essaye de trouver dans le passé ce que l’on n’ose pas trouver dans l’avenir...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cependant, dans le cas de Jaurès, il est évident que son parcours peut incarner un modèle pour la gauche et l’ensemble des républicains. Sur la laïcité, sur la justice, sur le courage et la vérité en politique, et sur également la dimension sociale et égalitaire, ou encore sur les liens entre la société et la défense, l’action et la pensée de Jaurès sont toujours des repères importants.
 
L’utilisation qu’en font les responsables politiques actuels ne me dérange pas, si elle est réellement informée et fiable. De ce point de vue, l’utilisation faite par certains responsables de la droite, voire de l’extrême-droite, peut paraître avec un peu de recul, assez ridicule. Mais encore une fois Jaurès est à la fois socialiste et républicain, donc chacun peut y trouver son compte. A gauche, l’héritage de Jaurès divise aussi, mais là encore selon moi établir les divisions de la gauche actuelle sur son dos n’a pas grand sens. D’ailleurs, si on regarde bien, on ne trouve pas dans la masse de publications sur Jaurès, de livres écrits par des responsables politiques (si on laisse de côté un pamphlet écrit par un ancien député UMP). Pour d’autres « héros » nationaux, la liste des biographies, essais, etc, est longue. Là dans le cas de Jaurès, on ne trouve pas de nos jours grand chose. C’est un paradoxe, mais sans doute cela montre-il que d’un point de vue historique, Jaurès ne leur est pas si connu, peut-être parce qu’il est assez difficile à cerner. Visiblement, beaucoup connaissent davantage Napoléon et publient des ouvrages sur lui. Peut-être que le centenaire de son assassinat va rapidement changer la donne.
 
 
5/ Quels aspects de la recherche se renouvellent le plus le concernant ? Les commémorations de 2014 semblent insister davantage sur l’individu. Pourtant Il s’est aussi inscrit dans des combats et des réalisations collectives. Comment cela s’articule-t-il dans les travaux et publications récentes ?
 
- Sur ce point, il faut saluer tout d’abord la publication de la biographie écrite par les deux plus grands spécialistes de Jaurès, Gilles Candar et Vincent Duclert (2) . Aussi étonnant que cela paraisse, on ne disposait pas de grande biographie scientifique récente sur lui, c’est aujourd’hui le cas. L’approche biographique est en effet liée à d’autres domaines d’études et effectivement de ce côté là, plusieurs recherches sont en cours ou viennent d’aboutir. De mon point de vue, quelques domaines sont particulièrement intéressants : il y a tout d’abord l’étude du pacifisme d’avant 1914, de l’attention accordée à la loi des trois ans de 1913, des liens entre le pacifisme du mouvement ouvrier et la défense nationale. Je pense que sur ce sujet, il y a encore plein de choses à apprendre, en particulier comment Jaurès permet à l’ensemble du mouvement ouvrier de s’emparer de ces questions.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’étude historique doit également passer par la question de l’internationalisme, et non pas rester dans un cadre purement national. Sur cette question, les travaux en cours d’Elisa Marcobelli (3)  nous permettront de mieux connaître ce qu’est ce pacifisme socialiste sous toutes ses formes avant 1914. C’est encore dans une dimension internationale que d’autres tra
vaux nous apportent du neuf sur Jaurès : c’est un acteur important de la Deuxième Internationale, il est de plus en plus important dans ces réunions. Or, l’histoire transnationale de ce type d’organisations est encore assez récente, malgré l’antériorité des études de Georges Haupt. Ainsi Emmanuel Jousse, qui s’intéresse également de près aux questions de traduction, rend compte de ces transferts culturels entre le socialisme de Jaurès, le travaillisme anglais ou la social-démocratie allemande. C’est je crois une dimension très importante de la recherche historique récente.
 
Également, l’étude de la culture militante socialiste du temps de Jaurès me semble encore devoir être menée sur bien des aspects. Le rapport à la violence politique, l’étude du bagage théorique des militants de base, l’attention portée à la nécessaire éducation militante, sont autant de points qu’il faut aujourd’hui mieux connaître. C’est, je crois, ce qui permet aussi de comprendre l’adhésion des socialistes à la guerre. Le souvenir de Jaurès dans ces années de combat est très présent, et c’est une référence, voire une justification, pour les socialistes qui se battent. Enfin, les usages mémoriaux de Jaurès dès sa mort, jusqu’à aujourd’hui sont aussi au centre de plusieurs études historiques.
 
6/ Parmi tout ce qui se publie et se monte cette année, quel choix opérerais-tu pour avoir une vision un peu équilibrée du sujet ? y’a-t-il eu aussi des choses saugrenues ou décalées qui ont été proposées au public ?
 
- Il est vrai que de nombreuses publications ont lieu et vont encore avoir lieu dans les mois qui viennent. Question difficile que de choisir parmi tout cela. Mais encore une fois la biographie de Candar et Duclert me semble incontournable tout d’abord. Ensuite le livre de Jacqueline Lalouette (4), Jean Jaurès, l’assassinat, la gloire, le souvenir , apporte de nombreux éléments sur sa disparition et sur l’entretien de sa mémoire à travers les usages militants, mais aussi la construction de statues, les noms de rues, etc. Pour moi ce sont les deux incontournables. Il faut encore lire Jaurès et sur ce point l’anthologie présentée par Marion Fontaine(5)  est très précise, procure une très bonne connaissance des écrits de Jaurès. C’est également le cas du prochain tome des œuvres complètes de Jaurès qui sort à l’automne 2014 et qui porte sur le pluralisme culturel, ce qui permettra en particulier de mieux connaître les écrits jaurésiens sur les autres continents, la colonisation et sur sa tournée en Amérique latine en 1911.
 
Dans un autre domaine, j’ai bien aimé le livre de jeunesse de Tania Sollogoub (6), Le dernier ami de Jaurès , c’est un roman passionnant, je le conseille vraiment. Enfin on prévoit la parution d’une autre biographie publiée par un Américain,Geoffre Kutz (7) cela peut être un utile complément au livre de Candar-Duclert. En ce qui concerne les choses saugrenues proposées au public, oui, les commémorations entraînent toujours de telles publications, cela existe pour Jaurès, mais pas tant que ça. Pour le moment, je n’ai vu que deux ouvrages qui me semblent totalement inutiles, le plus simple est de ne pas en parler....
 
7/ Les invités de Samarra ont le droit de constituer une playlist. Si je te dis Jaurès en 5 titres tu réponds quoi ? Argumente !
 
- Évoquer Jaurès sans nommer la chanson de Brel, ce serait un peu un sacrilège sans doute ! Mais je conseillerais la version du groupe anglais Black Veils. Ensuite, de pas évoquer  Give peace a chance  de John Lennon serait dans ce cas un autre sacrilège non ? Par ailleurs, pour savoir parfaitement ce que cela signifie  le vent dans l’avenue Jean Jaurès , la chanson  Brest  de Miossec s’impose aussi ici. Jaurès est originaire du Midi toulousain, donc L’anniversaire  des Fabulous Trobadors me semble être également parfaitement adaptée. Enfin, ce serait dommage de ne pas citer un chant révolutionnaire : alors j’ai une tendresse particulière pour In ale gasn , une chanson yiddish contre le tsar en Russie avant 1914 qui a été fréquemment reprise ensuite.
 
 
Un grand merci à Benoît Kermoal de la part de l'équipe de Samarra  !!  Et pour clotûrer l'entretien, écoutez sa playlist !
 
 
 
 
 Toutes les photos sont tirées de l'exposition consacrée à Jean Jaurès au Panthéon. @Vservat
 
 
 Notes : 
 
(1) Benoît Kermoal est professeur d’histoire-géographie au lycée Saint Exupéry de Mantes-la-Jolie, doctorant à l’EHESS, le sujet de thèse étant Les socialistes au combat : guerre, paix et violences dans les pratiques militantes (1914-1940) . Membre du conseil d’administration de la société d’études jaurésiennes, présidée par Gilles Candar. Rédacteur des notes hebdomadaires « les notes Jaurès » pour la Fondation Jean-Jaurès, de janvier à juillet 2014 (en ligne : http://www.jean-jaures.org/2014-annee-Jaures/Les-notes).

(2)Gilles Candar, Vincent Duclert, Jean Jaurès, Paris, Fayard, 2014.

(3)Voir par exemple, Elisa Marcobelli , La France de 1914 était-elle antimilitariste ? Les socialistes et la loi des trois ans, Fondation Jean-Jaurès, 2013 (en ligne : http://www.jean-jaures.org/Publications/Essais/La-France-de-1914-etait-elle-antimilitariste). Sa thèse en cours porte sur l’opposition à la guerre au sein de la Deuxième Internationale.

(4)Jacqueline Laouette, Jean Jaurès, l’assassinat, la gloire, le souvenir, Paris, Perrin, 2014.

(5)Marion Fontaine, Ainsi nous parle Jean Jaurès, Paris, Fayard/Pluriel, 2014.

(6)Tania Sollogoub, Le dernier ami de Jaurès, Paris, l’école des loisirs, 2013. (7)Geoffre Kutz, Jean Jaurès,The inner life of Social Democraty, Penn State University Press, à paraître en août 2014.

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