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Révolution, Révolutions. Entretien avec Guillaume Mazeau.

par vservat Email

"Les révolutions animent toutes les passions" disait Jean Jaurès en paraphrasant Georges Danton. En effet. Alors que la Révolution Française peine à sortir de l'ombre depuis 1989, que les héritages de 68 sont régulièrement villipendés dans le discours public comme autant de signes de la dégénérescence de nos sociétés, les récentes révolutions tunisiennes et égyptiennes ont suscité autant d'enthousiasme que de fascination. Honnie ou vénérée, rejetée pour ses violences, mais souhaitée pour ses capacités à transfromer les ordres anciens, la révolution est un objet d'histoire vivant, complexe et, de ce fait, passionnant.

 

Récemment sur l'Histgeobox, je vous proposais un tour d'horizon des révolutions et contestations de l'année 1968 à l'aide d'un titre emblématique mais sans doute un peu décalé paru cette année là, le "Revolution" des Beatles.

 

Pourquoi ne pas compléter cette première approche  par une mise en perspective diachronique des mécanismes révolutionnaires, permettant de décentrer notre regard de cette année charnière en la replaçant donc, dans le temps long de l'histoire ? On peut alors partir à la recherche d'un fil rouge, identifier les héritages, relever les convergences, ou, a contrario, faire émerger les ruptures et les singularités propres à chaque épisode.

 
Guillaume Mazeau [1], a bien voulu éclairer de son expertise de spécialiste du XVIIIème siècle le moment 68. L'interêt de ses réponses va bien au delà de cette simple comparaison ; elles montrent à quel point le sujet s'ancre dans le présent et nous permettent de mieux lire des processus parfois difficiles à saisir lorsque le rythme de l'histoire devient, subitement, plus rapide.
 
Pour garder le tempo, nous vous proposons, pour terminer en musique, comme d'habitude, une sélection de titres à la fin de l'entretien sur ce sujet.
Bonne lecture, bonne écoute !

 

* * * * *

 

 

En 1968, les étudiants, les ouvriers, les afro-américains qui participent aux mouvements contestataires ne sont pas tous mus par les mêmes aspirations au changement. Pourtant certaines de leurs luttes convergent, certains mots d’ordre franchissent les frontières géopolitiques ou socio culturelles pour servir l’idée de changement. Lors de quels épisodes révolutionnaires de l’année 89, retrouve-t-on ce type de schéma et qui transportent-t-ils dans l’action ?

 

Comment se fait-il qu’en 1789 un forgeron du Vivarais, un limonadier parisien et un laboureur de l’Artois aient pu partager les mêmes espérances ? Pour que les révoltes puissent prendre une certaine ampleur, voire se muer en révolutions, il faut souvent que les intérêts individuels, sectoriels ou communautaires circulent, se croisent, se transforment et s’universalisent, créant une nouvelle communauté fictive. C’est ce processus qui réussit en France en 1789.

 

En 1787-1788, le mécontentement ne part pas de Paris mais des provinces du royaume de France : en Bretagne, dans le Dauphiné, en Normandie ou en Lorraine, le conflit entre le roi et les parlements provoque des coalitions de nobles libéraux, de clercs et de bourgeois qui, influencés par la Révolution américaine, tentent de fédérer leurs revendications par l’« union des classes » (c’est-à-dire de tous les parlementaires du royaume), et tentent d’élargir leur mouvement aux couches populaires en utilisant les mots « patriote », « citoyen » et « nation », diffusés par les brochures et pamphlets.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

["Le serment du jeu de Paume, 20 juin 1789" de Jacques-Louis David,1791.] 

 

 

 

 

 

Si cela marche, c’est que le mécontentement vient aussi d’en bas : depuis plusieurs années, la crise économique, la disette et le sentiment d’injustice écrasent les paysans et les populations urbaines, qui expriment de plus en plus leur mécontentement. Au printemps 1789, la rédaction des cahiers de doléances puis la réunion des Etats Généraux à Versailles, initialement organisées pour trouver une solution à l’impasse fiscale, contribuent à relier entre elles les revendications les plus éparses et à radicaliser l’opposition au « despotisme ». Pendant l’été 89, alors qu’en province, les patriotes et communautés se fédèrent progressivement pour défendre les « droits de la nation », Paris devient le creuset de ces mouvements géographiquement et socialement divers. Il ne reste qu’un événement pour symboliser ce processus de coalescence : dans l’imaginaire collectif, la prise de la Bastille fait passer le mouvement fédératif à une révolution nationale, polarisée sur Paris et fondée sur le « peuple ». Pour que cette alchimie réussisse, pour que des populations si diverses puissent converger sur un socle commun (renverser le régime), il aura fallu des décennies de souffrances, d’injustices, de crises et d’erreurs politiques. Mais comme l’alchimie est imparfaite. Non seulement les conflits ne tardent pas à diviser les patriotes, mais la révolution se fait en laissant de côté de nombreux exclus, dont les femmes, les pauvres et les noirs.

 

 

 

Les acteurs (intellectuels, étudiants, ouvriers) des mouvements contestataires ou révolutionnaires de 1968, pourraient ils être les héritiers de ceux de 1789 ? En quoi ? Sont-ils, au contraire, totalement différents de par leur âge, leurs idéaux ?

 

Beaucoup de mots d’ordre des acteurs de 1968, pétris de la culture de gauche et d’extrême gauche, empruntent à la Révolution. En 68 comme en 89, la rupture générationnelle joue un rôle majeur : les révoltés du baby-boom et les révolutionnaires des Lumières sont des adolescents et des jeunes adultes. En 68, ceux qui apparaissent comme les leaders du mouvement (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, Alain Krivine) viennent de la jeunesse étudiante. En 1789, les patriotes qui s’imposent comme des porte-parole (Lafayette, Danton, Robespierre ou Desmoulins), ont à peine trente ans. Au 20e siècle comme au 18e siècle, les manifestants, insurgés et révolutionnaires s’inspirent de l’Amérique, que ce soit la guerre d’indépendance (1775-1783), ou le mouvement hippie des années 1960.

 

 

 

L'Amérique une source d'inspiration pour les révolutionnaires européens :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

["La déclaration d'indépendance" par J. Trumbull, 1819.]

 

 

[Manifestation étudiante du 7 mai 68 sur les Champs Elysées.@Roger-Viollet]

 

 

 

Mais il faut relativiser l’effet de génération : en 68 comme en 89, la focalisation romantique sur le rôle des « jeunes » dissimule le rôle fondamental joué par des individus mûrs, qui sont souvent au sommet de leur carrière. En 68, dans les usines, le mouvement ouvrier est en grande partie mené par des responsables syndicaux expérimentés. En 89, les premiers députés de la Constituante ont en moyenne 46 ans, ce qui, pour l’époque, est beaucoup. Ceci dit, les contextes sont très différents. Alors que les premiers veulent rompre avec les valeurs d’une société jugée étriquée, issue des années 1930 et 1940, les seconds entendent littéralement faire exploser la société de privilèges et la monarchie absolue, complètement paralysées depuis une trentaine d’années. La radicalité et l’ampleur de la tâche à accomplir ne sont pas du tout les mêmes. Sans compter qu’en 68, une partie des « révolutionnaires » font plus allusion aux révolutions communistes qu’à celles de la fin du 18e siècle.

 

 

 

L’année 68 est marquée par le déploiement d’une multitude de mouvements révolutionnaires qui s’accompagnent de faits violents et de retour de bâtons importants. Est-ce à dire que révolution/violence/contre-révolution (ou réaction conservatrice) sont indissociables et font partie du même processus ?

 

Dans l’histoire, la grande majorité des mouvements révolutionnaires sont en effet suivis de période de répression, de réaction, ou de retour à l’ordre ancien. Ce « retour de bâton » est lié, une fois la parenthèse enchantée passée, à la difficulté toujours rencontrée de stabiliser la Révolution, d’éviter les violences, d’inventer une nouvelle forme de cohésion nationale et d’installer les nouvelles institutions, forcément fragiles, dans le long terme. Le court terme des révolutions contraste souvent avec le long terme des transitions démocratiques, qui, pour réussir, passent souvent par des chronologies politiques non linéaires.

 

Ceci dit, le lien entre Révolution et la Contre-Révolution qui la suivrait inéluctablement est également discutable. Tout d’abord parce qu’une partie des révolutions de la fin du 18e siècle, que ce soit en Amérique ou même en Suisse ou en Belgique, se font au nom d’une défense de valeurs anciennes et de traditions politiques, que les révolutionnaires accusent le pouvoir de ne pas avoir respectées. D’autre part, parce qu’en France, l’impulsion révolutionnaire est aussi donnée dès 1787-1788 par la noblesse que l’on appellera bientôt « contre-révolutionnaire ». Enfin parce qu’il faut bien s’entendre sur la chronologie du « retour de bâton ».

 
En France, on a longtemps parlé de « réaction conservatrice » pour désigner le régime du Directoire. Cette vision est très discutée aujourd’hui : entre 1794 et 1799, malgré la volonté de stabiliser les événements et de réconcilier la nation, le processus révolutionnaire se poursuit, donnant lieu à des avancées majeures, dont les premières lois sur la laïcité (1795).

 

 

 

A la faveur des révolutions dans le monde arabe (ou des émeutes en Angleterre), on a pu constater l’importance des nouveaux outils de communication dans l’organisation des mouvements protestataires. En 68, les journaux étudiants, les radios pouvaient jouer un rôle similaire. Mais en 1789, on fait comment ?

 

En 1789, les idées et mots d’ordre se propagent plus rapidement qu’auparavant en raison de la liberté de la presse et d’expression. Les Français de la fin du 18e siècle disposent d’une grande variété de moyens de communication : les journaux, dont le nombre explose en 89, les brochures, les pamphlets, les chansons, mais aussi les gravures, vendues à la criée ou exposées dans la rue, jouent un rôle important dans la formation politique de l’opinion publique et dans la transformation de la Révolution, du mouvement provincial des premiers mois, à un mouvement national. En général, les moyens de communication et technologies de l’information, souvent pointés du doigt et dénoncés sur la mauvaise influence qu’ils exerceraient auprès des « esprits faibles », jouent en réalité un simple rôle d’adjuvants dans les révoltes et les révolutions. Ils ne sont en rien responsables des idées politiques qui se forgent, ni des solidarités sociales qui participent à la contestation des régimes en place.

 

 

["L'ami du peuple", n°224, de JP Marat, un des journaux de la révolution.]

["Seeds" journal de la contestation étudiante de Chicago en 1968]

 

 

Si on regarde les mouvements contestataires ou révolutionnaires de 68, on constate qu’ils vont de pair avec un important bouillonnement artistique : musical, pictural (on pense aux affiches du mai français) etc… L’art, sous toutes ses formes, témoigne des évènements en cours ou à l’inverse se saisit du bouillonnement des idées et des actions pour créer. Est-ce que c’est déjà observable en 1789 à travers éventuellement quelques œuvres emblématiques ?

 

Pendant longtemps, la Révolution française, accusée d’avoir plongé la France dans un déclin irréversible par rapport à l’Angleterre, a notamment été rendue responsable d’un « Grand Effondrement » culturel. La réalité est très différente.

 

Dans le domaine des arts, la liberté d’exposer, puis la suppression des académies de l’Ancien Régime, qui favorisaient les artistes officiels, permet une démocratisation et un renouvellement sans précédent de la création artistique. Que ce soit dans les domaines de la littérature, de la musique, des arts décoratifs, de la sculpture, des arts graphiques, du théâtre ou des spectacles de plein air, l’expression artistique s’éloigne des carcans académiques et se libère, en parallèle des événements politiques : la plupart des artistes, eux-mêmes plus ou moins engagés dans le processus révolutionnaire, donnent à voir la Révolution et contribuent souvent à la faire. La demande d’instantanéité et de reproduction des images propulse le dessin et la gravure au premier rang des arts graphiques.

 

L’attention portée aux hommes nouveaux et l’avènement de la liberté individuelle font du portrait le genre phare de la peinture. Dans le domaine de la musique, si les compositions de Gossec, Méhul ou Gluck accompagnent les fêtes et cérémonies, les journées révolutionnaires se vivent au son des milliers d’hymnes et de vaudevilles, inspirés du répertoire populaire : depuis longtemps, la chanson accompagne la sédition.

 

 

 

 


[La Mort de Marat, Jacques-Louis David,1793, Musées royaux des Beaux Arts de Bruxelles]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà des artistes les plus célèbres, des centaines de noms moins réputés et encore mal connus, participent à ce bouillonnement culturel, qui bouleverse la vision du monde : ce n’est pas un hasard si en 1793, avec son Marat Assassiné, commandé pour servir la propagande républicaine, Jacques-Louis David, tout en puisant dans la tradition classique et chrétienne, pulvérise l’histoire de la peinture et livre une des premières œuvres contemporaines, contribuant à la naissance de l’abstraction. [2]

 

 

[1] G. Mazeau est Maître de conférence à l'université de Paris 1, membre de l'IHRF  (Institut d'Histoire de la Révolution Française) et du CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire). Il est l'auteur de "Le bain de l'histoire". chez Champs-Vallon (2009). Il anime le blog de critique historique du contemporain "Lumières du siècle".

[2] Autant que l'auteur éclaire lui même cette affirmation, je le cite donc " David s'inspire des portraits des martyrs (modèle de St Sébastien) issus de la propagande de la Contre Réforme, chargés d'uen esthétique baroque, mais transforme cette tradition : il n'y a pas de fond. Si on met à part les signes qui servent le discours politique (mot de Corday, couteau etc.) l'absence de fond, de décor, l'épure des lignes inscrit ce tableau dans uen recherche d'abstraction très nouvelle pour l'époque" 

 

 

Un grand merci à Guillaume Mazeau pour cet  entretien !

 

 

Comme à l'habitude, nous terminons avec une sélection de quelques titres qui constituent une petite playlist des révolutions. Honneur à l'invité qui en a sélectionné 3, d'un éclectisme remarquable :

 

On commence par Bani Watani ("Les fils de ma nation") composé par Chedli Anouar (1956)  et interprété ici par Oulaya pour évoquer la révolution tunisienne, celle de l'indépendance mais aussi celle de jasmin en 2011 qui a conduit au départ de Benali. 

 

Deuxième choix : Hasta Siempre de Carlos Puebla (1965). Carlos Puebla était le chanteur par excellence de la Révolution cubaine qui amena au pouvoir F. Castro en 1959. Ce titre, repris à de multiples reprises, est consacré à l'icône révolutionnaire par excellence, Che Guevara.

 

Plus près de nous Guillaume Mazeau a choisi White Riot de The Clash (1977), premier single du groupe qui appelle de ses voeux des émeutes blanches pour renverser l'ordre établi. Un titre qui n'est pas sans évoquer les récentes émeutes en Angleterre.

 

 

A mon tour de vous proposer trois titres. Je commence par "My generation", The Who (1965). Titre annonciateur des révoltes à venir, il illustre parfaitement le phénomène de rupture générationnelle dont il fut question dans l'entretien. Transpirant la rage des enfants du baby-boom contre les adultes détenteurs de l'autorité qui les musèlent, ce titre est une secousse tellurique au milieu des 60's.

 

 

Mon deuxième choix est un prolongement logique de la contribution à l'Histgeobox. "Power to the people", John Lennon, (1971) est née d'une rencontre avec d'éminents membres de la New Left anglaise (dont Tarik Ali),  et contrebalance un peu les hésitations de l'ancien Beatles sur "Revolution". Et aussi parce que ce moment où le pouvoir passe, même furtivement, entre les mains du peuple, est l'essence des révolutions.

 

 

En restant dans les années 60, si riches en luttes, j'ajoute à cette liste "We shall overcome", interprété ici par Mahalia Jackson. Hymne des Noirs Américains dans la longue lutte pour les droits civiques, ce titre clot la sélection. 

 

Tuli Kupferberg du groupe The Fugs (1923-2010)

par Aug Email

[Ed Sanders et Tuli Kupferberg sur la couverture de leur album éponyme de 1966]

 

L'une des figures de la contre-culture des années 1960 aux Etats-unis est décédée au mois de juillet à  l'âge de 86 ans. Il s'agit de Naphtali "Tuli" Kupferberg, fondateur du groupe The Fugs. Ecrivain, poète, pacifiste, chanteur et compositeur, il a mis tardivement (il avait déjà dépassé la quarantaine) ses talents au service de la dénonciation de l'engagement américain au Vietnam. Il avait formé les Fugs en 1964 avec l'activiste Ed Sanders. Le groupe tient son nom d'un juron très atténué que l'écrivain contestataire Norman Mailer avait dû utiliser dans son roman de 1948 Les nus et les morts. Proches de la Beat Generation (Allen Ginsberg), les Fugs développent un folk fantaisiste et un rock électro très engagé.

Différents groupes qui participent à l'agitation des années 1960 se reconnaissent dans leur musique militante comme le SDS (Students for Democratic Society), les Yippies et les Black Panthers.

 

Une des chansons qui symbolise le mieux leur combat est sans doute "Kill For Peace". Julien Blottière nous en parle plus en détail sur l'histgeobox. Vous pouvez écouter la chanson et en apprendre plus sur Kupfeberg et les Fugs.

Un tour du monde des plages pour passer l'été en musique.

par vservat Email

Nous arrivons à la période des congés d'été, beaucoup iront sur les plages, sur les îles, face à la mer, à l'océan. Une sélection de chansons qui évoquent de façon différentes ces espaces et ces territoires, pour un petit tour du monde au soleil.

 

 

 

1. Sur une plage d'Australie. Avec Angus & Julia Stone et leur "Big jet plane". Un morceau pop très simple, une mélodie entêtante comme le reste de leur récent album "Down The Way" qui sent le soleil et le sable de cette gigantesque île du bout du monde dont ils sont originaires.

 

 

 

 

 

2. Sur une plage californienne. Pour contrecarrer les rigueurs de l'hiver New Yorkais où ils étaient exilés, The Mamas & the papas éditaient au milieu des années 60, leur "California dreamin" nostalgique du doux climat de Los Angeles. Une chanson dans laquelle l'or californien a la couleur du soleil. Dernièrement, elle a été réutilisée en fil rouge du magnifique film "Fish tank" avec Katie Jarvis et Michael Fassbender.

 

 

3. Sur une plage d'Hawaï. Une version singulière de l'immense classique "Somewhere over the rainbow" interprétée au yukulélé par le chanteur hawaïen Israel Kawakawiwo'ole issu de l'album "Fancing Future", 1993.

 

 

 

 

 

 

4. Sur une plage de Grèce. Extrait de l'album Parlife, "Girls and Boys", fut le tube de l'été en 1994. Emblême de la Britpop. Le groupe Blur y évoque, sur un rythme pop, le tourisme de masse sur les plages de Grèce destination favorite des jeunes européens préoccupés d'oublier la grisaille de leur quotidien. 

 

 

 

 

5. Retour en Californie. Avec les Beach Boys et leurs "California girls", on revient dans l'état de la côte ouest des Etats-Unis. Ecrite à l'issue des expériences lysergiques de Brian Wilson, le texte est pourtant très réaliste "la côte ouest est ensoleillée, ses filles sont bronzées, j'ai déterré un bikini sur une île d'Hawaï, des poupées sous un palmier". Tout un programme!

 

 

 

 

6. Sur une plage du Brésil. Un grand classique sur une base de bossa nova, "the Girl from Ipanema" nous promène sur les plages de sable blanc du Brésil sur lesquelles se promène, non sans une certaine mélancolie, une belle et jeune fille. Une composition de Stan Getz, Astrudo Gilberto et Joao Gilberto.

 

 

 

 

7. Sur une plage polluée. Les plages ne sont pas que des paradis immaculés. Dans leur dernier album, les Gorillaz, accompagnés de Snoop Doggy Dog, nous emmènent sur une plage perdue d'une île du Pacifique, dépotoire de l'humanité à l'aube du XIX siècle qui sert de dernier refuge à une bande de larrons peu recommandables : "Welcome to the world of plastic beach".

 

 

 

 

8. Sur une plage inconnue. La mer, les plages sont parfois propices à la mélancolie et la méditation. Corinne Bailey Rae s'y exerce dans "The sea" le dernier morceau de son album éponyme. Une chanson douleureuse qui transmet des images de séparation et de disparition.

 

 

 

Des livres à emporter

par Aug Email

J'imagine que si vous aimez ce blog, vous aimez aussi lire ! Alors voici quelques livres que j'ai lus récemment et que je vous recommande vivement en cette période estivale.

 

  • Le rappeur/slammeur strasbourgeois Abd Al Malik dont je vous ai parlé régulièrement sur ce blog nous propose un ouvrage inclassable mêlant poésie, fiction et regard plein de lucidité et de tendresse sur le monde. En racontant l'histoire de jeunes tentés par la délinquance ou le mysticisme, le rappeur du Neuhof nous raconte un peu son histoire. Avant de se convertir à l'Islam soufi, il a connu le trafic drogue  puis s'est fait prêcheur intolérant (mais c'était de la faute aux "autres"...). Après Qu'Allah bénisse la France, paru en 2004, il propose donc un livre passionnant avec La guerre des banlieues n'aura pas lieu. C'est publié au Cherche Midi. Abd Al Malik est un passeur très précieux entre des mondes qui ont tendance à s'ignorer. Il connaît les codes de la banlieue comme ceux de la culture classique. Cela se sent dans sa langue comme dans son message.

 

Extrait : "Racisme : Attitude d'hostilité systématique à l'encontre d'une catégorie déterminée de personnes. Racisme envers les jeunes : anti-nous universel empêchant toute poussée dans les aigüs du champ lexical qui permettrait de ne plus dire "jeune de banlieue" mais "jeune" tout court, en sous-entendant "citoyen" et peut être même semblable, voire "être humain".

 

 

  • Comment les enfants des acteurs de l'agitation étudiante des années 1960 -1970 ont-ils vécu cette période ? C'est un peu la question à laquelle tente de répondre Virginie Linhart (née en 1966) dans un petit livre très personnel et très poignant. Elle est la fille de Robert Linhart, l'un des principaux dirigeants de l'extrême gauche maoïste (pour plus de détails sur ce courant, voir la série "68 racontée à mes petits-enfants"). Déjà victime d'un épisode maniaque pendant le mois de mai 1968, il a tenté de mettre fin à ces jours au début des années 1980 et est entré dans un mutisme mystérieux. Sa fille tente, avec Le jour où mon père s'est tu, de comprendre. Pour ce faire, elle a d'abord tenté d'interroger ceux qui avaient côtoyé son père du temps où il était "le meilleur". Puis, progressivement, elle a rencontré les enfants de sa génération qu'elle connaissait parfois. Au coeur de cette quête, la question de la transmission et de l'éducation. Sans donner dans la critique facile de l'héritage de 68 dont elle reconnait l'apport à la société, elle montre les souffrances que ces enfant ont pu connaître. L'engagement politique radical et permanent de leurs parents a pu en effet parfois les priver d'une certaine "normalité". Virginie se confronte avec beaucoup de tendresse et sans jugement péremptoire à cet héritage en abordant la question du féminisme, la vie en communauté, la nudité imposées aux enfants, l'héritage des silences de la génération précédente autour de la Shoah (plusieurs des dirigeants interrogés, dont son père, étaient en effet juifs). Le livre est paru au Seuil en 2008, il vient d'être réédité en poche (Points).

 

Extrait : "Je parle à des amis de ce projet. Certains sont réticents : est-il question de juger nos parents ? est-ce que je vais participer à ce grand mouvement de réaction qui, depuis quelques temps, voue les années 68 au pilori et les rend responsables de tous les maux de la société actuelle ? Je me rebiffe, je ne veux pas être enfermée dans une case, ça suffit ! J'ai été seule trop longtemps, je suis à la recherce de mon histoire collective."

 

 

  • Un peu d'économie pour poursuivre. Laurent Cordonnier a choisi de nous expliquer le fonctionnement du capitalisme et de sa crise actuelle en nous racontant une fable intitulée L'économie des Toambopiks. Une fable qui n'a rien d'une fiction. Il nous narre l'histoire d'Happystone, un économiste frais émoulu du Massachussets Institute of Technology (M.I.T.) de Boston. Il est chargé d'une mission d'expertise sur une petite île du Pacifique jolimment nommée Cetouvou. Il entame son séjour par une période d'observation où il assiste émerveillé à une cérémonie du "walras" au cours de laquelle l'offre et la demande de travail se rencontrent pour déterminer le niveau de rémunération. Bref, tout semble confirmer la validité des concepts économiques appris au MIT. Happystone peut ainsi déclarer avec enthousiasme à son interprète Bougainville :

 

"Nous avons coutûme de dire que, par la force de la concurrence sur le marché du travail, l'économie est en quelque sorte guidée par la grâce d'une main invisible vers la réalisation spontanée du plein-emploi volontaire des resources (précisément de la terre et du travail dans notre cas). La main invisible, Bougainville ! C'est la main invisible du marché que nous venons de voir !"

 

Happystone propose donc un plan qui prévoit la création d'une banque centrale et l'introduction de la monnaie. C'est là que les ennuis commencent... Tous les ajustements apportés pour corriger les déséquilibres non prévus par le plan se révèlent encore plus déstabilisateurs. Le récit est passionnant, pas trop complexe, et permet de mieux cerner les mécanismes à l'oeuvre dans la récente crise financière. Le livre est publié par les éditions Raisons d'agir, autrefois une collection fondée par le sociologue Pierre Bourdieu.

 

 

  • Terminons par un livre que je n'ai pas lu, mais je vais certainement le faire dans les semaines qui viennent ! Il s'agit du livre d'Alex Ross The Rest is Noise. A l'écoute du XXème siècle (Actes Sud). L'auteur est journaliste au New Yorker et a mis sept ans pour écrire ce livre qui se penche sur le destin de la musique classique au XXème siècle, de Schöneberg à Messiaen en passant par Chostakovitch et Stravinsky et bien d'autres. Il insiste sur les rapports de cette musique à la société et à la politique tout en parlant de la dimension artistique. (Consultez le blog de l'auteur).  Bref à lire dès que vous aurez fini le magazine Books de cet été consacré au pouvoir de la musique.

 

 

 

"When you're strange" nous ouvre les portes de la fin des 60's aux Etats-Unis.

par vservat Email

Arrivé sur les grands écrans français il y a quelques semaines, "When you're Strange" remet en haut de l'affiche un des groupes américains les plus importants des années 60, The Doors. Tom DiCillo construit ici un documentaire, uniquement illustré d'images d'archives ; Johnny Depp, en voix off, lui sert de narrateur.

Sans aller au delà des sentiers balisés, le documentaire vampirisé par la personnalité de Jim Morisson nous permet de mieux saisir en quoi il a incarné une jeunesse américaine en rupture avec les générations précédentes et d'interroger la fin très sombre de cette décennie aux Etats-Unis par le prisme de cette personnalité charismatique au destin tragique.


A lire sur l'histgeoblog.

 

 

 

Des séries pour comprendre le monde

par Aug Email

 

A lire et écouter sur la toile :

 

Mad Men : une élégante immersion dans la société américaine des années 60

par vservat Email

Avec pareil titre, on aurait pu croire à une série explorant les méandres de la psychologie humaine ou les défaillances cérébrales de quelques individus venus consulter leur psychiatre, ce que l'affiche ci-contre, ne dément pas totalement. "Mad Men" n'a pourtant rien à voir avec cela. Cette  série du créateur des Soprano qui nous plonge dans le New York des années 60, tire son titre d'une célèbre artère de la metropole : Madison Avenue, qui depuis les années 20, concentre les sièges des agences de publicité (ici elle s'appellera Sterling Cooper Advertising Company).

 

Au coeur de New York, la quête de gloire et la face sombre de personnages confrontés à une société en mutation.

 

 

Dans un open space de Madison Avenue donc, les secrétaires forment une sorte de gynecée totalement au service des têtes pensantes de l'agence, toutes de sexe masculin qui  se cloitrent dans des bureaux fermés. Elles sont séparées d'eux par leur positionnement spatial mais aussi par les tâches qui sont les leurs. 

 

Elles subissent leurs avances, leurs regards appuyés et entreprenants, mais ne sont pas toujours aussi innocentes qu'elles en ont l'air. Le créatif de l'agence Don Draper, l'homme par qui le slogan arrive, par qui la campagne fait mouche et le client est fidélisé est entouré de toute une horde de jeunes loups aux dents longues qui se livrent une concurrence acharnée, bien qu'élégamment vétue, pour grimper les échelons de la hiérarchie. La cordialité est de façade, il s'agit ici de faire carrière et de décrocher des marchés. 

 

Dans ce monde régi par l'ambition et le machisme,  les cicatrices laissées par la deuxième guerre mondiale et celles issues de la sphère privée viennent créer des aspérités sur les apparences lisses. Les fantômes du passé sont bien présents dans la série et chaque personnage, s'il affiche un costume toujours impeccablement coupé, ou une robe aussi chic que sobre, possède sa face noire. Don Draper a changé d'identité durant la guerre, Peggy son ancienne secrétaire qui intègre l'équipe des créatifs a abandonné son enfant, Betty Draper traine une mélancolie nourrie de la perte  de sa mère et de relations complexes avec son père etc. Dans un emballage toujours élégant et de bon goût en société, les névroses, les mensonges, les lachetés inavouables, viennent évoquer la face sombre, les interrogations d'une société en mutation, celle de la "nouvelle frontière" de JFK. 

 

 American way of life et consommation de masse : les 60's, années symboles des 30 glorieuses.

 

Il est impossible, en suivant "Mad Men", de ne pas reconnaitre dans le couple Don et Betty Draper, une transposition quasi gémellaire de celui formé par April et Franck Wheeler  dans le roman de Richard Yates, "Revolutionnary road" récemment adapté au cinéma par Sam Mendes (et diffusé en France sous le titre assez mystérieux de "noces rebelles").

 

 Même cadre de vie, bien sûr, celui de la banlieue aseptisée et standardisée avec sa maison coquette, son frontyard garden ouvert sur le monde extérieur, sa cuisine équipée sur laquelle Betty Draper règne de moins en moins, ses espaces privés, les chambres, dans lesquels sont filmées toutes les tensions qui traversent la vie du couple ou de la famille. Affublés de deux enfants, un garçon, une fille, les Draper y mènent une vie relativement ennuyeuse ; leur couple paie le prix fort pour accéder au  standing social de la banlieue car les trajets pendulaires de Don montrent bien que cet éloignement lui permet de dégager des rendez vous adultérins, loin de chez lui, à Manhattan. Comme souvent dans les séries américaines, la réussite matérielle affronte l'épanouissement personnel à l'intérieur de la cellule familiale, rendant la première difficilement conciliable avec le deuxième. 

 

Le tableau de mœurs n'est toutefois pas artificiel. Il s'ancre profondément dans les années 60 de par les costumes, les décors au design savamment étudié. Les tabous sociaux, tel celui de la fille-mère (la future créative de l'agence Peggy Olson est contrainte d'abandonner son enfant ce qui l'oblige à une double confrontation, familiale et avec l'église) ou de l'homosexualité sont une des trames narratives de la série durant plusieurs épisodes et saisons. Il en va de même des grandes évolutions socio-politiques de cette décennie (accès des femmes au monde du travail et égalité des salaires, lutte des Afro Américains pour les droits civiques).

 

L'originalité de la série, sa marque de fabrique, peut-on même dire est qu'elle ne fait aucune concession au politiquement correct de notre époque qui semble, par effet de miroir, soit bien plus austère, soit bien plus consciente ; dans "Mad men" la cigarette est omniprésente ; tout le monde fume : les hommes, les patrons, les employés, les secrétaires, les femmes d'affaires, jusqu'à Betty Draper aux derniers mois de sa grossesse, au petit déjeuner, au lit, au bureau où dans la salle d'attente de la maternité. Les associés de Sterling Cooper clôturent rarement une journée sans un verre de bourbon. Les soucis environnementaux sont aussi insignifiants qu'ils sont envahissants aujourd'hui. Cette légèreté face à des enjeux si oppressants aujourd'hui porte en elle la marque d'une époque, qui, en dépit d'un contexte international et national tendu, se projette dans des temps marqués du sceau du progrès.

 

Enfin, la série est aussi l'occasion de plonger aux sources de l'ère de la consommation de masse. Chez Sterling Cooper se créent en effet, les nouvelles publicités pour les accessoires indispensables de l'élégance féminine (le rouge à lèvres, le soutien gorge etc), de la vie de famille (les couches Pampers). La firme affute aussi les arguments de vente de produits plus subversifs (les cigarettes Lucky Strike avec le fameux "it's toasted") le rhum Baccardi dont le traitement publicitaire est soumis à une réflexion stimulée par la marijuana , ou encore les nouveaux produits de consommation comme "patio" la version light du soda Pepsi.

 

 

Mad Men et JFK  : 3 épisodes en guise  d'épilogue.

 

Le tournant des années 50-60 aux Etats-Unis nous renvoie immanquablement à John F. Kennedy. La saison 1 évoque deux fois l'ascension de l'héritier catholique du riche clan de Yanis Port. Dans un premier temps, un débat oppose les principaux dirigeants de la compagnie aux créatifs sur le profil des deux candidats (épisode "Red in the face" saison 1 épisode 7). Il est alors palpable qu'au delà des particularités des deux prétendants (dont le catholicisme de JFK et le côté impitoyable de Nixon évoqué par le duel qui l'opposa pour le siège de sénateur de Californie à Helen Douglas), le combat pour la magistrature suprême opère un clivage générationnel. Les quadras et les dirigeants de la compagnie misent sur Nixon, jugeant Kennedy superficiel et sans expérience. Les jeunes se placent à l'opposé. 

 

L'épisode 12 de cette même saison 1 se déroule le jour même de l'élection et s'ouvre sur le journal télévisé montrant les Américains qui se rendent aux urnes. On peut suivre le dépouillement des résultats avec les employés de Madison Avenue qui s'installent pour la nuit au bureau. L'élection est serrée : Kennedy rattrape son retard, Nixon prend l'Idaho sachant qu'au final  Kennedy ne l'emporta sur Nixon qu'avec 49.9% des voix contre 49.6% à son adversaire 1. La série évoque même la rumeur selon laquelle le vieux Joe Kennedy, patriarche du clan,  aurait acheté des voix via la pègre pour faire pencher certains comtés en la faveur de son fils.

 

La saison 3 consacre enfin un épisode  à l'assassinat de Kennedy.  Avant dernier épisode de la saison, intitulé "the grown-ups", il montre l'effet de sidération produit par l'attentat de Dallas, l'arrestation de Lee Harvey Oswald puis son assassinat par Jack Ruby. Ce basculement de l'histoire des Etats-Unis dans la période des assassinats politiques accompagne le basculement des relations entre les personnages et en particulier celui du couple Don et Betty Draper.

 

 

 

 

 

Post-sciptum : Mad Men marque aussi l'histoire des séries TV par son générique fortement inspiré de ceux que fit Saul Bass notamment pour Hitchcock ("Vertigo" en 1958) ou Otto Preminger ("the man with the golden arm"en 1955). 

 

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