Samarra


Archives pour: Janvier 2012

Cartographie musicale de la planète 2.

par blot Email

Pour compléter un premier post consacré aux "cartes musicales de la planète". Voici quatre nouvelles cartes collaboratives:

 

 

*Télérama.fr est à l'origine de deux initiatives intéressantes:

1. La carte de France en chansons:

"Un coin de rue, un monument ou tout simplement une ville : on connaît tous une chanson qui raconte ou simplement mentionne un lieu. Dutronc, NTM, Nougaro, Zebda et de nombreux autres ont chanté leur région d'origine. Et si on les répertoriait ?" [passage tiré du site du magazine]



Une carte collaborative proposée par Télérama.fr. La carte de France des chansons

 

 

2. Mondo Sono- Télérama.fr

A partir d'un concept identique, Télérama.fr a élaboré une google map des musiques du monde. Le site propose une carte postale sonore constituée d'une sélection de quelques morceaux emblématiques des Etats épinglés ci-dessous.


Afficher Mondo Sono - Télérama.fr sur une carte plus grande

 

 

* Enfin, en parallèle à l'histgeobox (dont la carte est consultable ici), nous nous avons inauguré une nouvelle rubrique intitulée Loca virosque cano. Nous vous y présentons des titres évoquant directement ou non, différents lieux dans le monde.



Afficher Loca virosque cano sur une carte plus grande

 
 
 
 
Voici la liste évolutive et alphabétique par interprète des titres déjà traités.

Déjà sur l'histgeobox :

 

 

* Sans lien cette fois avec la musique, Pierre Sérisier propose sur son blog une carte des séries américaines.

"Où se passent vos séries favorites ? Dans les grandes villes pour la plupart. Avec une sur-représentation de Los Angeles et de New York, bien que depuis quelques années Chicago et Miami semblent attirer les scénaristes. Bien sûr, les fictions ne sont pas tournées in situ, mais il est intéressant de voir le choix des localités." [tiré du blog de PS]

 


Afficher La carte des séries américaines sur une carte plus grande

 

Une carte des séries américaines proposée par Pierre Sérisier sur son blog.

Le musée Carnavalet fait revivre le peuple de Paris au XIX siècle.

par vservat Email

Alors que l’histoire sociale est devenue le parent pauvre des programmes scolaires proposer une exposition sur le peuple de Paris au XIX siècle peut paraître un pari risqué. Il est pourtant tenu de fort belle façon par le le musée Carnavalet qui ne désemplit pas et qui nous confirme, si besoin en était que l’histoire sociale nous parle, et que les anonymes, qu’on les aborde individuellement ou collectivement, nous disent beaucoup du passé mais aussi de nous-mêmes, aujourd’hui.

 

Une tentative de définition :

 

Alors qu’il surgit en histoire dans le récit de Michelet le peuple reste un objet d’étude difficile à cerner, aux contours mouvants, aux visages multiples, et on apprécie que l’exposition s’ouvre par une tentative de définition. Aux deux extrêmités du grand écart qui en donne à un bout une image d’épinal pittoresque et à l’autre celle d’une populace dangereuse et vulgaire, quelques critères fédérateurs sont retenus pour définir le « peuple » : des travailleurs manuels, une faible éducation et des revenus modestes. C’est à partir de cette défintition que nous embarquons pour un voyage à travers le long XIX siècle de la Révolution Française à la Première Guerre Mondiale.

 

 

 

Un peuple en mouvement :

Le peuple de Paris au cours de ce long XIX siècle est affecté et accompagne de profondes mutations. En effet, du fait de la croissance démographique la population de la capitale s’accroit considérablement passant de 500 000 habitants en 1801 à 4 millions d'habitants en 1900. Cette montée en nombre est essentiellement dûe à l’apport de l’exode rural. Paris attire donc une population masculine dans la fleur de l’age, susceptible de vendre sa force de travail dans la capitale. Même si  les migrations ne sont que saisonnières, laissant certaines régions aux mains des femmes devenues temporairement célibataires, le mouvement de fond de croissance de la population urbaine est en marche. L’adage selon lequel le parisien est avant tout un provincial déraciné est déjà tout à fait valide à l’époque !

 

Le peuple de Paris est également contraint de s’adapter et de se déplacer au gré des tranformations de l’espace parisien. Celui-ci est en complète reconfiguration sous les effets cumulés de l’industrialisation, de l’arrivée du chemin de fer mais aussi des grands travaux voulus par le baron Haussmann. Les quartiers centraux les plus populaires sont rénovés, l’ancienne enceinte des fermiers généraux devient caduque, Paris étouffe sous la pression démographique. L’enceinte Thiers va en constituer les nouvelles limites. Autour de celle-ci se développe la zone, territoire à l’urbanisation mal contrôlée, qui accueille les déplacés du centre, entâchée par sa mauvaise réputation.

 

 

 

[source Wikipedia]

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin le Paris du XIX siècle n’est pas encore totalement le Paris ouvrier. C’est encore la ville  des petits métiers, ceux des ambulants, des journaliers, qui forment un main d’eouvre souple aux activités des plus variées : porteur d’eau (ci-contre), marchand de coco, cette eau de réglisse rafraichissante, mais aussi vitrier, fort des Halles, égoutier, balayeur de rue. Certains travaillent à la capitale de façon saisonnière et se spécialisent par région : des maçons creusois aux ramoneurs savoyards, toute une panoplie de professions est présente dans la capitale, même si certains secteurs dominent (comme celui du bâtiment avec ses tailleurs de pierre, ses charpentiers et surtout ses habitudes d’embauche corporatistes que la loi le Chapelier ne brisera que difficilement). Il y a aussi cette foule de domestiques dont une des figures emblématiques est la bonne, à qui l’on réserve l’escalier « honteux » des immeubles.

Des hommes au travail donc, en nombre, mais aussi des femmes qui se spécialisent dans les métiers du textile et de linge : modistes, repasseuses, lingères dont la nature des activités se modifie avec l’emprise des exigences de la fabrication à la pièce dans le cadre de la révolution industrielle.

 

Dans l’intimité du peuple de Paris :

L’exposition, s’appuyant notamment sur les travaux de Georges Vigarello, nous propose de pénétrer dans l’intimité du peuple de Paris. Y sont présentés à la fois ses habitudes et codes vestimentaires, mais aussi l’étude de ses postures (les manches retroussées et le torse nu sont des signes d’appartenance au monde du peuple de la capitale qui aime à montrer sa force physique),  de ses manières parfois groosières à l’image de celles de la « poissarde » (ci-contre, mains sur les hanches), l’évolution de son hygiène corporelle ou son goût très spécifique pour le tatouage.

 

 

 

 

Nous suivons le peuple de Paris dans ses logements souvent caractérisés par ce qu’on appelle la misère domiciliaire : des garnis dans lesquels règne la promiscuité, aux logements ateliers qui mêlent activité professionnelle et vie familiale dans un espace unique, souvent étriqué et malsain, en passant par les taudis, foyers à tuberculose, le logement est bien un des points noirs de la vie du peuple de Paris.

Ce peuple besogneux nous est aussi présenté dans ces moments de loisirs dont le cabaret est le point de ralliement du moins pour les hommes. On s’y retrouve pour jouer aux cartes, fumer la pipe et boire de l’absinthe. Une trilogie qui nous est familière. Il y a aussi les promenades du dimanche sur les Champs-Elysées, la pêche aux abords du Pont Neuf, le théatre et le spectacle de rue, la fête foraine. La vie du peupleparisien n’est donc pas que misère et labeur et comporte quelques compensations que l’exposition décline dans toute leur variété.

 

 

 

 

 

 

[Daumier, croquis pris au théatre, 1864]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Classes laborieuses, classes dangereuses :

L’exposition ne délaisse pas pour autant les figures fantasmées et violentes du peuple de Paris. Son apparition dans l’histoire reste associée à la période révolutionnaire et pour partie aux sans-culotte qui en sont l’incarnation la plus galvaudée. De ces classes dangereuses qui dressent des barricades à plusieurs reprises dans les rues de la capitale au cours de ce long XIX siècle, et dont la cosncience de classe est en formation sont extraites quelques figures emblématiques qui catalysent les peurs et par contre coup, les volontés de contrôle ou de repression du reste de la société : parmi elles le tsigane, figure de l’étranger, le gamin de Paris, les Apaches qui sèment la pagaille en bandes organisées au tournant du siècle ou encore les anarchistes. On peut constater que le goût conjugué du public et de la presse pourles hauts faits des malfrats permet déjà d’alimenter allègrement les rubriques faits divers des journaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au milieu du bruit et de la fureur du peuple, certains font le pari d’en extraire ou de fabriquer des « bons pauvres ». De l’hospice au livret ouvrier en passant par le développement de la prophylaxie morale sont autant d’indicateurs identifiés comme des moyens de remettre les brebis égarées dans le droit chemin. L’Eglise tente également un retour en force sur le contrôle des consciences et de la vie familiale en dépit du développement d’un anticléricalisme de plus en plus affirmé.

 

 

Des guinguettes aux barricades, voici donc une passionnante exposition sur le peuple de Pairs qui s’accompagne d’un catalogue qui est une mise au point scientifique remarquable avec des contributions aussi prestigieuses que pointues de G. Vigarello, F. Jarrige, N. Jacobwicz ou D. Kalifa.

Une recommandation pour finir : y aller le matin de préférence à l’ouverture pour en profiter pleinement, ne pas souffrir de la foule et faire la queue, l’exposition rencontrant un grand succès.

Quelques BD sur nos étagères...

par Aug Email

Voici quelques BD qui traînent sur nos étagères depuis quelques temps ou qui viennent tout juste d'y arriver !

 

Les meilleurs ennemis : Une histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient par Jean-Pierre Filiu & David B. (Futuropolis, 2011; Première partie 1783-1953)

 

Dans le flot des nouvelles qui nous proviennent du monde entier, il est parfois difficile d’y voir clair. Que ce soit pour comprendre les enjeux d’une crise lointaine ou pour maîtriser les évolutions, le journal télévisé ou même la presse écrite sont souvent loin d’être suffisants. Vous serez sans doute sceptique si je vous dis que la BD peut y contribuer… Et pourtant, elle offre la possibilité d’embrasser de vastes sujets, parfois brûlants. Il en est ainsi de l’ouvrage à quatre mains signé par Jean-Pierre Filiu et David B. Ce projet, de l'aveu même des deux auteurs, est né à Blois il y a quelques années, lors des Rendez-Vous de l'histoire organisés chaque année sur les bords de Loire. Les débats et conférences permettent à des historiens spécialistes de différentes périodes et régions d'échanger avec leurs pairs ainsi que des écrivains...et donc des dessinateurs de BD ! Le goût de David B. pour l'histoire n'est pas nouveau. L'un des tous premiers articles de ce blog était consacré à sa série Par les chemins noirs sur l'aventure de D'Annunzio à Fiume. Jean-Pierre Filiu est pour sa part un historien réputé de l'Islam et des relations internationales, notamment à Sciences-Po. [Ci-contre, les deux auteurs présentant la BD à Blois, octobre 2011;Photographie Aug]

 

 

Ils ont donc choisi de retracer les relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient en remontant assez loin dans le temps, dès la création des Etats-Unis. Ils commencent même par évoquer l'épopée de Gilgamesh, récit babylonien antérieur au XVIIème siècle... avant notre ère !  Mais c'est pour mieux parler du présent et de la Guerre en Irak, à l'heure où les dernières troupes américaines viennent de quitter le pays. Ils alternent les temporalités et les échelles. Le premier volume couvre ainsi un siècle et demi, du bombardement de la Régence de Tripoli par des expéditions américaines (deux siècles avant l'intervention de 2011...) au coup d’Etat orchestré par la CIA pour renverser Mossadegh en Iran en 1953. Mais à l’intérieur de ce temps long qui permet de montrer les tendances sur le long terme, les auteurs se penchent sur des évènements ponctuels qu’ils estiment importants ou révélateurs des caractéristiques de la politique américaine au Moyen-Orient. Ainsi de la rencontre en 1945 entre le Président Franklin Rossevelt et le roi Ibn Saoud qui scelle l'alliance garantissant au premier un approvisionnement en pétrole et à l'autre la garantie de la sécurité. L'épisode iranien de 1953 occupe une large place tant il constitue pour la CIA un cas d'école de sa capacité à intervenir de manière indirecte mais très efficace, notamment en finançant ceux qu'elle veut favoriser. Rappelons que le coup d'Etat qui a permis au Shah de s'accaparer le pouvoir a été encouragé par les Américains après que le Premier Ministre Mossadegh, de tendance progressiste, ait décidé de nationaliser l'industrie pétrolière, se mettant à dos les Britanniques et les Américains. Quant aux échelles, on passe sans difficulté (c’est le grand avantage de la BD…) des grandes idées des relations internationales (isolationnisme, unilatéralisme, réalisme,…) aux anecdotes les plus improbables : les fils Saoud voulant regarder des films peu recommandables à bord du Quincy en 1945, le Shah d’Iran montant sur une table pour discuter avec Kermit Roosevelt de la CIA....

 

Vous ne vous ennuierez donc pas en lisant ce premier tome. Les deux autres tomes qui couvrent les périodes les plus récentes devraient suivre si le succès est au rendez-vous. Nous les attendons avec impatience ! Voici un extrait qui parle de la naissance du terme de "Moyen Orient" dans le discours occidental.

 

 

 

AD La Nouvelle-Orléans après le déluge par Josh Neufeld (La Boîte à Bulles, 2011)

 

Josh Neufeld est un dessinateur de New York. En octobre 2005, il s'est porté volontaire pendant quelques semaines dans le Mississippi pour venir en aide aux victimes de l'ouragan Katrina qui venait de frapper le Golfe du Mexique. Il y a beaucoup discuté avec les réfugiés de la Nouvelle-Orléans de ce qu'ils avaient alors enduré. Il en a fait la base d'une BD, d'un "comic" au sens américain du terme. L'essentiel de son oeuvre n'est d'ailleurs pas une oeuvre de fiction mais relève du reportage BD voire du roman graphique. Son prochain travail (déjà publié en anglais) porte d'ailleurs sur Bahreïn). Ceux qui suivent Samarra connaissent notre intérêt pour la Nouvelle-Orléans. Je vous invite d'ailleurs à vous reporter à notre dossier sur le sujet pour en savoir plus sur l'histoire de la ville et l'ouragan Katrina.


L'auteur suit cinq personnages pour explorer cinq manières différentes de traverser l'épreuve terrible du passage du cyclone. Son usage de la couleur est intéressant dans une ville où la couleur de peau peut déterminer beaucoup de choses, à commencer par la vulnérabilité face aux aléas. Les images sont en effet saturées par une couleur qui domine chaque séquence : le cyclone, l'inondation, la vie après. Même si la réaction des autorités est abordée, c'est une histoire vue d'en bas qui nous est contée au travers de la lutte pour sauver ce qui peut l'être, la perte des repères habituels, la disparition des objets les plus chers, l'altération des capacités de jugement, la violence individuelle ou institutionnelle, la solidarité, l'absence de solidarité...

Le titre évoque d'ailleurs l'idée que ce fut pour beaucoup une "année zéro". A.D. en anglais signifie Anno Domini (Année du Seigneur), c'est l'équivalent de notre "après Jésus-Christ". (pour voir le blog de Josh Neufeld)

 

Voici un petit extrait issu de la version originale :

 

 

Une balle dans la tête par Corbeyran et Jef (Emmanuel Proust, 2009)

 

 La dernière BD dont je vous parle aujourd'hui a pour décor l'Irlande. Elle associe, ce qui n'est pas courant, le conflit nord-irlandais et les mythes les plus anciens de l'île. L'histoire met en scène des jeunes de l'IRA, luttant contre la présence britannique au début des années 1970. Le chef du groupe se fait tirer dessus lors d'une manifestation qui dégénère. Son frère est prêt à toutes les représailles. Pour éviter un bain de sang, l'un des membres du groupe décide de renouer avec des pratiques occultes traditionnelles pour identifier le tireur...

Il se rend donc régulièrement dans un tumulus qui ressemble fortement à celui de Newgrange qui ne se situe pas au Nord mais dans la République d'Irlande, tout près du site de la fameuse bataille de la Boyne (1690). Il s'agit d'un monument construit à l'époque néolithique (vers 3200 av. J.-C.). Sa pièce centrale est éclairée lors du solstice d'hiver. Le site est classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Le voici en photo suivi de deux extraits de la BD [photos Aug].

 

 

 

 

 

 

 

Par dessus l'épaule de Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan. Une exposition de la National Gallery de Londres

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C’est vers 1482 que Léonard de Vinci quitte Florence pour Milan. Ludovico Sforza, qui règne sur la ville, attiré par les arts, mécène, entend faire de sa cité un modèle. Pour cela il lui faut rassembler tous les hommes de talents qui souhaitent se placer sous son patronnage bienveillant. 7 ans après son arrivée, Léonard de Vinci entre au service et à la cour du Prince ; il y reste jusqu’en 1499. Cette décennie est une des périodes les plus riches de sa vie de créateur.
 
 
A son arrivée à Milan, de Vinci est déjà précédé d’une solide réputation de musicien (il détient une lyre sans doute offerte par Laurent de Médicis qui règne lui sur Florence), de peintre et d’homme aux multiples compétences, en dépit du fait qu’il ne soit pas un homme de lettre (1). La protection de Sforza lui donne à la fois les moyens et les conditions nécessaires à l’exercice et à l’épanouissement de ses différents talents . Dans ces conditions, de Vinci va pouvoir déployer une véritable réflexion sur les rapports entre l’art, la nature et le divin en particulier dans le domaine de la peinture dont il va faire exploser au passage quelques règles canoniques.C’est moins la quantité d’oeuvres, finalement peu nombreuses, que le cheminement de de Vinci vers leur création que l’exposition londonienne nous donne à voir. Comment de Vinci révolutionne les règles en place, comment il nourrit son art d’autres disciplines dans lesquelles il excelle et comment il transforme les sujets de ses toiles en quelque chose qui dépasse la nature et le pouvoir de l’homme, tel est le sujet de cette exposition, qui propose en outre, en bonus, d’admirer une toile du mâitre récemment restaurée et attribuée (Le "Christ en Gloire").
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La visite se fait en 7 salles autour d’un nombre restreint d’œuvres puisque De Vinci n'a pas peint plus de 20 toiles, dont seulement 15 nous sont parvenues et 9 sont réunies ici. Son influence dans l’histoire de la peinture n'en fut pas pour autant moins déterminante.
 
A partir de croquis, d’esquisses, de dessins (parfois très sommaires et marqués par des tatonnements graphiques révélateurs d’une recherche intense), le spectateur pénètre l'esprit, et cerne les intentions du créateur. C’est un des tours de force de l’exposition car par ce parti pris muséographique, les organisateurs de l’exposition ne laissent jamais le visiteur écrasé sous le poids du talent de de Vinci . Au contraire, on se sent valorisé parcequ’il nous est offert de comprendre sur le cheminement intellectuel de l’Italien quand il entre en processus créatif. Du simple mais néanmoins magnifique gribouillis à l’étude plus poussée d’une partie du corps, jusqu’aux études graphiques calibrées et disséquées à l’aide de la géométrie ou des mathématiques pour tendre vers la perfection et l’équilibre ultime des formes et proportions, on observe à loisir le coup de crayon du maître pour finalement aller le rechercher et le retrouver dans l’oeuvre finie. C’est ainsi que se révèle la force de Leonard de Vinci, et il est aussi interessant de voir que le qualificatif de génie qu’on lui accole à tort et à travers est bien le fruit d’un travail, de tatonnements, d’audaces et d’essais parfois validés, parfois infructueux.
 
 
On perçoit aussi, de la position d’accompagnateur du travail de l’artiste qui est la nôtre lors de la visite, à quel point de Vinci a modifié les règles de l’art de son époque, innové en matière de composition, de représentation, innovations audacieuses et périlleuses qui pourtant expliquent son influence multiséculaire sur l’art de peindre. Il donne raison, par ses extraordinaires productions, à son bienfaiteur, car dégagé de toutes contraintes matérielles (et avant tout financières) qui auraient pu entraver sa créativité, il entraine dans son sillage de jeunes talents qui permettent d’hausser Milan au rang de grande capitale artistique de la Renaissance des arts.
 
 
 
Sans dévoiler le sel de l’exposition on peut s’arrêter sur quelques exemples frappants . Quand il arrive à la cour de Milan de Vinci réalise deux portraits de femmes : le premier est celui de la toute jeune maitresse de Sforza âgée de 16 ans, Cecilia Gallerani, "La Dame à l'Hermine". Alors que ses contemporains réalisent des portraits de profil, souvent très rigides dans leur pose, De Vinci révolutionne le genre en peignant la jeune femme de ¾. L’hermine qu’elle tient symbolise la pureté, le fond noir permet de détacher le buste de Cecilia du support, donnant une grand impression de relief au tableau. Son port de tête de et sa pose de ¾ laissent penser qu’on vient de l’appeler et qu’elle tourne la tête comme pour écouter. L’effet est totalement saisissant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le second portrait féminin, celui de « La Belle Ferronnière » (peut être la femme de Sforza, Beatrice d’Este), incorpore les règles de la géométrie. De Vinci enrichit son travail de protraitiste afin d’obtenir une beauté parfaite. De nouveau de ¾, cette « Belle Feronnière » joue sur la symétrie et l’équilibre, autant que sur la finesse des traits restitutant une beauté idéalisée qui transcende le simple portrait de la femme qu’il représente pour atteindre au divin.


Autre exemple très parlant, la mise en mirroir des deux « Vierges aux Rochers » de de Vinci. Exposées de part et d’autres d’une vaste salle la première Vierge date de 1483-1485, la deuxième de 1491-1492 et 1506-1507. Ce que l’on peut aisément mesurer est l’importante transformatIon qui s’est opérée entre les deux versions. Il faut préciser que c’est une toile de commande de la confrérie de l’Immaculée Conception, commande que l’artiste aura du mal à satisfaire. Alors que sur la première, il investit le sujet dans sa représentation la plus naturelle, détaillant l’arrière plan, jouant d’une palette de couleurs limitée ne faisant ressortir que certaines d’entre elles, travaillant le drapé des tissus, il s’en tient pour la deuxième à un arrière plan moins détaillé, une palette de couleur très réduite et travaille avant tout l’orientation de la lumière. D’une scène quasi champêtre, il tire en deuxième version un tableau habité par le divin en raison des évolutions opérées sur l’éclairage des visages notamment. Entre les deux toiles les murs exposent les dessins, esquisses, études au crayon de de Vinci sur les mains, les visages, les drapés.






















Inutile de dévoiler le reste de l’exposition pour comprendre son intérêt et sa richesse même si on n’est pas un adorateur de de Vinci. C’est intelligent sans être pesant, et en dépit de la fréquentation très dense du lieu on a vraiment l’impression de ressortir de l’aile Sainsbury de la National Gallery en ayant appris et compris beaucoup. C’est une exposition également exceptionnelle puisqu’elle réussit l’exploit de réunir de façon inattendue un nombre conséquent de toiles du maître, d’ordinaire dispersées aux quatre coins du globe. Aucun musée n’avait pris jusqu’alors le risque de mener à bien ce pari , la National Gallery l’a fait et c’est une réussite.


(1) Lire à ce sujet la très intéressante mise au point de P. Brioist de l'université de Tours.

The Hour, la série sur l'Angleterre des années 50

par died Email

 

 

Il ne faut plus s'étonner aujourd'hui, les séries TV sont devenues en une décennie un genre cinématographique à part entière....où les scénaristes mettent en place dans la longueur des personnages complexes et des intrigues haletantes. The Hour est l'exemple de la série réussie.

Bien plus encore, elle est une série estampillée "qualité supérieure" et "appellation d'origine contrôlée"production BBC à consommer sans modération. Cela tombe bien, il n'y a que 6 épisodes pour cette première saison. Aussi a-t-elle tout de suite attiré mon attention. Non seulement parce qu'elle a l'originalité de nous emmener dans une époque peu explorée par les séries mais parce que la photographie est soignée.

En un clin d'oeil, les décors, les costumes nous plongent dans ll'Angleterre du début de la Guerre froide avec un rare sens du détail (voir les illustrations).   L'histoire nous conduit successivement dans les rues de Londres, les appartements au confort limité ou dans un manoir de l'aristocratie britannique. Mais l'essentiel de l'intrigue se déroule  dans les bureaux et les studios de la BBC.  Le décor s'inscrit plus largement dans une toile de fond historique, l'affaire du canal de Suez en octobre-nov 1956 et la répression soviétique en Hongrie. 

Deux jeunes journalistes se voient confier une nouvelle émission d'information à la BBC. Bel Rowley (Romola Garaï qui a déjà tourné pour les plus grands : Woody Allen, Kenneth Branagh ou François Ozon) est la principale héroïne et  vient de se voir attribuer le poste, très convoité de productrice de l'émission : ce qui est assez rare pour un époque plus marquée encore qu'aujourd'hui par la mysoginie. Jeune mais aussi jolie, elle entraîne dans son aventure son camarade, Dominic West qui est de la trempe des journalistes incorruptibles qui ne lâchent jamais leur enquête contre vents et marées : un vrai pitbull (tout le contraire de Claire Chazal) qui cherche la vérité sur une sombre histoire. Mais revenons à l'émission !

 

The Hour diffusée à la BBC semble jouer sur la nouveauté. Son présentateur, un bellâtre séducteur, ambitieux peine à trouver ses marques mais il emballe quand même la belle productrice. The Hour rencontre alors le succès tant espérer car l'émission sait  parler d'actualité tout en essayant (sans jamais y arriver complètement) de s'extraire de la  contrainte de la censure du pouvoir politique....C'est là tout l'intérêt de la série : comment les démocraties (déjà anciennes) gèrent la liberté de l'information à la télévision dans les années 50 ?  A l'instar du Ministère de l'information dans la France gaullienne, les Britanniques de la BBC doivent aussi apprendre à composer avec les maîtres censeurs qui traînent dans les couloirs et les bureaux de la BBC.

Enfin, il y a une enquête policière :  des morts, des assassinats.....et un truc plus grave qui rime avec espionnage. Mais je n'en dis pas plus !

 

Un article dans un autre blog compare cette série à Mad Men, il y a des liens, c'est sûr mais pas tant que cela. Et comme dans Mad Men, le générique est extraordinairement réussi.

Enfin, voici la bande annonce sur la BBC two !

 

 

 

Jean-Christophe Diedrich

 

Fred Herzog ou la Street Photography en couleur

par died Email

 

Fred Herzog (1930-) est un photographe haut en couleur qui dépeint sa ville de Vancouver en étant l'un des premiers à maîtriser aussi bien le Kodachrome. 
 
  
 
 
Il quitte en 1952 son Allemagne natale encore en pleine reconstruction car son père et sa mère ont disparu durant la 2nde GM. Il multiplie alors les petits boulots dont celui de pêcheur avant d'émigrer au Canada. En 1953, il commence à photographier Vancouver (la côte ouest du Canada) sur des diapos en couleur alors qu'à NY et en France, les photographes humanistes partisans de la  Street photography conservaient le choix esthétique du Noir et Blanc. 
Pour se nourrir, il  pratique également la photographie médicale et enseigne la photographie à l'Université (University of British Columbia) entre 1969 et 1974.
 
 
 
La ville de Vancouver sera le principal objet de son oeuvre malgré quelques infidélités à sa ville d'adoption, comme Mexico, Portland, Toronto. Si il commence à faire des photos au début des années 50, il n'exposera seulement qu'une décennie plus tard. Rapidement, on trouve ses clichés digne d'intérêt et participe à plusieurs expositions mais il  n'exposera seul qu'en 1972 à la Mind's eyes of Vancouver.
Une rétrospective a eu lieu en 2008 et l'a définitivement consacré comme un grand photographe aux yeux de ses concitoyens mais plus largement auprès des amateurs de photographie d'art.
 

 

 
 
 
On trouve dans ses clichés toutes les références de l'Amérique du Nord des années 50. L'American Way of life, bien sûr, les néons, les grosses voitures, les publicités, Coca Cola....mais aussi comme ici, des enfants tout droit sortis des peintures de  Norman Rockwell..... Les vues nocturnes quant à elles,  évoquent à s'y méprendre les atmosphères des peintures de Howard Hopper.
 
 
Et puis, il y a ces personnages saisis dans leur attitude quotidienne, un homme blessé qui appelle le taxi sous le regard incrédule de la vieille dame qui attend.
 
 
 
Il aime également jouer avec les vitrines. Elles constituent en quelque sorte un filtre coloré et étrange pour regarder la rue. Il joue alors avec les plans et offre le regard de l'habitant sur sa propre rue.
 
Parfois le photographe scrute la rue de la hauteur de sa fenêtre....des atmosphères de Shaft, de Serpico nous envahissent alors....une Amérique du début des années 70 nous invite à remonter le temps.
 
 
Depuis 2008, Fred Herzog connaît un succès grandissant, il expose désormais aux EU mais aussi en Europe en Allemagne et en France (à Toulouse à la Galerie du Château).
 
Pour aller plus loin  :

http://www.lacritique.org/article-fred-herzog-un-coloriste-canadien-d-exception