Samarra


"Vivre libre ou mourir, 9 récits de résistance", le projet éditorial continue.

par vservat Email

 
Entre le printemps et l’été 2011, nous vous avions parlé sur Samarra puis sur l’Histgeoblog de cette belle entreprise qui unissait l’archiviste du Musée de la Résistance de Champigny sur Marne, Xavier Aumage, à des auteurs de bande-dessinée intéressés par la mise en récit de résistances durant la seconde guerre mondiale. Ce parcours commun prenait alors différentes formes. Celle d’une splendide exposition au CHRD de Lyon  qui réouvre ces jours-ci avec une exposition permanente totalement rénovée, intitulée « Traits résistants »et qui dressait un impressionnant panorama de la façon dont dessinateurs et scénaristes s’approprièrent l’histoire de la résistance à différentes époques. L’exposition était précédée de la sortie du 1er tome, « L’appel », d’une saga en 4 volumes ( dont 3 sont sortis à ce jour) sobrement intitulée « Résistance ».

 
Dans cette série, J-C Derrien et Claude Plumail nous proposaient de suivre les parcours d’une femme (Sonia) et de deux hommes (André et Louis) entrés en résistance mais qui suivent différentes trajectoires. Héros ordinaires en temps de guerre, la force de l’histoire retranscrite ici s’adossait au travail d’archiviste de Xavier Aumage qui proposait aux auteurs d’insérer de vrais objets des collections du musée dans le récit. Ainsi dans le tome 1 apparaissait le billet jeté du train de Georgette Rostaing, d’Ivry sur Seine, arrêtée en janvier 43. Dans le tome 2, le piège à souris transformé en lanceur de tracts que l'on peut voir au Musée de la Résistance Nationale est inséré. Dans les deux entretiens qu’il nous accordait alors, Xavier Aumage nous annonçait aussi la sortie d’un « one shot », intitulé « Vivre libre ou mourir, 9 récits de résistance.». M’étant procuré ce volume, il était temps de renouer avec cette aventure éditoriale aux multiples facettes, reflétant un travail extrêmement intelligent, élaboré avec un souci pédagogique remarquable, dans lequel l’histoire de la résistance est restituée dans sa diversité. La richesse, l’ingénuosité, la sincérité et surtout la simplicité de ses acteurs, hommes et femmes ordinaires évoluant dans une époque qui ne l’était pas, ne sont pas étrangères à la qualité des productions proposées.



Un objet, son histoire dans la résistance et un court récit imaginé à partir de celui-ci, telle est l’ossature de ce volume qui se décline, comme son titre le laisse entendre, en 9 épisodes. Chaque objet a été sélectionné avec soin de manière à ce que le lecteur puisse embrasser la diversité des modes et de l’histoire de le résistance : informer, aider les personnes pourchassées, s’échapper, témoigner par l’image ou le son, prendre les armes, s’organiser dans la clandestinité en sont autant d’illustrations. De l’appareil photo de Doisneau qui sert à faire des faux papiers, au sac à main à double fond servant à dissimuler des documents, en passant par une caméra dissimulée dans un livre pour mieux filmer discrètement le Paris de l’occupation, à la ronéo typeuse des imprimeurs clandestins, ou encore au pistolet de Ceslestano Alonso et aux photos prises clandestinement dans la prison d’Eysses, ces objets porteurs de mémoire et d’histoire, sont présentés et resitués dans le contexte plus large des activités de résistance.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A quoi servent-ils, quelles batailles ont-ils permis de mener, quelles traces laissent-ils de l’activité des résistants, de quels enjeux rendent-ils compte pour ceux qui ont choisi de ne pas se soumettre ? Autant de questions qui sont abordées dans une courte introduction à chaque récit, et qui est assortie d’une rapide présentation de l’archive conservée au musée de Champigny sur Marne. Derrière les objets il y a des hommes et des femmes, jeunes ou adultes, français ou étrangers. De certains, l’histoire a retenu le nom (Robert Doisneau, Celestano Alonso compagnon de route des FTP MOI du groupe Manouchian). D’autres, au contraire, sont restés anonymes. Individus portés par leurs convictions, engagés dans un combat pour la liberté, dont le parcours peut être aussi marqué par les hésitations et les revirements, ils s’inscrivent dans une destinée collective qui prend parfois des formes inattendues et obtiennent de l’histoire une reconnaissance surprenante (le récit sur l’univers carcéral de la prison d’Eysses est en tous points passionnant et informatif).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 



Bien sûr, on peut faire des reproches à ce « one shot ». Le format souvent très (trop court) des récits illustrés, la facture assez classique de la plupart des graphismes par exemple, ou le caractère hétérogène de l’ensemble qui est souvent caractéristique de ces volumes polyphoniques qui peinent à trouver une cohérence. Mais on doit aussi en souligner les atouts : plutôt que de se livrer à la énième restitution de l’épopée des héros et grand noms de la résistance, l’équipe aux manettes de cette réalisation a tenu le pari très honorable bien que moins vendeur sans doute, de s’attacher aux destinées fictives mais historiquement documentées de résistants ordinaires, anonymes, aux identités diverses, avec leurs spécificités (faiblesses parfois transformées en atouts pour les femmes, jeunesse éventuellement enthousiaste dans son engagement, mais aussi terriblement imprudente) mais réunis sous une seule bannière celle qui annonçait qu’ils avaient fait le choix de « Vivre libre ou mourir ».
 
 

Aucun commentaire pour le moment