Samarra


Archives pour: Juin 2013

Le grand retour de la Commune ? Entretien avec Eric Fournier.

par vservat Email

Le 25 mai dernier les « amis de la Commune » lançaient un appel pour monter au mur des Fédérés. Il était assorti d’une demande de réhabilitation des communards et appuyé d’une pétition se targuant d’avoir réuni plus de 10 000 signatures. Complété par une requête visant à laisser davantage de place à l’étude de la Commune dans les programmes scolaires, il se clôturait par ce slogan - qui est en partie le titre de votre ouvrage - « Conjuguons le passé au présent, la Commune n’est pas morte ! ».

 

Quelques temps auparavant, début mars, la Commune fait jaser le monde des politiques. Les unes (1) évoquent d’abord la possibilité de faire entrer Louise Michel au Panthéon . Dans la foulée et selon les attendus d’un calendrier très calibré pour la communication deux députés socialistes déposent le 18 mars un projet de résolution mémorielle pour faire reconnaître la Commune . Enfin, le 25 du mois d’avril, quelques 20 sénateurs entreprennent une démarche en tout point identique mais, cette fois-ci, à destination de l’assemblée dont ils sont issus.(2)

 

Publier dans cette temporalité un ouvrage intitulé « La Commune n’est pas morte ! » qui traite des usages politiques et mémoriels de ce moment unique de l’histoire du XIXème siècle relève-t-il totalement de la coïncidence ? Pour nous en parler, nous interrogeons, son auteur, Eric Fournier (3), à la fois sur ce vif intérêt pour la Commune, sur ce qu’était le projet des Communards et sur ceux qui dans le monde des arts ont su populariser et entretenir le souvenir des projets portés par les révolutionnaires parisiens.

 

1/ La couverture de votre livre « La Commune n’est pas morte !» est illustrée par Jacques Tardi. Avec son monumental « Cri du peuple » n’est il pas un de ceux qui ont sonné le grand retour de la Commune ?

Les quatre tomes du Cri du peuple, publiés entre 2001 et 2004, sont incontestablement un grand succès de librairie soulignant le retour de la Commune. Il est intéressant de noter que Tardi – militant libertaire, amoureux du Paris populaire, engagé dans les enjeux mémoriels de la Grande guerre – ne s’est intéressé finalement qu’assez tardivement à la Commune dans ses œuvres, ce qui souligne les discontinuités mémorielles de l’événement. En ce sens, il participe avec brio au retour de la Commune, plus qu’il n’est en l’initiateur démiurgique (encore un « retour » en histoire/mémoire !). Cette insurrection, après avoir presque disparue des mémoires militantes pendant les deux septennats de Mitterrand, connait une résurgence mémorielle dans la foulée du mouvement social de décembre 1995 que le philosophe Toni Négri a allusivement qualifié de « Commune de Paris sous la neige ». Et un an avant Tardi, la compagnie théâtrale « Jolie môme » monte le spectacle Barricade, joué depuis plus de 200 fois dans toute la France. Mais Tardi réussit le tour de force de raconter à la fois une histoire de la Commune, accessible à tous les publics, et de porter ses propres idées politiques libertaires. En ce sens, il réussit à articuler histoire et mémoire, se rapprochant de cette « fidélité de la mémoire » (Paul Ricœur) qui permet de la réconcilier avec l’histoire, en un horizon d’action.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2/ Comment interprétez vous cette frénésie actuelle autour de la Commune ? Vous semble-t-elle plutôt mue par l’envie de faire connaître cet épisode historique ou au contraire de l’instrumentaliser pour combler les vides du présent ?

 

Les manifestations du 140e anniversaire de la Commune en 2011 constituent un bon point d’observation. L’importance des commémorations a surpris bien des observateurs tant par la multiplicité des manifestations que par l’intérêt soutenu d’un public divers. Trois éléments d’explications peuvent être avancés pour expliquer ce retour. Le premier n’est pas politique. La Commune, qui tendait à n’être qu’un vague nom, est redécouverte dans son originalité, comme un moment haut en couleur de l’histoire parisienne, et suscite, tout simplement, intérêt et curiosité. Ce point est essentiel. De plus, lors des présentations de mon ouvrage, j’ai constaté que cette curiosité pour un événement finalement assez peu connu s’accompagnait d’une curiosité presque aussi forte pour sa puissante résonance mémorielle.

 

Deuxièmement, la Commune interpelle une gauche qui se recompose, recherche – pour une partie d’entre elle – une nouvelle détermination, une nouvelle radicalité, veut renouer avec l’utopie.

 

Troisièmement, depuis 2007, la dérive droitière de l’UMP se traduit par l’évocation d’un imaginaire historique des plus réactionnaires. Les usages de l’histoire redeviennent un enjeu politique majeur et la Commune est à nouveau mobilisée face au retour des discours nationalistes ou cléricaux. La gigantesque manifestation organisée par le Front de Gauche le 18 mars 2012, lors de la campagne présidentielle, illustre parfaitement cette (re)découverte de la Commune par la gauche radicale.

 

Troisièmement, la Commune fut une révolution parisienne. Un Paris aujourd’hui sous tension, qui se vide de ses catégories populaires plus sûrement que sous Haussmann. Ceci peut, peut-être, contribuer au regain d’intérêt pour la Commune, mais mériterait une analyse plus fouillée.

 

Voilà pour la gauche, mais n’oublions pas que l’extrême droite identitaire – prolongeant ainsi la récupération de la Commune par l’extrême droite ultranationaliste du XIXe siècle (les boulangistes comptaient d’anciens communards blanquistes passés à l’extrême-droite par exemple) puis par le fascisme français des années trente – intègre, de façon monstrueuse et délirante, la Commune à son panthéon chimérique. En 1944, Jacques Doriot n’hésite pas à associer « les morts de 1871 et ceux du front de l’est », les communards à la division Charlemagne !

 

Je ne sais pas s’il y a une « frénésie » actuelle autour de la Commune, mais ce qui est certain c’est que celle-ci pourrait surgir à tout moment, dans les prochaines semaines. Juste après la publication de mon livre, la gauche au pouvoir redécouvre spectaculairement 1871. Et je tiens à préciser que je n’en suis pas responsable ! L’initiative vient d’en haut. Dès le 9 mars, le gouvernement teste la possibilité d’une panthéonisation de Louise Michel, parmi d’autres candidates. Le 8 avril, plus d’une centaine de députés socialistes déposent une résolution à l’Assemblée nationale pour « rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 ». Le 25 avril, les sénateurs communistes déposent leur propre résolution mémorielle « pour la réhabilitation de la Commune et des communards » en proposant l’instauration d’une journée nationale de commémoration de la Commune. La situation est inédite. Deux initiatives parlementaires relatives aux usages de l’histoire, proches mais non réductibles l’une à l’autre, entrent en résonance, sinon en concurrence. Or, une résolution est débattue en séance avant d’être votée. Quelle seront les réactions de la droite, qui depuis qu’elle est dans l’opposition, a régulièrement montré sa capacité à abandonner toute décence ? Quelles figures mobilisera-t-elle face à ce retour de la Commune ? L’orgie rouge des versaillais ? Le débat risque d’être fiévreux, alors même que ces initiatives mémorielles sont finalement résolument consensuelles et posent un problème aussi historiographique que politique, précisément du fait de cette visée consensuelle. La Commune évoquée ici est arrachée à la singularité de sa situation historique propre pour venir renforcer une république aussi vague qu’immanente, elle-même en apesanteur, extraite de l’épaisseur des temporalités. A les écouter, la Commune n’est plus un « sphinx libertaire » mais est enrôlée au service de la téléologie républicaine. Or, passée au tamis de la Commune, la république dessine des lignes de ruptures, apparaît sous ses différentes formes, historiquement situées et conflictuelles. L’usage mémoriel de la Commune proposée par la gauche au pouvoir dessine inversement en creux l’image simpliste d’une république « toujours déjà consensuelle », figure d’un récit se substituant à un roman national désormais intenable dans sa célébration d’une « France toujours déjà-là » (Suzanne Citron). Il y a donc ici une volonté d’instrumentaliser une référence de radicalité au profit d’un mol imaginaire unanimiste.

 

 

3/ La Commune n’est pas morte car, vous le rappelez dans votre ouvrage, et l’actualité le confirme, elle est encore l’objet de débats publics vifs. Les échanges sont ils aussi animés du côté des historiens ? Le regain d’intérêt pour la Commune se traduit-il aussi par de nouvelles publications qui renouvellent la compréhension de cette courte mais riche période ?

 

 

Les débats sont globalement apaisés entre des historiens qui s’accordent aujourd’hui autour des pistes ouvertes par Jacques Rougerie dans les années 60 : celle d’une Commune rendue à elle-même, une Commune « crépuscule » des révolutions du XIXe siècle, une Commune à la croisée des chemins, clôturant ce siècle des possibles, ce qui lui donne sa force de questionnement et sa complexité.

 

 

Cette distance critique affirmée et l’autonomie croissante à l’égard des usages politiques ont mis l’effet de sidération à distance, sauf peut-être sur un point absolument central : le nombre précis des victimes de la « semaine sanglante ». C’est sur cette dernière question sensible que s’est penché récemment Robert Tombs, le spécialiste anglais de la Commune auteur d’un ouvrage pionnier sur l’armée de Versailles (La guerre contre Paris, traduit par Aubier) et d’une remarquable synthèse sur la Commune (The Paris Commune 1871, en cours de traduction par les éditions Libertalia). Au terme d’une analyse convaincante, il estime que si la « semaine sanglante » reste « le pire épisode de violence contre des civils en Europe occidentale entre les révolutions françaises et russes », son bilan doit être révisé à la baisse, entre 5700 et 7400 morts au lieu de 15 000 à 30 000 victimes. Une telle affirmation a suscité des débats parfois vigoureux et souvent productifs, mais n’a pas suscité un émoi important hors du cercle des historiens. Imaginons un seul instant, hypothèse anachronique, qu’un tel article ait été publié en 1936 ou en 1971. L’historien anglais aurait été vraisemblablement confronté à une violente levée de boucliers, assimilé à un perfide versaillais monarchiste (sinon à un fasciste ou à un impérialiste) et instamment prié d’aller compter les moutons le long du mur d’Hadrien, plutôt que les communards au Mur des fédérés. Rien de tel ne s’est produit à l’heure actuelle, ce qui souligne que la Commune reste un objet chaud, mais dont l’histoire est effectivement apaisée. Les plus dubitatifs se demandent malgré tout : à quoi bon recompter les morts ? Or, telle est l’une des priorités du métier d’historien : établir la matérialité des faits, pour ensuite évaluer plus précisément comment la construction des mémoires et les usages politiques du passé mettent en récit l’événement.

 

 

 

Une nouvelle génération d’historiens, à laquelle j’appartiens, se penche sur la Commune depuis la fin des années 1990, après plus de 10 ans de désintérêt pour l’événement. Lorsque j’ai commencé ma thèse sur les ruines de la Commune en 1998 (4), seule Laure Godineau travaillait sur le sujet en soutenant une thèse sur le retour d’exil des communards. Aujourd’hui Quentin Deluermoz a lancé un vaste chantier sur l’historicité de la Commune (comment les communards s’inscrivent dans l’histoire) après avoir accordé une place de choix à la Commune dans son livre Le Crépuscule des révolutions ? 1848-1871 publié cette année au Seuil. Parmi les plus jeunes historiens, plusieurs travaillent sur l’insurrection dans le cadre de Masters. Florent Coulon travaille sur le corps médical, Thomas Fazan sur les représentations communardes de leurs ennemis versaillais, et Masaï Mejaz, après un M1 remarqué sur les frontières de la Commune, approfondit cette thématique avec la thèse comme horizon. L’histoire de la Commune est aujourd’hui à nouveau très dynamique, ce que nous avons pu constater lors du colloque de Narbonne en 2011 (organisé par Laure Godineau et Marc César) .

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4/ Selon vous, les productions artistiques ont-elles participé à ce regain d’intérêt pour la Commune et son histoire ? Quelles sont celles qui ont particulièrement permis de la remettre dans le paysage ?

 

Oui bien sûr, mais avec un impact difficile à évaluer précisément. Tardi et la Compagnie Jolie Môme ont eu un succès important, mais pas le film de Peter Watkins, La Commune (Paris, 1871), un film à tout point de vue hors normes, ne serait-ce que par sa durée : 5 heures 45 minutes dans sa version complète, 3 h 30 dans sa version courte ! Il a été tourné avec des acteurs non-professionnels, pour la plupart issus du quartier Popincourt (un des foyers de la Commune) et engagés dans les mouvements sociaux ou associatifs. Watkins leur laisse une grande autonomie et leur demande de préparer leur rôle, d’effectuer eux-mêmes des recherches historiques. S’ensuivent, lors du tournage, des débats divers sur le sens de la Commune, que Watkins filme et intègre au montage final. Ce faisant, ce film évoque avec acuité ce que fut la Commune : une expérience parisienne singulière, portée par une forme de démocratie directe, par une effervescence souvent productive, parfois désordonnée ; un moment où les acteurs se dirigent eux-mêmes, souverainement, et ne laissent pas à d’autres le monopole de la représentation, que ce soit les acteurs politiques de 1871… ou ceux de cinéma en 2000. Si ce film n’a eu aucun succès public, il a bénéficié d’une forte visibilité médiatique car il fut l’objet de vives controverses dans la presse. Le critique cinéma du Monde a éreinté le film par exemple en le jugeant trop marxiste. Ce qui est un contre-sens puisque Watkins interroge la Commune comme étant « questionnement libertaire de la démocratie » selon la belle formule de Jacques Rougerie. Cette anecdote souligne que la Commune a encore aujourd’hui une puissante capacité à défier les catégorisations admises.

 

 

 



5/ Le 25 mai, comme à l’accoutumée, c’est au mur des Fédérés que l’on évoque®a la Commune. Pourtant le 19 mars dernier une grande banderole ensanglantée était déployée au pied du Sacré-Cœur sur laquelle on pouvait lire : "Peuple de Paris, Souviens toi du sang versé, En 1871, Pour la liberté !" (http://you.leparisien.fr/youx/2011/03/19/commemoration-de-la-commune-de-paris-au-sacre-coeur-7215.html?file=15089#images#images). Comment expliquer ce paradoxe qui fait qu’on se remémore la Commune systématiquement sur les lieux de son écrasement et non en ceux de son éclosion ?

 

Attention, l’événement auquel vous faîtes allusion est un happening du projet Apache, un groupuscule identitaire parisien. S’ils ont été sur la Butte Montmartre au lieu de se plier au rituel de la montée au Mur des fédérés c’est tout simplement parce que l’extrême-droite, passée et présente, ne peut pas monter au Mur, ce lieu de mémoire révolutionnaire, sans risquer son intégrité physique. Ils se sont donc repliés sur la Butte, nuitamment, ce qui est moins risqué. Cette banderole ne délivre qu’une partie du message identitaire, qui se plaît à répéter que la « République des bâtards est née du sang des communards ». Les communards sont ainsi réduits à des victimes passives qui ont comme fonction de flétrir la république libérale. C’est exactement le même message que celui de Brasillach dans les années Trente.

 

Mais revenons aux principaux acteurs de la mémoire communarde, les groupes révolutionnaires. Avant 1880, les timides commémorations de la Commune insistent plus sur l’espoir de Mars que sur le martyr de mai, sans se référer à un lieu précis. Après 1880, lorsque les communards sont revenus d’exil, la montée au Mur des fédérés s’inscrit dans le répertoire d’action militant du XIXe siècle : les manifestations ne sont pas autorisés, mais l’hommage aux morts est toléré par la Police. Et c’est ainsi que le Mur s’impose. Par ailleurs la martyrologie est le point commun réunissant d’anciens communards prompts à se diviser et permet d’accabler la violence des vainqueurs. La montée au Mur traverse les temps également parce que le martyr des communards, à la différence de leur programme, résiste à l’anachronisme, un anachronisme rapide. Dès les années 1880, la nouvelle génération socialiste, qui s’est reconstruite sans les exilés, peine à comprendre ces anciens combattants du premier XIXe siècle ! Reste donc le sacrifice héroïque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis, lorsque les communistes imposent leur hégémonie mémorielle sur la Commune, le martyr des insurgés leur permet d’appeler à la venger (dixit Trotski en 1921 : « La Commune a été faible. Pour achever son œuvre, nous sommes devenus forts. On a écrasé la Commune. Nous portons coup sur coup à ses bourreaux. La Commune, nous la vengeons, et nous prenons sa revanche ») et de rappeler ce qui arrive si on ne suit pas les méthodes léninistes. La Commune était clémente et pas assez discipliné, à la différence de l’avant-garde du prolétariat à qui il appartient de venger ces fédérés « montés à l’assaut du ciel » (Marx) avant de tomber sous les balles versaillaises.

 

Notes : 

(1) L’idée est lancée par la ministre des droits de la femme, N. Vallaud-Belkacem le 8 mars dernier et reprise dans cet article du Monde :http://www.lemonde.fr/societe/chat/2013/03/07/egalite-femmes-hommes-posez-vos-questions-a-najat-vallaud-belkacem_1844872_3224.html

(2) Pour une analyse de ces différentes initiatives lire Eric Fournier dans cet article : http://aggiornamento.hypotheses.org/1381

(3) Eric Fournier est historien et professeur d’histoire en lycée. Il a publié avant ce travail sur la Commune, un livre passionnant aux éditions LIbertalia, "La cité du sang, les bouchers de la Vilette contre Dreyfus" ainsi que "La belle juive, d’Ivanohé à la Shoah", champs Vallon, 2012

(4) Eric Fournier "Paris en ruines", Imago, 2008.

 

Un merci appuyé  à Eric Fournier de nous avoir entrainés dans les méandres passés et présents de l’histoire de la Commune qui est décidemment bien vivante.

 

Pour clore cet entretien ne dérogeons pas à cette tradition de la playlist évoquant la vivacité de la Commune. Faisons un pas de côté et évitons les souvent très belles chansons politico-mémorielles composées pendant un siècle, d’Eugène Pottier à Jean Ferrat.

Pour quelque chose de plus énergique, de plus présent, de plus disruptif, à l’image de la Commune donc, et par rapport à mes propres gouts musicaux, qui ne sont pas très académiques, je propose London Calling des Clash, évidemment ! et   « Ainsi squattent-ils » des Beruriers noirs.

Pour rappeler à l’actuelle mairie de Paris la dissonance qui consiste à honorer la Commune tout en menant une lutte sans merci contre les squats ! « Vive le feu » des mêmes Beruriers noirs Pour ne pas oublier la rationalité des communards incendiant la ville, leur ville, en mêlant fête de souveraineté, lutte à outrance et testament politique.

"Pour finir, un titre du groupe punk UK Subs, en hommage à la reconquête de la ville par elle-même, à une démocratie urbaine au ras du pavé ("Reclaim the streets") et la reprise d’une vieille chanson antimilitariste irlandaise par les Dropkick Murphys ("Johnny I Harly knew ya"), en écho à la démolition de la colonne Vendôme comme symbole du militarisme par des citoyens insurgés en armes, ce qui peut sembler paradoxal mais ne l’était pas pour les fédérés". 

 

Entre aléas politiques, retours mémoriels et résistances artistiques : éclairages sur l'Italie d'hier et d'aujourd'hui avec O. Favier*.

par vservat Email

Les récentes élections, les difficultés à former un coalition gouvernementale, l’éternel retour de Berlusconi, le phénomène Grillo, ou encore les sinistres projets du maire d’Affile(1) , sont autant de raisons pour Samarra de vous proposer de repasser les Alpes de manière à prendre le pouls de notre voisine italienne.

 

 

En outre, il y a quelques jours, la péninsule enterrait une figure controversée mais incontournable de la scène politique italienne du second XX siècle en la personne de Giulio Andreotti

 

 

 

Des supporters brandissent des portraits de Falcone et Borsellino durant la minute de silence en mémoire d’Andreotti. 

 

 

 

 

 

Paradoxalement, alors qu’on pourrait le croire sinistré, le monde la culture en Italie profite de la porosité entre les évènements politiques et celui des arts pour se donner du souffle. A la croisée des chemins entre ces deux sphères, nous tendons un micro virtuel à Olivier Favier, fin connaisseur de cette Italie d’aujourd’hui, qui relit son histoire, la réécrit parfois, qui en exhume certains épisodes, tout en en oubliant d’autres. Un monde de la culture et de la création qui en sondant ceux qui ont contribué à son affaiblissement se met potentiellement en recherche d’arguments, de pistes, de contre-propositions pour affronter impasses, confusions et compromissions du monde politique.

 

 

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1/ Andreotti qui vient de mourir a fait l’objet d’un film (2)  , Berlusconi fut le « Caïman » de Nanni Moretti (3), mais également le « héros » de documentaires décapants et critiques (4) . Beppe Grillo, pour sa part, est issu de la société civile et du monde du spectacle . Cette configuration n’est certes pas inédite, mais il y a une très immédiate porosité entre actualité politique et production d’images en Italie, plus qu’ailleurs peut être ? Comment comprendre ces interactions ?

 

C’est une histoire ancienne effectivement. Un des « pères » de l’Unité italienne, Giuseppe Garibaldi, a été l’homme le plus photographié de tout le dix-neuvième siècle, de sorte qu’au moment des cérémonies du cent-cinquantième anniversaire, en 2011, la comparaison avec le Che a souvent été faite, à juste titre: l’un et l’autre ont été et demeurent des icônes révolutionnaires.

 

Le fascisme historique a pris le pouvoir en s’appuyant sur une violence diffuse, prédatrice, dont les effets ont été décuplés par les manifestations de force et le bluff. En ce sens, la marche sur Rome en octobre 1922 joue le destin du pays sur une combinaison de cartes relativement hasardeuses, comme Garibaldi avait achevé l’Unité lors de l’expédition des Mille -l’inspiration est évidente, tout comme le dévoiement des moyens et des fins. En octobre 1922, tandis que les futurs dignitaires du Régime approchent de la capitale, Mussolini est à Milan, très conscient du risque, prêt à s’enfuir en Suisse au cas où le roi se déciderait à faire donner l’armée. Par la suite, le Duce n’a de cesse de jouer sur son image pour consolider et magnifier son pouvoir. Les mises en scène et le décorum du régime ne sont que la part la plus visible d’un pouvoir amené à s’exprimer jusque dans la sphère privée. Ce totalitarisme à l’italienne est bien évoqué dans Une journée particulière (1977) d’Ettore Scola, quand Sofia Loren feuillette son album d’images du Duce, avec une intense fascination érotique -tant de femmes se sont rêvées alors en amantes du pouvoir, comme une manifestation ultime de son attrait de faute et d’illégitimité, dans une société profondément catholique- ou, plus récemment, dans Vincere (2009) de Marco Bellocchio: omniprésence de la figure du chef, slogans peints sur les murs, mais aussi, comme le rappelle le poète Umberto Saba, occupation de l’espace sonore, la voix du régime qui envahit la rue, l’espace public. Des traits qui vont inspirer durablement les régimes réactionnaires en tout genre d’Europe et d’Amérique latine.

 

 

 

Cet aspect du fascisme est sans doute celui qui a le mieux défini le régime, aux yeux du moins de ceux qui l’ont vécu. Après sa chute et pour un demi-siècle, la politique va de fait renoncer à l’image. Marco Belpoliti a consacré nombre d’articles à cette question, rappelant notamment comment les grands noms de la Démocratie chrétienne, parti hégémonique jusqu’au début des années 90, ont été des hommes physiquement en retrait, d’Alcide de Gasperi à Giulio Andreotti ou Francesco Cossiga. Au cours des années 70, les images-chocs sont celles de la contestation confondues avec le terrorisme, et donc immédiatement utilisées à charge: un jeune qui fait le coup de feu dans une rue de Milan en 1977, Aldo Moro devant l’étoile des Brigades rouges au printemps 1978, la gare de Bologne détruite par un attentat durant l’été 1980.

 

 

Quand Silvio Berlusconi entame sa fulgurante ascension politique, la Démocratie chrétienne et le Parti Socialiste sont littéralement ravagés par les affaires de l’opération Mani Pulite [Mains propres], le Parti Communiste fait les frais de l’effondrement du Bloc soviétique. L’Italie traverse alors une crise politique profonde, qui laisse une large part de l’électorat sans repère. L’espace vide, inoccupé par les partis de gouvernement depuis 1945, est celui d’une droite dure, qui à son tour a tiré les leçons des expériences dictatoriales des années 60 à 80 - au premier rang de laquelle, la marionette Pinochet- . Et ces leçons disent ceci: l’ultralibéralisme n’a besoin d’une dérive autoritaire qu’en ultime recours et pour une durée limitée. Ces cas exceptés, la manipulation des masses dans un cadre démocratique est de loin plus efficace pour imposer la loi du marché. Cette manipulation, le Cavaliere va l’obtenir en jouant de la télévision, un média qui, sans être nouveau bien sûr, a fait jusque là l’objet d’une « sage » répartition d’influences -et de pouvoir- entre les trois forces politiques précédemment citées. Pendant vingt ans, aux chaînes publiques de la RAI, Berlusconi va opposer ou ajouter suivant les cas son propre empire de chaînes privées, constitué grâce à la libéralisation du cadre juridique inconsidérément initiée par le socialiste Bettino Craxi. Avant de se lancer en politique, Berlusconi a été son communiquant dans les années 80.

 

 

 

Les électorats à conquérir sont étudiés comme autant de parts de marché: Forza Italia est un slogan fédérateur, celui qu’on entend dans les stades où joue l’équipe nationale, les sections locales du parti sont mises en place sur le modèle des clubs de supporters, le football fournit à la fois la preuve et l’exemple que la militance n’a nul besoin de fondement idéologique précis pour s’exprimer. C’est la naissance du parti-entreprise qui n’est jamais que la continuation du fascisme par d’autres moyens, comme l’a plusieurs fois dénoncé Pier Paolo Pasolini, comme l’a théorisé le grand marionnettiste de la loge maçonnique P2, Licio Gelli.

 

 

La montée de Beppe Grillo peut s’analyser de deux manières. Elle rappelle d’abord le feu de paille que fut « le parti de l’homme quelconque » dans l’immédiat après-guerre, mouvement syncrétique, souvent comparé au poujadisme français, qui a rassemblé sans avoir trop y faire référence nombre de nostalgiques du fascisme. Le Mouvement 5 Étoiles a récupéré des déçus de la Ligue du Nord et a même récemment flirté avec les néofascistes de la Casapound. Pour ceux qui en doutaient encore, les récentes déclarations profondément racistes de Beppe Grillo disent assez du reste de quel côté finit toujours par verser le « ni gauche ni droite ». Pour autant sa rhétorique générale puise davantage dans une vulgate inspirée de la contestation des années 70 -la décroissance, l’écologie etc.- nouvel espace inoccupé après 20 ans de berlusconisme qui a « contraint » d’anciens communistes à désavouer non seulement leur culture politique, mais leur appartenance même à la gauche, comme l’a fait par exemple le candidat Walter Veltroni aux élections de 2007. Le « grillisme » apparaît sous cet angle comme une sorte de berlusconisme 2.0, où l’internet et l’illusion du « participatif », de l’horinzontalité, du « un vaut un », ont remplacé chez certains la verticalité du robinet télévisuel et les « 15 minutes de célébrité » chères à Andy Wahrol, où l’héritage perverti de la contre-culture devenu « anti-système » flirte avec la contestation comme Berlusconi avait flirté durant vingt ans avec les fantômes du fascisme et du pouvoir fort, autoritaire et assumé comme tel. Cette inversion désormais achevée de la praxis du discours en discours de la praxis (sans praxis) est ce que Guy Debord avait défini dans ses Commentaires à la société du spectacle comme le « spectaculaire intégré ».

 

 

 

2/ Quel rôle jouent les artistes italiens, particulièrement dans les domaines de la littérature, du théâtre, ou du cinéma dans la (re)lecture critique de certains épisodes de l’histoire de l’Italie ? Quelles périodes reçoivent leurs faveurs ?

 

 

Ce n’est pas très surprenant en fin de compte, mais la période de l’Unité, très importante dans le « roman national » tel qu’il est véhiculé dans les programmes scolaires, a peu inspiré le cinéma, le théâtre ou la littérature. À l’exception d’un film de commande de Roberto Rossellini pour le centenaire, la geste militaire de l’Italie n’a inspiré que des œuvres grinçantes, au premier rang desquels, bien sûr, Senso (1954) et Le Guépard (1963) de Lucchino Visconti, ou dans un autre registre, Allonzenfan des frères Taviani (1974). Autour des cérémonies du 150e anniversaire, Daniele Timpano et Marco Andreoli ont écrit et interprété une farce intitulée Risorgimento pop, dont l’humour potache n’est qu’un nouvel exemple de la réticence des Italiens à vivre dans un état-nation. Plus originaux sont le roman récent de Luigi Guarnieri (Les Sentiers du ciel, publié en français en 2010 chez Actes Sud dans une traduction de Marguerite Pozzoli) et le récit théâtral de Marco Baliani (Terra promessa): l’un et l’autre s’intéressent aux troubles qui ont ensanglanté le sud de l’Italie dans les années qui ont suivi l’Unité. Cette révolte populaire, connue sous le nom aujourd’hui contestée de « brigandage », fait évidemment tache dans l’idée communément admise d’un Risorgimento libérateur de l’oppression dynastique des Bourbons.

 

 

Un autre parent pauvre, si on fait la comparaison avec la riche production française, est la première guerre mondiale. Paradoxalement pourtant, le discours critique au cinéma est allé sur ce thème beaucoup plus loin que la filmographie française: Les Hommes contre de Francesco Rosi (1971) ou La Grande Guerre de Mario Monicelli (1959) sont des films extrêmement salutaires et bien peu embarrassés par l’idée de préserver un minimum de décence à une guerre d’une profonde et obscène absurdité.

 

 

 

Jusqu’il y a peu, la période de l’Histoire qui intéressait le plus le cinéma ou la littérature était évidemment le fascisme, en particulier les années 30 et et les deux dernières années de la guerre, la Résistance et la République de Salò, avec le mythe tenace d’une Guerre civile, d’une Italie déchirée entre fascistes et antifascistes, aujourd’hui réactivé par la droite. Mais au cinéma, à partir des années 2000, la mode a été aux années dites « de plomb », avec des bonheurs divers: les assassinats d’Aldo Moro (Buongiorno Notte (2003) de Marco Bellocchio) ou de Peppino Impastato (Les cents pas (2000) de Marco Tullio Giordana) qui se sont produits tous deux le 9 mai 1978, l’attentat de la banque de l’agriculture en 1969 (Piazza Fontana (2012) du même Marco Tullio Giordana), la mort de Pier-Paolo Pasolini, les « aventures » fascistoïdes de la bande de la Magliana (il n’y a eu pas moins de deux adaptations de Romanzo criminale, l’une pour le cinéma, l’autre pour la télévision) autant de sujets délicats, et pas seulement d’un point de vue historique, que la mise en lumière médiatique a permis parfois de ramener au cœur du débat citoyen, appuyant ceux qui luttaient jusqu’ici dans l’indifférence pour plus de vérité. Les années 70 ont aussi intéressé le théâtre, avec par exemple J’avais un beau ballon rouge d’Angela Demattè, récemment mis en scène au Rond-Point à Paris, ou Corps d’état de Marco Baliani, plusieurs fois diffusé sur France Culture.

 

 

 

 

3/ Le monde de la culture, éreinté certes, n’est pas pour autant abattu. Il y a des signes de vivacité indéniables, des expériences collectives et/ou alternatives qui laissent à penser qu’il reste un espace de libertés et de résistances. Pouvez vous nous parler de quelques unes de ces initiatives et de ce qu’elles proposent et apportent ?

 

Là où est le péril, on le sait, là est aussi ce qui sauve. La faiblesse de l’état, un financement de la culture qui est aujourd’hui le plus faible en pourcentage de toute l’Union européenne, obligent à des solidarités impressionnantes, et amènent les artistes à multiplier les lieux autogérés. La réputation des squats italiens, appelés « centri sociali », a largement dépassé les frontières. S’y ajoutent aujourd’hui les « théâtres occupés », comme le Teatro Valle de Rome -mais toutes les grandes villes ont développé des structures du même genre, en plus ou moins bons termes avec leurs municipalités respectives. Dans le même ordre d’idée, on peut encore citer le collectif littéraire Wu Ming et l’indéniable qualité de son blog, le second plus visité d’Italie et antidote au premier, qui n’est autre que celui de Beppe Grillo. Cette vitalité se retrouve au sein de la communauté italienne en France, à Paris et Marseille tout particulièrement. Des lieux comme « Le Percolateur », un centre dédié à la création photographique en Méditerranée, des librairies-cafés comme « Marcovaldo » ou « Ethicando » -cette dernière fermant malheureusement ses portes- en sont les exemples les plus récents. C’est une culture joyeuse, conviviale et ouverte, un antidote aux réseaux officiels, bien trop souvent anémiés et sclérosés, quand ils ne sont pas traversés de sordides relents réactionnaires.

 

4/ Le passé colonial du pays est-il l’objet de débats dans la société italienne et quelle contribution peuvent apporter les artistes à ces discussions ?

 

On touche là un des points les plus obscurs de l’histoire italienne du vingtième siècle. Le passé colonial est encore très présent dans la toponymie de Rome, comme le rappelle dans le jeune chercheur Simone Brioni dans un documentaire sur la poétesse italo-érythréenne Ribka Sibhatu. Mais il a été littéralement effacé de la mémoire commune. L’une des raisons en est la conviction tenace des Italiens eux-mêmes de la faible puissance internationale de leur pays. Une autre, qui en est le corolaire, est l’image des Italiani, brava gente (titre d’un film de Giuseppe de Santis de 1965) que le fondateur des études postcoloniales, Angelo del Boca, reprenant ce titre à son compte assorti d’un ironique point d’interrogation, a méticuleusement déconstruite dans un ouvrage de 2005 -lequel est, au passage, un sublime condensé de son œuvre. S’il y a un vrai retard par rapport à la France dans les études postcoloniales, et la prise de conscience des responsabilités de l’ancien colonisateur dans la détresse que connaissent aujourd’hui des pays comme la Libye, la Somalie ou l’Érythrée -détenteurs de sinistres records dans un continent largement sinistré- il existe une jeune génération de chercheurs, de journalistes, d’écrivaines -oui, que des femmes!- issues du métissage entre l’Italie et la Corne de l’Afrique. Il convient de les faire connaître en France, tant ils sont riches d’intelligence et de créativité. Je pense notamment pour le roman aux œuvres de Cristina Ali Farah ou de Gabriella Ghermandi, pour l’histoire au travaux de Simone Brioni (déjà cité), de Daniele Comberiati, de Matteo Guglielmo. Et la liste n’est pas du tout exhaustive.


 

 

5/ Au fil des questions on pourrait avoir l’impression que l’Italie se complait dans l’exploration de son passé. Pourtant, il y a vraisemblablement des zones d’ombres, des lieux d’oublis, des occultations qui restent exemptes de ce travail de défrichage, d’analyse, de simple questionnement ?

 

 

 J’ai commencé la traduction en poursuivant une exploration ouverte dans les années 80 autour de la littérature du dix-neuvième siècle. Qu’on pense par exemple que l’essentiel de l’œuvre de Leopardi a été traduit dans les années 1990 et 2000 -on parle d’un auteur qui a compté parmi les principales influences de Friedrich Nietzsche et est considéré comme un phare de la culture européenne.

 

Pour ma part j’ai cherché à faire connaître des auteurs véristes -le naturalisme italien- comme Luigi Capuana ou Giovanni Verga, post-romantiques comme Arrigo Boito, ou Igino Ugo Tarchetti. Je me suis surtout beaucoup attardé sur l’œuvre du reporter Edmondo de Amicis, dont la célébrité en Italie est indissociable du Livre-cœur, terrible pensum de la littérature scolaire qui a profondément altéré son image auprès de générations entières.

 

Il a pourtant écrit l’un des premiers romans-reportages de l’histoire littéraire mondiale, Sur l’océan, bien avant Truman Capote ou Norman Mailer. Il y aborde une histoire dont on a toujours eu du mal à parler en Italie-même, celle de la Grande Émigration: 25 millions d’Italiens dont la mémoire est bien présente dans le cinéma américain -bien que toujours associée à la sulfureuse Mafia- mais rare et tardive dans le cinéma italien -aucun des films qui en a traité n’a vraiment accédé au statut de « classique».

 

Il reste que les zones d’ombre les plus graves, et pour certaines sans doute irréparables, ont trait à l’impressionnante opacité des pouvoirs et à l’impossibilité pour la justice de se frayer un chemin vers la vérité, entre les réseaux liés au grand banditisme, le pouvoir occulte du Vatican, les manœuvres des services secrets, que ces derniers défendent les intérêts de l’état ou qu’ils soient déviés par des factions autoritaires ou des puissances étrangères, comme ce fut le cas avec l’allié américain durant tout la guerre froide. Mais nous touchons là aux limites de l’Histoire, tant l’obsession du mystère à dévoiler vient parfois grossir l’importance de certains événements.

 


6/ Pour finir hormis les références mentionnées au cours de l’entretien quelles œuvres disponibles ou à paraître le cas échéant conseilleriez vous, qu’elles aient marqué, suscité des controverses ou qu’elles éclairent un domaine de façon remarquable ?

 

Parmi les grands historiens français de l’Italie contemporaine, dont certains ouvrages sont d’ailleurs traduits en Italien, je citerai le dix-neuviémiste Gilles Pécout, auteur récemment de la première grande biographie en France de Camillo Benso, comte de Cavour, dont le sens politique a eu pour l’Italie une importance semblable à celle d’Otto von Bismarck pour l’Allemagne. Le fascisme a eu un très grand spécialiste avec Pierre Milza, dans la lignée duquel s’inscrit le passionnant travail de Marie-Anne Matard-Bonucci. On doit à cette dernière un remarquable essai sur L’Italie fasciste et la persécution des juifs, sujet qu’un historien comme Sergio Romano avait scandaleusement ignoré dans son Histoire de l’Italie du Risorgimento à nos jours. En ce qui concerne l’histoire coloniale, il faut signaler la parution en septembre prochain aux Presses Universitaires de Grenoble d’un ouvrage fondamental de Nicola Labanca, Outre-mer. Quant à l’œuvre extraordinaire d’Angelo del Boca, elle demeure presque entièrement à traduire.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre façon de prendre le pouls de l’Italie contemporaine consiste à suivre son renouveau cinématographique, notamment au travers de ce qu’en propose la jeune société de distribution Bellissima et des nombreux festivals en France (Tremblay, Annecy, Grenoble pour n’en citer que quelques uns). Des traducteurs comme Serge Quadruppani ou Françoise Brun ont fait connaître des pans importants de la création littéraire d’aujourd’hui. Pour le théâtre, la relève est aujourd’hui très visible après une longue période où ne pointaient que quelques figures tutélaires, comme Dario Fo ou Carmelo Bene. De nombreux noms sont apparus dans le cadre du programme institutionnel franco-italien Face à face. D’autres circulent à la marge. Avec Federica Martucci et les autres membres du Comité italien de la Maison Antoine Vitez, centre international de la traduction théâtral, nous nous efforçons de rendre compte de cette création dans son ensemble.

 

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Pour clôturer notre entretien et ne pas déroger aux bonnes habitudes, Olivier Favier nous propose une playlist composée de 6 titres que vous pouvez écouter ci-dessous. A noter que la traduction françaiie de la chanson de Milva est disponible ici et qu’il y ajoute un texte de spectacle de Giorgio Gaber que vous pouvez lire ou voir grâce à la vidéo placée en fin d’article.

 

 

 

 

 

Un grand merci à Olivier Favier de nous avoir accordé ce riche, dense et passionnant entretien. 

 

 

* Olivier Favier est journaliste, historien, traducteur. Il anime le très riche blog Dormirajamais.

[1] Le maire d’Affile s’est lancé dans l’édification d’un mausolée en l’honneur de R. Graziani. Inauguré en août 2011, il rend hommage à une figure reconnue du fascisme italien. Pour plus de détails lisez : « L’Italie et ses crimes » sur le site d’Olivier Favier.

[2] Il Divo, de P. Sorrentino est sorti en 2008.

[3] Par exemple « Draquila » de S. Guzzanti en 2009 ou « Videocracy » davantage centré sur les rapports entre les médias et la politique de E. Gandini sorti en 2009 également.

[4] Beppe Grillo est un humoriste qui, via son blog, a constitué un mouvement politique « Cinque Stelle » (5 étoiles) qui, par ses résultats électoraux a pu jouer les troubles fêtes lors du dernier scrutin.