Samarra


Entre aléas politiques, retours mémoriels et résistances artistiques : éclairages sur l'Italie d'hier et d'aujourd'hui avec O. Favier*.

par vservat Email

Les récentes élections, les difficultés à former un coalition gouvernementale, l’éternel retour de Berlusconi, le phénomène Grillo, ou encore les sinistres projets du maire d’Affile(1) , sont autant de raisons pour Samarra de vous proposer de repasser les Alpes de manière à prendre le pouls de notre voisine italienne.

 

 

En outre, il y a quelques jours, la péninsule enterrait une figure controversée mais incontournable de la scène politique italienne du second XX siècle en la personne de Giulio Andreotti

 

 

 

Des supporters brandissent des portraits de Falcone et Borsellino durant la minute de silence en mémoire d’Andreotti. 

 

 

 

 

 

Paradoxalement, alors qu’on pourrait le croire sinistré, le monde la culture en Italie profite de la porosité entre les évènements politiques et celui des arts pour se donner du souffle. A la croisée des chemins entre ces deux sphères, nous tendons un micro virtuel à Olivier Favier, fin connaisseur de cette Italie d’aujourd’hui, qui relit son histoire, la réécrit parfois, qui en exhume certains épisodes, tout en en oubliant d’autres. Un monde de la culture et de la création qui en sondant ceux qui ont contribué à son affaiblissement se met potentiellement en recherche d’arguments, de pistes, de contre-propositions pour affronter impasses, confusions et compromissions du monde politique.

 

 

 * * * * *

 

 

1/ Andreotti qui vient de mourir a fait l’objet d’un film (2)  , Berlusconi fut le « Caïman » de Nanni Moretti (3), mais également le « héros » de documentaires décapants et critiques (4) . Beppe Grillo, pour sa part, est issu de la société civile et du monde du spectacle . Cette configuration n’est certes pas inédite, mais il y a une très immédiate porosité entre actualité politique et production d’images en Italie, plus qu’ailleurs peut être ? Comment comprendre ces interactions ?

 

C’est une histoire ancienne effectivement. Un des « pères » de l’Unité italienne, Giuseppe Garibaldi, a été l’homme le plus photographié de tout le dix-neuvième siècle, de sorte qu’au moment des cérémonies du cent-cinquantième anniversaire, en 2011, la comparaison avec le Che a souvent été faite, à juste titre: l’un et l’autre ont été et demeurent des icônes révolutionnaires.

 

Le fascisme historique a pris le pouvoir en s’appuyant sur une violence diffuse, prédatrice, dont les effets ont été décuplés par les manifestations de force et le bluff. En ce sens, la marche sur Rome en octobre 1922 joue le destin du pays sur une combinaison de cartes relativement hasardeuses, comme Garibaldi avait achevé l’Unité lors de l’expédition des Mille -l’inspiration est évidente, tout comme le dévoiement des moyens et des fins. En octobre 1922, tandis que les futurs dignitaires du Régime approchent de la capitale, Mussolini est à Milan, très conscient du risque, prêt à s’enfuir en Suisse au cas où le roi se déciderait à faire donner l’armée. Par la suite, le Duce n’a de cesse de jouer sur son image pour consolider et magnifier son pouvoir. Les mises en scène et le décorum du régime ne sont que la part la plus visible d’un pouvoir amené à s’exprimer jusque dans la sphère privée. Ce totalitarisme à l’italienne est bien évoqué dans Une journée particulière (1977) d’Ettore Scola, quand Sofia Loren feuillette son album d’images du Duce, avec une intense fascination érotique -tant de femmes se sont rêvées alors en amantes du pouvoir, comme une manifestation ultime de son attrait de faute et d’illégitimité, dans une société profondément catholique- ou, plus récemment, dans Vincere (2009) de Marco Bellocchio: omniprésence de la figure du chef, slogans peints sur les murs, mais aussi, comme le rappelle le poète Umberto Saba, occupation de l’espace sonore, la voix du régime qui envahit la rue, l’espace public. Des traits qui vont inspirer durablement les régimes réactionnaires en tout genre d’Europe et d’Amérique latine.

 

 

 

Cet aspect du fascisme est sans doute celui qui a le mieux défini le régime, aux yeux du moins de ceux qui l’ont vécu. Après sa chute et pour un demi-siècle, la politique va de fait renoncer à l’image. Marco Belpoliti a consacré nombre d’articles à cette question, rappelant notamment comment les grands noms de la Démocratie chrétienne, parti hégémonique jusqu’au début des années 90, ont été des hommes physiquement en retrait, d’Alcide de Gasperi à Giulio Andreotti ou Francesco Cossiga. Au cours des années 70, les images-chocs sont celles de la contestation confondues avec le terrorisme, et donc immédiatement utilisées à charge: un jeune qui fait le coup de feu dans une rue de Milan en 1977, Aldo Moro devant l’étoile des Brigades rouges au printemps 1978, la gare de Bologne détruite par un attentat durant l’été 1980.

 

 

Quand Silvio Berlusconi entame sa fulgurante ascension politique, la Démocratie chrétienne et le Parti Socialiste sont littéralement ravagés par les affaires de l’opération Mani Pulite [Mains propres], le Parti Communiste fait les frais de l’effondrement du Bloc soviétique. L’Italie traverse alors une crise politique profonde, qui laisse une large part de l’électorat sans repère. L’espace vide, inoccupé par les partis de gouvernement depuis 1945, est celui d’une droite dure, qui à son tour a tiré les leçons des expériences dictatoriales des années 60 à 80 - au premier rang de laquelle, la marionette Pinochet- . Et ces leçons disent ceci: l’ultralibéralisme n’a besoin d’une dérive autoritaire qu’en ultime recours et pour une durée limitée. Ces cas exceptés, la manipulation des masses dans un cadre démocratique est de loin plus efficace pour imposer la loi du marché. Cette manipulation, le Cavaliere va l’obtenir en jouant de la télévision, un média qui, sans être nouveau bien sûr, a fait jusque là l’objet d’une « sage » répartition d’influences -et de pouvoir- entre les trois forces politiques précédemment citées. Pendant vingt ans, aux chaînes publiques de la RAI, Berlusconi va opposer ou ajouter suivant les cas son propre empire de chaînes privées, constitué grâce à la libéralisation du cadre juridique inconsidérément initiée par le socialiste Bettino Craxi. Avant de se lancer en politique, Berlusconi a été son communiquant dans les années 80.

 

 

 

Les électorats à conquérir sont étudiés comme autant de parts de marché: Forza Italia est un slogan fédérateur, celui qu’on entend dans les stades où joue l’équipe nationale, les sections locales du parti sont mises en place sur le modèle des clubs de supporters, le football fournit à la fois la preuve et l’exemple que la militance n’a nul besoin de fondement idéologique précis pour s’exprimer. C’est la naissance du parti-entreprise qui n’est jamais que la continuation du fascisme par d’autres moyens, comme l’a plusieurs fois dénoncé Pier Paolo Pasolini, comme l’a théorisé le grand marionnettiste de la loge maçonnique P2, Licio Gelli.

 

 

La montée de Beppe Grillo peut s’analyser de deux manières. Elle rappelle d’abord le feu de paille que fut « le parti de l’homme quelconque » dans l’immédiat après-guerre, mouvement syncrétique, souvent comparé au poujadisme français, qui a rassemblé sans avoir trop y faire référence nombre de nostalgiques du fascisme. Le Mouvement 5 Étoiles a récupéré des déçus de la Ligue du Nord et a même récemment flirté avec les néofascistes de la Casapound. Pour ceux qui en doutaient encore, les récentes déclarations profondément racistes de Beppe Grillo disent assez du reste de quel côté finit toujours par verser le « ni gauche ni droite ». Pour autant sa rhétorique générale puise davantage dans une vulgate inspirée de la contestation des années 70 -la décroissance, l’écologie etc.- nouvel espace inoccupé après 20 ans de berlusconisme qui a « contraint » d’anciens communistes à désavouer non seulement leur culture politique, mais leur appartenance même à la gauche, comme l’a fait par exemple le candidat Walter Veltroni aux élections de 2007. Le « grillisme » apparaît sous cet angle comme une sorte de berlusconisme 2.0, où l’internet et l’illusion du « participatif », de l’horinzontalité, du « un vaut un », ont remplacé chez certains la verticalité du robinet télévisuel et les « 15 minutes de célébrité » chères à Andy Wahrol, où l’héritage perverti de la contre-culture devenu « anti-système » flirte avec la contestation comme Berlusconi avait flirté durant vingt ans avec les fantômes du fascisme et du pouvoir fort, autoritaire et assumé comme tel. Cette inversion désormais achevée de la praxis du discours en discours de la praxis (sans praxis) est ce que Guy Debord avait défini dans ses Commentaires à la société du spectacle comme le « spectaculaire intégré ».

 

 

 

2/ Quel rôle jouent les artistes italiens, particulièrement dans les domaines de la littérature, du théâtre, ou du cinéma dans la (re)lecture critique de certains épisodes de l’histoire de l’Italie ? Quelles périodes reçoivent leurs faveurs ?

 

 

Ce n’est pas très surprenant en fin de compte, mais la période de l’Unité, très importante dans le « roman national » tel qu’il est véhiculé dans les programmes scolaires, a peu inspiré le cinéma, le théâtre ou la littérature. À l’exception d’un film de commande de Roberto Rossellini pour le centenaire, la geste militaire de l’Italie n’a inspiré que des œuvres grinçantes, au premier rang desquels, bien sûr, Senso (1954) et Le Guépard (1963) de Lucchino Visconti, ou dans un autre registre, Allonzenfan des frères Taviani (1974). Autour des cérémonies du 150e anniversaire, Daniele Timpano et Marco Andreoli ont écrit et interprété une farce intitulée Risorgimento pop, dont l’humour potache n’est qu’un nouvel exemple de la réticence des Italiens à vivre dans un état-nation. Plus originaux sont le roman récent de Luigi Guarnieri (Les Sentiers du ciel, publié en français en 2010 chez Actes Sud dans une traduction de Marguerite Pozzoli) et le récit théâtral de Marco Baliani (Terra promessa): l’un et l’autre s’intéressent aux troubles qui ont ensanglanté le sud de l’Italie dans les années qui ont suivi l’Unité. Cette révolte populaire, connue sous le nom aujourd’hui contestée de « brigandage », fait évidemment tache dans l’idée communément admise d’un Risorgimento libérateur de l’oppression dynastique des Bourbons.

 

 

Un autre parent pauvre, si on fait la comparaison avec la riche production française, est la première guerre mondiale. Paradoxalement pourtant, le discours critique au cinéma est allé sur ce thème beaucoup plus loin que la filmographie française: Les Hommes contre de Francesco Rosi (1971) ou La Grande Guerre de Mario Monicelli (1959) sont des films extrêmement salutaires et bien peu embarrassés par l’idée de préserver un minimum de décence à une guerre d’une profonde et obscène absurdité.

 

 

 

Jusqu’il y a peu, la période de l’Histoire qui intéressait le plus le cinéma ou la littérature était évidemment le fascisme, en particulier les années 30 et et les deux dernières années de la guerre, la Résistance et la République de Salò, avec le mythe tenace d’une Guerre civile, d’une Italie déchirée entre fascistes et antifascistes, aujourd’hui réactivé par la droite. Mais au cinéma, à partir des années 2000, la mode a été aux années dites « de plomb », avec des bonheurs divers: les assassinats d’Aldo Moro (Buongiorno Notte (2003) de Marco Bellocchio) ou de Peppino Impastato (Les cents pas (2000) de Marco Tullio Giordana) qui se sont produits tous deux le 9 mai 1978, l’attentat de la banque de l’agriculture en 1969 (Piazza Fontana (2012) du même Marco Tullio Giordana), la mort de Pier-Paolo Pasolini, les « aventures » fascistoïdes de la bande de la Magliana (il n’y a eu pas moins de deux adaptations de Romanzo criminale, l’une pour le cinéma, l’autre pour la télévision) autant de sujets délicats, et pas seulement d’un point de vue historique, que la mise en lumière médiatique a permis parfois de ramener au cœur du débat citoyen, appuyant ceux qui luttaient jusqu’ici dans l’indifférence pour plus de vérité. Les années 70 ont aussi intéressé le théâtre, avec par exemple J’avais un beau ballon rouge d’Angela Demattè, récemment mis en scène au Rond-Point à Paris, ou Corps d’état de Marco Baliani, plusieurs fois diffusé sur France Culture.

 

 

 

 

3/ Le monde de la culture, éreinté certes, n’est pas pour autant abattu. Il y a des signes de vivacité indéniables, des expériences collectives et/ou alternatives qui laissent à penser qu’il reste un espace de libertés et de résistances. Pouvez vous nous parler de quelques unes de ces initiatives et de ce qu’elles proposent et apportent ?

 

Là où est le péril, on le sait, là est aussi ce qui sauve. La faiblesse de l’état, un financement de la culture qui est aujourd’hui le plus faible en pourcentage de toute l’Union européenne, obligent à des solidarités impressionnantes, et amènent les artistes à multiplier les lieux autogérés. La réputation des squats italiens, appelés « centri sociali », a largement dépassé les frontières. S’y ajoutent aujourd’hui les « théâtres occupés », comme le Teatro Valle de Rome -mais toutes les grandes villes ont développé des structures du même genre, en plus ou moins bons termes avec leurs municipalités respectives. Dans le même ordre d’idée, on peut encore citer le collectif littéraire Wu Ming et l’indéniable qualité de son blog, le second plus visité d’Italie et antidote au premier, qui n’est autre que celui de Beppe Grillo. Cette vitalité se retrouve au sein de la communauté italienne en France, à Paris et Marseille tout particulièrement. Des lieux comme « Le Percolateur », un centre dédié à la création photographique en Méditerranée, des librairies-cafés comme « Marcovaldo » ou « Ethicando » -cette dernière fermant malheureusement ses portes- en sont les exemples les plus récents. C’est une culture joyeuse, conviviale et ouverte, un antidote aux réseaux officiels, bien trop souvent anémiés et sclérosés, quand ils ne sont pas traversés de sordides relents réactionnaires.

 

4/ Le passé colonial du pays est-il l’objet de débats dans la société italienne et quelle contribution peuvent apporter les artistes à ces discussions ?

 

On touche là un des points les plus obscurs de l’histoire italienne du vingtième siècle. Le passé colonial est encore très présent dans la toponymie de Rome, comme le rappelle dans le jeune chercheur Simone Brioni dans un documentaire sur la poétesse italo-érythréenne Ribka Sibhatu. Mais il a été littéralement effacé de la mémoire commune. L’une des raisons en est la conviction tenace des Italiens eux-mêmes de la faible puissance internationale de leur pays. Une autre, qui en est le corolaire, est l’image des Italiani, brava gente (titre d’un film de Giuseppe de Santis de 1965) que le fondateur des études postcoloniales, Angelo del Boca, reprenant ce titre à son compte assorti d’un ironique point d’interrogation, a méticuleusement déconstruite dans un ouvrage de 2005 -lequel est, au passage, un sublime condensé de son œuvre. S’il y a un vrai retard par rapport à la France dans les études postcoloniales, et la prise de conscience des responsabilités de l’ancien colonisateur dans la détresse que connaissent aujourd’hui des pays comme la Libye, la Somalie ou l’Érythrée -détenteurs de sinistres records dans un continent largement sinistré- il existe une jeune génération de chercheurs, de journalistes, d’écrivaines -oui, que des femmes!- issues du métissage entre l’Italie et la Corne de l’Afrique. Il convient de les faire connaître en France, tant ils sont riches d’intelligence et de créativité. Je pense notamment pour le roman aux œuvres de Cristina Ali Farah ou de Gabriella Ghermandi, pour l’histoire au travaux de Simone Brioni (déjà cité), de Daniele Comberiati, de Matteo Guglielmo. Et la liste n’est pas du tout exhaustive.


 

 

5/ Au fil des questions on pourrait avoir l’impression que l’Italie se complait dans l’exploration de son passé. Pourtant, il y a vraisemblablement des zones d’ombres, des lieux d’oublis, des occultations qui restent exemptes de ce travail de défrichage, d’analyse, de simple questionnement ?

 

 

 J’ai commencé la traduction en poursuivant une exploration ouverte dans les années 80 autour de la littérature du dix-neuvième siècle. Qu’on pense par exemple que l’essentiel de l’œuvre de Leopardi a été traduit dans les années 1990 et 2000 -on parle d’un auteur qui a compté parmi les principales influences de Friedrich Nietzsche et est considéré comme un phare de la culture européenne.

 

Pour ma part j’ai cherché à faire connaître des auteurs véristes -le naturalisme italien- comme Luigi Capuana ou Giovanni Verga, post-romantiques comme Arrigo Boito, ou Igino Ugo Tarchetti. Je me suis surtout beaucoup attardé sur l’œuvre du reporter Edmondo de Amicis, dont la célébrité en Italie est indissociable du Livre-cœur, terrible pensum de la littérature scolaire qui a profondément altéré son image auprès de générations entières.

 

Il a pourtant écrit l’un des premiers romans-reportages de l’histoire littéraire mondiale, Sur l’océan, bien avant Truman Capote ou Norman Mailer. Il y aborde une histoire dont on a toujours eu du mal à parler en Italie-même, celle de la Grande Émigration: 25 millions d’Italiens dont la mémoire est bien présente dans le cinéma américain -bien que toujours associée à la sulfureuse Mafia- mais rare et tardive dans le cinéma italien -aucun des films qui en a traité n’a vraiment accédé au statut de « classique».

 

Il reste que les zones d’ombre les plus graves, et pour certaines sans doute irréparables, ont trait à l’impressionnante opacité des pouvoirs et à l’impossibilité pour la justice de se frayer un chemin vers la vérité, entre les réseaux liés au grand banditisme, le pouvoir occulte du Vatican, les manœuvres des services secrets, que ces derniers défendent les intérêts de l’état ou qu’ils soient déviés par des factions autoritaires ou des puissances étrangères, comme ce fut le cas avec l’allié américain durant tout la guerre froide. Mais nous touchons là aux limites de l’Histoire, tant l’obsession du mystère à dévoiler vient parfois grossir l’importance de certains événements.

 


6/ Pour finir hormis les références mentionnées au cours de l’entretien quelles œuvres disponibles ou à paraître le cas échéant conseilleriez vous, qu’elles aient marqué, suscité des controverses ou qu’elles éclairent un domaine de façon remarquable ?

 

Parmi les grands historiens français de l’Italie contemporaine, dont certains ouvrages sont d’ailleurs traduits en Italien, je citerai le dix-neuviémiste Gilles Pécout, auteur récemment de la première grande biographie en France de Camillo Benso, comte de Cavour, dont le sens politique a eu pour l’Italie une importance semblable à celle d’Otto von Bismarck pour l’Allemagne. Le fascisme a eu un très grand spécialiste avec Pierre Milza, dans la lignée duquel s’inscrit le passionnant travail de Marie-Anne Matard-Bonucci. On doit à cette dernière un remarquable essai sur L’Italie fasciste et la persécution des juifs, sujet qu’un historien comme Sergio Romano avait scandaleusement ignoré dans son Histoire de l’Italie du Risorgimento à nos jours. En ce qui concerne l’histoire coloniale, il faut signaler la parution en septembre prochain aux Presses Universitaires de Grenoble d’un ouvrage fondamental de Nicola Labanca, Outre-mer. Quant à l’œuvre extraordinaire d’Angelo del Boca, elle demeure presque entièrement à traduire.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre façon de prendre le pouls de l’Italie contemporaine consiste à suivre son renouveau cinématographique, notamment au travers de ce qu’en propose la jeune société de distribution Bellissima et des nombreux festivals en France (Tremblay, Annecy, Grenoble pour n’en citer que quelques uns). Des traducteurs comme Serge Quadruppani ou Françoise Brun ont fait connaître des pans importants de la création littéraire d’aujourd’hui. Pour le théâtre, la relève est aujourd’hui très visible après une longue période où ne pointaient que quelques figures tutélaires, comme Dario Fo ou Carmelo Bene. De nombreux noms sont apparus dans le cadre du programme institutionnel franco-italien Face à face. D’autres circulent à la marge. Avec Federica Martucci et les autres membres du Comité italien de la Maison Antoine Vitez, centre international de la traduction théâtral, nous nous efforçons de rendre compte de cette création dans son ensemble.

 

* * * * *

 

 

Pour clôturer notre entretien et ne pas déroger aux bonnes habitudes, Olivier Favier nous propose une playlist composée de 6 titres que vous pouvez écouter ci-dessous. A noter que la traduction françaiie de la chanson de Milva est disponible ici et qu’il y ajoute un texte de spectacle de Giorgio Gaber que vous pouvez lire ou voir grâce à la vidéo placée en fin d’article.

 

 

 

 

 

Un grand merci à Olivier Favier de nous avoir accordé ce riche, dense et passionnant entretien. 

 

 

* Olivier Favier est journaliste, historien, traducteur. Il anime le très riche blog Dormirajamais.

[1] Le maire d’Affile s’est lancé dans l’édification d’un mausolée en l’honneur de R. Graziani. Inauguré en août 2011, il rend hommage à une figure reconnue du fascisme italien. Pour plus de détails lisez : « L’Italie et ses crimes » sur le site d’Olivier Favier.

[2] Il Divo, de P. Sorrentino est sorti en 2008.

[3] Par exemple « Draquila » de S. Guzzanti en 2009 ou « Videocracy » davantage centré sur les rapports entre les médias et la politique de E. Gandini sorti en 2009 également.

[4] Beppe Grillo est un humoriste qui, via son blog, a constitué un mouvement politique « Cinque Stelle » (5 étoiles) qui, par ses résultats électoraux a pu jouer les troubles fêtes lors du dernier scrutin.

Aucun commentaire pour le moment