Samarra


Archives pour: Octobre 2013

Albums : quand la BD s'empare de l'histoire de l'immigration.

par vservat Email

Le 9ème ème art est partout  : Astérix entre ces jours-ci à la BNF (1), Gotlib sera bientôt au MAHJ (2) , la libération de la France en planches et en bulles est en cours d’installation au Musée de la résistance de Champigny-sur-Marne, la presse magazine inonde les kiosques de numéros spéciaux revus par Hugo Pratt ou le petit héros gaulois au casque ailé, les rayons Manga des librairies n’ont jamais été aussi fournis.
 
L’immigration est partout. C’est, paraît-il, un problème, une source de questionnement pour notre identité nationale dans un France qui serait livrée aux communautarismes. C’est un sujet qui sature l’espace public des résonnances de ses drames (le dernier en date eut lieu à Lampedusa). En convoquant des images de hordes d’envahisseurs en haillons ou de France voilée, c’est un terreau à fantasmes, et les instrumentalisations politiques qui y sèment les graines de la confusion sont parfois contestées en retour par des mobilisations citoyennes rappelant le caractère universel du droit à l’éducation ou de la liberté de circuler. Souvent réduit au caricatural à force de l’aborder toujours sous le même angle (celui de la menace, de la misère, de la délinquance), l’immigration est l’objet d’un discours hermétique néanmoins susceptible de constituer une réponse simple, voire simpliste, à des questions économiques et sociales complexes.
 
 
 
Il y a trois moins environ de cela, l’ancienne C.N.H.I. devenait le Musée de l’Histoire de l’Immigration. Ce changement de libellé a été accompagné d’une campagne publicitaire qui proposait un tout autre traitement du sujet (et non du problème) qui nous occupe. Ainsi, en 4 slogans efficaces, elle nous rappelait que la France est une terre d’immigration ancienne puisque 1 français sur 4 est issu de l’immigration, que le brassage des populations sur le sol français est un fait historique car nos ancêtres n’étaient pas tous des gaulois, qu’on considère d'ailleurs le fait migratoire du point de vue individuel en mettant ton grand père dans un musée ou collectif. Il s’agissait aussi de réaffirmer qu’il y a là un sujet passionnant, qui peut comme tout autre, susciter d’ardents débats, tout en renfermant une immense richesse fait de parcours individuels, de rencontres, de circulations et d’enrichissements mutuels : l’immigration ça fait toujours des histoires.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’exposition temporaire Albums – des histoires dessinées entre ici et ailleurs 1913-2013 qui a ouvert ses portes à la mi-octobre au 2ème étage du musée vient répondre à ces deux préoccupations majeures : permettre à tous d’embrasser la richesse et la variété d’un siècle de bande-dessinée, donnant à cet art souvent considéré comme mineur toute sa consistance, et tordre le cou aux idées reçues et autres clichés pour entrer dans la complexité de la question des migrations. Qu’on s’y rende par goût du 9ème art, par intérêt pour le sujet dont il s’empare ici, ou pour les deux, on ressort conquis et rassasiés de cette exposition dense qui donne autant à voir qu’à penser.
 
 
 
Dans les pas des auteurs pour une BD sans frontières.
 
 
 
Dans la 1ère partie de l’exposition, les auteurs seront nos guides afin d’entrer dans le sujet. Bon nombre d’entre eux, connus ou d’une notoriété moindre, ont à voir avec l’histoire de l’immigration. En effet, certains ont expérimenté la mobilité (c’est le cas Goscinny né en France, qui grandit en Argentine et travailla une bonne partie de sa jeunesse aux Etats-Unis avant de revenir en France en 1958) ou ont mis en image et en bulles des parcours de migrants évoluant de surcroît dans territoires cosmopolites (Will Eisner avec New York). D’autres rendent compte de filiations car leurs parents furent migrants (Baru), ou sont des exilés si bien que le déracinement imprègne leurs œuvres (Munoz, Bilal, ou Satrapi). En creux de ces parcours individuels se dessinent bien d’autres choses : une histoire des migrations, une histoire des nations ainsi qu’une photographie du monde actuel.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les migrations de Goscinny par lui même  (photo@Vservat)
 
 
 
En mettant nos pas dans ceux d’auteurs pionniers comme Mc Manus ou Eisner, on explore l’immigration du 1er XXème siècle. À destination du nouveau monde essentiellement les flux migratoires sont alors alimentés par l’Europe (émigration irlandaise suite à la Grande Famine en direction des métropoles de la côte Est des Etats-Unis, ou migrations des populations persécutées d’Europe centrale dont de nombreuses communautés juives que l’on retrouve dans le Brooklyn de Will Eisner).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Eisner et Brooklyn (photo@Vservat)
 
On passe ensuite aux migrations du second XXème siècle liées à la décolonisation et à la recomposition de la géopolitique mondiale (accession aux indépendances, dictatures sud-américaines, guerres postcoloniales). On parvient, dans un 3ème temps, à l’ère des mobilités mondialisées (celles de la « planète nomade ») avec des œuvres et des auteurs qui font les succès actuels du 9ème art.
 
 
 
Bien sûr chacun d’entre eux aborde le sujet avec sa voix singulière et de façon plus ou moins frontale. Entre le Persepolis de Marjane Satrapi qui fait la part belle au récit de vie et ce que dit Enki Bilal des migrations ou la façon dont en parle Pahé il y a un éventail de nuances, de tons, et même de style graphique qui permet, en plus du reste, au visiteur de s’accrocher aux œuvres des uns et des autres en fonction des ses appétences personnelles. Il est à noter que Persépolis constitue en l’occurrence l’archétype de l’œuvre mondialisée puisque sont exposées une dizaine de versions traduites du récit graphique à succès de Marjane Satrapi.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le travail de Pahé (photo@Vservat) 
 
 
L’immigration dans le kaléidoscope du 9ème art.
 
Astucieuse approche pour la deuxième partie de l’exposition que celle de s’appuyer sur la variété des genres en bande dessinée pour y relever la façon dont le sujet des migrations et des mobilités y est traité. On s’aperçoit que la BD nous réserve bien des surprises. Si l’on s’attend à trouver dans cette section tout ce qui concerne les récits de vie souvent très sensibles car ils portent  en eux les douleurs du déracinement, la présence de planches de type western est plus inattendue. C’est aussi dans cette section qu’on trouve bon nombre d’illustrations du thème des mobilités dans des œuvres qui jouent sur l’anticipation ou la science-fiction. Là encore, l’exposition permet de laisser s’exprimer une grande variété de tons qui vont de l’irrévérence ironique de la Petite histoire des colonies françaises de G. Jarry et Otto T. aux récits graphiques militants comme Droit du sol de C. Masson ou à la BD-reportage dont Sacco est à la fois l’initiateur et le représentant emblématique.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Petite histoire des colonies françaises (photo@Vservat)
 
La place grandissante des Mook (contraction de magazine et de book) n’est pas ignorée ; un reportage de Stassen, que l’on connaît pour ses créations autour de l’Afrique des Grands Lacs et du génocide des Tutsis du Rwanda, paru dans la revue XXI vient illustrer le propos.
 
 
 
Permanences et ruptures du fait migratoire.
 
Travelling, c'est le nom de la dernière partie de l’exposition. Elle propose à partir de figures et de parcours de migrants de saisir les continuités des problématiques liées à l’immigration mais aussi d’en détecter les grandes évolutions, planches dessinées à l’appui. Les représentations du migrant dans la BD changent  de façon très nette au cours du siècle. Personnage typiquement masculin, souvent affublé de traits ou de comportements comiques, la représentation du migrant se fait progressivement plus solennelle et grave. Mais, puisqu’aujourd’hui 1 migrant sur deux est une femme, on retrouve ici des planches illustrant la féminisation du phénomène migratoire tirées par exemple du volume Immigrants : 13 récits d’immigration.
 
 
 Difficile dans cette section de contourner la figure du clandestin dans le paysage de la BD, figure très symbolique des fantasmes et des instrumentalisations du thème de l’immigration dans le discours public. Symbolique de ses drames et de la criminalisation des politiques actuelles à l’œuvre, on suit le clandestin lors des contrôles d’identité, dans les centres de rétention, sur le tarmac des aéroports, en partance sur un charter ; violences physiques et psychologiques s’affichent alors sur les murs en images et en bulles.
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La figure des clandestins (photo@Vservat)
 
 
 
On nous amène également à évaluer la progressive complexification des flux migratoires à l’aide de planches qui illustrent les risques de la traversée de la Méditerranée ou d’autres encore traitant de la question de l’accueil, des circulations, et même des retours au pays. C’est ainsi qu’on peut percevoir l’épaisseur des questionnements qui s’imposent aux migrants et à leurs différents interlocuteurs (institutions, parentèle, associations, réseaux de migrations). Force est de constater que dans cette image du monde que nous renvoie la BD les migrants ne sont pas tous des hommes pauvres qui se dirigent vers les Nords économiques, enfermés dans l’identité politique et médiatique du clandestin pour si arrangeante qu’elle soit. L’exposition, sans le rappeler formellement, nous renvoie aux statistiques : 230 millions de personnes migrent chaque année (0,3% de la population mondiale rappelons-le), dont 52 % sont des femmes, les migrations Sud-Sud sont supérieures en termes d’individus concernés aux migrations Sud-Nord, sans compter les migrations Nord-Nord qui ont connu une hausse de 70% à l’intérieur de l’OCDE ces dix dernières années.(3)
 
 
 
 
Vers l’Universel.
 
Avant de quitter l’exposition, le visiteur a droit à un magnifique cadeau. Un espace entier dédié à l’œuvre de Shaun Tan Là où vont nos pères, récit graphique aussi fabuleux que singulier en ce qu’il est dénué de dialogues. Cette œuvre unique se joue des marqueurs de l’histoire des migrations (Ellis Island et New York, havres du monde) pour imaginer le parcours d’un père migrant qui quitte sa femme et sa fille pour un monde étranger avec lequel il va devoir se familiariser, qu’il lui faudra affronter, apprivoiser, comprendre jusqu’à s’y sentir moins étranger. D’une beauté graphique renversante, jouant de la poésie et de l’onirisme, ce récit graphique est le support idéal pour permettre à tous de s’approcher de l’universalité de la condition du migrant avec bienveillance et empathie. Par les temps qui courent, c’est déjà très précieux.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ellis Island vu par Shaun Tan (Photo@Vservat)
 
 
 
Notes : 
1. L'exposition Astérix à la BNF.
2. L'exposition Gotlib au MAHJ.

Entretien avec Sabri Louatah pour "Les Sauvages"

par Aug Email

 Voilà une oeuvre que l'on peut qualifier de baroque, Sabri Louatah, son auteur tout juste trentenaire, revendique le terme pour cette tétralogie comme pour lui-même. Pour écrire cette histoire en quatre volumes, Sabri Louatah s'enferme régulièrement entre quatre murs. Il en sort de temps en temps pour discuter avec ses lecteurs comme il a eu la gentillesse de le faire pour les habitués de Samarra. Sans doute en sort-il aussi pour passer du temps avec sa famille, des Kabyles installés en France depuis plusieurs générations dont il dresse un portrait haut en couleurs dans Les Sauvages.

Dans la fiction, les membres d'une certaine famille Nerrouche sont les principaux protagonistes de la saga qui a pour toile de fond la fin d'une campagne présidentielle en France qui voit un candidat d'origine algérienne annoncé comme vainqueur par les sondages. Autre protagoniste du roman, la ville de Saint-Etienne, son paysage, ses sept collines ...

Nous avons demandé à Sabri Louatah de nous parler de ces personnages, de leur originalité ou de leur banalité. Il a accepté de nous donner quelques pistes et nous l'en remercions vivement.

Comme d'habitude, le petit plus de Samarra c'est la playlist à la fin. Pour tout vous avouer, je n'ai eu qu'à noter au fil de la lecture du premier tome les titres évoqués par l'auteur. Naturellement, cette liste est  plutôt ... baroque.

 

 

 

Pourquoi raconter l’histoire d’une famille kabyle de Saint-Etienne ? En quoi cela est-il essentiel à votre roman ?

On écrit des choses dignes d’intérêt sur les gens quand les gens excitent en vous des passions fortes, des sentiments contrastés. Je m’inspire parfois de membres réels de ma famille, quoique je les démembre et les remembre si bien qu’ils sont assez méconnaissables à la fin. Je cherche chez les gens que je connais et dont je m’inspire pour faire des personnages les ressources morales les plus essentielles, une sorte d’énergie pour résister à un destin-bulldozer. Le regard que je porte sur cette famille est emprunt de beaucoup de tendresse et d’au moins autant de cruauté, notamment à travers ce que je leur fais subir, mais le principal reste l’énergie qui les meut. Ils sont au centre de la tétralogie, ces Nerrouche sur qui pleuvent les calamités et qui trouvent encore le moyen de se déchirer. Je veux graver leurs comportements dans une forme d’éternité, je veux dessiner dans le marbre d’un roman leurs silhouettes tourmentées par la tragédie. Je veux que leur existence soit amplifiée par tout ce qui leur tombe dessus, je les suis comme des lueurs dans le chaos d’une nation cassée en deux et hystérisée par la violence, et je cherche à les mener jusqu’à l’illumination finale. Une lueur plus une lueur plus une lueur c’est comme quand trois personnes sifflent la même chose en même temps, ça finit par créer un foyer qui irradie au-delà de leur petit clan.
 
Votre roman est d’abord une galerie de nombreux personnages très différents, complexes et attachants ? Pour lesquels avez-vous le plus d’affection ?
J’ai une préférence absolue, depuis le début, pour le personnage de Krim. J’aime aussi le vieux Ferhat avec sa chapka sous la canicule et son tempérament philosophe. Fouad et Nazir me ressemblent trop, je ne les aime pas beaucoup, je crois. Je les rends responsables de tout, c’est sûrement la raison. Alors que Krim, par exemple, est tellement fragile, il est aussi fragile qu’il est violent, mais il a des dispositions qui dépassent le cadre de sa propre fatalité sociologique : il entend mieux et plus que tout le monde, il a une oreille incroyable. Depuis sa petite vie minable d’avant l’attentat jusqu’au quartier de haute sécurité où il est placé dans un isolement presque total, il apprend à tourner son oreille vers son monde intérieur, il se nourrit des musiques de son âme. Mais il est devenu l'ennemi public numéro 1, l'homme qui a tiré sur un candidat à la présidentielle et qui a précipité le pays dans le chaos. Déjà avant l'attentat il représentait, aux yeux de la foule anonyme comme à ceux de beaucoup de mes personnages, un type social unanimement détesté en France. La délinquance du quotidien, la petite frappe, qu’on déteste d’autant plus qu’il est paumé, qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Pour moi, les racailles continuent d’être le ciment négatif de la nation française. Krim le sent, il entend trop bien les sous-entendus et les changements plus ou moins discrets de ton quand on s’adresse à lui. Il entend tout, il entend à quel point on le déteste avant même de lui avoir adressé la parole.
 
 
 Quel est le profil personnel et idéologique de ce candidat promis à la victoire à la présidentielle ?
C’est un homme vertueux, doté d’une solide boussole morale. La politique est liée à un engagement viscéral. Idéologiquement il est à la croisée de plusieurs détestations : trop libéral économiquement pour la gauche de la gauche, trop éloigné du corps français traditionnel pour la droite dure, et tout simplement trop brillant à l’oral, trop bon communiquant pour le reste qui cherche à le faire passer pour une hallucination collective, un sorcier vaguement étranger, avec une trop belle gueule pour être honnête. Mais en dehors des professionnels de l’opinion, il a une qualité évidente qui relègue ces affaires de clientélisme intellectuel au second plan : il inspire confiance. Il faut imaginer un homme que la quête du pouvoir n’a pas asservi, un homme qui ne vit pas que pour le pouvoir. C’est un Français réconcilié avec son origine algérienne, qui se présente à la présidentielle mu par un puissant désir de réconciliation, d’union nationale. La tentative d’assassinat dont il fait l’objet conduira notre pays au bord de la guerre civile, mais notre tradition politique est par essence romanesque, voire feuilletonnesque, il suffit de voir le nombre de changements de régimes et de revirements spectaculaires au XIXe siècle… Ou plus près de nous les années 1934 et 1936 : les ligues d’extrême-droite manifestant devant l’Assemblée Nationale, la France au bord du coup d’Etat, et deux ans plus tard le front populaire et les congés payés. La volatilité est notre principe. Pour le pire, peut-être, dans la réalité. Mais pour un romancier c’est à coup sûr pour le meilleur.
 
 
Quel regard sur la société d’aujourd’hui avez-vous souhaité faire passer à travers ce livre ?
Si j’avais un regard sur la société je n’aurais pas écrit un roman pour le faire passer, j’aurais fait de la politique, des sciences humaines, je serai devenu un intellectuel, j’aurais essayé de faire l’opinion en participant à des débats, à des émissions de télé. Toutes ces choses me font horreur. Mon roman est choral, et si ma nature plutôt bienveillante et optimiste me fait toujours chercher le bien chez les autres et les cercles vertueux là où on peut les dessiner, mon regard demeure, sauf accidents de parcours, celui de mes personnages : j’en change comme un imitateur change de voix. Parfois je déteste la France avec Nazir, parfois je la vénère de façon perverse avec Montesquiou. Parfois je crois à la République avec Chaouch, parfois je me demande avec Fouad si ces fameuses valeurs républicaines ne sont pas de sournois cache-misère destinés à faire se reproduire tranquillement les élites qui s’en réclament avec de grands gestes solennels. Mais mon projet n’a jamais été de faire un panorama ou un catalogue d’opinions et de types sociaux, mon projet c’est de faire vivre des vrais gens sur le papier, des gens qui sont tous liés, de près ou de loin, à l’invraisemblable crime de Krim qui crée un séisme de magnitude 10 à l’échelle de notre pays et dans les cœurs de certains de ses habitants.
 
 
La musique tient une place importante dans votre roman. Parlez-nous un peu de la bande-son de votre livre, quels titres faîtes-vous « entendre » et pourquoi ?
 
Oui, les Sauvages c’est d’abord la quatrième entrée des Indes Galantes, l’opéra-ballet de Rameau. C’est une musique qui a toutes les qualités que j’admire dans cette période baroque, l’allégresse, le goût de la lumière, de l’inventivité. Je crois que je suis très baroque moi-même, même si je rêverais d'écrire des histoires classiques, suivant une ligne claire... Bref, ce que je veux faire entendre, ce sont ces notes triomphales à la fin de la Chaconne qui clôt l’opéra, cet accord majeur c’est comme le soleil pour moi, j’avance péniblement dans un tunnel depuis trois ans, début de l’écriture des Sauvages, et depuis trois ans je m’accroche de toutes mes forces à ces quelques notes lumineuses, pour sortir du tunnel et faire triompher le bien et le beau dont je crois, avec une naïveté délibérée, qu’ils forment une alliance indestructible, ce genre de choses qui valent la peine d’être recherchées dans la vie, et qui transforment le temps qu’on aura consacré à cette recherche en autant d’heures précieuses, des heures sur lesquelles la mort ne pourra pas jeter son ombre.
 
 

 

 

 

Propos recueillis par Aug (aka le "cousin kabyle")
Un grand merci à Sabri Louatah ! 

 

 

Le site de Sabri Louatah

 

Les 3 premiers tomes de la tétralogie sont disponibles chez Flammarion-Versilio. Parution prévue du 4e et dernier tome pour bientôt.