Samarra


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"Un zoo en hiver" de Jirô Taniguchi : devenir mangaka dans le Japon des années 60.

par vservat Email

Jirô Taniguchi est devenu, en quelques années, une référence en matière de manga avec les traductions et publications successives de ses oeuvres en France de "Quartiers lointains", au "Journal de mon père" en passant par "L'homme qui marche". Ses productions, proches par leur graphisme, de ce que nous connaissons en Occident, lui donnent une place un peu à part dans les réalisations pléthoriques en provenance d'Extrême-Orient. Mangaka dévoué aux oeuvres sérieuses pour ne pas dire dramatiques (gegika), Taniguchi, natif de Tottori, utilise,souvent la cartographie intime de ses personnages pour révéler la société japonaise dans son quotidien, ses pesanteurs, ses retenues et ses interdits.

Plus que leurs paysages, les oeuvres de Taniguichi sont précieuses pour pénétrer les mentalités japonaises, les implicites qui organisent les rapports familiaux, les moeurs nippones et les rapports sociaux, qu'ils soient abordés sous l'angle du travail ou du genre. Taniguchi construit ses mangas en disséquant la psychologie de ses héros, en nous faisant ressentir leurs troubles, leurs douleurs, leurs obligations au fil de pages dont l'élégance du graphisme tient beaucoup à la finesse du trait, à la précision apportée au décor. Ces planches toutes simples, dénuées de clinquant et d'outrance  extrêmement soignées, permettent aux mangas de Taniguchi d'être délivrés au public dans un équilibre subtil entre les images et le propos.

C'est justement l'angle autobiographique que l'auteur a choisi pour une de ses dernières publications françaises. 

Né en 1947, il a semble-t-il, été assez vite happé par son goût du dessin. "Un zoo en hiver" retrace son parcours de jeune homme débutant une carrière ennuyeuse dans une entreprise de Kyoto jusqu'à la publication de son premier manga. Taniguchi se présente comme un garçon atypique dans un monde étouffé par les pesanteurs familiales, dans lequel il est donc difficile d'aller contre les traditions et préjugés. S'entrainant à dessiner les animaux du zoo, il reste en marge des jeunes de son entourage, d'autant plus qu'il est affecté par son patron à la surveillance de sa fille, dont l'exitence est entachée d'une liaison hors mariage avec un homme. 

Rapidement engagé sur des chemins de traverse, notre futur mangaka, rebaptisé Hamaguchi, a l'opportunité, lors d'un séjour à Tokyo, d'intégrer un atelier de dessinateurs de mangas. Il y affute son style en faisant les décors des planches, tout en découvrant un milieu bohême, exigeant, mais relativement déconsidéré socialement, vivant en vase clos, et sacrifiant beaucoup à son art.

C'est la confrontation avec son frère qui permet de mettre en perspective les pesanteurs et les tensions qui traversent la société nippone. Celui ci étant l'ainé, il a sacrifié semble-t-il, ses goûts professionels à la nécessité d'assurer la subsitance d'une famille dont le père n'est plus. Il est à la fois fasciné par le travail de son jeune frère, qui a librement choisi sa voie, mais totalement incapable de considérer le métier auquel il se forme comme un travail à part entière. C'est tout un monde de frustrations, de choix contrariés, de responsabilités oppressantes qui affleure dans ces rapports fraternels. Ils ne peuvent, évidemment , constituer un tableau de l'ensemble de la société japonaise, mais ils en disent  suffisament sur son architecture et ses règles.

Et puis, il y a ce double passage initiatique (artistique et sentimental)  qui va mener l'auteur à la fois vers sa première publication dans le magazine "Shonen holiday" et vers sa première histoire d'amour. Taniguchi sur ce point particulier, est bien plus conformiste, en fait. Il n'aboutira à la publication de son premier manga qu'après avoir trouvé sa muse, souffert pour elle, déssiné et corrigé ses pages à l'aune de ses remarques, et avoir surmonté sa première grande épreuve sentimentale. Petit conte de fée de l'inspiration retrouvée par l'innocence de la jeune Mari, la dernière partie du "zoo en hiver" nous fait franchir les étapes de "l'accouchement" d'une première oeuvre. Le trait et la délicatesse des sentiments toujours exprimés de façon contenue,  permettent d'alléger le poids des clichés. Une certaine poésie plane sur la fin de cette histoire qui se tranforme en nostalgie, si familère aux habitués du maître, lorsqu'il se remémorre la publication d'"un voeu fait aux étoiles", moment à partir duquel il fut officiellement mangaka.

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Samarra au Maghreb

par Aug Email

 

 

 

Un blog où sont publiés des travaux d'élèves Tunisiens, Algériens et Français autour de l'histoire commune du Maghreb et de la France :

Une histoire commune ?

 

Le ciel au-dessus du Louvre : dans la tourmente révolutionnaire

par Aug Email

 Voilà une BD qui donne envie de connaître les mille et unes histoires, fictives ou réelles, qui se cachent derrière les peintures les plus célèbres. Voilà une BD qui donne également envie de comprendre cette période pleine d'espoir et de désillusions que fut la Révolution française. En s'associant pour retracer un moment de cette Révolution en plein coeur de la Terreur, l'écrivain Jean-Claude Carrière et le dessinateur Bernard Yslaire nous livrent une BD originale et très réussie.

Alors que Robespierre souhaite qu'il réfléchisse à la représentation de l'Être suprême qui doit être célébré pour ne pas "laisser le ciel vide", le peintre Jacques-Louis David n'a qu'une idée en tête : peindre le jeune Bara.

 

Qui est Bara ?

Il s'agit d'un jeune soldat républicain de 13 ans tué en Vendée le 7 décembre 1793. Selon la légende, des insurgés vendéens l'auraient oblogé à crier "Vive le Roi". Préférant crier "Vive la République", il serait mort sous les coups des Vendéens. Depuis l'abolition de la royauté en 1792, les Vendéens s'opposent par les armes à la République. Cette menace intérieure sert de justification à la Terreur exercée par le Gouvernement révolutionnaire. La mort héroïque de Bara tombe à point nommé pour des généraux en échec et pour le Comité de Salut Public dirigé par Robespierre. Il devient un héros, à l'image du jeune Vialla tué en Provence en juillet 1793 dans la lutte contre un autre ennemi intérieur, les fédéralistes. Robespierre demande que Bara entre au Panthéon, Barrère réclame à David une gravure destinée à être reproduite pour toutes les écoles. Il doit également préparé les cérémonies de panthéonisation qui doivent avoir lieu le 10 thermidor.... Mais le 9, Robespierre est renversé puis executé le lendemain. Bara n'entre donc pas au Panthéon mais bel et bien dans la postérité. Les poètes (tel Marie-Joseph Chénier dans "Le chant du départ"), peintres, écrivains, sculpteurs louent ses mérites pendant tout le XIXème siècle. Des rues et des établissements scolaires (comme celui de Palaiseau où il a vécu) portent encore son nom.

En suivant la réalisation de cette oeuvre, Carrière et Yslaire tentent de comprendre le mystère de cette oeuvre. David y représente l'incarnation de la vertu pronée par Robespierre et la défense de la République jusqu'à la mort. Il peint un enfant nu, androgyne, dans une position très allanguie. La violence de la mort n'est pas directement évoquée. Bara sert près de son coeur une cocarde trricolore. David travaille sur cette peinture dans son atelier du Louvre qui vient tout juste de devenir un Musée sur décision de la Convention le 10 août 1793 (l'inauguration a eu lieu le 18 novembre).

 

 

 

 

Robespierre et "l'Être suprême"

 Emprunant aux philosophes des Lumières, en particulier à Rousseau, Robespierre propose à la Convention de rendre un culte à "l'Être suprême". Celle-ci en adopte le principe par décret le 18 floréal an II (7 mai 1794). C'est une manière pour lui de proclamer à la fois le rejet du christianisme et de l'athéisme. Il souhaite ainsi canaliser les tentatives d'un "culte de la raison" (établi par les hébertistes l'année précédente) qu'il juge excessif et de proclamer un déisme officiel qui encouragerait les valeurs civiques (vertu, égalité). La voie est d'ailleurs libre puisque les hébertistes ont été conduits à l'échafaud en mars 1794.

 

 

La première de ces fêtes a lieu le 8 juin 1794, David est chargé de régler les détails des cérémonies qui se déroulent au jardin des Tuileries et au Champ de Mars. Robespierre veut en faire, dans ces temps de guerre civile, un moment d'unité derrière les valeurs républicaines. Les statues de la tyrannie, de l'égoïsme, de l'athéisme et de la superstition sont brûlées. Une "montagne" est bâtie sur le Champ de Mars. Un arbre de la liberté domine la hauteur et une statue de l'Être suprême est placée au sommet d'une colonne.

 

 [Pierre-Antoine Demachy, Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794), 53,5x88,5, huile sur toile-Musée Carnavalet]

 

Cette fête est considérée comme l'apogée de la domination politique de Robespierre, surnommé l'incorruptible. Voici comment il théorise l'importance de la Terreur.

"Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante."

 

Le 9 thermidor, il est renversé par la Convention. Mais revenons à Jacques-Louis David. Prix de Rome en 1774, il devient le peintre emblématique du clacissisme, puisant dans l'Antiquité ses thèmes (Serment des Horaces, L'enlèvement des Sabines) et son idéal de beauté. Il s'enthousiasme pour la Révolution qui puise grand nombre de ses références symboliques dans l'Antiquité grecque et romaine. Il est élu à la Convention en 1792 avec les Montagnards. Lorsque ceux-ci arrivent au pouvoir après la chute des Girondins en juin 1793, il fait partie des personnages importants puisqu'il entre au Comité de Sûreté générale et devient un des agents de la Terreur. Deux de ses toiles ornent d'ailleurs la tribune de la Convention : La mort de Michel Lepeltier et La mort de Marat. Pourtant impliqué dans la politique de Robespierre, il parvient à échaper à l'exécution et entame une "traversée du désert" de plusieurs années. Il trouve ensuite avec Bonaparte un nouveau maître dont il relaie efficacement les idées (Le sacre).

 

Samarra au Royaume-Uni et en Irlande

par Aug Email

 

 

Du côté de la Grande-Bretagne (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles) :

 

 

 

Et en Irlande, du Nord au Sud :

 

 

  • L'Irlande du XIXème siècle en chansons : Le nouveau programme d'histoire de seconde invite à s'intéresser à "la place des populations de l'Europe dans le peuplement de la Terre". Sur l'histgeobox, nous nous intéressons aux conséquences politiques et sociales de l'importante émigration irlandaise du XIX° siècle au début du XX°. Entre 1815 et 1930, 18 millions de Britanniques quittent leur terre natale pour aller s'installer sur d'autres continents, en particulier vers l'Amérique.

- La "maladie de la pomme de terre" (mildiou) entraîne une terrible famine qui tue et précipite sur les chemins de l'exil des milliers d'Irlandais. La chanson "Dear Old Skibbereen" chantée par Sinead O'Connor nous permet de revenir sur ce drame national.

- Ces migrations de la misère se déroulent dans des conditions terrifiantes. L'entassement, le manque d'hygiène et les organsimes affaiblis par les carences alimentaires font des navires de véritables mouroirs dont les Pogues parlent dans leur morceau "Thousands are sailing".

- Une fois arrivés à destinations, les Irlandais occupent les postes les plus ingrats. La version de la chanson traditionnelle "Poor Paddy on the railway", interprétée ici par les Pogues, évoque l'existence difficile d'un Irlandais obligé de travailler sur les lignes de chemins de fer en construction en Angleterre (Liverpool, Leeds...).

- Les immigrants aspirent à vivre dignement et si possible à s'enrichir. Pourtant, les conditions d'existence s'avèrent la plupart du temps très difficiles pour les migrants, bien loin du pays de cocagne vanté par les compagnies maritimes. Outre la douleur du déracinement, ils souvent accueillis avec réticence, voire victimes de xénophobie:

- La chanson "No Irish need apply" ("pas besoin d'Irlandais") illustre l'hostilité des Américains de "souche" envers les nouveaux venus.

- Les paroles du morceau "Don't bite the hand that's feeding you" rendent perceptibles le racisme dont sont toujours victimes les immigrés au début du XX°.

 

 

"Tokyo sanpo" : la ville mondiale vue d'une chaise pliante.

par vservat Email

Comme il l'explique dans la préface de son ouvrage, Florent Chavouet, a passé 6 mois en 2006,  à Tôkyô, la "plus belle des villes moches". Il ne prétend pas, loin de là, donner dans "Tokyo sanpo" un compte rendu précis à usage touristique ou  documentaire de cette pieuvre urbaine, mais livre le regard d'un simple  promeneur, immédiatement plongé dans l'inconnu puisqu'à Tôkyô on "peut admirer un panneau de route tout simplement parce qu'il n'est pas comme chez nous". 

 

Florent Chavouet part donc arpenter la capitale japonaise, certains de ces quartiers en tous cas, "armé" de ses crayons, de son vélo et de sa chaise pliante. De Takanadobaba à Roppongi , d'Okubo à Shinjuku ou Shibuya, on suit son butinage tokyote avec délectation. Sans doute parce que les images que nous avons de Tôkyô, sont celles de la démesure, de la verticalité, de l'enchevêtrement, de l'urbanisme délirant et que Florent Chavouet, nous remet la ville en perspective, à hauteur d'homme, et que notre regard s'en retrouve totalement renouvelé, et certainement un peu bouleversé.

 

Chaque chapitre du livre s'ouvre par un plan du quartier  visité ; on entre ensuite dans chacun de ceux que F. Chavouet a exploré par un koban, ou commissariat de quartier (l'équivalent local du monument aux morts de 14-18, dit-il) devant lequel se trouve posté un policier amené à renseigner le chaland. Traquant le cocasse de la vie quotidienne (confrontation avec les taxis ou rencontre avec le "vieux bourré" à  Okubo, notament,) les paysages de la ville, son architecture, ses styles vestimentaires, ses héros anonymes,  ses mystères culinaires, l'agencement de ses maisons, "Tokyo sanpo" est tout autant une merveille graphique qu'un voyage unique et original dans la capitale nippone, succession de croquis librement inspirés des vagabondages de son auteur.

 

"Tokyo sanpo" a reçu le prix Ptolémée du festival internationalde géographie de Saint Dié des Vosges 2009.

Il a été chroniqué par G. Fumey sur le site des cafés géographiques : lire la chronique de Gilles Fumey sur "Tokyo sanpo".

F. Chavouet possède son site internet : http://www.florentchavouet.com/

 et un blog :  http://florentchavouet.blogspot.com/ . Ce sont des outils intéressants pour découvrir son très riche travail.

Juge Bao : opération "mains propres" en l'an mil

par Aug Email

Bao Zheng (包拯) a vécu au XIème siècle dans la Chine de la dynastie des Song. Né dans la province de l'Anhui (Chine du Centre-Est), il est réputé pour son intégrité. Il a ainsi obtenu de l'Empereur Renzong des pouvoirs de justice exceptionnels de 1037 à sa mort en 1062. Juge itinérant, le juge Bao (Bao Gong) a lutté contre la coruption des puissants et le détournement des aides versées par l'Empereur pour la reconstruction à la suite de catastrophes naturelles.

Son histoire a survécu au temps puisqu'il est progressivement devenu le symbole de la justice dans la culture populaire chinoise. Il apparaît ainsi dans de nombreux écrits, notamment romanesques, et dans l'opéra. Plus récemment, des films, des téléfilms et même un jeu vidéo l'ont mis en scène accompagné de ses assistants, le très habile et très redouté Zhan Zhao et le greffier Gongsun Ce.

C'est que sa réputation d'intégrité et de lutte contre la corruption trouvent de puissants échos dans la Chine contemporaine. A l'heure où le développement de la Chine entraine la transformation de nombreux espaces périurbains, la cupidité de nombreuses personnes ne se dément pas. Mais sa dénonciation doit souvent prendre des formes indirectes. Les mésaventures du film Avatar en Chine témoignent de la difficulté d'aborder certains sujets. Parler du juge Bao aujourd'hui est donc un moyen de dénoncer la manière dont ce développement est effectué. Le juge s'attaque aux puissants sans scrupules et prend la défense des plus faibles.

Une jeune éditrice chinoise, Ge Fei Xu , un scénariste français et un dessinateur chinois ont compris toute l'actualité du juge Bao en entamant la publication d'une bande dessinée. Le premier tome, Juge Bao et le phoenix de Jade, vient de paraître en français aux Editions Fei, dans un format original mais finalement très pratique (13x18). Patrick Marty a écrit le scénario en souhaitant délibérément que le lecteur pense à la Chine d'aujourd'hui tout en se plongeant dans la Chine des Song. Son "road movie" suit le juge Bao dans ses déplacements qui sont autant d'enquêtes mêlant histoires d'amour, de corruption, combats et aventures. Il s'inspire du vrai Bao tel que le rapportent les sources tout en inventant une grande partie des détails. Le dessin en noir et blanc du Pékinois Chongrui Ne est d'une grande qualité et très précis.

Un extrait du tome 1. On y voit le juge Bao n'hésitant pas à se déguiser et à se faire jeter en prison pour les besoins de son enquête.

Ces aventures se lisent comme un roman policier. On attend la suite (prévue en avril 2010) avec impatience ! Lisez l'entretien accordé par Patrick Marty à ActuaBD

La Guerre d'Algérie en BD (4) Là-Bas

par Aug Email

 

Poursuivons notre exploration des bande-dessinées qui ont pour toile de fond la guerre d'Algérie.

Je vous propose de découvrir Là-Bas de Tronchet et Sibran publié chez Dupuis en 2003.

 

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Nos précédents épisodes :

 

 

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