Samarra


Catégorie: Dossiers

L'aventure Samarra continue !

par Aug Email

 

 

 

Entamée en 2007, l'aventure Samarra continue !

Après près de 6 ans passés en compagnie de Mondomix, nous avons appris avec beaucoup de tristesse que les responsables du site ne pouvaient plus poursuivre l'expérience menée, faute de moyens. Cet échec financier démontre la difficulté d'offrir un contenu riche et varié à l'ère du numérique. Nous saluons chaleureusement le travail accompli par Mondomix et toute son équipe.

 

Pour sa part, la joyeuse équipe de Samarra, composée de Véronique Servat, Julien Blottière, Jean-Christophe Diedrich et Etienne Augris, n'est néanmoins pas prête de renoncer à vous faire découvrir ce qui fait la richesse de notre monde et est plus motivée que jamais pour continuer. Les 2000 pages quotidiennes vues par nos lecteurs sont un encouragement.

 

Et le petit texte placé en exergue de Samarra a toujours du sens dans un monde où la tentation est forte de simplifier la réalité et la complexité et d'enfermer l'Autre dans nos préjugés. Voici donc notre programme :

 

Pour connaître et comprendre le monde, partons en voyage dans le temps et dans l'espace. Rien de mieux pour cela que de découvrir des musiques, des livres, des BD, des films, de l'art.... Samarra est le nom d'une ville d'Irak. En arabe, son nom signifie "celui qui l'aperçoit est heureux".


Dans un premier temps, nous mêlerons ici de nouveaux articles et d'anciens articles réactualisés.

 

Zeitoun de Dave Eggers : Quand Katrina submergea les Etats-Unis.

par vservat Email

Il y a quelques temps déjà Samarra avait regroupé en un dossier différents articles consacrés à la Nouvelle-Orléans, placée sous les feux de l’actualité suite aux dévastations causées par l’ouragan Katrina. Musique, BD, séries tv mais aussi entretien avec des universitaires permettaient de croiser les regards sur cette ville singulière, joyau de la culture américaine devenue le symbole des impasses de la politique de GW Bush.
 
 
 
Voici une pièce de plus au dossier, objet hybride mais très éclairant sur ce moment particulier de l’histoire de la ville. À lire la 4ème de couverture de l’édition française de Zeitoun de Dave Eggers (3ème couverture), on se demande ce qu’il pourrait bien y avoir d’inédit à dire sur Katrina. Mais pour ceux qui connaissent un peu l’auteur-éditeur, aux manettes de la revue The Believer, talentueux électron libre de la littérature américaine, on se dit que même si le sujet a déjà été épuisé, connaître son regard sur l’événement ne peut pas être inintéressant. L’avertissement en guise de prologue nous alerte sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une fiction qui aurait pour cadre la Nouvelle-Orléans lors du passage du cyclone. Il s’agit davantage de la mise en forme de témoignages, celui du couple formé par Abdulrahman Zeitoun et sa femme Kathy. Ce sont eux qui nous servent de guides dans ce moment apocalyptique. Le voyage auquel ils nous convient par l’intermédiaire de leur porte-voix, D. Eggers, est un véritable chemin de croix. Le livre refermé, la réponse à la question initiale est évidente, la portée de Zeitoun outrepasse très largement l’épisode cyclonique, c’est ce qui en rend la lecture si passionnante.
 
 
 
ETUDE DE CAS : KATRINA ET LA GESTION DU RISQUE.
 
Katrina est un cas d’école à plusieurs titres. Le cyclone affublé de ce joli prénom féminin s’abat sur la Floride à la fin du mois d’août 2005 puis, avec des forces décuplées, sur la Louisiane et en particulier sur la Nouvelle Orléans. Sous les bourrasques et les pluies torrentielles, la ville connue pour son carnaval et sa forte présence afro-américaine, est très vite enfouie sous les eaux. Construite en grande partie sous le niveau de la mer, enserrée par le  Mississippi et le lac Pontchartrain, la cité du jazz est rapidement submergée. Les digues qui la protègent, mal entretenues, cèdent ; le chaos se répand. L’évacuation ordonnée tardivement par le maire Nagin ajoute au drame. Des milliers de personnes prises au piège se réfugient sur les toits, au Convention Center ou au Superdome. Les secours sont débordés, les autorités totalement inopérantes à l’image du président Bush survolant la ville engloutie sous les eaux en hélicoptère sans dénier descendre sur la terre ferme afin de réconforter les sinistrés. D’aucuns disent qu’il a alors joué son avenir politique.
 
 
 
 
 
S’ensuivent des images de chaos, de pillage, de guerre et d’état de siège : l’armée, la garde nationale, les mercenaires s’emparent peu à peu des rues en une déferlante ultra sécuritaire motivée par un empilement confus de peurs relevant davantage du fantasme que de la réalité. De ce point de vue, l’action de la FEMA est très emblématique. Ce que l’épisode confirme c’est qu’en Amérique, depuis le 11 septembre, la peur est un outil de gouvernement qui justifie les exactions et légitime la violence d’état. Ce qu’il rappelle c’est que les inégalités sociales, les politiques d’abandon des plus démunis issues du désengagement de l’état tuent davantage que les catastrophes naturelles. On peut en faire un chapitre de géographie scolaire sur les risques et arriver aisément à cette conclusion implacable, en puisant notamment dans l’étude menée par R. Huret en 2010.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Caricature de Placide sur l'intervention des "secours" à la Nlle-Orléans.
 
 
 
APPROCHES DE L’ESPACE ET DU TEMPS : SOUS LES EAUX ET À CONTRE-COURANT.
 
Des médias aux universitaires en passant par les scénaristes (Zeitoun est en passe de devenir un film sous la direction de J. Demme), tous se sont emparés de cet évènement dramatique pour en identifier les causes, pointer les lacunes dans l’organisation des secours ou en étudier l’exploitation par les promoteurs immobiliers. La série Treme, sur 4 saisons, en a restitué avec une grande précision les enjeux et l’on sait, depuis The Wire, à quel point le travail de D. Simon relève de l’orfèvrerie quand il s’agit de documenter un sujet.
 
 On apprendra donc peu de choses inédites sur l’ouragan et ses suites en lisant Zeitoun. Et pourtant, quand on a déjà emmagasiné nombre d’informations sur le sujet, la lecture de ce livre ne laisse pas indemne. Indéniablement, il possède quelque chose de plus, une façon de dire autrement l’histoire. Les bavures politiques, les abus les plus révoltants et les plus emblématiques des dysfonctionnements à l’oeuvre sont mis à nus, à vif, par le talent de l’écrivain qui procède magistralement à la mise en intrigue. Entièrement au service de sa thèse et de ses personnages, le récit éclaire d’un jour nouveau l’événement dans son déroulement mais aussi dans ses résonnances spatiales et temporelles dont il se plait à briser les échelles. Zeitoun braque un miroir sur la Nouvelle Orléans au moment de Katrina qui renvoie en retour au pays un portrait effrayant de lui-même. À partir d’une construction ciselée, de témoignages étayés par une bibliographie attestant d’une enquête méthodique, Eggers nous étrille et nous offre une grille de lecture complexe et diversifiée de l’événement.
 
 
Les deux témoignages qui servent à construire l’étude sur Katrina, sont ceux de deux américains sans histoire ou presque. Une famille unie, heureuse, dont la réussite professionnelle est aussi indéniable qu’atypique dans la mesure où elle s’appuie non sur une exploitation outrancière d’autrui mais sur une gestion altruiste des ressources humaines. Abdulrahman Zeitoun est un entrepreneur en bâtiment de la Nouvelle-Orléans. Marié à une chrétienne convertie à l’Islam, Kathy, ils vivent avec leurs 4 enfants dans une coquette maison d’uppertown, assez éloignée du centre ville. Zeitoun est issu d’une famille syrienne de pêcheurs, dont les fils ont souvent côtoyé l’eau (l’un a été champion de natation, l’autre navigateur, Zeitoun lui même officia dans la marine avant de s’installer en Louisiane). Musulman pratiquant, il est totalement intégré dans son quartier, dans sa ville. Travailleur acharné, généreux et serviable, c’est un père modèle et un mari heureux. Sa femme Kathy participe avec lui à la gestion de l’entreprise. Sa famille accepte mal sa conversion, se focalisant évidemment sur le port du voile, mais elle vit bien mieux que ses proches son choix spirituel.
 
Kathy se résout à quitter la ville pour Bâton Rouge avec ses enfants à l’approche du cyclone. Son mari reste à la maison. Les vents se déchainent, l’eau monte. Réfugié sur le toit A. Zeitoun utilise son canoë pour porter secours aux gens du quartier isolés. Il va nourrir les chiens abandonnés dans les maisons avoisinantes, dirige les quelques patrouilles qui passent vers les nécessiteux. Cette première partie dessine pour nous une géographie nouvelle de la ville sous les eaux, devenue quasi silencieuse après le fracas de l’ouragan. Abdulrahman reste en contact avec sa famille grâce à une ligne fixe de téléphone encore en service dans une de ses propriétés moins sinistrée. Et puis soudain le silence. Kathy n’a plus de nouvelles de lui. S’ensuivent une dizaine de jours d’angoisse interminable à remuer ciel et terre pour retrouver sa trace. À la Nouvelle-Orléans, alors que le niveau de l’eau se stabilise, Zeitoun est arrêté avec quelques amis qui, comme lui, viennent en aide aux sinistrés. Accusés de pillage, ils sont incarcérés, humiliés, et maltraités par les différents dépositaires de l’autorité alors aux commandes : garde nationale, membres de l’appareil judiciaire et pénitentiaire, armée. Le salut de Zeitoun et sa libération tiennent à un fil. Quand sa femme le retrouve à sa sortie de prison, Eggers nous laisse entrevoir l’après et ses traumatismes. S’offre alors à nous un autre niveau de lecture qui, par emboîtement scalaire, replace l’épisode Katrina dans une géopolitique plus large et une histoire américaine.
 
 
MISE EN PERSPECTIVE : HISTOIRE ET GEOPOLITIQUE DES ETATS-UNIS.
 
Le livre se construit donc en trois parties qui sont comme un négatif de la temporalité propre au cyclone. Quand celui-ci se déchaine sur la ville, Zeitoun reste calme et serein. Alors que l’eau s’empare peu à peu de son quartier, lui s’organise ; il se met au service de la vie quand la mort rôde. Son choix de demeurer en ville reste incompréhensible pour ses proches, mais pour nous qui le suivons dans ce paysage dévasté et pourtant étrangement calme, sous l’eau, Zeitoun est un héros américain. Ordinaire, modeste, idéalisé sans doute, mais un héros comme seule l’industrie cinématographique hollywoodienne en produit.
 
 
A mi-parcours, le changement de témoin, laisse le lecteur pétrifié d’angoisse, tout comme l’est Kathy restée sans nouvelle de son mari. La lecture devient éprouvante, le cyclone n’est pourtant plus une menace à ce moment là. Logiquement, on aurait du assister au sauvetage des sinistrés. Il n’en est rien, la porte des Enfers s’est entrebâillée, engloutissant ce que l’humanité a de meilleur. C’est finalement quand un retour à la normale devrait s’amorcer avec l’arrivée des sauveteurs  que l’univers de Zeitoun bascule et que l’ouragan s’abat sur lui. Ce n’est pas celui des forces de la nature mais celui qu’a déchainé le gouvernement américain en proie à un pic de paranoïa dont les racines sont à chercher du côté du 11 septembre, certes mais aussi dans le renouveau patriotique, le parasitage de l’état par les lobbies militaires et sécuritaires avec leurs cohortes d’officines étatiques ou mercantiles offrant des mercenaires à qui peut se les payer.
 
Le livre met à jour le racisme de plus en plus affirmé contre tout ce qui s’apparente de près ou de loin à un arabe ou un musulman devenu le nouvel ennemi intérieur et dévoile un portrait terrifiant des Etats-Unis. Eggers introduit puissamment la question de l’identité américaine dans son ouvrage. On l’a dit, les afro-américains de la ville, au moment de la catastrophe, se sont sentis étrangers dans leur propre cité. On assiste ici à un processus analogue. Les Zeitoun sont avant tout des Etats-Uniens mais la politique de gestion de crise aboutit à leur confisquer cette partie de leur identité pour les réduire à de potentiels terroristes extrémistes : ils deviennent la figure archétypale de l’ennemi intérieur. Zeitoun, tombé aux mains de la garde nationale, expérimente sur le territoire national et sur son lieu de vie a priori sanctuarisé ce que l’Amérique exporte d’ordinaire ailleurs de Guantanamo à Abou Ghraib. Le processus s’apparente à une forme de contagion provoquant un pourrissement intérieur : les Etats-Unis finissent par s’inoculer eux-mêmes le virus qu’ils diffusent d’ordinaire dans d’autres régions du monde. Les déboires de Zeitoun renvoient au pays dont il est le ressortissant (si bien qu’à sa libération le premier combat de sa femme sera de récupérer ses papiers pour que lui soit rendue cette identité bafouée), l’image la plus noire de son âme désormais pervertie.
 
 
On reste médusés par le parcours d’A. Zeitoun tombé aux mains des « autorités » dans la dernière partie du livre. Romancer son histoire s’avère totalement superflu tant la réalité décrite ici dépasse de loin ce que la fiction pourrait produire. Pour le couple, les suites de ce premier calvaire ont fonctionné comme une bombe à retardement. Eggers décrit une Kathy déboussolée en proie à des pertes de mémoire et à des troubles proches de ceux provoqués par la maladie d’Alzheimer. Livrer au public leur histoire durant Katrina n’a pas préservé les deux témoins : ils sont aujourd’hui séparés et ont à nouveau eu maille à partir avec la justice. Au bout du compte, il sera facile d’abattre le héros pour nier ce qu’il a représenté : la presse a eu beau jeu de se délecter du divorce houleux des Zeitoun et des accusations de violences du mari envers sa femme, accusations dont il est aujourd’hui blanchi. Et pour mieux dissimuler ce que son récit révélait l’endroit où il fut emprisonné et soumis à un régime d’exception le privant de tous ses droits élémentaires est devenu une attraction touristique en gare de la Nouvelle-Orléans.
 
 
 
 
 
Plus qu’un nouveau récit sur Katrina, Zeitoun vaut pour son regard acéré sur une Amérique en crise à l’aube du XXI siècle qui malmène les valeurs de la démocratie, dédouane ses politiques des règles du droit, et les livre aux intérêts mercantiles des inventeurs de menaces en tous genres. Sans débauche de pathos, sans verser dans la surenchère facile, Zeitoun donne à lire la chronique d’une ville sous les eaux, dans un pays qui se noie peu à peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A. & K. Zeitoun avec D. Eggers à la Tulane University.

 

 

Sound-system: miroir du petit peuple jamaïcain.

par blot Email

La Jamaïque est une petite île des Caraïbes, située non loin des côtes cubaines et américaines. Elle ne compte que 1,6 millions d'habitants en 1960 (2,7 aujourd'hui). Sur ce territoire qui se distingue par la production pléthorique d'artistes de très grands talents - Bob Marley n'étant que l'arbre cachant la forêt- le nombre d'enregistrements rapporté à la population y est proprement vertigineux. Ainsi, on dénombre 150 000 enregistrements pour la seule Jamaïque entre la fin des années quarante et l'époque actuelle.
Comment cette île, au territoire minuscule (1) et ingrat, a-t-elle pu influencer à ce point sur la sono mondiale?

Pour ouvir ce dossier consacré aux musiques jamaïcaines, il nous semblait essentiel d'insister sur le rôle crucial joué par le sound-system. Institution culturelle fondamentale de l'île, cette discothèque ambulante s'impose en quelques années comme un phénomène de société d'une ampleur considérable en Jamaïque.

 

 

A la fin des années 1940, lorsque les sound-systems font leur apparition, le
pouvoir politique réside entre les mains d'une Assemblée, soumise à la couronne britannique. Les mouvements nationalistes, très actifs depuis le début du siècle, sont sur le point d'arracher leur indépendance à Londres dont l'objectif réside surtout dans la perpétuation de relations cordiales dans le cadre du CommonwealthDans l'île, tous les leviers de commande se trouvent aux mains de la minorité blanche d'origine européenne.  Les descendants d'esclaves noirs africains composent toutefois l'écrasante majorité de la population (dans un rapport de 20 pour 1), auxquels il convient d'ajouter de nombreux immigrés indiens et chinois. (2) 

 


Au début des années 1950, la Jamaïque connaît son boom économique avec l'essor des exportations de sucre, de bananes, l'exploitation de la bauxite et enfin le développement du tourisme de luxe. L'île reste toutefois très dépendante des investisseurs américains, dont quelques firmes contrôlent les secteurs économiques clefs. 

 

 

* Conditions d'accès au disque.
Sur le plan musical,  le mento, fortement influencé par le calypso trinidadéen, domine. De grands orchestres en proposent une version édulcorée pour la clientèle étrangère des hôtels de luxe. En parallèle, des groupes de jazz (Eric Dean, Val Bennett) proposent une relecture des standards à la sauce jamaïcaine pour une clientèle huppée. Jazz et mento restent donc réservés aux élites de l'île.
Le financement de ces formations coûte cher et explique leur remplacement (partiel) par les vinyles, dont une production balbutiante apparaît dès 1950, en dépit du coût important des platines-disques.

Finalement pour danser et écouter de la musique à bas prix, il faut se rabattre sur d'autres médias: radios et  sound system. Or, au début des années 1950, la Jamaïque manque encore cruellement d'infrastructures. Seuls certains quartiers urbains ont accès à l'électricité, quant aux transistors, ils restent une denrée rare. Par conséquent, bien peu de Jamaïcains peuvent écouter la RJR (Radio Jamaïcaine de Rediffusion, seule radio à émettre depuis l'île jusqu'en 1959) (3) ou les radios américaines dont les ondes atteignent l'île lorsque les conditions climatiques sont favorables. Les chanceux découvrent en tout cas par ce biais les morceaux de jazz ou de rythm'n'blues américain dont le public insulaire se révèle bientôt très friand. Grâce à la généralisation de l'électrification et à la baisse des prix des postes, la majorité des foyers insulaires possède une radio au début des années 1960.
 

 

 

* Urbanisation de la société jamaïcaine.

 Les principaux courants musicaux jamaïcains post-indépendance émergent dans une capitale en pleine mutation. Le pays connaît depuis le début du siècle un exode rural massif. La population de Kingston passe ainsi de 63 711 habitants en 1921 à 110 083 habitants en 1943. Le chômage endémique dans les campagnes incite de nombreux ruraux à migrer en ville et à renier la civilisation rurale à laquelle ils avaient pourtant appartenue.

L'afflux massif de ruraux contribue à saturer davantage encore le marché du travail. La pénurie d'habitations, le chômage et les difficultés économiques rendent l'accès au logement  impossible aux nouveaux venus. C'est dans ce contexte social explosif qu'apparaissent ghettos et bidonvilles. Coronation Market, vaste décharge à ciel ouvert, devient le Dungle (soit la "jungle d'excréments"). A l'ouest de l'agglomération se développent Back o'Wall, Trench Town, Arnett Gardens, plus connu sous le nom de Concrete Jungle ("Jungle de Béton").

 

Loin de l'opulence espérée, les migrants ruraux sont confrontés à la misère et l'insalubrité. Une ségrégation socio-spatiale implacable scinde bientôt la capitale en deux entités imperméables. La bourgeoisie blanche et métisse habite dans les quartiers riches et résidentiels du haut de la ville (uptown), tandis que le petit peuple de la capitale s'entasse dans la ville basse (downtown) située près du front de mer. 

Les mesures de restriction de l'immigration adoptées par les Etats-Unis puis le Royaume-Uni aggravent la surpopulation de Kingston dont le nombre d"habitants augmente de 86% entre 1943 et 1960. La capitale abrite alors 380 000 âmes, soit le quart de la population insulaire, dont 70% vivent dans des quartiers précaires. 

 Ces mutations sociales s'accompagnent de profonds changements socioculturels, car les habitants des ghettos se dotent de leurs propres valeurs et normes, contribuant à l'émergence de contre-culture tant au niveau religieux (rastafarisme) que musical (sound-system).


 

 

 Les danseurs des sound-systems réclament avant tout du rythm & blues américain, en particulier les titres enregistrés à la Nouvelle-Orléans. Ici, Fats Domino exécute un morceau au piano en présence de Duke Reid.

 

 

* Américanisation croissante.

 L'essor des sound-systems transforme fondamentalement la manière d'écouter et de vivre la musique. Les playlists des selecters, calquées sur les goût du public, témoignent de l'américanisation croissante de la société insulaire. Le mento, considéré comme provincial et obsolète cède bientôt le pas aux musiques importées des Etats-Unis. 

 

 


Ci-dessus, une sélection de vidéos des titres particulièrement appréciés par les danseurs des discothèques ambulantes. En ouverture se trouve le fameux Coxsone Hop, le jingle sonore du Sir Coxsone Downbeat.

 

 

 

Plusieurs facteurs expliquent l'influence grandissante des Etats-Unis sur la culture jamaïcaine. Dès le second conflit mondial, un rapprochement très fort s'observe avec l'implantation de deux bases militaires américaines dans l'île (Sandy Gully et Vernon Fields). Au contact des GI, les Jamaïcains découvrent les musiques américaines grâce à la diffusion des disques de jazz et de rythmn and blues. L'essor des échanges économiques entre les deux pays renforce encore l'attrait pour ces musiques par l'intermédiaire des marins des navires de commerce et des nombreux touristes américains, dont les paquetages et valises contiennent souvent les disques tant recherchés. (4) Enfin, les fréquents allers-retours des travailleurs jamaïcains expatriés aux Etats-Unis permettent de répondre à la demande croissante de disques de rythmn and blues. Les operators des sound-systems versent un peu d'argent à ces précieux intermédiaires, quand ils ne se rendent pas eux-mêmes aux Etats-Unis. (5)
Par le biais de la radio, du disque ou du sound-system, les Jamaïcains s'entichent sérieusement du rythm'n'blues américain le plus chaud, ce son capable de requinquer les plus déprimés. Le R&B bondissant et primesautier d'un Louis Jordan, les rugissements sauvages de blues shouters de la trempe de Wynonie Harris ou Jimmy Reed, le funk chaloupé et nonchalant de la Nouvelle-Orléans - qu'il soit interprété par Professor Longhair, Fats Domino ou Lloyd Price - remportent tous les suffrages.


 

Vieux cliché de la disco-mobile de Clement Dodd, le Sir Coxsone's Downbeat.

 

 

* Le sound system. 
A partir de la fin des années 1940, le sound-system devient le vecteur de diffusion privilégié de la musique auprès des classes populaires de l'île. 

Cette disco mobile, jouant les disques en plein air et à fort volume, s'impose comme une institution essentielle pour le petit peuple de Kingston, faisant office de lieu de rencontre, d'information et bien sûr de loisir. Sa conception est des plus rudimentaires: un tourne-disque, un ampli et des enceintes, les plus grosses et les plus puissantes possibles. Une vaste dalle en béton sert généralement de dancehall, complété par une buvette improvisée. Les propriétaires de sound-system font partie de la classe moyenne (6) et disposent de revenus suffisants pour faire l'acquisition du matériel hi-fi, des disques indispensables au fonctionnement de la disco-mobile. Les coûts de gestions de ces installations sommaires restent toutefois assez accessibles et font du sound une entreprise potentiellement lucrative, bien plus économique en tout cas que la location d'un orchestre de musiciens. Le sound-system permet à son propriétaire de compléter ses revenus grâce au droit d'entrée modeste acquitté par le public et surtout grâce à la vente d'alcool. Les stocks de bières disponibles lors des soirées constituent d'ailleurs un des critères essentiels d'évaluation du sound avec la puissance sonore des baffles et la musique proposée.

Les principaux sound-system s'établissent là où résident les danseurs, c'est-à-dire au coeur des ghettos de la capitale. Leur localisation en plein air conduit à privilégier la restitution des basses fréquences, plus facilement perceptibles en extérieur.

Aussi, chaque quartier de Kingston possède son propre sound-system. Les soirées dansantes se tiennent à peu près tous les soirs de la semaine, même si le week-end en constitue assurément le point d'orgue, car on y passe des disques jusqu'à l'aube.  

 

Chaque individu s'attache à un sound system, qu'il soutient quoi qu'il advienne. Lors des sound clashs, les sound system rivaux s'opposent en balançant des disques à tour de rôle. La foule présente désigne son vainqueur à l'applaudimètre. Dans ces occasions, chacun défend ses couleurs, son quartier et son sound-man favori.  Les selectors essaient de terrasser leurs rivaux à coup de titres imparables. Le dosage doit être subtil, savant mélange de vieux tubes éprouvés et de nouveautés imparables. Quand la piste s'embrase et que les danseurs réclament le même morceau en boucle... c'est gagné. Le rôle du selector peut être aussi très ingrat, car le moindre faux pas se solde par des huées, voire des bordées d'injures. Aussi, pour rester au top, une concurrence effrénée s'installe entre les différents sound-systems, légitimant parfois l'utilisation des coups les plus tordus.

  Prince buster (à gauche) danse le ska sur la piste de son sound-system Voice of the people.

 

 

Les premiers sound apparaissent au cours des années 1940. Leurs propriétaires, appelés operators ("opérateurs"), ont pour noms Count Smith, Admiral Cosmic, Tom Wong alias the Great Sebastian, Duke Reid. La plupart disparaissent rapidement supplantés par la concurrence venue de nouvelles disco-mobiles fondées par une deuxième génération d'operators aux goûts musicaux plus en phase avec ceux des du petit peuple de Kingston. Clement "Coxsone" Dodd, King Edwards et Prince Buster s'imposent durablement à la tête de leurs établissements respectifs: Sir Coxsone's Downbeat, Giant et Voice of the People. Parmi les operators "historiques", seul Duke Reid et son Trojan sound system parvient à rivaliser. 

Pour maintenir au sommet la réputation et la fréquentation du sound, les selectors se doivent de dénicher  les meilleurs disques de R&B, les titres qui feront mouche, ceux susceptibles d'enflammer le dancefloor et de séduire les danseurs des autres sound. Une fois ces trésors dégotés, le plus dur reste à faire: en conserver à tout prix l'exclusivité. Les selectors prennent alors l'habitude de décoller les étiquettes des vinyles, d'effacer les numéros de matrices ou de falsifier les titres, pour empêcher la concurrence de les identifier et de se les procurer.

Ex: pendant plusieurs années un instrumental nerveux (7) fait le bonheur du sound system de Dodd, au grand dam de Duke Reid. Ce "Coxsone Hop" devient la marque de fabrique du sir Coxsone's downbeat. Aussi, le Duke s'échine vainement à dénicher la perle rare. Finalement, au bout de 5 longues années de quête, Reid découvre la précieuse galette  et prend sa vengeance au cours d'une soirée mémorable. Non content de diffuser le "Coxsone hop", Duke balance 7 autres énormes succès dont Dodd était parvenu à conserver jusque là l'exclusivité. La petite histoire raconte que Coxsone, présent à la soirée, serait tombé dans les vapes sous le coup de l'émotion.

 

 Duke Reid dans son antre: le Sound system Trojan.

 

 

Grâce au sound-system, la musique devient une véritable obsession nationale, une passion dévorante qui s'impose progressivement comme le secteur économique le plus rentable de l'île.
  

 

La rivalité entre sound ne se réduit pas à ces joutes musicales. Pour triompher de l'adversaire, tous les coups semblent permis.  Ainsi, les operators emploient parfois des dance crashers, payés pour perturber à coup de poings ou armes à feu les sound systems rivaux. 
Au début des années 1960, l'importation de disques de R&B américain s'avère de plus en plus onéreuse,
 car les sources d'approvisionnement se tarissent  en raison de l'affadissement du R&B et de son remplacement par le rock'n'roll, moins au goût des danseurs jamaïcains.
 

En quête d'une nouvelle source musicale, producteurs et sound-men se tournent vers les musiciens du cru. L'île dispose d'un vivier de jeunes chanteurs admirables, comme le prouvent les innombrables candidats des radio-crochets organisés dans les salles de concert de Kingston. La plupart d'entre-eux se contentent d'abord de singer les idoles américaines, avant de développer leur style personnel. Le plus réputé des concours de chant amateur se nomme la Vere Johns Opportunity Hour. Tous les mercredis soirs, le radio-crochet réunit les habitants du ghetto venus assister à l'éclosion de jeunes talents. Comme dans le sound-system, le public a le dernier mot. C'est lui qui désigne les vainqueurs à l'applaudimètre et chasse sous les huées ceux qui n'ont pas l'heur de lui plaire.

A partir de la fin des années 1950, certains lauréats de ces compétitions sont approchés par les opérateurs des sound-systems. Soucieux de pallier le déclin de la production d'enregistrements de rythm and blues aux Etats-Unis, ces derniers entendent continuer à faire danser leur clientèle. Ainsi Clement Dodd et Duke Reid enregistrent des morceaux de rythmn and blues interprétés par les musiciens autochtones. (8)

 

Les premiers selecters doivent faire preuve d'une grande dextérité pour enchaîner les titres car ils ne disposent que d'une seule platine de disque.

 

 

 

 Ainsi, sur les pistes de danses, les musiciens insulaires supplantent très progressivement les soulmen américains avec l'assentiment des danseurs dont les goûts s'imposent à l'industrie du disque, bien plus que l'inverse. C'est là sans doute le point le plus important. Les grands producteurs ne s'y trompent pas et prennent l'habitude de tester les gravures acétate de leurs enregistrements avant de les commercialiser sous la forme de disques vinyles. Ce système a l'immense avantage d'éprouver, à peu de frais, le potentiel d'une nouveauté en évitant les fours; de faciliter le repérage des formations prometteuses tout en éprouvant de nouveaux styles musicaux. Les innovations stylistiques proposées par les musiciens jamaïcains sont donc validées ou abandonnées en fonction de la réaction  des danseurs (changements de rythmes, mise en avant de tel ou tel instrument...). C'est ainsi que le trépidement du ska cède devant les basses nonchalantes du rocksteady, lequel ne tarde pas à être supplanté par le reggae. Lloyd Bradley affirme ainsi que "toute évolution musicale se fait littéralement à la demande du public." En tant que seul outil capable de sonder le goût du public, le sound-system joue donc un rôle crucial. "Une telle proximité avec le public et le besoin constant de se renouveler à une telle vitesse eut pour conséquence que la musique jamaïcaine, bien qu'ayant évolué à partir d'un style strictement américain, allait très rapidement trouver sa propre personnalité."

 

 

Note:

1. Sa superficie est inférieure à celle de l'Ile de France!

 

2. En 1494, les Espagnols colonisent l'île, avant d'en être évincés par les Anglais, en 1655. Sa situation géographique l'impose comme une plaque tournante essentielle du commerce des esclaves. 
Les violences endurées par les populations serviles suscitent de graves révoltes qui conduisent le pouvoir colonial à transiger avec certaines des communautés d'esclaves en fuite: les marrons. En 1833, l'abolition de l'esclavage entraîne le départ de nombreux affranchis des plantations vers l'intérieur des terres.

 

3. Les radios locales (RJR et Jamaica Broadcasting Corporation depuis 1959), sont aux mains des descendants de colons britanniques. Leur programmation musicale se calque sur celle de la BBC et n'est guère en phase avec les goûts musicaux du petit peuple de Kingston.

 

4. Durant les années 1950, l'émigration prend l'allure d'un véritable exode, au point qu'un dixième de la population insulaire gagne le Canada, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

 

5. Le selecter peut difficilement se fournir en disque dans l'île, car les rares magasins vendent surtout du jazz et du mento, mais pas ou très peu de rythm & blues.

 

6. Ce sont souvent des commerçants. Tom the Great Sebastian possède une quincaillerie, Duke Reid est un ancien agent de police reconverti dans le commerce de l'alcool. Sa boutique, sise au 33 Bond Street, se nomme Treasure Isle. Les parents de Coxsone détiennent eux-aussi une boutique de vins et spiritueux et aident financièrement leur fils, simple ouvrier agricole expatrié en Floride, à lancer son propre sound.Ces détaillants en alcool voient là sans doute une belle occasion d'écouler leurs marchandises.

 

7.  "Later for gator", interprété par Willis Jackson devient le Cosone Hop.

 

8. Avant de se doter de son propre studio, Dodd a recours aux studios Federal Records de Ken Khouri. Reid, pour sa part, installe un local au dessus de sa boutique d'alccol qu'il baptise Treasure Isle. Il fonde le Duke Reid Band, un groupe de studio comprenant quelques uns des plus brillants instrumentistes de Jamaïque: Don Drummond (trombone), Rico Rodriguez (trombone), Roland Alphonso (saxo), Ernest Ranglin (guitare), Johnny "Dizzy" Moore (trompette).

 

 

 

 

1. John Holt: Change your style/Hooligan. Leader d'une formation rocksteady à succès (les Paragons), John Holt connaît ensuite un grand succès en solo grâce à sa voix chaude et profonde. 

 

2. Horace Andy: Children of Israel. La voix d'Horace Andy, reconnaissable entre toutes chante ici "les enfants d'Israël" car les rastas s'identifient aux Hébreux persécutés par la "Babylone" occidentale. Si le reggae ne se résume pas au rastafarisme, il n'en constitue pas moins une thématique centrale (cf: titres 8, 18, 20).

3. The Skatalites: Ball of fire. Le groupe phare du ska interprète ici un morceau brûlant typique du genre. Tous les meilleurs musiciens de l'île ont, à un moment ou un autre, appartenu à cette formation mythique. Les soul vendors (piste 13) sont également une émanation des Skatalites. Dans les sound systems des années 1960, de très nombreux titres diffusés sont des instrumentaux, où les cuivres se taillent souvent la part du lion, à l'instar du Blazing Horns qui suit.

 

4. Tommy McCook: Blazing horns 

 

5. Augustus Pablo: Java. Augustus Pablo reste l'inventeur du melodica, un instrument improbable au son très onirique.

 

6. Glen Brown & King Tubby: Melodica internatonal. On insistera jamais assez sur le rôle crucial joué par King Tubby; le fondateur du dub auquel les amateurs de musique électro doivent une fière chandelle. Avec le dub, on ne conserve que le squelette du morceau autour du duo batterie/basse. (voir aussi piste 16).

 

7. Johnny Clarke: No lick no cup. Au cours des années 1970, le producteur Bunny Lee domine la scène reggae grâce à des musiciens talentueux - les Aggrovators - et une nouvelle génération de chanteurs talentueux tels que Johnny Clarke.

 

8. Willie Williams: Jah rightous plan

 

9. Prince Jazzbo: Rock for dub. Comme en Jamaïque rien ne se passe comme ailleurs, le DJ n'est pas celui qui sélectionne les morceaux (appelé selector), mais celui qui tchatche au micro sur des morceau déjà enregistré. Prince Jazzbo, Big Joe (piste 15) , Prince Far I (17), Big Youth (19) se distinguent donc par une scansion rapide toujours rimée. Ce sont des toasters.

 

10. Sugar Belly: Cousin Joe Pt 1

 

11. Blues Busters: I won't let you go

 

12. Derrick Harriot: Message from a black man. La carrière de Derrick Harriot, en tant que chanteur ou producteur, se caractérise par sa très grande qualité. Il reprend ici un classique soul à la thématique engagée. Le reggae est une musique de combat dont les paroles sont en prise avec les réalités sociales du ghetto (racisme, discrimination, misères, violences. cf: piste 1 et 12). 

 

13. Soul vendors: Swing easy

 

14. Gregory Isaacs: Lonely lover. Les chansons de Gregory Isaacs traitent surtout d'amour ce qui en fait le champion d'un genre de reggae nommé lovers rock.

 

15. Big Joe: In the ghetto

 

16. Wailing Soul: Very well dub

 

17 Prince far I: Mansion of invention

 

18. Junior Ross: Judgement time.

 

19. Big Youth: Feed a nation.

 

20. The Abyssinians: Satta massagana. Le trio, aux harmonies vocales limpides, enregistre ce cantique, chanté en amharique (la langue éthiopienne), en 1969.  

 

 

 

Lexique:

- sound-clash: joute musicale opposant deux sound-system rivaux. La victoire revient au sound ayant suscité le plus d'enthousiasme parmi l'auditoire présent.

- Comme son nom l'indique le selecter sélectionne les disques diffusés, toujours à l'écoute des attentes des danseurs. 

- Le terme sound-man désigne le propriétaire du sound-system, ainsi que les techniciens y travaillant.

- Dancehall désigne dans un premier temps la piste de danse du sound-system. Désormais le mot désigne une forme de reggae digital, très en vogue à partir des années 1980.

- L'operator est le propriétaire d'un sound-system.

- Le toaster improvise des paroles mi-chantées mi-parlées sur des rythmiques reggae.

- Le dubplate ou special est un disque gravé en un seul exemplaire pour un sound system.



Sources:
-
City songs (4): Kingston 1965-1969, l'âge d'or du rocksteady. (France cuture).
- Jérémie Kroubo Dagnini:"
Les origines du reggae, retour aux sources: mento, ska, rocksteady, early reggae", L'Harmattan. 
- Loydd Bradley: "
Bass Culture. Quand le reggae était roi.", Allia.
- Vincent Tarrière: "Petite histoire de la musique jamaïcaine."

- "Reggae, identité et paysage urbain dans un bidonville de Kingston-Ouest."
-  Texte de Bruno Blum sur le formidable site de Frémeaux et associés: "
Jamaica - rythm & blues 1956-1961".

"Roots of ska - Rythm & blues shuffle 1942-1962. "
- Dossier
Duke Reid sur Jahmusik.net.

- "Histoire des Sound systems et jamaican shuffle."

- lamédiathèque.be: initiation au reggae.


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