Samarra


Catégorie: Séries Télé

Cartographie musicale de la planète 2.

par blot Email

Pour compléter un premier post consacré aux "cartes musicales de la planète". Voici quatre nouvelles cartes collaboratives:

 

 

*Télérama.fr est à l'origine de deux initiatives intéressantes:

1. La carte de France en chansons:

"Un coin de rue, un monument ou tout simplement une ville : on connaît tous une chanson qui raconte ou simplement mentionne un lieu. Dutronc, NTM, Nougaro, Zebda et de nombreux autres ont chanté leur région d'origine. Et si on les répertoriait ?" [passage tiré du site du magazine]



Une carte collaborative proposée par Télérama.fr. La carte de France des chansons

 

 

2. Mondo Sono- Télérama.fr

A partir d'un concept identique, Télérama.fr a élaboré une google map des musiques du monde. Le site propose une carte postale sonore constituée d'une sélection de quelques morceaux emblématiques des Etats épinglés ci-dessous.


Afficher Mondo Sono - Télérama.fr sur une carte plus grande

 

 

* Enfin, en parallèle à l'histgeobox (dont la carte est consultable ici), nous nous avons inauguré une nouvelle rubrique intitulée Loca virosque cano. Nous vous y présentons des titres évoquant directement ou non, différents lieux dans le monde.



Afficher Loca virosque cano sur une carte plus grande

 
 
 
 
Voici la liste évolutive et alphabétique par interprète des titres déjà traités.

Déjà sur l'histgeobox :

 

 

* Sans lien cette fois avec la musique, Pierre Sérisier propose sur son blog une carte des séries américaines.

"Où se passent vos séries favorites ? Dans les grandes villes pour la plupart. Avec une sur-représentation de Los Angeles et de New York, bien que depuis quelques années Chicago et Miami semblent attirer les scénaristes. Bien sûr, les fictions ne sont pas tournées in situ, mais il est intéressant de voir le choix des localités." [tiré du blog de PS]

 


Afficher La carte des séries américaines sur une carte plus grande

 

Une carte des séries américaines proposée par Pierre Sérisier sur son blog.

The Hour, la série sur l'Angleterre des années 50

par died Email

 

 

Il ne faut plus s'étonner aujourd'hui, les séries TV sont devenues en une décennie un genre cinématographique à part entière....où les scénaristes mettent en place dans la longueur des personnages complexes et des intrigues haletantes. The Hour est l'exemple de la série réussie.

Bien plus encore, elle est une série estampillée "qualité supérieure" et "appellation d'origine contrôlée"production BBC à consommer sans modération. Cela tombe bien, il n'y a que 6 épisodes pour cette première saison. Aussi a-t-elle tout de suite attiré mon attention. Non seulement parce qu'elle a l'originalité de nous emmener dans une époque peu explorée par les séries mais parce que la photographie est soignée.

En un clin d'oeil, les décors, les costumes nous plongent dans ll'Angleterre du début de la Guerre froide avec un rare sens du détail (voir les illustrations).   L'histoire nous conduit successivement dans les rues de Londres, les appartements au confort limité ou dans un manoir de l'aristocratie britannique. Mais l'essentiel de l'intrigue se déroule  dans les bureaux et les studios de la BBC.  Le décor s'inscrit plus largement dans une toile de fond historique, l'affaire du canal de Suez en octobre-nov 1956 et la répression soviétique en Hongrie. 

Deux jeunes journalistes se voient confier une nouvelle émission d'information à la BBC. Bel Rowley (Romola Garaï qui a déjà tourné pour les plus grands : Woody Allen, Kenneth Branagh ou François Ozon) est la principale héroïne et  vient de se voir attribuer le poste, très convoité de productrice de l'émission : ce qui est assez rare pour un époque plus marquée encore qu'aujourd'hui par la mysoginie. Jeune mais aussi jolie, elle entraîne dans son aventure son camarade, Dominic West qui est de la trempe des journalistes incorruptibles qui ne lâchent jamais leur enquête contre vents et marées : un vrai pitbull (tout le contraire de Claire Chazal) qui cherche la vérité sur une sombre histoire. Mais revenons à l'émission !

 

The Hour diffusée à la BBC semble jouer sur la nouveauté. Son présentateur, un bellâtre séducteur, ambitieux peine à trouver ses marques mais il emballe quand même la belle productrice. The Hour rencontre alors le succès tant espérer car l'émission sait  parler d'actualité tout en essayant (sans jamais y arriver complètement) de s'extraire de la  contrainte de la censure du pouvoir politique....C'est là tout l'intérêt de la série : comment les démocraties (déjà anciennes) gèrent la liberté de l'information à la télévision dans les années 50 ?  A l'instar du Ministère de l'information dans la France gaullienne, les Britanniques de la BBC doivent aussi apprendre à composer avec les maîtres censeurs qui traînent dans les couloirs et les bureaux de la BBC.

Enfin, il y a une enquête policière :  des morts, des assassinats.....et un truc plus grave qui rime avec espionnage. Mais je n'en dis pas plus !

 

Un article dans un autre blog compare cette série à Mad Men, il y a des liens, c'est sûr mais pas tant que cela. Et comme dans Mad Men, le générique est extraordinairement réussi.

Enfin, voici la bande annonce sur la BBC two !

 

 

 

Jean-Christophe Diedrich

 

Treme : NOLA après Katrina

par vservat Email

 

 

Le dieu des séries existe. Vous l'avez peut être déjà rencontré en visionnant sa création sise à Baltimore, intitulée "The Wire". Cinq saisons, 60 épisodes pour disséquer avec la précision d'un chirurgien ou nouer, avec celle d'une dentellière, les complexes relations entre les flics, les gangs, les dockers, les journalistes et les politiciens de cette grande métropole de l'est des Etats-Unis. Et autant pour faire naître, sous les yeux d'un spectateur ébahi, le quotidien sans concession, organique, poisseux des habitants de Baltimore avec lequel on se familiarise, dans lequel on sombre parfois, tant il est dénué d'angélisme et de manichéisme. 

 

 

 

 

 

 

Autant dire, que "Tremé" (s'écrit "Treme" ou "Tremé" et se prononce "twemay") , nouvelle série de David Simon, qui donna vie à "The Wire", était attendue avec une certaine impatience...Saison 1 visionnée, le plus difficile maintenant est de patienter jusqu'à la deuxième et d'aller brûler un cierge pour que toutes celles qui suivront soient de la même facture.

 
Evidemment, on aurait beau jeu de continuer à filer la métaphore religieuse autour de cette série qui relate les destinées entrecroisées des habitants de Tremé-Laffite, quartier de la Nouvelle Orléans, après le déluge, pour ne pas dire l'apocalypse, que constitua le passage de l'ouragan Katrina  à l'été 2005. On pourrait d'autant plus se le permettre qu'un des personnages à part entière des 10 épisodes de la première saison est sa musique et que, quelle que soit la façon dont elle est présente , elle est quasiment toujours le fil qui relie les hommes à la vie, les conduit à la résurrection.
 
Pourtant, ce ne serait peut être pas rendre justice à la démarche des auteurs, qui n'est en rien mystique ou empreinte de religiosité ; au contraire, ce qui frappe encore dans "Tremé", bien qu'on y soit habitué depuis "The Wire", c'est le tissu humain épais, pluriel, complexe, qui donne corps à un récit polyphonique, toutefois, solidement lisible et ancré dans une réalité qui floute la frontière entre la fiction et le documentaire.  
 
 
 
"Shame, Shame, Shame on You, Dubya" : NOLA et Katrina. 
 
Il faut tout d'abord replacer la série dans son contexte qui est celui de la Nouvelle Orléans post-Katrina. Les équipes de HBO ont d'ailleurs commencé à tourner très tôt (3-4 mois) après le passage de l'ouragan qui laissa la ville exsangue.
 
Située sur le littoral du Golfe du Mexique, traversée par le puissant Mississippi (dont elle suit un méandre, d'où son surnom de "Crescent City" 1), bordée au nord par le lac Pontchartrain, la Nouvelle Orléans a toujours eu un rapport intime et difficile avec l'eau qui la cerne de toutes parts. Déjà  en 1927, une grande crue avait touché la ville inspirant à Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie son "When The levee breaks"2 et à Faulkner "Si je t'oublie, Jérusalem" en 1939. En 1965, 40 ans avant Katrina, l'ouragan Betsy avait, à son tour, dévasté la ville. Quelques habitants de cette métropole du sud des Etats-Unis, en grande partie construite dans une cuvette, et sous le niveau de la mer, en conservent la mémoire. 
 
 
[Sur ce plan, dans les infobulles, les digues du lac Pontchartrain cèdent, 
la coupe reliant les point A à B montre que la ville se situe, en partie, sous
le niveau de la mer. ©revue vertigo, avril 2006]
 
Le 25 août 2005, l'arrivée d'un nouvel ouragan est annoncée, il affecte alors les côtes de la Floride. Puis, il se renforce progressivement en s'enroulant au dessus du Golfe du Mexique jusqu'à atteindre une force 5, soit la puissance maximale possible, à la veille de toucher la Nouvelle Orléans. Le 29 août, vers 11 heures, après avoir légèremet baissé en intensité passant de niveau 5 à 3, ce qui correspond tout de même à des vents de plus de 200 km/heure, Katrina s'abat sur la ville. Outre la force des vents, il faut compter avec une remontée des eaux du Mississippi, alimentée par une vague de 9 mètres ( storm surge = onde de tempête) , et un déversement de 250 litres d'eau par mètres carré. Les digues qui protègent d'ordinaire la ville, de surcroît mal entretenues, ont évidemment cédé sous le déluge. Certains quartiers se retrouvent alors sous 6 mètres d'eau. Donné tardivement le 28 août, l'ordre d'évacuation est pour partie inopérant si bien qu' il reste de nombreux habitants pris au piège dans leurs maisons, leurs greniers ou sur leurs toits après le passage de l'ouragan. 
 
 
  [Une famille attendant les secours sur le toit de leur
maison. Source Le Monde.]
 
Le terme de "catastrophe naturelle" appliquée à Katrina (et aux autres phénomènes climatiques du même type), est plus que jamais un oxymore. A la Nouvelle Orléans, la gestion du territoire par les hommes a très largement agravé les risques (le niveau de la ville s'affaisse régulièrement sous le poids des aménagements humains, le système de protection face aux tempêtes tropicales ne fonctionne pas faute de crédits3).  Katrina nous a aussi appris que la fatalité ne préside pas seule aux conséquences des ouragans car, en matière de risques, tout le monde n'est pas égal ;  les pauvres encore moins que les autres. 
 
Lors de la déferlante Katrina, les élites urbaines et les classes moyennes ont certes tardivement évacué la ville, mais sont en route hors de la zone dès le 28 au matin, d'autant plus que la majorité d'entre elles vit dans les banlieues. Les pauvres dont 2/3 sont afro-américains vivent, eux, dans le centre ville. Ils restent sur place, bloqués par l'absence de voitures, d'endroit où se réfugier ou de connaissances pour les héberger. Quand l'ouragan est aux portes de la ville, c'est déjà trop tard. Les services d'évacuation sont débordés, les communications téléphoniques saturées, les vents empêchent le travail des pompiers etc. Le maire de NOLA4, Ray Nagin,élabore un plan d'évacuation de dernière minute autour de 12 points de rendez vous depuis lesquels les habitants doivent être évacués par bus. Ils n'arriveront jamais, les chauffeurs ont déjà quitté la ville.
 
300
[Les embouteillages à l'heure de l'évacuation
source Portland Independant media center]

Et que dire de ce qui se passe après la tempête ? Dans le centre ville, la priorité des instances fédérales et de la police locale est avant tout de sécuriser la zone, non d'apporter des secours. Or, dans le Convention Center et dans le Superdome, les habitants, désormais souvent appelés "réfugiés"- comme s'ils n'étaient pas partie intégrante de la population - sont très majoritarement des pauvres et des afro-américains. Georges Bush achève de donner un signe de mépris, que certains n'hésiteront pas à interpréter comme la preuve de son racisme5, en survolant la ville dévastée sans aller à la rencontre des sinistrés. De ce scandale, qui entachera sa 2° mandature jusqu'à la fin, "Tremé" fait un de ses hymnes porté par Davis MacAlary, le DJ fantasque, intitulé "Shame,shame, shame on you Dubya".6
 
 
La frontière est mince entre le ressenti de la population et la réalité du traitement inéquitable fait aux victimes de Katrina. Alors que les Afro-américains représentent 67% de la population de la ville, ils formeront 76% des victimes. A raison plutôt qu'à tort, ils ont bien senti que la problématique "raciale" et sociale expliquait le triste état d'abandon dans lequel on les laissa même si, comme l'a montré R. Huret, il s'agit aussi d'une des suites de la réorientation des missions des services d'urgence vers une priorité sécuritaire depuis le 11/09/2001.7
 
Dans ce reportage qui utilise un extrait de la série8 on entend le comédien John Goodman qui interprète Creighton Bernette, professeur à l'université de Tulane, s'énerver après un journaliste de la BBC qui parle de catastrophe naturelle, Bernette insistant pour sa part sur le fait que la catastrophe est surtout d'origine humaine. La réaction du public aux images se passe de commentaires.
 

 
Le discours anti état fédéral est un des fils rouges de "Tremé". La FEMAest constamment raillée, montrée du doigt pour son inéfficacité. Il en va de même de la police, prompte à s'en prendre aux Afro-américians, à défendre les intérêts privés contre ceux de la population, à cogner plus que de raison lorsqu'il s'agit de Noirs. La mairie n'est pas mieux lotie qui refuse l'ouverture des HLM de la ville aux sinistrés alors que ces logements sont sains et vides à l'heure où d'autres n'ont toujours ni toit ni électricité et où certains cadavres sont encore sous les décombres. Comme dans "The Wire", la corruption des édiles est également en ligne de mire, et on la voit affleurer à plusieurs reprises dans "Tremé", en particulier lorsque le fameux Mac Alary (inspiré du vrai DJ, Davis Rogan, consultant sur la série) se lance dans la course aux municipales armé de son titre-brûlot.
 
 
 [Patrouille d'une unité SWAT devant des centaines de réfugiés attendant
une évacuation qui ne viendra jamais. Certains meurent dans la rue et sont 
laissés en l'état. Source National Press Photographers Association]
 
 
"It Sounds Like Rebirth" : NOLA après Katrina. 
 
"Tremé" ne montre pas l'ouragan (ou presque pas). Elle n'en montre que les stigmates sur le corps de la cité et sur les survivants. 
 
Il ne faut absolument pas se contenter de regarder "Tremé" par le prisme de "The Wire". Force est de constater, toutefois, que ce qui nous avait accroché l'oeil dans l'une, se retrouve aussi dans l'autre comme une ossature rassurante et familière. On commencera par le générique, enchaînant des vues anciennes et plus récentes du carnaval de Mardi Gras à la Nouvelle Orléans, subitement interrompues par une image sattelitale de l'œil du cyclone Katrina. En deux  plans, les flots se déchaînent,  entrent dans les maisons. Un montage photo rapide laisse entrevoir la hauteur de la montée des eaux. Que reste-t-il alors ? Des inscriptions chiffrées mystérieuses sur les murs, d'autres qui laissent peu de place à l'interprétation ("possible body inside"), des portes barrées d'une croix rouge et le reste des vies balayées par l'ouragan : des murs moisis, des photos humides vestiges d'un avant où la vie était heureuse, des lampadaires gondolés par l'humidité10, témoins du cataclysme et pour finir une rangée de caravanes de la FEMA, peu avenantes. La problématique est posée : la ville, berceau de la culture noire américaine, la grande Sodome, reine de la fête et des excès que l'on surnomme aussi "The Big Easy", exposée au cyclone Katrina, plonge dans un désarroi d'autant plus insurmontable que l'état fédéral n'a pas été là pour aider les victimes.
 
 
 
A la fin du générique on part à la rencontre de vies en reconstruction, sur un chemin difficile, inexorablement rompu par l'ouragan qui devient le repère "Jésus-Christ" sur la ligne locale du temps. La série nous familiarise petit à petit avec une pléiade de personnages dont la vie a basculé et qui vont devoir s'en refaire une, soit à l'image de la précédente (comme s'y emploie le chef Indien A. Lambreaux) , ou peut être différente (comme pourrait le faire de Sonny le musicien loin de la drogue) , voire radicalement nouvelle, (comme Jeanette Desautel s'y résoud) .
 
Il n'y a guère d'action dans "Tremé", juste la mise en scène du quotidien de gens ordinaires. Il y a Antoine Battiste, son trombonne, sa femme et son ex-femme Ladonna. Il est l'incarnation de sa ville : jouisseur, musicien hors pair, roi de l'arnaque au taxi, en quête du bon concert, vivant au jour le jour. Il y a aussi les Bernette, l'universitaire révolté qui s'enfonce dans la déprimle au fur et à mesure que sa ville est abandonnée du monde. Sa femme qui aide Ladonna à retouver son frère disparu pendant l'innondation, prisonnier introuvable en raison de la désorganisation globale, et volantaire parfois, des services des police et justice. Il y a Albert Lambreaux, Grand Chef Indien des défilés de la Saint Joseph, sage et fier gardien des traditions ancestrales de la ville, garant de l'union de la communauté, souvent incompris par ses enfants qui sont allés faire fortune sous d'autres cieux (notamment son fils devenu musicien célèbre à New York).
 

[Albert Lambreaux dirige avec d'autres indiens une cérémonie funéraire.]

 
Il y a aussi la jolie Annie et son amoureux Sonny qui jouent du jazz dans le French Quarter au sud de Tremé. Elle, rayonnante, lui paumé, car comme pour beaucoup de junkies, l'ouragan  a tari les sources d'approvisionnement. Il y a Janette Desautel et son magnifique restaurant qui sert une cuisine prisée et appréciée mais qui peine à se maintenir ouvert en raison de factures impayables. On n'oubliera pas l'incroyable Davis MacAlary, animateur de radio déjanté, amant occasionnel de Janette, cossard sur les bords, amoureux de sa ville, de sa culture et de sa musique dont il est une encyclopédie sur pattes. Sous ses dehors de petit plaisantin, il dénonce la corruption, l'abandon de la cité par le gouvernement fédéral et enregistre le fameux "Shame Shame Shame on you Dubya". On a un peu l'impression que l'ouragan a glissé sur lui, que son espièglerie est un remède à la difficulté du quotidien. D'ailleurs lors du premier épisode, entendant jouer un brass band sous ses fenêtres, il a cette réplique, 'It sounds like rebirth'11, clin d'oeil à l'un des plus célèbres Brass band  de la Nouvelle Orleans, le Rebirth Brass band, tout autant qu'à la renaissance de la ville.
 
 
"Bring It on Home to Me" :  oublier Katrina et célébrer NOLA. 
 
En dépit de ce sombre tableau, "Tremé" n'est en rien une série morbide ou déprimante, bien au contraire, en la regardant  il est difficile de ne pas taper du pied, même si l'on n'est pas spécialement adepte du son des cuivres. Celui des Brass bands accompagne de nombreux épisodes, "Tremé" respire au rythme du jazz qui naquit à la Nouvelle Orléans. Les Brass Bands sont des sortes de fanfares, unies par leurs couleurs, leur quartier ; elles ont une autorisation de défiler. Elles le font régulièrement dans les rues, parfois le dimanche accompagnées d'une "second-line", des personnes qui s'agglomèrent autour en dansant animant les abords de la procession. Les Brass bands animent les rues, le carnaval ou encore les marches funéraires. Ils sont  les âmes musicales de la Nouvelle Orléans. "Tremé" s'ouvre d'ailleurs sur un tonitruant défilé du Rebirth Brass band et de sa second line interprétant "Feels like fuckin'it up".
 

 

Tout comme il l'avait fait pour "The Wire", David Simon a fait appel à des acteurs locaux. Pour "Tremé" de nombreux musiciens de la ville ont  participé au tournage :  Kermit Ruffins, Allen Toussaint, Dr John, auxquels il faut ajouter le Tremé Brass Band ainsi que le  Rebirth Brass Band. Il y a sans doute un intérêt et une forme d'hommage à les placer ainsi au coeur des épisodes. Avec Katrina, beaucoup de musiciens ont perdu leur lieu d'exercice, leurs contrats, le célèbre Fats Domino qui resta en ville pendant la tempête auprès de sa mère, fut un moment donné pour disparu. La série ne témoigne pas du patrimoine musical de la ville comme d'une antiquité figée dans le passé. Elle montre des musiciens dont l'instrument est comme une partie du corps, qui forment une famille, certes fragilisée par les évènements, mais bienveillante, vivante, ouverte dont les activités sont tout simplement aussi indissociables de la ville qu'elles sont inconcevables autrement qu'en une communauté de partage. La musique est portée au rang du sacré. Lors du neuvième épisode une amie musicienne explique à la violoniste Annie que tromper son boyfriend est acceptable mais que ne plus vouloir jouer de la musique avec lui est crime de lèse majesté, car la musique dit -elle c'est intime, c'est personnel. C'est le ciment d'un futur hypothétique dans une ville laissée exsangue qui, de surcroît,  se doit de préserver une des manes de l'industrie touristique. 
 
"Tremé" est une ode à la Nouvelle Orléans, pas forcément à celle des touristes d'ailleurs, mais plutôt à celle des acteurs anonymes de l'histoire qui portent dans le présent le riche héritage culturel de la ville, mélange de composantes africaines, créoles, indiennes caraïbéennes, françaises aussi. La musique en est une illustration, le Mardi Gras une incarnation, et le faubourg Tremé sera son territoire. En effet, ce quartier de la ville, situé au nord du French Quarter, et qui doit son nom à un chapelier Bourguignon (Claude Tremé), n'est pas un endroit anodin de la ville. C'est le plus ancien faubourg afro-américain de la Nouvelle Orleans.  Une autre de ses particularités est qu'il a concentré très tôt des esclaves affranchis et libres qui y ont acheté des maisons. C'est visiblement le seul exemple de quartier de ce type à la fin d'un XVIIIème siècle encore esclavagiste aux Etats-Unis.
"Tremé" fait aussi la part belle aux défilés du Mardi Gras organisés par les Krewes12, où habitants et touristes se déguisent et récoltent des babioles (notamment des colliers de perles). La série nous initie également à l'art spectaculaire et mystérieux des Indiens. Cette tradition, dont l'origine reste brumeuse, remonterait aux temps où les Indiens venaient en aide aux Noirs pour s'échapper de leur servitude. Elle s'intégre au Mardi Gras (46 jours avant Pâques) et aussi au dimanche qui suit la Saint Joseph le 19 mars. Ce jour là, les Indiens  sortent en tribus dans les faubourgs de la ville. Parés de chatoyants costumes de perles et de plumes, entièrement faits à la main, ils s'en vont selon une hiérachie précise (Chef, espion, porte-drapeau, et grand chef) au rythme du tambourin, affronter d'autres tribus en des joutes rituelles, chantées et musicales. Quelques 50 tribus animent cette impressionnant "affrontement" et dans "Tremé" c'est Clarke Peters, remarquable acteur de "The Wire", qui, sous les traits du Grand Chef indien Albert Lambreaux, nous sert de guide. 
 
 
[Indiens de la Nouvelle Orleans en costumes ]
 
"Tremé", c'est sûr et  déjà signé, ne s'arrêtera pas à une seule saison, bien que le dernier épisode, sorte de célébration de tous les atouts de la Nouvelle Orléans, puisse constituer une fin acceptable. S'amarrer aux destinées de ses personnages, chavirer dans ses musiques, s'étourdir dans les bruits de ses fêtes, percevoir l'attachement vicéral de ses habitants à leur cité, à leur culture, c'est aussi se projeter dans un avenir incertain, sombre peut être, exigeant, sans doute. Il n'y a toujours pas d'angélisme dans les Etats-Unis de David Simon mais il reste une incomparable texture humaine qui nourrit la première saison de "Tremé" du premier au dernier épisode.
 
 
Notes :
1 : La Nouvelle Orléans est affublée de tout un tas de surnoms dont Crescent City, The Big easy ou encore NOLA.
2 : Classique du blues, la chanson fit l'objet de réécritures par Led zeppelin et aussi Bob ylan en 2006 sous le titre "the levees gonna break". C'est aussi l'intitulé du documentaire de Spike Lee sur Katrina. Lire à ce sujet l'article de Blot à propos de la chanson de Randy Newman "Louisiana, 1927".
3 : Voir R. Huret, 'Katrina 2005, L'ouragan, l'Etats et les pauvres aux Etats-Unis", EHESS, 2010.
4 : Acronyme de New Orleans LouisianA.
5 : voir la vidéo concernée.
6 : "Honte, Honte, Honte à toi Dubya". Dubya est une contraction de Double U, pour Georges W.(Double U) Bush.
7 : Voir R. Huret, "Katrina 2005, l'ouragan, l'Etat et les pauvres aux Etats-Unis", EHESS, 2010. Et l'entretien avec l'auteur mené par Aug sur Samarra.
8 : Le reportage a été fait pour le compte de l'association levees.org qui milite pour l'entretien et la sécurisation des digues.
9 : FEMA (Federal Emergency Management Agency) est l'agence fédérale censée gérer les situations d'urgence.
10 : Certaines de ces photos sont tirées des achives photographiques du journal local "Times-Picayune".
11 : On peut le traduire par "Cela sonne comme le Rebirth [Brass Band]" ou "Cela sonne comme une renaissance".
12 : Les krewes sont des associations, des équipes qui participent et financent l'organisation du caraval.
 
Pistes bibliographiques :
On peut consulter sans modération les 2 ouvrages de R. Huret
Liens :
 
Sur les risques et leurs composantes sociales :
  • Un article de la revue Vertigo : http://vertigo.revues.org/2096
  • Un des derniers numéros du "Dessous des cartes" datant du 12/12/2010 : "Risques natrels, tous inégaux"
 
Sur la Nouvelle Orléans avant, pendant et après Katrina :
 
Sur "Tremé" :
 
Sur The Wire : 

 

Les autres articles de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans : 
 

 

et pour finir quelques morceaux choisis, bonne écoute !

 

Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret

par Aug Email

[La Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina]

 

Ce mois-ci sur Samarra, nous vous invitons à mieux découvrir le passé et le présent de la ville de la Nouvelle-Orléans, notamment au travers de la musique, du cinéma et des livres. Au programme, des articles sur la série Treme, sur l'histoire de la musique à la Nouvelle-Orléans (du blues au rap en passant par le jazz), sur la ville dans la BD, le cinéma et la littérature. 

 

La ville occupe en effet  une place à part dans l'imaginaire américain. Considérée par certains comme une ville de débauche (la "nouvelle Sodome" y aurait pour quelques-uns reçu son juste châtiment en 2005...), elle est un des berceaux de la musique américaine, du blues au jazz. Elle a conservé un héritage architectural et culturel de la période coloniale française, ce qui en fait une ville unique dans le pays. L'histoire de la ville est marquée par la récurrence des catastrophes naturelles (ou non, pensons à la fuite de pétrole de 2010...), en particulier au XXème siècle et en ce début de XXIème siècle, Katrina ayant même entrainé la baisse de la population de la ville. C'est une ville majoritairement peuplée d'Afro-Américains, en particulier dans le quartier déshérité du Ninth Ward, l'un des plus touchés par Katrina. L'identité de la ville et sa mémoire est d'ailleurs au coeur des enjeux de la reconstruction. Cela rend essentiel la compréhension dans le temps long de ce qui s'est passé au début du mois de septembre 2005.

 

Pour entamer cette série, nous avons donc demandé à l'historien Romain Huret (EHESS et Lyon 2)  de nous parler de ces travaux sur l'ouragan Katrina qui a ravagé la ville à la fin de l'été 2005. A la fin de cet entretien, nous vous proposons une playlist de quelques titres sur la ville et les catastrophes naturelles et des vidéos de films.

Dans Katrina, 2005-L'ouragan, l'Etat et les pauvres aux Etats-Unis (éditions EHESS-collection Cas de figure), Romain Huret replace l'évènement dans le temps long de la perception de la pauvreté, de la question raciale, du rôle de l'Etat et de la définition de son périmètre d'action lors des catstrophes.

Dans ce livre, au-delà des évènements qu'il retrace précisément dans une première partie, l'historien s'intéresse aux interprétations de la catastrophe par les différents groupes qui composent la société américaine, qu'ils se définissent par des critères ethniques, sociaux, politques ou religieux. Il écrit ainsi : "La construction conservatrice puise dans la tradition américaine pour proposer une interprétation rationnelle à l'évènement : la décadence morale et les effets pervers de l'Etat-providence, deux thèmes récurrents du discours conservateur, seraient à l'origine de l'ampleur de la catastrophe. (p. 72)". De l'autre côté, beaucoup d'Afro-Américains constatent la permanence d'un racisme culturel qui a amplifié les effets de la catastrophe.

Dans la lignée de ses travaux sur la pauvreté, sur la reconquête conservatrice par la base depuis les années 1960 et sur Richard Nixon, il analyse donc avec brio ce que révèle la catastrophe des fractures de la société américaine.

 




1. N’est-il pas difficile pour les historiens d’étudier un évènement aussi récent que Katrina ?

Bien sûr, c’est un exercice délicat pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la catastrophe a effacé beaucoup de traces matérielles et a provoqué une désorganisation des institutions. Dès lors, il fut difficile de savoir combien de personnes sont mortes dans le Superdome ou le Convention Center, combien de prisonniers se sont échappés, les registres pénitentiaires ayant disparu etc. Ensuite, l’administration du président George W. Bush a fortement protégé l’accès aux documents officiels et a refusé de transmettre des transcriptions des discussions entre les principaux dirigeants aux élus du Congrès. L’historien devra donc attendre quelques années encore ! Enfin, l’émotion née de l’évènement, et la violence de la réaction des contemporains, comme le rappeur Kanye West (photo ci-contre) déclarant que « George W. Bush n’aime pas les Noirs », oblige à une prise de recul critique plus forte qu’à l’accoutumée. Il y a eu de brillants pamphlets contre Bush et son administration. Dans ce livre, je voulais sortir du registre de l’indignation et du scandale pour comprendre la rationalité bureaucratique à l’œuvre au cours de la longue semaine des évènements.

 



2. Qu’a révélé la gestion de la catastrophe sur la perception de la pauvreté et de la question raciale aux Etats-Unis ?


Pour les populations noires de la ville, la catastrophe a révélé qu’elles étaient bien peu de choses, des « réfugiés » -- et le terme fut utilisé sans cesse dans les médias et par les hommes politiques-- dans leur propre pays. Plus encore, il fut frappant de constater que les pauvres ne furent pas considérés comme des victimes d’une catastrophe, les conservateurs les accusant d’être responsables de leur sort. Le commentateur conservateur Bill O’Reilly y vit un exemplum pour les plus jeunes à montrer dans les salles de classe pour leur expliquer ce qu’il allait leur arriver s’ils ne travaillaient pas en classe ! Enfin, la catastrophe a démontré les conséquences du délitement de l’assistance sociale dans le pays. Les pauvres et les plus vulnérables sont restés faute de mieux. Le « peu » qu’ils possèdent dans le 9th Ward est « tout » ce qu’il possède. Pour partir, il faut avoir un réseau social et familial. Beaucoup vivaient de petits boulots, plus ou moins licites, et ne pouvaient pas quitter la ville sans prendre le risque de tout perdre. 


[La crue de 1927 fait des ravages dans toute la Louisiane]



3. Que nous apprend la comparaison avec les précédentes catastrophes ayant frappé la Nouvelle-Orléans en 1927 et 1965 ?


En 1927 et 1965, les catastrophes ont suscité des réactions inédites de l’Etat. En 1927, le ministre du Commerce, Herbert Hoover, utilise la catastrophe pour promouvoir ce qu’il appelle un Etat associatif dont le rôle est de coordonner le travail entre les institutions locales et les associations.  Pour Hoover, les catastrophes sont le moment idéal pour développer ce cadre associatif. Ce fut un succès : Hoover en tira profit l’année suivante en étant élu président des Etats-Unis. Quarante ans plus tard, le président démocrate Lyndon Johnson ira plus loin en cherchant à créer un statut législatif des victimes des catastrophes et à développer les aides dans le cadre de son programme de Grande Société (Great Society).




4. Comment comprendre les félicitations de Georges W. Bush au patron de la FEMA, l’agence chargée des situations d’urgence ? L’histoire de la FEMA ne symbolise-t-elle  pas l’évolution du rôle de l’Etat depuis plusieurs décennies?

Vous avez raison. Cette agence a toujours un double visage : d’un côté, elle doit venir en aide aux victimes des catastrophes ; de l’autre, elle fut utilisée, notamment par les républicains, pour faire face aux risques politiques. Cette dernière option se développa dans les années 1980. L’agence devint très opaque, multipliant les opérations secrètes. Son chef, Louis Giuffrida, servit même de modèle au fameux « homme à la cigarette » de la série X-Files ! Au lendemain du 11 septembre 2001, l’agence fut intégrée au Department of Homeland Security et renoua avec cette tradition militaire. Sans surprise donc, au lendemain du passage de l’ouragan, elle dut attendre que la zone soit sous contrôle militaire pour aider les populations. Ce retard à l’allumage n’en fut pas un du point de vue des dirigeants. C’est en ce sens que la FEMA fit un sacré boulot (« Heck of a job »), selon la formule désormais célèbre de George W. Bush



5. Terminons par une question qui nous intéresse particulièrement sur Samarra : Comment ces catastrophes sont-elles abordées dans la musique, au cinéma, dans les séries, dans la littérature ?

La catastrophe a imprégné la production culturelle après 2005. N’oubliez pas que la ville est un berceau culturel du pays, et que l’ouragan entraina la disparition de nombreux contrats pour les musiciens et les artistes. La belle série Treme d’HBO raconte cela très bien. Des réalisateurs comme Spike Lee (When the Levees Broke) ont filmé le désarroi des populations noires et des pauvres.  La rancœur contre les conservateurs, qui veulent se débarrasser de cette Sodome américaine, affleure dans les chansons. La plus emblématique est celle de Randy Newman, qui rechanta les larmes aux yeux, son célèbre "Louisiana, 1927", au cours d’un concert de soutien. Originaire de la ville, Harry Connick Jr se mobilisa également fortement pour aider les musiciens. Bob Dylan y fait une allusion dans sa chanson "When the Levees Broke", écrite en 2007. Dylan adore cette ville, comme tous les musiciens. Il y signa avec Daniel Lanois (autre habitué de la ville) le magnifique Oh, Mercy en 1989. Plutôt que d’énumérer tous les témoignages très nombreux dans le rap et le hip-hop, je me contenterai d’une remarque et de deux coups de cœur personnels. Tout d’abord, les musiciens de la ville, en particulier les jeunes, ont redécouvert leurs racines à cause de la catastrophe. Les brass-bands, tradition ancestrale de la ville, qui jouent spontanément dans les rues et demandent le soutien du public, ont renoué avec leur propre héritage en comprenant à quel point ils se devaient de transmettre la mémoire musicale de la ville. Ensuite, je me permets deux coups de cœur personnels. Le magnifique film de Bertrand Tavernier, adapté du livre de James Lee Burke, Dans la brume électrique. Avec finesse, Tavernier transpose le récit dans la ville post-Katrina. L’ambiance lancinante et « électrique », où les morts flottent et renvoient aux horreurs du passé, offre une formidable retranscription des récits et des malheurs de la ville.  Et puis Steve Forbert, l’un des folk-singers les plus brillants et sous-estimés aux Etats-Unis, qui a écrit comme toujours une chanson très subtile sur la catastrophe ("Song for Katrina"), dont l’optimisme doux-amer renvoie à « l’optimisme de la catastrophe » dont l’Amérique s’est fait une spécialité. Bref, comme tous les évènements inattendus et incompréhensibles, Katrina est une veine inépuisable pour les artistes. 

 

Propos recueillis par Aug. Un grand merci à Romain Huret

 

 

Retrouvez sur l'histgeobox, deux titres qui nous permettent de faire le récit des inondations de 1927 et de l'ouragan Katrina :

 

 

Voici une playlist de quelques titres qui évoquent la Nouvelle-Orléans, les ouragans et inondations qui ont frappé la ville (1927, 1965 et 2005) :
 

Découvrez la playlist Katrina, New Orleans & Hazards avec The Animals

 

 

Un extrait du film de Spike Lee dans lequel il mêle des images de la Nouvelle-Orléans à différentes époques, avant et après Katrina :

 

 

 

La bande-annonce du documentaire Trouble The Water, réalisé à partir d'images fimées par des habitants du Ninth Ward :

 

 

 

 

La bande-annonce du film de Bertrand Tavernier Dans la brume électrique :

 

 

  

Les autres articles de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans : 
 

"Life on Mars" : Manchester, 1973.

par vservat Email

"Life on Mars"ou la brassée des temps : 

1973, "Life on Mars ?" de Bowie est n°1 au hit parade britannique. Sam Tyler ne s'en souvient pas car il vit en 2006. Brillant inspecteur de la police de Manchester, il sait mener ses enquêtes tambour-battant en s'appuyant sur les dernières technologies. Victime d'un inattendu accident de voiture , il se réveille sur le terrain vague d'une friche industrielle, toujours à Manchester mais ....en 1973.

 

"Am i mad , in a coma, or back in time?"1 se demande Sam Tyler et ses interrogations sont légitimes. En effet,  en 1973, il n'y a pas de lecteur MP3, encore moins de cd dans la mesure où  la musique s'écoute sur un disque vinyl format 33 tours et s'achète chez un disquaire ; et puis, les mots n'ont pas le même sens. Ainsi,  quand vous demandez un numéro Virgin à l'opératrice, elle vous prend immédiatement pour un détraqué sexuel, un PC n'évoque rien d'autre pour le commun des mortels que le parti communiste !  Maigre consolation quand le hasard veut que vous croisiez l'une de vos idoles en la personne de Marc Bolan, figure emblématique du Glam-Rock mancunien,  dans un club, vous pouvez tout au plus lui dire de faire attention en prenant la voiture, surtout si c'est une mini, espérant ainsi changer le cours de l'histoire.2

 

 

Quand notre héros émerge au milieu de son terrain vague, il est vêtu au goût du jour : affublé d'un magnifique pantalon pattes d'eph', il arbore de très jolies chemises col deltaplane confectionnées dans des tissus synthétiques légèrement transparents alternant une grande variété de tons beiges. C'est ainsi paré qu'il intègre le commissariat central dirigé par l'inspecteur chef,  Gene Hunt. 

 

 

 

Celui ci est un  inconditionnel de Sergio Leone, pilier du pub tenu par  Nelson, le mancunien de la Jamaïque un brin philosophe, dans lequel il s'approvisionne essentiellement en whisky. Il ne connait ni le téléphone portable, ni l'analyse ADN, et encore moins la glace sans tain pour protéger les témoins. Ses méthodes d'investigation sont assez peu orthodoxes et se terminent souvent au coup de poing mais c'est un meneur d'hommes. Avec un accent du nord à couper au couteau, il est entouré de 3 autres enquêteurs à l'efficacité approximative qui ne comprennent pas tout au comportement étrange de leur nouveau collègue. Cette fine équipe est bientôt complétée par la jeune Annie, aussi troublée que les autres par les propos incohérents du nouvel inspecteur mais davantage soucieuse de lui apporter de l'aide.

 

 

 "Life on mars" : Manchester, la ville aux 3 visages.

 

"Life on mars" propose une plongée dans une ville à 3 identités : criminogène à souhait, Manchester fut aussi un des fleurons de la révolution industrielle, capitale des industries textiles et   une ville dont la scène musicale n'a jamais cessé d'être active en dépit de ses excès et de la politique répressive très sévère qui tenta de les juguler. La série surfe de façon éhontée sur les 3 vagues à la fois avec une vraie jubilation et restitue un univers culturel, un air du temps, qui a le cachet de l'authenticité.

 

 

Tout d'abord, "Life on Mars" s'applique à rappeler qu'avant "Les experts', la police n'était pas totalement inopérante. A l'heure où les séries surenchérissent en matière de hautes technologies, l'équipe de Gene Hunt nous ramène à l'époque durant laquelle on hésitait encore à utiliser le magnéto pour enregistrer les dépositions,  l'usage du talkie-walkie restait tout à fait superfétatoire, et  la police s'essayait tout juste à délimiter les scènes de crime ou à relever les empreintes des suspects sur les lieux de leurs méfaits. La série utilise pleinement le jeu du big bang chronologique puisque Sam Tyler, lui, venant du futur, connait tout des méthides du XXIème siècle  et tente de les introduire dans le commissariat central de Manchester. Il obtient au mieux sous  le regard  dubitatif du chef, et parfois l'enthousiasme modéré de sa collègue Annie. On mesure à quel point, les séries policières se sont renouvelées, reflétant sans doute les grandes évolutions des techniques d'investigation de ces 40 dernières années.

 

La Manchester de "Life on Mars" est plus que jamais la ville du prolétariat industriel. Son décor est fait de cheminées d'usines, de manufactures de briques rouges et d'alignement de maisons ouvrières sur courées. Le marquage prolétaire de la ville est très assumé dans la série qui reprend à son compte aussi bien le parlé spécifique et populaire du nord (le possessif "my" devenant systématiquement un "me") que son accent très prononcé (en gros le "pub" devient le "pob"). "Life on Mars" s'adosse justement sans complexe à toutes les formes de sociabilité populaire d'Outre Manche en général et de Manchester en particulier, que ce soit celle que l'on développe au pub, dans les nombreux clubs de la ville ( sur lesquels le crime organisé a déjà la main mise, bien avant la période "Madchester"3) ou encore au stade, celui de Manchester City (le Manchester City Stadium) ou de Manchester United, le célèbre Old Trafford.

 

 

"Life on mars", morceaux choisis :

 

Deux épisodes permettent sans doute de bien saisir les différentes caractéristiques du Manchester des années 70 et d'en percevoir les échos dans la ville telle qu'elle est aujourd'hui.

 

On choisira d'abord l'épisode 3 de la première saison.

 

Un corps vient d'être trouvé dans la filature textile "Cresters". Le défunt est un des bras droit du patron qui prépare un plan de licenciement, annonciateur de la fermeture définitive de l'usine. Les soupçons se portent sur la famille Bannister dont le père et le fils travaillent à l'usine, ainsi que la belle fille. Syndicaliste, le père se bat corps et âme pour tenter de sauver un monde appelé à disparaître : celui qui fit la fortune de la ville au temps de la révolution industrielle mais qui en 1973 n'est plus compétitif. Filatures unique employeur de familles entières sinistrées à leur fermeture, trade-unions (syndicats) en survie, place de la main d'oeuvre d'origine étrangère, radicalisation des formes de lutte sociale : l'épisode fait le tour de la question. Il nous propulse également dans la rénovation des grandes cités des pays noirs puisque le lieu du crime est devenu, en 2006, l'immeuble dans lequel Sam Tyler, le héros de la série, vit. C'est précisément sous sa table de cuisine dans un appartement qu'on entrevoit comme ultra-moderne que le corps est retrouvé. L'occasion de saisir la brassée des temps qui rythme si bien la série.

 

 

 

L'épisode 5 de la première saison est également très intéressant pour ce qu'il restitue de l'image ouvrière de la ville.

 

Le corps d'un supporter de Manchester United vient d'être retrouvé dans une allée entre deux courées. A côté de lui, une écharpe bleue et blanche aux couleurs de Manchester City. A quelques jours du derby annuel entre les deux clubs, il y a là un motif imparable pour enflammer les supporters et créer une flambée de violence lors du match. Pour désamorcer cette bombe en puissance, l'équipe de Gene Hunt investit un pub afin de tirer les vers du nez des clients qui sont tous de fervents clients adeptes du ballon rond.
Hooliganisme, religion du football dans la culture populaire, paysages de courées des pays noirs à découvrir. L'épisode nous fait vivre l'acmé annuel des amoureux du foot dans la ville des deux clubs ennemis.

 

 

Pour prolonger la saga sur l'immigration irlandaise qui se déroule sur l'histgeobox, particulièrement en ce début d'année, on ne peut faire l'impasse sur l'épisode 3 de la saison 2.

 

Une bombe est découverte sous une voiture et l'IRA est soupçonnée de l'y avoir posée. Mais Sam Tyler, qui se souvient de son futur en 2006, ne reconnait pas, sur ce cas de figure, la marque caractéristique de l'armée républicaine irlandaise. Comme à Liverpool, Manchester a servi de lieu d'embauche et a permis à de nombreux déracinés de la verte Irlande chassés notamment par la famine, mais plus largement par la misère, de s'installer et faire souche dans ses murs. L'épisode garde pour toile de fond les relations tumultueuses des émigrants irlandais avec leur voisine anglaise, que ce soit par l'exemple des mouvements nationalistes violents ou celui du déclassement de la communauté irlandaise dans les grands centres urbains britanniques où elle tenta de se faire embaucher.

 

 

 

Morceaux choisis : le bonus !

 

"Life on Mars" possède une bande originale tellement renversante qu'elle a fait l'objet d'une édition CD en plus de l'édition DVD de la série. Ils sont tous là : Bowie, Pink Floyd, Roxy Music, The Who, Deep Purple, les Stones etc...

 

La BBC ne faisant jamais les choses à moitié a laissé ouvert le site consacré à la série et on peut y consulter épisode par épisode les références des morceaux qui rythment les aventures de Gene Hunt (qui se surnomme modestement "the Gene Genie") et de Sam Tyler :

 

pour la saison 1http://www.bbc.co.uk/lifeonmars/series1/

pour la saison 2http://www.bbc.co.uk/lifeonmars/series2/

 

 et un aperçu ci-dessous:

 

Notes :

1 : "Suis-je fou? Dans le coma ? Suis je retourné dans le passé?"

2 :  Marc Bolan est un des représentants les plus importants du mouvement Glam Rock, dont David Bowie et Roxy Music furent d'autres figures emblématiques. Il mourut prématurément en 1977 dans un accident de voiture, sa compagne conduisant une mini, ayant embouti un arbre.

3 : La scène dite de "Madchester" date de la fin des 80's. Elle associe des groupes intégrant des sonorités house (Stone Roses, Happy Mondays) à une scène underground portée par de nombreux clubs en particulier celui de l'Hacienda, lui même indissociable du label Factory Records (créé par Tony Wilson qui distribua les groupes les plus importants du post-punk mancunien à savoir Joy Division et The Buzzcocks). Le milieu tomba aux mains du crime organisé et la consommation de stupéfiants devint telle que la décision fut prise de fermer l'Hacienda pour stopper les dérives qui accompaganient pourtant l'affirmation d'une scène musicale très riche.

 

La guerre du Pacifique : du petit au grand écran. (1)

par vservat Email

Ce sera sans doute l'une des séries les plus attendues de cette rentrée télévisée, on l'annonce sur une chaîne cryptée à l'automne, en France. Il s'agit de la nouvelle saga produite par Steven Spielberg et Tom Hanks qui fait écho à l'inoubliable "Band of brothers" (1). Diffusée, comme sa grande soeur,sur la chaîne HBO, "The Pacific" nous emporte, non sur les théatres européens de la 2° guerre mondiale, mais sur ceux des archipels du Pacifique. Nous abandonnons les membres de la Easy Company, du capitaine Winters ("Band of brothers"), pour suivre la première division de marines. Quelques jeunes gens qui s'engagent dans le combat de leur vie, aux lendemains de la déclaration de guerre des Etats-Unis au Japon, suite à l'attaque de la base américiane de Pearl Harbor, le 7/12/1941. Pleins d'illusions, pétris des valeurs de l'Amérique éternelle (héroisme, patriotisme, défense de la liberté, religiosité etc.), nos marines se déplacent de saut d'îles en îles au gré des des archipels du Pacifique. Ils y découvrent, et nous avec eux,  une guerre très différente de celle qui se déroule en Europe. Ici pas de nazis, pas d'Adolf Hitler, pas de Staline non plus, mais un face à face anonyme et violent avec le "jap" (ou ses dénominations dérivées "fuckin' jap" étant la plus courante).

 

 

S'appuyant sur les mémoires de deux soldats, Robert Leckie et Eugène Sledge, la série se fait force d'être réaliste et ajoute un troisème héros au duo initial : John Basilone (2). La construction est tout à fait semblable à celle du précédent opus : on commence chaque épisode par des images d'archives, commentées, ensuite par des vétérans au regard habité, qui se remémorrent, d'une voix parfois brisée par l'émotion, leur campagne militaire dans le Pacifique. Puis, vient un générique absolument somptueux et une cinquantaine de minutes d'une vision de la guerre filmée souvent à hauteur d'homme, dans un style embarqué qui évoque, de façon quasi immédiate, le travail de Robert Capa (3). 10 épisodes pour revivre quelques unes des batailles les plus stratégiques, controversées et meurtrières de cette guerre en grande partie aéro-navale qui se termina par la réddition du Japon le 2/09/1945.

 

 

Les scénaristes n'ont pas envisagé de laisser au spectateur quelques minutes de répit (contrairement à "Band of Brothers" qui nous permit de suivre la préparation pré débarquement de Normandie de la Easy Company Outre-Manche). Dans "the Pacific", on a le droit à un aller simple supersonique pour l'enfer de Guadalcanal dès le premier épisode : les marines sont isolés sur une île dont le maintien dans le territoire des alliés est d'une importance capitale puisqu'elle protège la route de l'Australie de l'impérialisme nippon. Le baptême du feu est filmé avec une efficacité redoutable, les 2 marines, héros des épisodes d'ouverture, Robert Leckie et John Basilone, se transforment, en l'espace de deux fois 45 minutes, en vétérans au visage buriné, aux illusions entamées, au sens du sacrifice éprouvé. Le 3° épisode nous embarque en Australie pour une "pause", une permission après Guadalcanal. Le regard se décentre quelque peu puisqu'on voit comment l'arrière (le "home front") perçoit l'affrontement américano-nippon. Egrenage des morts tués au combat, perception au travers de cette littanie du caractère mondial du conflit. Toutefois, c'est bien l'héroïsme américain qu'il s'agit de célébrer avant tout.

 

 

L'épisode 4 se concentre sur la bataille de Cape Gloucester, une sorte d'enfer tropical : situé  en Nouvelle Guinée, ce cap fit l'objet d'un violent affrontement entre la première division de marines et la 53° division d'infanterie nippone pour la possession de pistes d'aterrissages situées à cet endroit. Les manoeuvres américaines furent retardées par des pluies diluviennes qui submergèrent les campements et semèrent le désespoir au sein des combattants (folie, suicide). A mi chemin de la série, trois épisodes sont consacrés aux affrontements pour la conquête de l'île de Peleliu, dans l'archipel de Palaos. Si "Band of brothers" atteignait son acmé dans l'épisode intitulé "Bastogne", nul doute que "the Pacific" atteint la sienne dans le second épisode consacré à cette bataille extrêmement meurtrière. C'est un point de basculement de la série tant la façon de filmer et les évènements reportés laissent le spectateur prisonnier d'un étau de barbarie, de sang, de feu et de soif. Pour la première division, relayée par une nouvelle compagnie dans laquelle officie le mortier Sledge, il faut aller déloger les Japonais des collines qui surplombent le nord ouest de l'île et pour ce faire s'emparer, au préalable, de l'aérodrome, no man's land carbonisé à la suite de combats acharnés, dont la traversée et la conquête exposent les américains à de nombreuses pertes. A l'issue des 3 épisodes, Peleliu est aux mains de l'armée américaine, les jeunes recrues qui en réchappent retrouvent leur base arrière (Pavuvu) le regard vide, les épaules affaissées, en véritables morts vivants. De l'autre côté de l'écran, le spectateur sort lui aussi passablement vidé du visionnage du tryptique.

 

 

Après à peine 35 minutes de répit, les auteurs nous replongent dans l'enfer d'Iwo Jima(4) qui se résume souvent aujourd'hui à une photo légendaire mais qui, à l'époque, fut une des épreuves militaires les plus difficiles pour les belligérants. Episode prolongé par une dernière confrontation, avant la déflagration finale, entre les corps de marines et l'armée nippone sur Okinawa, la plus meurtrière de la guerre du Pacifique nous rappelle-t-on. Ces épisodes ont le mérité de battre en brèche les clichés, issus pour partie des représentations européo-centrées de la guerre du Pacifique et des fictions un peu datées sur le sujet, qui ont ancré dans nos esprit l'idée que ce théâtre des opérations se résuma à un affrontement aéro-naval. L'antépénultième épisode et plus encore l'avant dernier paragraphe de la série nous plongent dans une sorte de Verdun sous les Tropiques ; l'uniforme des marines a autant la couleur de la boue que leur visage dont les yeux se vident progressivement de toute expression, de tout éclat d'humanité. La pluie torrentielle, la boue à laquelle se mèlent des cadavres en décomposition  sont un ennemi aussi coriace que le Japonais. Le retour des braves au pays, leur difficulté à se réinsérer, les douleurs des survivants clôturent la série.

 

 

Bien avant cette échéance, des interrogations surgissent. Si "The Pacific" a tenté de conserver le souffle épique de "Band of Brothers" et y réussit plutôt, on perçoit, même sans être très érudit sur la question, que l'écriture de l'histoire a été fortement  influencée par le souci de produire du roman national américain. On sait, depuis  "La liste de Schindler" (5)  notamment, que Spielberg se pose en auteur-pédagogue. L'utilisation dans sa série des témoignages de vétérans mélés aux images d'archives, légitime historiquement ses images de  fiction et c'est là où le bât blesse. Il n'échappera à personne que dans la mini-série les victimes, tout autant que les héros sont, à quelques exceptions près, toujours du côté des Etats-Unis. Ces marines sont jeunes, fiers, idéalistes quand ils entrent en guerre ; ils en sortent meurtris, anéantis, physiquement et marqués moralement à vie essentiellement par leur confrontation aux évènements, car leur sens du devoir et de l'obéissance ne les conduit guère à s'interroger sur certains de leurs actes. Les Japonais sont, eux, très peu humains : jusqu'au boutistes dans leur opposition aux marines, pervers dans l'utilisation des civils comme boucliers humains. La guerre du Pacifique filmée à hauteur d'hommes oui, mais les seuls hommes qui dirigent notre regard sont ceux de l'armée américaine. Les auteurs ne se décentrent jamais pour donner une autre perception du conflit, pour honorer finalement de la même façon les victimes de la guerre si bien qu'on n'est guère surpris du traitement fait de l'utilisation de l'arme atomique dans le récit proposé par le trio Speilberg-Hanks-Mc Kenna.

 

 

Somme toute, "The Pacific" est une mise en image poignante et impressionnante d'un des conflits de la 2° guerre mondiale. La série apporte des éclairages méritants sur des épisodes méconnus ou controversés qui se déroulèrent sur ce front. Toutefois, le sujet est traité de façon pour le moins partiale et manichéenne. Le contenu est d'autant plus contestable que les témoignages et images d'archives viennent, volontairement ou non, en appui d'une vision romancée contribuant inévitablement à produire un discours d'autorité Il n'est donc pas inutile de se plonger dans d'autres oeuvres de fiction sur la guerre du Pacifique de façon à remettre un peu de nuance et à varier les approches sur le sujet ; à cette fin, nous verrons bientôt ce qui se passe du côté du grand écran. 

 

 

 

 

(1) "Band of brothers" est une mini série de la chaîne HBO produite par le tandem Speilberg-Hanks, en 2001, relatant les faits d'armes de la Easy Company sur le front de l'ouest européen, de la préparation du débarquement de Normandie à l'effondrement du nazisme.

(2) New Yorkais issu d'une famille immigrée italienne, le Marine John Basilone reçut la médaille d'honneur pour ses actions lors de la bataille de Guadalcanal. L'armée et le gouvernement l'utilisa après sa décoration pour lever des fonds (war bounds) afin de financer la guerre.

(3) Robert Capa est un des plus grands photographes de guerre et photographe du XXème siècle. Il couvrit de nombreux conflits dont la deuxième guerre mondiale et en particulier le débarquement de Normandie sur Omaha Beach où il est le seul reporter présent pour Life magazine. Sur la centaine de photos qu'il prit ce jour là, 11 ont survécu à une erreur de manipulation d'un employé de Life qui, par mégarde, fit fondre ses négatifs. Les photos floues, tremblées témoignent de la violence des combats sur la plage devenue "bloody  Omaha" ou Omaha la sanglante.

(4) La bataille pour la prise de l'île volcanique d'Iwo Jima en février- mars 45 est une des dernières étapes militaires avant la rédition du Japon. 

(5) Enorme succès au Box-Office, "La liste de Schindler", oeuvre assez atypique à l'époque dans le filmographie de Spielberg, fut vendue en France (et sans doute ailleurs) comme une oeuvre de référence sur la Shoah. Ce discours fut renforcé par le travail entrepris par la fondation Spielberg de collecte des témoignages des rescapés du génocide. Le film a cependant fait l'objet de nombreuses critiques autant sur la forme que sur le fond, le travail de la fondation Spielberg est aussi sujet à réserves tant les témoignages recueillis sont normés et formatés. La fondation est aujourd'hui mise en péril suite  à l'affaire Madoff, le réalisateur ayant confié des fonds de sa fondation au financier, de l'ancien président du Nasdaq.

Des séries pour comprendre le monde

par Aug Email

 

A lire et écouter sur la toile :

 

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