Samarra


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Massacres en Guinée Conakry.

par blot Email

Ce lundi 28 septembre 2009, à Conakry, en Guinée, la répression sanglante d'une manifestation de l'opposition par l'armée s'est soldée par des dizaines de manifestants tués.

 

Policiers arrêtant un manifestant à Conakry le 28 septembre 2009.

 

Le massacre a eu lieu à l'issue d'un rassemblement au stade de Conakry. Les "forces vives" du pays (opposants politiques, syndicats, société civile) avaient appelé à une grande manifestation pour protester contre l'éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara aux élections présidentielles de janvier 2010. Ce dernier est l'homme fort de la junte militaire qui s'est emparée du pouvoir par la force à la mort de Lansana Conté, en décembre 2008. Des centaines, puis des milliers de personnes étaient au rendez-vous, bien que la manifestation ait été interdite par les autorités. C'est alors que des bousculades et un mouvement de foule ont eu lieu aux abords du stade. Les militaires réagirent en lançant des gaz lacrymogènes, avant de tirer à balle réelle sur la foule. Très vite, des dizaines de corps jonchent les rues. Les médecins dans les hôpitaux parlent de carnages (ils ont dénombré 58 victimes par balle. Aujourd'hui le bilan total des victimes s'éléverait à plus de 150). 

 

Si les premiers échauffourées ont eu lieu dans le stade, les militaires se sont ensuite lancés dans une chasse aux opposants, notamment dans les quartiers populaires de Conakry. Cette traque a fait de nombreux blessés, en particulier deux dirigeants de l'opposition ( l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, candidat à l’élection présidentielle et leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée; ainsi que l’ancien chef de gouvernement Sidya Touré, leader de l’Union des forces républicaines). Par ailleurs, il semblerait que les autorités tentent de masquer leur forfait en dissimulant les cadavres, acheminés au siège de la junte, le camp Alpha Yaya Diallo. Depuis, Dadis Camara a minimisé sa responsablité dans ce massacre et s'en est pris (sans surprise) à l'opposition: "ce sont les responsables de l'opposition qui ont commandité un acte criminel, qui ont conduit les hommes à la boucherie au profit de leurs propres ambitions".

 

 

Depuis plusieurs mois, le contexte politique est très tendu en Guinée Conakry. La semaine dernière, une manifestation dans la deuxième ville du pays (où les forces de l'opposition semblent puissantes) aurait rassemblé 20 000 personnes. Les manifestants protestent, là aussi, contre la candidature probable de Dadis Camara aux élections. Le spectre d'élections truquées et d'une poursuite de la dictature plane en effet au dessus du pays. Il faut dire que les Guinéens ont malheureusement l'habitude de ce type de scénario. 

 

Il y a quelques mois, nous nous étions intéresser à l'histoire de la Guinée, premier pays d'Afrique noire francophone à accéder à l'indépendance. Nous y exposions nos craintes aux lendemains du coup d'état. Or malheureusement, tout semble se dérouler comme "prévu". Dadis Camara est le troisième dirigeant du pays depuis 1958, après les 26 ans de pouvoir autoritaire de Sékou Touré, et les 24 années de dictature militaire de Lansana Conté. A l'issue de son putsch, le 23 décembre 2008, Dadis Camara s'était engagé (comme le font à peu près tous les dictateurs en herbe) à ne pas se présenter aux futures élection et à laisser le pouvoir aux civils.

 

 

 

En Guinée,  les militaires succèdent aux militaires. Or, depuis 50 ans, l'armée guinéenne tient le pays dans sa main. Cette mainmise de l'armée se retrouve très tôt dans le domaine culturel comme le prouvent les nombreux enregistrements réalisés par les formations vedettes de l'ère Sékou Touré. Ce dernier se servait en effet de la musique à des fins de propagande. Des concours régionaux permettaient de sélectionner les meilleures formations musicales. Ces dernières étaient alors choyées par le régime qui fournissait les instruments et mettait à la disposition des artistes un studio d'enregistrement et une compagnie de disque nationale (Silyphone). En retour, les musiciens se faisaient les thuriféraires du régime et multipliaient les louanges. Une foule de chansons célèbrent ainsi Sékou Touré ou son illustre ancêtre (Samory), mais aussi le parti unique (PDG) et bien sûr ... l'armée. La preuve ci-dessous avec le dos de la pochette d'un 33 tours, "Guinée an X", une compilation des grands succès musicaux des années Touré.

 

 

 

L'enregistrement suivant, intitulé armée guinéenne, est interprété par le Bembeya Jazz National, le groupe le plus célèbre des années Sékou Touré. La musique est sublime, bien qu'elle vante les mérites de l'armée qui continue de faire le malheur de l'écrasante majorité des Guinéens.  

 

 

Sources:

-Un reportage diffusé sur France 24.

- Article du Télégramme.

 

Liens:

 

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré.

- Tiken Jah Fakoly et Didier Awadi: "Quitte le pouvoir". -

Persepolis 2.0

par blot Email

Deux opposants au régime iranien, Sina et Payman, qui vivent à Shanghaï ont détourné la célèbre bande dessinée de Marjane Satrapi «Persepolis». Ils y dénoncent  les conditions de la réélection du président Ahmadinejad et protestent contre la répression qui s'abat sur le pays. Leurs dessins sont identiques à ceux de Satrapi, mais les textes ont été réactualisés, adaptés à l'Iran d'aujourd'hui. Le titre de cette BD "Persepolis 2.0" fait référence à l'internet qui devient un des vecteurs de contestation les plus utilisés aujourd'hui en Iran (comme ailleurs).

 


Une version de Persepolis 2.0, diffusée sur Internet, le 19 août 2009. (Photo : AFP)

 

* Persepolis 2.0 est à découvrir ici.

 

A lire aussi:

- l'article d'Etienne Augris: "L'Iran, la révolution, l'exil, l'adolescence: Persepolis de Marjane Satrapi".

 Sur Bricabraque: Trente ans de révolution islamique en Iran.