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« ITINÉRAIRES CROISÉS Vosges Algérie / Algérie Vosges – 1830 → 1970 » : Expo à Epinal

A l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, les Archives départementales des Vosges organisent jusqu'au 23 février une exposition exploitant ses propres archives et des documents ou objets prêtés par des particuliers. Saluons cette initiative qui permet d'explorer les relations entre le département et l'Algérie, depuis l'époque de la conquête par les Français jusqu'aux années 1970.
Un des organisateurs de l'exposition, Alexandre Laumond, a accepté de répondre aux questions d'élèves de Terminale. Je vous propose de voir cet interview sur le Blog Maghreb-France.
Addi Bâ, figure méconnue de la Résistance : Entretien avec Etienne Guillermond
Vous ne connaissez peut être pas Addi Bâ. Et pourtant, voilà un personnage qui gagne à être connu tant son histoire est singulière. Né en Guinée au temps de la domination coloniale française et mort à Epinal en 1943, il fait partie des milliers d'anonymes de la Résistance.
Lié par l'histoire de sa famille à Addi Bâ, Etienne Guillermond mène en parallèle une carrière de journaliste et des recherches sur tout ce qui touche de près ou de loin au "héros de (s)on enfance". Depuis 10 ans, il mène l'enquête et a ainsi amassé des documents, en particulier des photographies pour faire connaître l'itinéraire d'Addi Bâ. En 2012, il a apporté son aide à l'écrivain Tierno Monénembo (Prix Renaudot en 2008) qui vient de publier Le terroriste noir (Seuil), roman qui s'inspire du parcours du résistant. Etienne Guillermond, outre un remarquable site internet, a produit un petit film documentaire à partir de photos (visible à la fin de cet entretien) et une exposition itinérante sur les différents aspects du parcours d'Addi Bâ. Il prépare pour 2013 un ouvrage permettant de rendre compte de ses découvertes. Il a accepté de répondre à nos questions et nous l'en remercions très chaleureusement !
Etienne Guillermond, en quoi l’histoire d’Addi Bâ est-elle singulière ?
Pour beaucoup de Vosgiens, Addi Bâ a longtemps été comme une météorite qui se serait décrochée du ciel un beau jour de 1940 pour tomber au beau milieu d’un verger planté de mirabelliers… Imaginez un jeune Africain débarquant, au lendemain de la Débâcle, dans un petit village d’à peine 200 âmes dont la plupart des habitants n’étaient jamais allé au-delà de Nancy ou d’Épinal... Non seulement, il était noir – et des Noirs, on n’en avait jamais vu dans le secteur -, mais en plus, il n’avait qu’une idée en tête : continuer la guerre, alors que l’armée française avait été balayée en quatre semaines par la Wehrmacht, que la République s’était sabordée pour laisser le pouvoir à Pétain, et que la zone nord du pays se retrouvait occupée, sous autorité allemande… La situation de la Lorraine était pire encore : elle était « zone réservée », destinée, à terme, à être annexée au Reich… Pendant des semaines, il fut impossible d’y entrer ou d’en sortir. Et voilà que ce jeune Africain en uniforme arrivé de nulle part prétendait continuer le combat ! Je caricature un peu, mais c’est dans ces conditions qu’on fit la connaissance d’Addi Bâ dans les Vosges. Trois ans à peine après son arrivée, il était désigné chef du maquis de la Délivrance, premier maquis vosgien créé en mars 1943 !
Qui était-il réellement et quelle fut son action ?
Il s’appelait en réalité Mamadou Hady Bah et était originaire de la région du Fouta Djalon, en Guinée (Conakry), où il était né vers 1916. Addi Bâ est arrivé en France au milieu des années 1930 avec un
fonctionnaire ou un militaire colonial et s’est installé dans la petite ville de Langeais, en Indre-et-Loire. Il a vécu quelques années dans une famille de notables locaux avant de s’installer à Paris vers 1938. Il parlait parfaitement français – ce qui était encore assez rare dans les colonies de l’époque -, savait écrire et était plutôt du genre élégant. Les photos renvoient presque l’image d’un jeune homme de bonne famille… alors que ses parents étaient éleveurs en pleine brousse . Addi Bâ appartenait à l’ethnie peule. C’était un fervent musulman, doublé d’un ardent patriote ! Comme quoi ce n’est pas nécessairement incompatible… En novembre 1939, il s’est engagé dans l’armée comme volontaire et a vécu tous les combats de mai et juin 1940, dans les Ardennes et dans la Meuse. Le 19 juin 1940, il a été fait prisonnier à Harréville-les-Chanteurs (Haute-Marne). Mais c’était un rusé et il parvint à s’évader de la caserne de Neufchâteau où il était détenu. Il est très vite entré en contact avec les populations des environs qui l’ont d’abord caché. Puis, le maire de Tollaincourt, le petit village vosgien que j’ai déjà évoqué, l’a officiellement engagé comme commis agricole et logé dans une petite maison qu’il possédait. Addi Bâ a très vite été repéré par les premiers résistants du secteur. Parmi eux figurait Marcel Arburger, ferblantier à Lamarche. Il est très difficile de documenter précisément son action clandestine. Mais on sait qu’il participa à l’évacuation vers la Suisse de tirailleurs évadés, œuvra comme agent de liaison au sein des réseaux naissants, participa à des opérations de recrutement, de récupération d’armes et prit en charge, fin 1942, un parachutiste britannique. Lorsque Marcel Arburger fut chargé de créer un maquis dans les environs de Lamarche pour accueillir les jeunes réfractaires qui ne voulaient pas partir en Allemagne dans le cadre du Service du Travail Obligatoire, il en confia la direction à Addi Bâ. Le maquis de la Délivrance accueillit près de 120 jeunes hommes qu’il fallut encadrer et nourrir pendant près de cinq mois… Puis, en juillet 1943, le maquis fut découvert. Tous les jeunes réfractaires parvinrent à s’enfuir, mais Addi Bâ fut arrêté et emprisonné à Épinal. Un mois plus tard, Arburger tombait à son tour dans les mains de la Gestapo. Les deux hommes ont été torturés pendant des semaines et finalement fusillés le 18 décembre 1943.
[Photo ci-dessus: /(© EG/addiba.free.fr)]

[Photo ci-dessus: Trois tirailleurs. Addi Bâ est le plus petit d'entre eux (il mesurait 1,55 m). La photo est prise à Sanary (Var), en avril 1940. Coll. J. Mallière/(© EG/addiba.free.fr)]
Quelles sont les étapes du parcours d’Addi Bâ qui restent à éclaircir ?
Mes recherches autour d’Addi Bâ relèvent d’une véritable enquête policière ! Il a laissé peu de traces derrière lui. On ne dispose par exemple d’aucun témoignage écrit de sa part. Les gens qui l’ont côtoyé ne connaissent que des bribes de sa vie. Quand à son activité résistante, elle était par définition clandestine… Enfin, une vraie légende s’est constituée autour du personnage, ce qui brouille encore plus les pistes. Il faut en permanence essayer de distinguer le vrai du faux, les actions ré
elles et les coups d’éclats imaginaires. On sait évidemment peu de choses sur son enfance en Guinée, mais on ignore surtout quand, précisément, dans quelles conditions et pourquoi il est arrivé en France. Il y a des pistes, des éléments tangibles, mais peu de détails. Il y aurait encore beaucoup de choses à découvrir sur sa vie à Langeais et à Paris avant la guerre. L’autre zone d’ombre concerne ses actions clandestines avant la création du maquis. Là aussi, il y a des pistes, des témoignages, des bribes d’information… Mais il est extrêmement difficile de documenter des activités qu’il menait le plus souvent seul – car la Résistance était très cloisonnée – et dans l’ombre. J’aimerais beaucoup savoir, par exemple, quelle était la nature exacte des liens qu’il conserva jusqu’au bout avec la Mosquée de Paris… Il y a un dernier point qui me tient à cœur : faire toute la lumière sur son attitude face à la Gestapo. Il a toujours été admis par tous que ni lui ni Arburger n’ont lâché le moindre renseignement. Mais à la Libération, il s’est trouvé quelques rares voix pour lui reprocher d’avoir parlé. Peu de gens le savent et je l’ai moi-même découvert très tardivement. Tous les éléments dont je dispose indiquent le contraire, mais j’aimerais apporter des preuves irréfutables.
[(© EG/addiba.free.fr)]
Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur lui ?
Il se trouve que ma famille est originaire de Tollaincourt. Ce sont mes arrières-grands-oncles et tantes qui l’ont accueilli. Ma propre mère est née, quelques mois avant son arrivée, dans la maison qui est devenue la sienne. C’est dans cette maison que mes parents ont retrouvé un jour son Coran, qu’il n’avait pu emporter lors son arrestation. C’est le seul objet qu’il ait laissé derrière lui. Il y avait dedans un dessin d’enfant le représentant avec un autre tirailleur. C’est la première image d’Addi Bâ que j’ai découverte à l’âge de 8-9 ans… Je ne savais rien de lui, mais j’en ai fait un héros d’enfance jusqu’à ce que je découvre un article, en 1991, qui racontait les grandes étapes de sa vie. À l’époque, Maurice Rives, un ancien militaire, était parvenu à reconstituer les grandes étapes de son itinéraire. En 2003, lorsque la médaille de la Résistance a été remise en son nom à sa famille, des anciens du maquis ont commencé à parler. Je me suis dit qu’il était temps de recueillir leurs souvenirs et j’ai commencé mon enquête. Cela fait dix ans et je me mords les doigts de n’avoir pas commencé plus tôt car dans l’intervalle, de nombreux témoins-clés ont disparu.

[Addi Bâ et trois enfants entre 1941 et 1943. Photo prise à Tollaincourt ou dans un village des environs. Coll. J. Mallière/(© EG/addiba.free.fr)]
Comment travaillez-vous, quelles sources utilisez-vous ?
Je suis parti sur la base établie par Maurice Rives qui avait déjà quelques documents. Mon travail s’est déroulé en trois étapes. D’abord, le recueil de témoignages. Je me suis empressé d’aller voir les anciens avant qu’il ne soit trop tard. Bien m’en a pris car il ne sont plus là aujourd’hui. Leur témoignage a été évidemment capital. J’ai aussi rencontré beaucoup de gens qui étaient enfants à l’époque. Leur regard est très intéressant car ils n’évoquent pas le héros, le chef de guerre, mais l’homme qui leur faisait faire leurs devoirs et leur offrait des cadeaux à Noël ! Ils rendent à Addi Bâ son humanité. J’ai aussi lu tout ce qui s’était écrit sur la résistance en Lorraine et en Haute-Marne. On y trouve peu de choses sur Addi Bâ qui n’est que mentionné, mais il était essentiel pour moi de bien connaître le contexte. Cela permet aussi de recouper avec les témoignages. Enfin, je me suis plongé dans les archives… C’est le travail le plus difficile car il faut remuer des tonnes de dossiers et beaucoup se déplacer à Epinal, Nancy, Paris… J’ai même suivi une piste jusqu’à Luxembourg, mais elle s’est avérée mauvaise... Il y a aussi toutes les archives communales. C’est un puits sans fin. Mais un seul document trouvé, une liste, un procès-verbal, une lettre, un rapport des renseignements généraux permet de fixer définitivement une information… ou d’ouvrir une nouvelle piste ! C’est parfois décourageant, terriblement chronophage, surtout quand on a une famille et un métier, mais c’est passionnant ! J’achève aujourd’hui mon livre sur l’itinéraire d’Addi Bâ, mais je crois que l’enquête ne sera jamais terminée…

[Site de la Vierge à Epinal : lieu de l'exécution de Marcel Arburger et Addi Bâ dont les noms sont mentionnés sur le monument aux résistants exécutés-Photo E.Augris]
Quels sont les lieux associés aujourd’hui à la mémoire d’Addi Bâ ?
Le premier lieu lié à sa mémoire est celui où il été fusillé en compagnie de Marcel Arburger. C’est le Monument des Fusillés du plateau de la Vierge, à Epinal. Son nom y est gravé sous une orthographe un peu fantaisiste : Ba Hadi Mohammed. De même que sur sa tombe, à la nécropole militaire de Colmar, où on a inscrit le nom d’Adibah… Trois communes françaises lui ont respectivement dédié une rue : Langeais en Indre-et-Loire (rue Addi-Bâ), La Vacheresse-et-La-Rouillie dans les Vosges (rue Adjudant-Addi-Bâ) – c’est le grade qu’il s’était lui-même attribué au maquis ; et enfin Tollaincourt (rue Addi-Bâ), où une plaque a également été apposée sur sa maison. Il existe aussi une stèle à Harréville-les-Chanteurs en Haute-Marne. Elle rend hommage à son régiment, le 12e Régiment de tirailleurs sénégalais, qui y a livré son dernier combat. Je crois qu’il y a aussi un projet d’hommage dans son pays natal, en Guinée, mais je n’en sais pas plus pour l’instant. Enfin je me suis laissé dire que l’idée d’une rue Addi Bâ a un jour été évoquée dans les couloirs de la mairie d’Épinal, mais elle n’a jamais été concrétisée. L’année 2013 marquera les 70 ans de son exécution, ce serait une belle occasion… Et pourquoi pas une rue des Fusillés de la Délivrance qui l’unirait à son camarade Marcel Arburger ? Ce serait, je crois, un très beau symbole. La France d’aujourd’hui a grandement besoin de ce genre de symboles.
Propos recueillis par AUG
Nous remercions Etienne Guillermond pour cet entretien et pour les photographies qu'il nous a permis d'utliser. Rappelons que
Pour prolonger :
Retrouvez de nombreuses informations et l'actualité d'Addi Bâ sur le site d'Etienne Guillermon : http://addiba.free.fr- Le travail d'E. Guillermond a fait l'objet d'un long reportage tourné à Tollaincourt sur France 3 Lorraine en décembre 2012
- Dans son livre Etoiles noires (avec Bernard Fillaire, Philippe Rey, 2010), Lilian Thuram consacrait un chapitre à Addi Bâ
- Le livre Le terroriste noir de Tierno Monénembo raconte l'histoire romancée d'Addi Bâ (Seuil, 2012)
- Addi Bâ a inspiré les musiciens comme en témoignent ces deux exemples : Farba Mbaye « Hady Bah » disponible ici (dans « A nos morts », un spectacle de théâtre-danse contemporaine sur l'épopée des tirailleurs) et ce morceau reggae.
Lapiro de Mbanga libéré.
Nous vous avons parlé à plusieurs reprises de Lapiro de Mbanga. Ce chanteur camerounais fut condamné par la dictature de Biya à trois ans de prison pour avoir "incité à l'émeute" (à la suite des grandes manifestations contre la cherté de la vie qui ont eu lieu à la fin du mois de février 2008). Il vient de sortir de prison.

Liens:
- Sur Samarra: "Liberté pour Lapiro".
- Afrik.com: "Lapiro de Mbanga: le combat continue".
- Mondomix: "Cameroun: bienvenue chez vous, monsieur Lapiro!"
- Freemuse: "Singer Lapiro de Mbanga released from prison".
Sur la route des nouveaux esclaves avec Fabrizio Gatti
Sujet récurrent ces temps-ci que celui des mobilités, des migrations et des routes clandestines (1) ; l'actualité s'y consacre aussi résolumment, puisqu'à la faveur des révolutions au Maghreb et au Machrek les flux migratoires vers l'Italie depuis la rive sud de la Méditerrannée charrient un nombre important de migrants ces jours ci ce qui ne manque pas de provoquer, dans la foulée, une instrumentalisation politique à des fins électorales, de ces fuites désespérées vers l'Europe.
C'est donc l'occasion de lancer une invitation à lire un ouvrage qui vient d'être réédité en format de poche et qui, à l'époque de sa première parution, avait suscité moultes commentaires et généré un flot interrassable de compliments.
Devant une telle unanimité et à lire les premières pages, on ne peut totalement se défaire d'une petite crainte. Fabrizio Gatti, journaliste italien, monte dans un avion à Milan, dans lequel, hasard ou pas, un clandestin se démène pour ne pas être renvoyé vers la destination finale du vol : Dakar-Sénégal. L'avion finira par partir sans lui. S'ensuivent pour notre reporter des kilomètres en voiture au rythme supposé lent de l'Afrique, "Inch allah" ou "si Dieu le veut" disent ses interlocuteurs,. Certains seront parcourrus en train ce qui n'est guère plus sûr, ni plus ponctuel. Ces quelques pages restent marquées par un regard finalement très occidental et n'appportent guère d'élément neuf sous le soleil écrasant de l'Afrique.
Mais le reste du récit de Fabrizio Gatti est un tel tour de force qu'en refermant son livre on sait qu'avec et grâce à lui on est passé de l'autre côté du mirroir. Les migrations, les mobilités comme les géographes se plaisent à les appeler, s'appréhendent ici non du point de vue du Nord européen mais de ceux qui se lancent, éperdus, dans sa direction. Leur voyage n'est pas loin d'être un allé simple pour l'enfer, qui balayera d'ailleurs par son humanité de chair et de sang, les propos parfois très désincarnés de la recherche universitaire.
La pratique de l'immersion ou du travestissement à des fins de reportage n'est pas toujours ce qui a produit les démonstrations les plus convaincantes; Le "Bilal" de Gatti n'entre pas dans ce cas de figure et ce pour plusieurs raisons.
Dans un premier temps, en effet, le travestissement n'est pas total puisque pour effectuer le parcours des clandestins Gatti garde son identité, son passeport italien, son argent. Il a le teint blanc et dans le désert, on le remarque. Il en jouera d'ailleurs à plusieurs reprises pour stopper les déchainements de violence des policiers verreux croisés sur le parcours. En outre, bien qu'il ne s'efface jamais de son récit à l'écrit, Fabrizio Gatti sait écouter, donner, et susciter la parole de ceux qui ne l'ont jamais ; avec une grande humilité , sans condescendance, ni voyeurisme, sans artifices lacrymogènes, il parvient aussi à nous les rendre familiers. Sans jugement hâtif il arrive ainsi à restituer subtilement le récit d'un voyage fait à plusieurs par des êtres dont le parcours, l'histoire, les motivations restent singuliers.

Gatti embarque donc pour un périple fort périlleux, sur un énorme camion surchargé d'hommes et de bidons d'eau qui négocie chaque piste dans un équilibre instable. La vie sur cet engin et sur le parcours qu'il emprunte ne tient bien souvent qu'à un fil : il faut se protéger de la chaleur, de la déshydratattion, des coups des policiers qui rançonnent lesmigrants. Ce n'est pas l'autoroute des vacances que le désert du Ténéré : une crevaison, une panne mécanique peut être fatale aux hommes installés de façon précaires sur le camion. Ici, il n'y a pas de pompe à essence, par de service des pièces détachés et encore moins de garage. C'est donc une épreuve de survie dans laquelle s'engagent ces hommes et ses femmes peu la feront d'une traite.
Quelques uns croisent la route de Fabrizio Gatti et retiennent son attention d'Agadez, au Niger, à l'oasis de Dirkou, dans le Ténéré puis dans les repères d'Al-Qaïda jusqu'à la frontière lybienne à Madama, sur cette ancienne route des esclaves, dans ce désert où la destinée humaine est suspendue à la volonté de Dieu et du sable. Il y a les jeunes hommes Daniel et Stephen le jumeaux, Joseph et James, Catherine et d'autres malheureuses qui vendent leurs corps pour financer leur voyage. Ils ont fui la guerre, abandonné leur famille, femmes et enfants, parcourru déjà de nombreux kilomètres pour avancer cahotiquement à travers l'Afrique. Ils sont régulièrement stranded, dépouillés par les passeurs ou les policiers, dans l'incapacité de s'alimenter pendant plusieurs jours parfois, sans pouvoir trouver de travail rémunéré pendant des mois car il sont à la merci de leurs employeurs. Ils restent ainsi à stationner de façon totalement désespérée au fin fond de l'Afrique, aux portes du désert, dans des bourgs sans avenir, sans pouvoir prévenir leurs familles. Leur motivation ? Ils n'ont plus rien à perdre, ils sont l'espoir de leur famille qui a parfois participé à la constitution du pécule nécessaire au départ, ils sont jeunes et veulent se construire un avenir digne de ce nom. Leur désespérance en Afrique est souvent proportionnelle aux espoirs que fait naître en eux leur vie rêvée en Europe. Hélas de part et d'autre de l'interface méditerranéenne se dressent les barrières de la nature (le désert, la Méditerranée) et celles mises en places par les hommes.
Effectuer le trajet jusqu'en Lybie relève de l'entreprise la plus hypothéqiue qui soit. Gagner ce pays, à l'époque demandeur de main d'oeuvre ne donne guère de garantie car les migrants venus d'Afrique subsaharienne sont souvent les soutiers du pays. En outre, hasard de la conjoncture, leur situation est rendue d'autant plus précaire qu'au moment où les compagnons de voyage de Gatti s'y trouvent, l'Europe avance en Afrique du Nord, par des accords bilatéraux, ses protections anti migrants. De main d'oeuvre tolérée, les migrants deviennent des parias que les autorités lybiennes expulsent et relâchent dans le désert les condamnant à une mort quasi certaine.

Gatti parviendra sans encombre au terme de son enquête. Il n'y a toutefois pas de doute sur le fait qu'il a laissé une partie de lui même dans cette entreprise, aux côtés de ceux qu'il a cotoyés et qui n'ont pas franchi la Méditerrannée. C'est alors qu'il rebondit sur un deuxième projet. Quite à faire la route des clandestins, des nouveaux esclaves, autant la vivre jusqu'à son terme : Lampedusa, cette île au large de la Tunisie et au sud de la Sicile. Devenu Bilal, le kurde, Gatti réussit à s'y faire incarcérer après s'être jeté à l'eau et nous fait vivre le quotidien des naufragés aux portes de l'Italie. Entassement, promiscuité, négation des droits éllémentaires, vexations et racisme affiché de certains gardiens, justesse et mansuétude d'autres surveillants : Gatti décrit un univers carcéral en marge de l'humanité d'autant plus insupportable qu'on le sait d'actualité. Paradoxalement il nous explique que de ce centre de nombreux migrants sont tranférés vers d'autres (Crotone, par exemple) d'où il est relativement simple de s'échapper. L'adminsitration laisse bien souvent sortir avec une sommation à quitter le territoire dans des délais brefs des migrants qui gagneront bien viote les villes du nord de l'Italie.
C'est là le grand jeu de dupes qui se livre aux portes de la forteresse Europe : les turpitudes économiques et surtout démographiques font que l'apport de migrants aux sociétés européennes est indipensable, et pourtant, le repli du vieux continent sur ses mythes identitaires parfois très nauséabond ne peut laisser de place à cette tolérance dans le discours public. Aux candidats à un avenir meilleur venu d'Afrique, seul le discours de fermeté peut être tenu, les barbelés de Lampedusa derrière lesquels on entrevoit Gatti, devenu Bilal, ne laissent guère de doute à ce sujet.
Notes :
(1) Voir "Clandestino" de Manu Chao sur l'Histgeobox.
Lectures complémentaires :
De nombreuses recensions du livre de Gatti ont été faites et son disponibles sur le net, le dossier que lui consacra Télérama est sans doute un de splus complet
Le quotidien l'Espresso, pour lequel travaille Gatti, met en ligne un dossier sur les nouveaux esclaves qui nécessite de manier l'italien mais qui contient également des vidéos relatives au sujet.
Le blog de Gabriele del Grande, Fortress Europ contient également des documents intéressants.
"Vénus Noire" A. Kéchiche.

Le 27 octobre est sorti sur les écrans français le remarquable dernier film d'Abdélatif Kéchiche intitulé "Vénus Noire". Remarquable, le film l'est à plusieurs titres : par la qualité de ses acteurs, par le juste traitement du sujet abordé qui nécessite de ne verser ni dans le manichéisme, ni dans le voyeurisme, ou le misérabilisme et le pathos, et enfin par la distance qu'il a su prendre vis à vis de cette sombre et douloureuse destinée qu'il relate, laissant le spectateur gérer son face à face avec l'Histoire.
Car c'est bien une plongée dans l'Histoire que l'histoire de la Vénus Noire nous propose. Une Histoire finalement universelle, celle du regard porté sur l'autre dans une époque pré-coloniale et pré-darwinienne qui préfigure pourtant, dans le sort fait à cette femme du continent noir, les pires heures de l'impérialisme européen.
Rencontre avec Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote, entre histoire, mémoire et quête identitaire : sur l'HISTGEOBLOG.
Les indépendances africaines: internet, radio, TV.
* Des podcast et émissions de radio:
- L'émission "archives d'Afrique" présentée par Alain Foka sur RFI s'intéresse à l'histoire contemporaine de l'Afrique à travers ses grands hommes: Mamadou Dia, Amilcar Cabral, Modibo Keïta.
- "50 ans 50 émissions" consacrées aux indépendances africaines sur Africa N°1.
* Page web que France Inter consacre à l'événement. On y trouve d'anciennes émissions de la radio consacrées à l'histoire de l'Afrique contemporaine ("Afrique enchantée", "et pourtant elle tourne", "2000 ans d'histoire").
* Des émissions TV:
France Télévision, jusque là très discrète en cette année de commémoration des indépendances africaines, propose à partir du dimanche 10 octobre, une série de documentaires intitulée "Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle." Réalisés par Alain Ferrari et Jean-Baptiste Péretié, ils ont été écrit avec Elilikia M'Bokolo et Philippe Sainteny, éminents spécialistes de l'histoire de l'Afrique contemporaine. A voir sur France 5 tous les dimanches en prime time pendant 4 semaines.
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- UNE AUTRE HISTOIRE DU 20E SIECLE : Episode 1 (1885 - 1944) LE CREPUSCULE DE L'HOMME BLANC Dimanche 10 Octobre 2010 à 20:36
- Episode 2 : L’Ouragan africain (1945-1964).
- Episode 3 : Les Aventures chaotiques de la démocratie (1964-1989).
- Episode 4 : La Longue Marche vers l’unité (1989-2010).
Présntation ici
- Des débats sur la chaîne France 24: "Afrique, le défi démocratique"/ "France-Afrique, que reste-t-il de nos amours?" ...
* Des sites web consacrés aux 50 ans d'indépendances:
- Dossier complet du CNDP.
- Le Monde.fr: Diaporama animé sur l'histoire de la décolonisation française.
- Sur France 24 (à compléter avec le site Facebook).
-RFI: "il y a 50 ans les indépendances".
- Sur la section Toulon de la LDH: "cinquantenaire des indépendances : y a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ?"
- "Cinquante ans de décolonisation africaine" par Achille Mbembe que le site du quotidien Le Messager.
- Un site de l'ONU dédié à la décolonisation.
* Musiques et indépendances africaines.
Pour les lecteurs de Mediapart: "Afrique: la bande-son des indépendances".
- Un dossier passionnant sur le site de RFI.
Hommages musicaux aux héros des indépendances africaines.
Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).
- La ruée vers les indépendances (1957-1960).
- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).
- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.
- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."
- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".
- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".
- La bande son des inédpendances".
- Le dossier "Samarra en Afrique".
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Au cours de la période de l'accession aux indépendances, les assassinats de leaders nationalistes charismatiques aboutirent à la constitution d'un panthéon panafricain de héros et martyrs. Ces morts atroces changent en destin les vies de ces hommes, qui souhaitaient tous rompre nettement avec les métropoles.
Aux yeux de nombreux Africains, des meneurs de la trempe de Um Nyobé, Lumumba, Cabral ou encore Sankara sont autant de héros, eux qui n'hésitèrent pas à aller jusqu'au sacrifice pour faire triompher leurs idées et libérer leurs compatriotes de la tutelle européenne, à l'instar de Lumumba au Congo ou plus tard, dans un autre contexte, du Burkinabé Thomas Sankara. Nous allons nous intéresser à quatre grandes figures des indépendances africaines: le Camerounais Ruben UmNyobé, le Congolais Patrice Emery Lumumba, le Guinée-Bisséen Amilcar Cabral et enfin le Burkinabais Thomas Sankara. Le choix de ce dernier ne saurait surprendre dans une série s'intéressant aux indépendances africaines, dans la mesure où il aspire à mettre un terme à la relation néocoloniale qui unit alors la Haute Volta à la France. Il veut doter son pays d'une véritable indépendance.
Ces hommes ne sont pas des saints. Pas question donc de verser dans l'hagiographie. Mais, ils ne ressemblent pas non plus aux portraits que firent d'eux les propagandes coloniales.
Ce martyrologe permet d'identifier quelques points communs chez ces personnages.
* Tous connurent des morts tragiques, fauchant des hommes jeunes au faîte de leurs actions politiques. Lumumba meurt à 36 ans, alors qu'il occupait quelques jours plus tôt encore le poste de premier ministre du Congo. Dirigeant incontesté de l'Union des Populations du Cameroun, Um Nyobé décède à 45 ans. Sankara n'a que 38 ans lors de son assassinat, Amilcar Cabral 49 ans. Leurs assassins s'ingénient tous à les calomnier. Lumumba et Nyobé deviennent l'incarnation du péril communiste en Afrique, tandis que les autorités françaises dénigrent "Sankara l'autocrate", alors qu'elles s'acoquinent ailleurs avec des dictateurs "plus arrangeants". Et comme salir leurs mémoires ne suffit pas, il s'agit en outre de mettre en scène leurs corps ou de faire disparaître leurs restes. Le corps de Lumumba, comme celui de Ben Barka quelques années plus tôt, est dissous dans l'acide; la dépouille de Nyobé photographiée et exposée de longues heures durant.
* Tous sont de brillants rhéteurs, capables de subjuguer les foules grâce à leurs discours enflammés (cf: ci-dessous). La dénonciation véhémente du système colonial belge par Lumumba lors des cérémonies d'indépendance du Congo reçoit un accueil enthousiaste de l'auditoire quand le reste de l'assistance grince des dents. Le discours sur la dette prononcé par Sankara devant l'Assemblée générale de l'ONU.
* Ils impressionnent par leur courage physique et l'activité inlassable qu'ils déploient pour triompher: Ruben Um Nyobé prend le maquis et mène la guérilla depuis la forêt; Amilcar Cabral dirige l'armée de libération de Guinée Bissau et parvient à prendre possession des trois quarts du territoire guinéen.
* Tous aspirent à trancher le noeud goerdien qui unit les ex-colonies à l'ancienne métropole. Pour Sankara, il convient de mettre un terme définitif aux rapports néo-colonialistes (Sankara). Nyobé, Lumumba, Cabral réclament très tôt une indépendance véritable sur les plans politique, éconimique et culturel. Dans cette optique, Cabral, à la fois musicien et poète, place la culture au coeur de son projet.
* Dirigeants nationalistes, ils se réclament dans le même temps du programme panafricaniste formulé par NKrumah. Sankara tente par exemple de créer un front panafricain contre la dette.
Les points communs abondent certes entre ces individus, mais les différences sont légions. Tous s'inscrivent dans un contexte différent. Nyobé engage son combat dès 1948 alors que Sankara n'accède au pouvoir qu'en 1983. Le Camerounais reste fondamentalement un pacifiste quand Cabral combat sans relâche. Intéressons nous désormais plus en détail à ces quatre personnalités.
* Lumumba.

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Il se place initialement dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. En 1958, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain. Les violentes émeutes de janvier 1959 entraînent le départ précipité des Belges. Lumumba dirige désormais le Mouvement national congolais (MNC). Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable des pourparlers belgo-congolais. En janvier 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui déterminent les conditions d'accesion du Congo à l'indépendance. En mai, son parti remporte la victoire aux élections. Le président Joseph Kasavubu le nomme premier ministre du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin. Lors des cérémonies de passation des pouvoirs à Léopoldville, Baudoin, le roi des Belges, exalte la mission "civilisatrice" de la Belgique.
"L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage et continuée avec persévérance par la Belgique. [...]
Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des États indépendants d'Afrique […] Lorsque Léopold II a entrepris la grande oeuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement, il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur. […] Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. [...] Nous sommes heureux d'avoir ainsi donné au Congo, malgré les plus grandes difficultés, les éléments indispensables à l'armature d'un pays en marche sur la voie du développement.
[…] En face du désir unanime de vos populations nous n'avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance. C'est à vous, Messieurs, qu'il appartient de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance."

Le nouveau président du Congo, Joseph Kasavubu lui succède à la tribune. Il y remercie Dieu et le roi. C'est alors que Patrice Lumumba prononce son célèbre discours dans lequel il prend le contrepied du roi en présentant le régime de spoliation, d'exploitation et de ségrégation qui sévissait dans le Congo belge.
" Congolais et Congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez. [...]
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.
Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au un régime d'une justice d'oppression et d'exploitation! [...]
Ainsi le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. [...]
Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale! Vive l'indépendance et l'unité africaine! Vive le Congo indépendant et souverain!»
On s'en doute, ce discours brillant et courageux lui aliène de nombreux soutiens.
Lumumba s'oppose dès l'indépendance aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Très rapidement, deux provinces dont le riche Katanga, font sécession, encouragées par les entrepreneurs belges soucieux de préserver leur mainmise économique et financière sur le Congo. Les rapports entre le président et le premier ministre deviennent exécrables. Lumumba se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre très limitées: les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la sécession katangaise plonge un peu plus le pays dans le chaos. Désemparé, il se tourne vers l'ONU qui lui offre une aide timide et vers l'URSS. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Les soldats de Mobutu le traque à bord d'hélicoptères grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 6 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga (photo ci-dessous).

Il aurait été torturé longuement, fusillé avec un ancien ministre et le président du Sénat le 17 janvier 1961, en présence d'un officier belge. Leurs corps auraient été découpés et dissous dans l'acide. Si de nombreuses zones d'ombre entourent toujours ces assassinats, nous savons désormais que la CIA et la Belgique y furent impliqués. En 2001, la Belgique a d'ailleurs reconnu sa "responsabilité morale."
Lumumba est considéré au Congo comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines.
* Thomas Sankara
Depuis l’indépendance en 1960, la Haute Volta n’a connu qu’une succession de coups d’Etat, de tentatives de démocratisation avortées sur fond de corruption et de misère économique. Le pays est pauvre et sa population considérée par les pays voisins comme un vivier de main d’œuvre bon marché. C’est dans ce contexte que survient le putsch militaire du 4 août 1983. Thomas Sankara, un officier atypique, accède au pouvoir à 34 ans. Depuis 1981, il a participé à plusieurs gouvernements où il se fait remarquer par ses dénonciations virulentes de la corruption et du néocolonialisme. Ces critiques acerbes entraînent son arrestation en mai 1983. Il sort de prison à l’occasion du soulèvement d’une partie de l’état-major voltaïque.

L’accession au pouvoir d’une énième junte militaire en Afrique de l’ouest, voilà qui ne laisse rien augurer de bon. Pourtant très vite, le style politique de Sankara détonne dans le paysage françafricain. A la tête du Conseil national de la Révolution (CNR), il engage d’ambitieuses réformes. Pour en finir avec les errements des régimes précédents, il entame une réduction drastique du train de vie de l’Etat et réprime sévèrement la corruption. La Haute Volta est rebaptisée Burkina Faso, qui signifie le « pays des hommes intègres ». Dans une logique de démocratie participative, des comités de défense de la révolution (CDR), élus, supplantent les chefs traditionnels.
Le CNR multiplie les mesures sociales : campagne de vaccination, cours d’alphabétisation pour les adultes, construction de logements sociaux, d’écoles et d’hôpitaux, campagne de reboisement afin de lutter contre la désertification, interdiction de l’excision.
Au plan économique, Sankara dénonce la dépendance du Burkina aux aides alimentaires. Dans cette optique, il entend valoriser les cultures vivrières et industries locales afin d’accéder à l’autonomie alimentaire. "Celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés [...] Ils y en a qui demandent: mais où se trouve l'impérialisme? Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c'est ça l'impérialisme, n'allez pas plus loin."
Dans ses harangues, Sankara dénonce le modèle consumériste néocolonial. Lors de la conférence internationale sur l’arbre et la forêt, à Paris en 1986, il affirme : « la plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayé de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »
En politique extérieure, Sankara fustige le FMI et la Banque mondiale et prend pour cible les Etats-Unis, Israël, l’Afrique du sud et la France néocoloniale qui cesse toute aide budgétaire. Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, il y prononce un remarquable discours: "Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu".
Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques. [...]".
Le CNR remporte quelques succès : les conditions de vie et la situation sanitaire des milieux les plus populaires s’améliorent, tandis que l’autonomie alimentaire progresse. Mais, ces résultats sont obtenus de manière autoritaire. Le régime sankariste restreint les libertés politiques. Syndicats, partis d’opposition sont interdits et l’information sévèrement contrôlée.
Les timides progrès économiques peinent à compenser l’absence de libertés et les mécontents se font plus nombreux et viennent grossir les rangs des ennemis de Sankara : les chefferies traditionnelles destituées, les classes moyennes et aisées malmenées, les dirigeants des pays voisins qui craignent une contagion révolutionnaire depuis le Burkina, Jacques Foccart, revenu à la tête de la cellule africaine de l’Elysée…
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné. Un coup d’état porte au pouvoir un de ses anciens compagnons, Blaise Compaoré qui impose un régime aux antipodes du précédent. Corruption, népotisme, privatisation ont de nouveau droit de cité.
Aujourd'hui, Sankara est devenu un véritable mythe et certaines de ses idées restent plus que jamais d'actualité (la priorité aux biens publics, le panafricanisme, la recherche d'autonomie alimentaire, matérielle et culturelle, la critique du développement).
* Ruben Um Nyobe.
De 1955 jusqu'aux années 1960, le Cameroun devient le théâtre d’une guerre coloniale particulièrement cruelle. Dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, de violents incidents éclatent à Douala. Le colonat blanc, particulièrement conservateur, n'entend nullement remettre en cause l'ordre établi et repousse les timides réformes avancées lors de la conférence de Brazzaville. Les populations indigènes restent marginalisées, totalement écartées des postes de direction.

C'est pour lutter contre cet état de fait qu'est créé en 1948 l'Union des Populations du Cameroun (UPC) emmenée par Ruben Um Nyobé. L'UPC, qui gravite dans l'orbite du PCF, s'impose rapidement comme un parti de masse. Nyobé est un personnage intriguant et pétri de contradictions apparentes. Indépendantiste farouche, il n'en reste pas moins pacifiste; éduqué par des missionnaires américains, ce chrétien est tôt attiré par le marxisme.
D’origine modeste, Nyobé exerce différents métiers. Il fait l'école normale. C'est un intellectuel, très grand lecteur, un personnage charismatique qui jouit d'une très grande popularité dans le sud et le sud-ouest du Cameroun ou vivent les ethnies Bassas et Bamileke. Nyobe, appelé aussi Mpodol, le "sauveur", multiplie les pétitions à l'ONU pour réclamer la fin de la tutelle française sur le Cameroun, sans grand succès... A Paris, ces démarches passent très mal et les autorités entendent bien juguler le succès croissant de l'UPC. Rappelons que la guerre d'Indochine vient d'être perdue et que les affrontements en Algérie s'intensifient. Certes, le Cameroun représente un enjeu beaucoup moins important, mais on redoute néanmoins une contagion révolutionnaire aux autres colonies d'Afrique noire jusque là paisibles.
Nous sommes en outre en pleine guerre froide et l'UPC, proche des communistes, inquiète les autorités coloniales qui surveillent de très près l'organisation avant de l'interdire en 1955. Le parti est déjà passé à la dissidence en déclenchant des émeutes sévèrement réprimées en mai 1955 (à l'issue d'une dizaine de jours d'insurrection, on dénombre une vingtaine de morts). Les arrestations de militants se multiplient et les dirigeants upécistes se cachent. Nyobé a pris le maquis depuis quelques jours et se terre près de son village natal en pays bassa. Sa position reste très fragile. Résolument non-violent, il désapprouve l'insurrection du mois de mai qu'il estime prématurée et milite pour d'autres méthodes telles que le boycott des élections des députés à l'Assemblée territoriale de 1956 (loi cadre-Defferre).
Pour les autorités coloniales, il est hors de question de transmettre le pouvoir à une organisation "crypto-communiste", hostile à l’ancienne métropole. Il est donc nécessaire de placer à la tête du pays indépendant, sinon des hommes de paille, au moins des obligés qui sauront renvoyer l’ascenseur. D’accord pour l’indépendance aux anciennes colonies, mais à condition de pouvoir les contrôler, politiquement et surtout économiquement. En 1956-1958, Pierre Messmer, nommé Haut-Commissaire, engage le pays dans un processus légal d'accession à l'indépendance (sic) avec l'approbation du gouvernement français. L’assemblée élue en 1956 répond aux attentes. Après avoir voté le statut d’état autonome sous tutelle, elle désigne Henri-Marie M’Bida comme premier ministre, un modéré très anti-UPC, dont le choix a été avalisé par Messmer. En 1958, un jeune fonctionnaire musulman, Amadou Ahidjo devient le nouveau dirigeant, docile, du Cameroun.

Carte tirée de l'article de Marc Michel "la guerre oubliée du Cameroun", L'Histoire n°318, mars 2007. Depuis les élections de 1956, l'UPC s'est dotée de strucutres armées en région bassa (CNO) comme en pays Bamiléké (SDNK). Pour les autorités françaises, il est plus que temps de lever l'hypothèque upéciste. Messmer fait part de son expérience dans un ouvrage publié en 1998 : « les blancs s’en vont, récits de colonisation ». « (…) mon expérience de l’Indochine m’avait appris comment traiter une insurrection communiste. Les combats et les négociations avec le Vietminh m’avaient enseigné deux règles. On ne peut discuter utilement avec des dirigeants communistes que si on est en position de force, politique et militaire. Dans la négociation il faut être net et carré, ne jamais faire dans la dentelle. Face à Um Nyobe, qui tenait déjà le maquis quand j’avais été nommé haut-commissaire, j’avais d’abord mené la politique du containment, en l’empêchant de sortir du pays bassa, sa forteresse et assurant la sécurité des zones sensibles, la voie ferrée et la ville d’Edéa, avec son barrage hydroélectrique et son usine d’aluminium et celle d’Ezequa avec son industrie du bois. J’espérais aussi, à tort j’en conviens, qu’en laissant l’UPC tranquille dans ses forêts, elle condamnerait les élections sans les troubler, se limitant à des consignes d’abstentions qui avaient été d’ailleurs bien suivies lors des élections municipales. Mais puisque l’UPC avait choisi le terrorisme, je devais régir vite et fort. »
En décembre 1957, les autorités coloniales décident de créer la "zone de pacification du Cameroun" en Sanaga maritime. Comme en Algérie, les forces armées coloniales procèdent au regroupement forcé des villages; leur objectif: réduire par la force les maquis de l'UPC (avec si possible l’élimination physique de Ruben Um Nyobe).
Sans doute trahi par un de ses compagnons de combat, Ruben Um Nyobe est assassiné en septembre 1958 et son corps transporté dans le village le plus proche afin de prouver aux populations que le chef des nationalistes n’est plus. Beaucoup se rendent et abandonnent la lutte armée (photo ci-dessus). Depuis la région Bamiléké, Félix Moumié poursuit néanmoins la lutte à la tête de l'armée de libération du Kamerun (ALNK).
Alors que le pays accède à l'indépendance le 1er janvier 1960, de vastes zones du pays sont entrées en dissidence En vertu des accords de coopération militaire, les soldats fançais secondent activement le régime d'Ahidjo (qui mute rapidement en dictature) pour éradiquer la résistance upéciste qui se prolonge pendant presque dix ans. Les successeurs de Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié seront, eux aussi, assassinés. Le conflit franco-camerounais aurait fait entre 70 000 et 120 000 morts.
On le voit, contrairement à une légende tenace, toutes les décolonisations africaines ne se sont pas déroulées pacifiquement et, aujourd'hui encore, malgré les travaux des historiens, cette guerre reste mal connue malgré les efforts inlassables de Mongo Mbeti. Le pouvoir politique français donne, il est vrai le mauvais exemple comme le prouve une phrase prononcée par le premier ministre François Fillon en mai 2009: "Je dénie absolument que des forces françaises aient participé, en quoi que ce soit, à des assassinats au Cameroun. Tout cela, c'est de la pure invention!" Quant à Ruben Um Nyobé, il n'a sans doute jamais existé...
* Amilcar Cabral.
Amilcar Cabral naît le 12 septembre 1924, à Bafatá, dans l’est de la Guinée-Bissau, de parents cap-verdiens. A l'époque, l'archipel du Cap-Vert et la Guinée Bissau sont sous domination portugaise. Le prénom du bambin en dit déjà long, ses parents ayant été inspirés par Hamilcar, le chef carthaginois (et donc Africain) qui fit trembler l'Empire romain sur ses bases! Au cours des années 1930, la famille regagne le Cap-Vert. L'archipel subit alors des sécheresses récurrentes qui provoquent des famines particulièrement meurtrières (cinquante mille morts entre 1941 et 1948). Cabral entend, à son niveau lutter contre ce fléau, qui n'est pas une fatalité. Il suit donc des études d’ingénieur agronome, à l’université de Lisbonne. Nommé directeur du Centre expérimental agricole de Bissau, il acquiert une connaissance précieuse du pays et de sa structure socioéconomique. Dans le même temps, il s'intéresse au panafricanisme dans le sillage de N'Khrumah notamment et se passionne pour la poésie de Senghor et son concept de négritude. Les autorités coloniales commencent à le trouver gênant et le contraignent à s'exiler en Angola, où il prend contact avec le mouvement nationaliste angolais.
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En 1956, Cabral fonde à Bissau le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d'idéologie marxiste. Il tente alors de négocier avec les autorités métropolitaines de plus en plus isolées. En 1963, le PAIGC engage la lutte armée contre les forces d’occupation. Cabral anime avec sang-froid cette guérilla qui débute dans le sud du pays, avec des bases arrières en Guinée-Conakry (il obtient le soutien militaire des soviétiques). L'armée coloniale (près de 20 000 soldats mobilisés) se trouve très vite débordée. Les officiers portugais et leurs troupes ne tardent pas à douter du bien fondé de cet acharnement de la dictature à s'arque bouter sur son empire. Pour Bernard Droz: "Salazar avait fini par ériger l'Empire comme le plus solide rempart de son régime réactionnaire à tel point que, a contrario, anticolonialisme et antisalazarisme avaient fini par se confondre." D'ailleurs, ce sont ces officiers de l'Armée d'Afrique, notamment Antonio de Spinola qui a combattu en Guinée-Bissau, qui finiront par se retourner contre le pouvoir dictatorial du successeur de Salazar, Marcelo Caetano, renversé le 25 avril 1974.
Sous l’impulsion de Cabral, la guérilla prend un essor rapide. En 1973, le PAIGC contrôle ainsi la majeure partie du pays. En 1972, Cabral remporte un grand succès puisqu'il parvient à organiser l'élection d'une Assemblée nationale. Cette même année, le conseil de sécurité de l'ONU somme le Portugal de mettre un terme à cette guerre coloniale d'un autre âge. Enfin, l'organisation internationale reconnaît l'Etat indépendant de Guinée-Bissau, le 24 septembre 1973. Par les accords d'Alger, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance sans drame majeur dès septembre 1974. Mais Cabral n'est plus, puisqu'il se fait tuer le 20 janvier 1973, près de sa résidence à Conakry, par des membres de son parti, avec la connivence des services secrets portugais.
Tout au long de la lutte, Cabral tenta de maintenir soudé son organisation, en s'appuyant sur les milieux populaires . Meneur d'homme très souple préférant la persuasion aux purges, il ne parvint cependant pas à apaiser totalement les tensions entre combattants guinéens et cadres cap-verdiens. L'oeuvre de Cabral n'en reste pas moins conséquente. Pour Augusta Conchiglia, "Cabral laisse une oeuvre théorique remarquable, qui est constamment réévaluée. Sa réflexion sur le rapport entre libération nationale et culture est plus que jamais d’actualité. Contrairement à la tendance dominante à l’époque d’importer mécaniquement les théories marxistes, Cabral a fait une relecture des catégories sociopolitiques du marxisme à la lumière des réalités africaines". Surtout, aux yeux de très nombreux Guinéens, Cabral fait figure de héros national. A l'échelle du continent, il reste aussi un martyr, qui est allé jusqu'au sacrifice pour faire triompher ses idées et libérer ses compatriotes de la tutelle européenne.
Les musiciens ne tardèrent pas à rendre hommage à ces grands hommes, comme l'atteste la sélection ci-dessous. A l'applaudimètre, Lumumba semble l'emporter avec des hommages musicaux dans tous les genres musicaux et sur tous les continents (salsa, reggae, dub, rumba). Amilcar Cabral est surtout célébré dans l'Afrique lusophone, mais pas exclusivement comme le prouve les morceaux de l'Orchestra Baobab ou de de Jaliba Kouyaté. Sankara l'incorruptible ne pouvait laisser indifférents le rappeur Akpass (merci Etienne pour la découverte) ou le reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Le morceau de Tiken Jah Fakoly dresse une impressionnante liste de "martyrs", dirigeants assassinés, journalistes abattus... Dans le refrain, il prévient: "nous pouvons pardonner, mais jamais oublier".
Dans le même esprit, le chanteur congolais Franklin Boukaka oppose, dans sa chanson « Les immortels », les dirigeants politiques régnants aux grandes figures disparues. Il n'hésite pas à associer l’opposant politique marocain Mehdi Ben Barka, exilé à l’étranger en 1963 et assassiné sur le territoire français en octobre 1965 à Lumumba, Simon Kimbangu, au Che Guevara, à Ruben Um Nyobe ou encore à André Matswa… tous assassinés ou morts au nom d'un idéal. Ses textes, très critiques à l'encontre des autorités congolaises, lui attirent des haines tenaces. En 1972, il est assassiné à la suite lors du coup d’Etat manqué contre le président Marien Ngouabi.
Franklin Boukaka: « Les Immortels » Oh o Mehdi Ben Barka ……………………(Oh ! Mehdi Ben Barka)
Africa mobimba e ……………………….(L'Afrique tout entière)
Tokangi maboko e ……………………….(A croisé les bras)
Tozali kotala e ………………………..(Nous observons impuissants)
Bana basili na kokende…………………..(La perte de ses enfants)
(...)
Mehdi nzela na yo ya bato nyonso………….(Mehdi, ta voie est celle de toute l'humanité)
Mehdi nzela na yo ya Lumumba……………..(Mehdi, ta voie est celle de Lumumba)
Medhi nzela na yo ya Che Guevara………….(Mehdi, ta voie est celle de Ché Guevara)
Medhi nzela na yo ya Malcom X…………….(Mehdi, ta voie est celle de Malcom X)
Medhi nzela na yo ya Um Nyobe…………….(Mehdi, ta voie est celle de Um Nyobe)
Medhi nzela na yo ya Coulibally…………..(Mehdi, ta voie est celle de Coulibally)
Medhi nzela na yo ya André Matsoua………..(Mehdi, ta voie est celle de André Matswa)
Medhi nzela na yo ya Simon Kimbangu……….(Mehdi, ta voie est celle de Simon Kimbangu)
Medhi nzela na yo ya Albert Luthuli……….(Mehdi, ta voie est celle de Albert Luthuli)
1. Tiken Jah Fakoly: "les martyrs".
2. Rico Rodrigue: "Lumumba".
3. EC Arinze: "Lumumba calypso".
4. Miriam Makeba: "Lumumba".
5. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba".
6. Charles Iwegbue and his archibogs"Aya Congo Lumumba".
7 Balla et ses Balladins: "Lumumba".
8 Maravillas de Mali: "Lumumba"
9. Les Cols bleus:" Chant dédié à Lumumba"
10. Yuri Buenventura: "Patrice Lumumba"
11 Tiken Jah Fakoly: "Foly"
12 Apkass: "L'incorruptible est mort"
13 Alpha Blondy: "Sankara".
14 A tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)
15 Tony Lima "Amilcar Cabral"
16 Orchestra Baobab: "Cabral
17 Jaliba Kouyaté: "Amilcar Cabral".
Une autre petite sélection de morceaux en hommage à Lumumba:
1. Vincent Courtois et Ze Jam Afame: "l'arbre Lumumba".
2. African Jazz: "Vive Patrice Lumumba".
3. Ok Jazz: "Lumumba héros national".
4. Le discours de Lumumba et son contexte.
5. Franco et Ok Jazz: "Liwa ya Emery".
6. E.C Arinze: "Lumumba calypso".
7. Maravillas de Mali: "Lumumba".
8. Miriam Makeba: "Patrice Lumumba".
Sources:
- Elikia M'Bokolo: "Afrique noire. histoire et civilisations", Hatier, 2004.
- "Afrique, une histoire sonore1960-2000". Une sélection des archives de RFI et de l'INA présentée par Philippe Sainteny et Elikia M'Bokolo, chez
Frémeaux et Associés.
- Marie Cissako: "Que reste-t-il de Thomas Sankara?, in Offensive n°26, mai 2010.
- Thomas Deltombe: "Cameroun, une guerre inconnue (1955-1971)", in L'Atlas histoire du Monde diplomatique, octobre 2010.
- Thomas Deltombe: "Cameroun: retour sur une décolonisation sanglante", in Afriscope n° 15, mars-avril 2010.
- Rendez vous avec X (France Inter): "la décolonisation du Cameroun" (deux émissions).
- Bernard Droz: "Histoire des décolonisations", Seuil.
Liens:
- Rue 89: "Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n'a pas oublié."





26.01.13 09:47:07,
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