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"Les Grands" de Syvain Prudhomme

par blot Email

Dans son dernier roman paru à la rentrée, les Grands, Sylvain Prudhomme nous raconte l'histoire d'un amour contrarié. En creux, il nous offre une plongée fascinante dans l'histoire tourmentée de la Guinée Bissau et de sa plus célèbre formation musicale, le Super Mama Djombo.  

Les Grands s'ouvre sur l'annonce du décès de l'ancienne chanteuse du groupe, Dulce. Son ancien amant, le guitariste Couto, évincé par un des principaux dignitaire du pays, décide de lui rendre un dernier hommage. Il jouera le soir-même à Bissau  avec les autres membres du groupe en dépit du contexte politique explosif. A la veille des élections, Neves - l'homme fort du régime et mari de la défunte - semble bien décider à conserver à tout prix le pouvoir, quitte à fomenter un coup d'état.


 

  "Les Grands", de Sylvain Prudhomme, éd. L'Arbalète / Gallimard, 256 p, 19,50euros.
 

 

A partir de cette situation initiale, l'écrivain dévide son écheveau autour de trois histoires enchevêtrées: celles d'un pays, d'un couple et d'un groupe. Dans les pas de Couto, le lecteur assiste à la lutte contre le colonisateur portugais, puis aux premiers pas du jeune Etat africain. Les immenses espoirs suscités par l'émancipation coloniale sont bientôt douchés par les régimes militaires successifs, responsables de l'inféodation actuelle de l'Etat guinéen aux narcotrafiquants d'Amérique centrale.

La force du récit tient à l'omniprésence de la musique. Prudhomme s'est faire partager au lecteur son admiration pour le Super Mama Djombo dont il égrène les paroles au fil des pages. Ce groupe domina pendant trois décennies la scène musicale bisséenne grâce à de puissantes compositions et un répertoire en phase avec les vicissitudes historiques du pays

 


Le nom du groupe est emprunté à une divinité féminine locale, à laquelle se réfèrent constamment les guérilleros. Les premières compositions du Super Mama Djombo - chanté en créole et non en portugais - célèbrent la lutte de libération du PAIGC (le parti anticolonialiste) comme sur les titres
Guiné Cabral ou "Sol maior para comanda". Sur ce morceau fleuve, un narrateur loue les mérites d'Amilcar Cabral et du PAIGC dont le Super Mama Djombo s'impose bientôt comme l'orchestre officiel.

Le groupe connaît ainsi son heure de gloire au lendemain de l'indépendance grâce à des prestations scéniques brillantes et à la diffusion de ses morceaux sur la radio nationale bissau-guinéenne. En tournée à Cuba en 1978, les musiciens reçoivent les honneurs du Festival musical de la jeunesse de La Havane. Leur succès s'étend à toute l'Afrique lusophone, alors même qu'ils n'ont encore jamais enregistré. En 1980, au cours d'une unique session d'enregistrement à Lisbonne, Super Mama Djombo grave six heures de chansons qui constitueront le matériel des 5 albums diffusés par le label national Cobiana records.

 

 


En novembre 1980, le renversement de Luis Cabral par un nouveau régime militaire entraîne la marginalisation du Super Mama Djombo, associé dès lors aux "années Cabral". A l'enthousiasme de l'indépendance succède rapidement la désillusion face à l'autoritarisme d'un régime incapable de faire reculer la pauvreté endémique. Aussi, le Super Mama Djombo prend-il peu à peu ses distances avec le pouvoir et aborde de manière très critique la situation du pays. Sur un de leurs morceaux les plus célèbres (le prodigieux Dissan Na M'bera), les musiciens dénoncent la corruption et le clientélisme. " Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle. Sur le titre, la voix mystérieuse de la chanteuse du groupe (la Dulce du roman) subjugue et fascine l'auditeur.

Désormais supplanté par les groupes de hip-hop locaux, le Super Mama Djombo n'en continue pas moins d'exister. Après vingt ans de mustisme, le groupe s'est reformé dans les années 2000 pour enregistrer l'album Ar puro (en 2009).

 

Vous l'aurez compris, nous vous recommandons chaudement la lecture des Grands avec dans les oreilles, bien sûr, une chanson du Super Mama Djombo.

 

 
 
Sources et liens:
- Sélection de morceaux du SMD par Sylvain Prudhomme sur Radio Nova.
- Armelle Enders:"Histoire de l'Afrique lusophone", Chandeigne, 1994.
- L'émission consacrée à La Guinée Bissau dans le cadre d'une excellente série sur les indépendances africaines diffusée en 2009 par France Culture.
- Yves Léonard:"La fin de l'Afrique portugaise", Les Collections de l'Histoire, n°49, octobre 2010.
- Sylvie Clerfeuille: "l'Afrique lusophone bercée par la saudade" (PDF).
- Nous avons consacré d'autres posts à l'émancipation des colonies portugaises et aux leaders nationalistes sur Samarra: "les décolonisations africaines en musique (1960-1990)", "les pères des indépendances africaines", "Quand les Cubains exportaient la révolution en Afrique".
- Florent Mazzoleni: L'épopée des musiques africaines, Hors collection, 2008. 

 

La mémoire de la traite négrière dans les ports anglais et français

par Aug Email

 

 

[Dans le port de Liverpool, les anciens docks où se trouve l'International Slavery Museum. Un nouveau bâtiment en construction devrait prochainement accueillir le musée. @Aug]

 

 Dans le compte-rendu d'un ouvrage récent sur l'influence de la traite négrière sur la culture française, la chercheuse Silyane Larcher rappelle que "l'histoire de la traite et de l'esclavage colonial ne fut pas une histoire périphérique à celle de la construction de la nation française, pas une histoire au dehors, mais bel et bien une histoire du dedans" (voir dans la bibliographie en fin d'article). Cette histoire, loin de n'appartenir qu'au passé, a donc bien des résonnances dans le présent des villes et des pays ayant pratiqué la traite comme dans ceux qui ont vu partir ou arriver les esclaves déportés. Ces résonnances en font parfois une question de mémoire brûlante en France comme ailleurs. Au-delà des débats nationaux, nous avons voulu aborder la mémoire de la Traite dans les ports européens y ayant activement participé en France et au Royaume-Uni. Pour ce faire, nous avons demandé au politiste Renaud Hourcade de nous parler des principales conclusions auxquelles il est parvenu à l'issue de ses recherches doctorales. Il a en effet soutenu en 2012 une thèse ayant pour sujet : « La mémoire de l’esclavage dans les anciens ports négriers européens. Une sociologie des politiques mémorielles à Nantes, Bordeaux et Liverpool ».

 

 

Pouvez-vous nous préciser de quelle façon l’ouverture de musées consacrés à l’esclavage dans les ports de la Traite au Royaume-Uni s’est articulée au renouvellement de la recherche historique, à la mise en place de législations et à l’enseignement scolaire de cette question ?

 

L’ouverture de musées consacrés à l’esclavage dans les anciens ports de la traite est due à un ensemble varié de facteurs, qui pèsent différemme

Liverpool
 
►Nombre d’expéditions
4894
►Epoques de plus forte activité
 1798-1808
►Destinations principales des expéditions
  • régions de départ des esclaves

 Afrique de l'ouest et centrale

  • régions d’arrivée
Bassin Caraïbes et Etats Unis 
 
Création d’une partie dédiée dans un musée
Maritime Museum (1986)
 
►Création d’un lieu spécifique (musée, mémorial)
 

 

 

nt selon les cas. On peut mentionner d’abord le rôle central de l’activisme des communautés noires de ces villes, surtout à partir des années 1990. A Bristol et à Liverpool – deux des principaux ports négriers du pays – ces communautés formées de migrants africains et surtout antillais et de leurs descendants. Elles sont implantées de longue date dans ces villes, mais elles ont aussi une longue histoire de mobilisations contre le racisme et les discriminations. Elles témoignent plus généralement d’un sentiment de relégation, à la fois social et racial, qui s’est traduit au début des années 1980 par des soulèvements urbains (émeutes de Toxteth à Liverpool, de Saint Paul à Bristol, en 1981).

 

Une lutte plus structurée oppose les associations locales aux pouvoirs publics, en particulier à Liverpool, sur des questions comme l’inégalité d’accès au logement ou à l’emploi. A la fin des années 1990, le développement de musées locaux centrés sur l’histoire locale donne l’occasion à ces groupes militants de se saisir d’un nouveau combat, celui de la mémoire de la traite. Ces musées municipaux, en effet, ont tendance, à minimiser ou à occulter l’épisode négrier, pourtant fondateur pour le développement de ces villes. A Liverpool, le Musée Maritime, ouvert en 1986, n’y consacre que quelques discrètes vitrines, tandis qu’on trouve à Bristol une maison de maître convertie en musée, la Georgian House, essentiellement dévouée à la valorisation de l’esprit d’entreprise et l’art de vivre des grands noms du négoce maritime avec les colonies.

Rien de substantiel ne permet de comprendre, dans ces musées, l’importance historique de la traite négrière pour ces ports, et encore moins de souligner les résonnances sociales et humaines de la période esclavagiste pour la société britannique contemporaine. Dans les deux villes, les célébrations officielles de la « découverte » de l’Amérique, en 1994, accentuent le mécontentement en ne disant rien non plus des drames humains qui ont succédé aux explorations maritimes. A Bristol, cela décide les autorités à mettre sur pied un groupe consultatif, le Bristol Slave Trade Action Group, et à prendre des mesures qui réorientent le récit mémoriel local : la Georgian House ouvre une nouvelle section, cette fois-ci consacrée à l’esclavage, tandis que la mairie sponsorise un Bristol Slave Trade Trail, qui emmène les visiteurs sur les traces du patrimoine négrier. Enfin, en 1999, une exposition temporaire est organisée par le Bristol City Museums and Art Gallery : « A Respectable Trade ? Bristol and Transatlantic Slavery ».

 

  Les émeutes de 81 à Toxteh exposées à l'ISM de Liverpool.(@VServat)

 

A Liverpool, les premières mesures datent des mêmes années. En 1992, le Musée Maritime se décide à répondre aux critiques de la communauté noire locale en inaugurant une nouvelle exposition permanente, cette fois entièrement consacrée à l’esclavage, la Transatlantic Slavery Gallery. Le musée s’est associé pour l’occasion à une fondation philanthropique, et ses équipes ont pris soin de s’appuyer sur un comité scientifique composé d’historiens locaux, et d’autres spécialistes issus des Amériques et des Caraïbes. De fait, cela permet au musée de coller aux connaissances historiques sur la période bien mieux que ne le faisait l’ancienne exposition. Une réorientation du discours s’opère aussi, passant d’une approche purement historique, ou patrimoniale à un récit beaucoup plus centré sur la « question noire » et qui insiste donc, à ce titre, sur les continuités de l’oppression raciale de l’esclavage au monde contemporain.

 

 

 

 

 

Cheminenements dans l'histoire de l'esclavage à Liverpool : fers à marquer les esclaves, évocation de l'Underground Railroad aux Etats-Unis, XIXème siècle, par la figure d'HarriettTubman, et traces dans la ville du passé esclavagiste de Liverpool. (@VServat)

 

Londres
 
►Nombre d’expéditions
2704 
►Epoques de plus forte activité:
 Jusqu'en 1698, la Royal African Company basée à Londres a le monopole de la Traite
 
►Destinations principales des expéditions:
  • régions de départ des esclaves:
 Afrique de l'Ouest
  • régions d’arrivée:
 Antilles (Barbades, Jamaïque)
 
►Création d’une partie dédiée dans un musée:
 
►Création d’un lieu spécifique (musée, mémorial):
 Non

 
 
 
 
 
 
 

Sur ce thème, à l’échelle nationale, le vrai coup d’accélérateur se produit en 2007. C’est l’année du bicentenaire de l’abolition de la traite négrière par les britanniques (1807), un anniversaire auquel le gouvernement Blair veut donner une grande importance. Des fonds conséquents sont débloqués, et les professionnels des musées et de l’éducation, à travers tout le pays, se sensibilisent avec beaucoup de bonne volonté aux enjeux sociaux de cette commémoration. Des initiatives fleurissent partout. Les musées traduisent alors des préoccupations nouvelles, en lien avec les derniers   progrès de la recherche, mais aussi avec l’agenda des questions sociales, tourné vers une valorisation de la Black-britishness. . Dans de nombreux cas, la « perspective noire » est intégrée aux réflexions grâce à des groupes consultatifs.

L’ancien récit national, entièrement centré sur la figure des abolitionnistes blancs, comme William Wilberforce ou Thomas Clarkson, se trouve complété par de nouveaux « héros » que sont les esclaves anonymes, les marrons, ou de grandes figures de l’abolitionnisme « noir » comme Olaudah Equiano. De nombreux musées font ainsi évoluer leurs expositions en 2007, de manière temporaire ou permanente : l’exposition « London: Sugar and Slavery: Revealing our City’s Untold Story » est par exemple présentée au Musée des Docklands de Londres, « Atlantic Worlds » au National Maritime Museum à Greenwich, « Breaking the Chains: the Fight to End Slavery » au British Empire and Commonwealth Museum de Bristol. 

 

 

 

 

Bristol
 
►Nombre d’expéditions:
2064 pour 590 134 esclaves (entre 1698 et 1807)
►Epoques de plus forte activité:
 Dans les deux premiers tiers du XIXe siècle, Bristol dépasse Liverpool en nombre d'esclaves transportés par les navires partis de son port
►Destinations principales des expéditions:
  • régions de départ des esclaves:
 Afrique de l'Ouest
  • régions d’arrivée:
 Jamaïque puis souvent revendus dans les autres iles des Caraïbes (Cuba, Saint-Domingue) ou les colonies nord-américaines.
 
►Création d’une partie dédiée dans un musée:
Section dédiée à l'esclavage au sein de la Georgian House
British Empire & Commonwealth Museum (fermé en 2012)
►Création d’un lieu spécifique (musée, mémorial):
Non

 
 
 
 
 

 

 

 Mais le plus geste le plus important est l’ouverture du premier musée national entièrement consacré à l’esclavage, l’International Slavery Museum, qui vient s’installer sur les quais de Liverpool, en remplacement de l’ancienne exposition du Musée Maritime..

Cette période est aussi celle ou les programmes scolaires évoluent. A partir de la rentrée 2008, les élèves doivent recevoir des enseignements sur la traite triangulaire et l’esclavage – en y incluant les phénomènes de résistance – ainsi que sur l’existence de cultures riches et complexes avant la colonisation européenne en Afrique de l’Ouest.

La sensibilisation à la diversité culturelle de la Grande-Bretagne est aussi au programme. Dans ce contexte, les musées précités, notamment celui de Liverpool, sont amenés à recevoir un grand nombre de scolaires, à se mettre à la portée de ce public et à insister fortement sur la dimension éducative de leur rôle.

 

 

 

 

 

 

  La richesse des civilisations d'Afrique de l'ouest à l'âge moderne présentées à Liverpool. (@VServat)

 

 

 

 

Dans le cas de Liverpool, comment la mémoire officielle et le nouveau musée ont-ils été perçus par la minorité noire de la ville ?

 

Relativement bien, dans la mesure où le nouveau musée répond en grande partie à ses préoccupations, en intégrant désormais l’esclavage et la traite à la mémoire officielle locale. Les conservateurs ont pris soin, par ailleurs, de mettre en place des comités de consultation, ce qui a permis d’associer la communauté noire locale aux orientations générales du musée. Les responsables de National Museums Liverpool, la structure de tutelle du musée, sont aussi à l’origine d’une commémoration annuelle de l’esclavage, qui se tient chaque année sur les rives de la Mersey, le 23 août, sous la forme d’une « libation africaine », et qui laisse les rôles principaux à la communauté noire locale. (Le 23 août est la date de commémoration choisie par l’UNESCO ; qui correspond au soulèvement des esclaves de Saint Domingue). Ce qui est moins bien perçu, c’est l’évolution plus récente de l’International Slavery Museum qui, pour des questions de financements, cherche à élargir sa thématique. D’une focalisation sur l’esclavage atlantique et les questions raciales, il est en train de déplacer sa perspective vers l’esclavage contemporain et autres formes d’exploitation (travail des enfants, prostitution…), en se revendiquant comme un « musée des droits de l’homme ». Cette évolution tend à en dissiper l’ancrage local du musée, voire à dé-historiciser son récit, tout en diluant son insistance sur les questions raciales, ce que certains militants noirs condamnent.

Le sucre et le "middle passage" au coeur du commerce  et de la traite altlantiques à Liverpool. (@VServat)

 

 

Avec le déploiement de dispositifs visant à une meilleure connaissance de l’histoire de l’esclavage et de la traite atlantique comment expliquez-vous que cela reste en France une question vive qui est souvent rejetée hors du champ de l’histoire française ?

 

On peut y voir un effet du recrutement des historiens – à l’Université et dans la recherche – qui en France comporte extrêmement peu de représentants des populations qui sont historiquement les premières concernées par l’esclavage, qu’on pense aux Antillais ou aux Africains. On peut y voir surtout la persistance d’un désintérêt pour ce qui est probablement encore jugé comme un sujet mineur, peut-être peu honorable dans une stratégie de distinction académique. Néanmoins, la structuration de la recherche sur ce thème avance nettement en France, et la création de structures comme le CIRESC (2006) – Centre international de recherche sur les esclavages, un nouveau laboratoire CNRS centré sur ces thèmes – montre une volonté d’encourager de nouvelles recherches et de fédérer celles qui existent. En ce sens, la situation a beaucoup évolué depuis les années 2000, sous l’effet de la loi Taubira (qui, outre l’évolution des programmes scolaires, prévoyait d’encourager la recherche) mais aussi de l’internationalisation des chercheurs français, désormais confrontés au quotidien à des collègues de pays où ces thèmes font depuis longtemps l’actualité académique.

 

 

 Nantes, entre histoire et mémoire. Le chateau rénové des Ducs de Bretagne et le mémorial de l'abolition de l'esclavage.(@VServat)

 

 

Les deux espaces consacrés à l’esclavage à Liverpool et Nantes n’ont pas été conçus dans la même optique. Que pensez-vous de l’optique choisie par Nantes à savoir celle d’un mémorial avec un parcours d’imprégnation et d’information inscrits dans les territoires de la traite locale ?

 

Mon impression est plutôt que le musée nantais est de facture bien plus classique que celui de Liverpool… A Nantes, le musée d’histoire du Château des Ducs, qui ret

 
Nantes

►Nombre d’expéditions:
1714
 
►Epoques de plus forte activité:
XVIIIème siècle (la ville réalise 43% des expéditions organisées au départ des ports français sur cette période)
 
►Destinations principales des expéditions:
  • régions de départ des esclaves:
 Afrique de l’Ouest
  • régions d’arrivée:

Antilles

►Création d’une partie dédiée dans un musée:

 Section dans le musée des Ducs de Bretagne (2009)

►Création d’un lieu spécifique (musée, mémorial):

Mémorial pour l’abolition de l’esclavage (2012)


 
race l’histoire de la ville et de la région, a subi une complète rénovation dans les années 2000. La nouvelle muséographie choisit d’aborder plus frontalement la question de la traite négrière que ne le faisait l’ancienne version. La principale préoccupation des conservateurs a été d’en proposer un récit intégré à l’histoire longue de la ville, dans ses dimensions sociales et économiques, et non de proposer une histoire de la traite comme celle d’un épisode séparé. Ce faisant, la traite négrière se trouve effectivement prise dans le récit historique, ce qui résulte en un traitement patrimonial. C’est l’une des couches de l’histoire locale, assumée mais non spécifiée. Le musée ne dit rien, ou très peu, par exemple, des questions raciales contemporaines. Il ne s’intéresse pas à la figure de l’esclave (très peu représenté dans le musée) ni aux « résistances » et évite toute forme de dramatisation ou de spectaculaire. L’angle principal, conformément à l’angle d’histoire locale favorisé, demeure celui du commerce maritime, des négociants nantais et du développement de la ville à cette époque.

Les choix de Liverpool sont inverses. Il s’agit certes d’un musée d’histoire, mais il est tout entier structuré par les enjeux identitaires (perçus du côté des minorités) et des continuités sociales de l’esclavage. La perspective de l’esclave, de ses origines africaines, de ses souffrances, de ses résistances et de ses descendants, dont l’identité a été transformée par cet épisode, est celle qui guide le récit. Le discours est davantage « mémoriel » en un sens : on y perçoit directement une lecture et un rappel de l’histoire orienté par des questions du présent.

   

 

  

Nantes, une scénographie qui mêle témoignages, textes législatifs, créations artistiques autour de l'esclavage avec une intégration dans le paysage de la ville.(@VServat)


  Nantes a construit récemment (2012) un grand mémorial, qui vient compléter le dispositif d’évocation du passé dans cette ville. Son origine est toutefois très différente du musée et les deux instruments ont été pensés séparément, même si une cohérence leur est donnée aujourd’hui en renvoyant l’ « historique » vers le musée et le « mémoriel » vers le mémorial. Ce mémorial, creusé dans le quai de la Fosse, sur les bords de la Loire, est en effet un espace d’évocation du passé, qui cherche à provoquer des émotions, un recueillement, et à inscrire le passé de manière visible dans l’espace architectural de la ville. Il donne extrêmement peu d’informations historiques, que le visiteur est invité à rechercher plutôt du côté du musée. Cette séparation du mémoriel et de l’historique 

peut paraitre plus saine, surtout dans un contexte français ou l’on prend soin de recimenter régulièrement la frontière. Il me semble qu’elle renvoie surtout au rôle et aux missions assumés par les conservateurs des musées français, qui restent particulièrement orientés vers le « patrimoine » si on les compare à leurs alter-ego britanniques ou américains, souvent plus soucieux de leur « mission sociale ».

 

 

Nantes, traces muséographiques (plaques présentant des bateaux négriers autour du Mémorial) et traces historiques (mascaron à tête africaine) de la traite. (@VServat)

 

 

Bordeaux
 

►Nombre d’expéditions: 
482
►Epoques de plus forte activité:
 Dernières décennies du XVIIIe siècle
►Destinations principales des expéditions:
  • régions de départ des esclaves:
 Afrique de l’ouest, Mozambique, Zanzibar
  • régions d’arrivée:
Antilles notamment St Domingue
 
►Création d’une partie dédiée dans un musée:
►Création d’un lieu spécifique (musée, mémorial):
 Non
 

 
  

 Un choix intéressant, à mi-chemin des deux perspectives, est celui de la nouvelle exposition permanente du musée d’Aquitaine à Bordeaux : Bordeaux, le commerce atlantique et l’esclavage. C’est un musée de ville, d’essence avant tout patrimoniale, mais il intègre néanmoins à sa présentation de la traite transatlantique un questionnement sur les « héritages » contemporains qui le rend plus proches des questions sociales. Il a aussi recours à des procédés d’évocation (des vidéos de reconstitution, des témoignages audio…) qu’on ne trouve pas ou peu dans le musée nantais.

 

 

 

 

Parmi les ports français, de nouveaux lieux ont été consacrés à la mémoire de l’esclavage à Nantes et Bordeaux, mais qu’en est-il de la mémoire de l’esclavage dans les autres ports français de la Traite (La Rochelle, Lorient ou Le Havre) ?  

  Ces ports ont été beaucoup moins placés sous le feu des projecteurs, faute notamment d’une mobilisation mémorielle forte dans ces villes. Leur position secondaire, d’un point de vue historique, les préserve aussi d’un stigmate négrier trop encombrant, contrairement à Nantes, qui a été de loin le port français le plus actif dans la traite négrière (avec un peu moins de 2000 expéditions négrières en tout). On pourrait cependant remarquer que le deuxième port, Bordeaux, avec un nombre de voyages de traite de l’ordre de 500, est en fait assez proche de La Rochelle ou Saint Malo…   

La question mémorielle a cependant été beaucoup moins brulante dans ces deux villes. A La Rochelle, dès les années 1980, les espaces muséographiques consacrés aux Fleuriau, des planteurs rochelais, ont intégré une présentation du système esclavagiste et de la vie dans les plantations. Pour tous, au début des années 2000, la loi Taubira a encouragé une prise en compte plus prononcée. Depuis 2005, le Musée du Nouveau Monde de La Rochelle et les archives départementales organisent régulièrement des expositions en lien avec ce passé. Les questions sociales y transparaissent, ainsi que parfois une perspective identitaire, comme dans l’exposition présentée en 2010 au musée du nouveau monde : « Etre noir en France au XVIIIe siècle ». A ma connaissance (limitée, car je n’ai pas réalisé de recherches approfondies sur leur cas) les autres ports ne sont pas réticents à évoquer le passé, mais ils ont un programme mémoriel plutôt modeste, le plus souvent centré sur les commémorations nationales du 10 mai.

 

 

 

 

[Ci-contre : L'Hôtel Fleuriau à La Rochelle. @Aug]

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

A l’issue de vos travaux comparatifs, distinguez-vous des différences profondes entre la mémoire de l’esclavage au Royaume-Uni et en France, en particulier dans les ports de la Traite ?

 

Les points communs sont ce qui saute d’abord aux yeux : le désintérêt pour ce passé, qui ne fait pas partie des mémoires « officielles » locales pendant la majeure partie des XIXe et XXe siècle, puis un moment commun, entre les années 1990 et 2000, ou il devient un problème important à l’échelle internationale (UNESCO), nationale et à l’échelle locale des ports négriers. Cette temporalité commune interroge. La longue occultation renvoie bien sûr à la gêne créée par un passé devenu partout culpabilisant : vaut-il mieux l’enfouir et garder le silence, pour ne pas ternir une bonne image ou assombrir le récit des grandes heures du « siècle d’or » que représente le XVIIIe pour la plupart de ces villes ? Ou vaut-il mieux l’affronter, accepter de le mettre en place publique et en discuter, afin de faire du passé, de ses conséquences, un enjeu normalisé de débat politique ?

La première option a longtemps dominé sans partage. La seconde n’a éclos qu’à partir du moment où des groupes se sont reconnus comme « descendants d’esclaves » et ont porté des revendications de respect et de reconnaissance qui passaient par un discours de vérité sur l’histoire, une sensibilité aux drames du passé. Ce point est également commun aux deux pays.

 

[Ci-contre: La citadelle de Port-Louis près de Lorient abritant le Musée de la Compagnie des Indes. @Aug]

 

Les grandes différences apparaissent sur le plan des tonalités de cette reconnaissance, de la séparation entre des usages du passé jugés légitimes et illégitimes. Sous cet angle, on retrouve les cadres traditionnels, qui évoluent mais restent structurants, du multiculturalisme britannique et de la tradition républicaine française. Dans le premier contexte, l’association entre esclavage et « question noire » ne fait pas grande difficulté, même si les fluctuations du « multiculturalisme » britannique ne doivent pas être sous-estimées, de même que les doutes et les craintes qu’il a fait naître à certaines périodes. L’existence en Grande-Bretagne d’une « politique raciale » (races politics et race policies) depuis les années 1950, calquée sur le modèle américain, a créé des cadres de compréhension et d’interprétations des enjeux mémoriels qui laissaient d’emblée ouverte la possibilité d’en faire un mode de gestion des identités minoritaires.

 

 
La Rochelle, Le Havre, Saint-Malo, Lorient, Honfleur
 
 
►Nombre d’expéditions
Le Havre: 451; La Rochelle: 448; Saint-Malo: 218; Lorient: 137, Honfleur: 134
 
►Epoques de plus forte activité
 2e moitié du XVIIIe siècle
 
Destinations principales des expéditions
  • régions de départ des esclaves
Angole, Guinée (Saint-Malo)
  • régions d’arrivée
 Saint-Domingue (Saint-Malo)
 
►Création d’une partie dédiée dans un musée
 
 

La France a suivi une évolution qui n’est pas si éloignée sur le fond, mais de manière plus chaotique, plus controversée et moins assumée. La loi Taubira n’adopte pas une perspective de reconnaissance raciale, mais plutôt celle du respect dû par la République à des « descendants d’esclaves » identifiés aux habitants des sociétés des DOM structurées par l’esclavage. Cette loi, comme d’ailleurs la commémoration de 1998, est fondamentalement très républicaine, marquée par l’idée d’intégration à la nation, au contraire de la séparation , par le refus de l’idée de « réparation » autre que symbolique, par l’absence de tous droits politiques associé à une dette particulière... Pourtant, on sait les réactions qui ont suivi dans les années 2000 : les « lois mémorielles » confineraient à la « repentance » et affaibliraient le « sentiment national », elles encourageraient la montée des « communautarismes » et les « concurrences de mémoire », etc. Pareil débat n’a pas eu lieu, ou très marginalement, en Grande-Bretagne. En France, ce sont des notions qui ont encadré la mémoire de l’esclavage, en poussant à percevoir en elle un « risque » anti-républicain. L’idée que le sentiment national pourrait sortir renforcé d’une reconnaissance des « fautes » de la nation et de ses victimes est loin d’être la plus commune. Au cours des années 2000, cependant, cet obstacle a de plus en plus souvent été contrebalancé par l’émergence d’autres cadres cognitifs, comme notamment la valorisation tous azimuts de la « diversité », qu’on peut voir comme un multiculturalisme sans droit, symbolique, donc compatible avec l’esprit républicain. C’est à travers cette rhétorique que Bordeaux, par exemple, a fini par justifier sa politique mémorielle : montrer l’esclavage et la traite est une manière de valoriser la « diversité » de la ville, une ville moderne et culturellement cosmopolite. On se trouve donc face à un récit républicain qui n’est pas figé, où la question des « minorités » peut faire des incursions, qui ont en retour un impact sur les cadres dominants de la mémoire publique « officielle » de l’esclavage.

 

Propos recueillis par VServat et Aug qui tiennent à remercier Renaud Hourcade pour cet entretien

 

[La source principale pour les informations contenues dans les encadrés est l'Atlas des esclavages (Autrement). Divers ouvrages et sites internet ont également été consultés. Se référer aux liens et à la bibliographie ci-dessous pour plus de précisions]

 

 

Des liens pour prolonger

 

 

Des lectures

  • Renaud Hourcade, "Un musée d'histoire face à la question raciale : l'International Slavery Museum de Liverpool", Genèses n°92, septembre 2013
  • COTTIAS Myriam, CUNIN Elisabeth et ALMEIDA MENDES Antonio de, Les traites et les esclavages, perspectives historiques et contemporaines, Karthala, 2010.
  • Christopher Miller, Le triangle atlantique français. Littérature et culture de la traite négrière (traduit de l’anglais par Thomas Van Ruymbeke), Rennes, Les Perseïdes, 2011. Lire le compte-rendu de Silyane Larcher pour La Vie des Idées.
  • Bordeaux au XVIIIe siècle, le commerce atlantique et l'esclavage, Textes de François Hubert, Christian Block et Jacques de Cauna ; préface d'Alain Juppé ; [traduction en anglais de Lucy Edwards]. - Bordeaux, éd. Le Festin, 2010.
  • Jean-Michel Deveau, La traite rochelaise, Karthala, 2009
  • Alain Roman, Saint-Malo au temps des négriers, Karthala, 2001
  • Catherine Coquery-Vidovitch et Eric Mesnard, Être esclave. Afrique-Amériques (XVe-XIXe siècles), La Découverte, 2013
  • Marcus Rediker, A bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite, Seuil, 2013 (2008 pour l'édition originale en anglais)
  • Marcel Dorigny & Bernard Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2006

 

 Cette sélection est partielle, n'hésitez pas à nous suggérer d'autres publications et d'autres liens !

Aya de Yopougon : une géographie intime et subjective d'Abidjan

par Aug Email

 

Vous avez aimé la BD (ou pas), vous aimerez certainement le film !

Aya de Yopougon, c'est un peu la Côte d'Ivoire de papa, celle du temps du "Vieux", Félix Houphoët-Boigny. Celui-ci a été ministre en France sous la IVème République avant de devenir le premier président de la République de Côte d'Ivoire lors de l'indépendance en 1960. Il est ensuite constamment réélu et parvient à faire du pays un modèle de développement, basé notamment sur l'exploitation du cacao. C'est l'époque où la Côte d'Ivoire est étudiée en géographie en terminale (voir ci-dessous un extrait du manuel de géo de terminale Magnard, 1989). Il meurt le 7 décembre 1993, le jour de la fête nationale.



Notre héroïne, Aya, grandit donc à Abidjan, la capitale économique du pays, à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Les difficultés existent et ne sont pas cachées, (pauvreté, corruption,...) au contraire, par Marguerite Abouët, l'auteur (elle-même née à Abidjan en 1971), et Clément Oubrerie, le dessinateur. Mais ces difficultés n'ont pas encore conduit le pays vers la crise politique et la guerre civile que connaît le pays depuis la fin des années 1990. La Côte d'Ivoire des années 1980 n'est pas encore celle où "l'un cultive sa différence et l'autre son ivoirité" pour reprendre les mots de Tiken Jah Fakoly.

 

Aya est une "go" (jeune fille) qui vit à Yopougon, un quartier plutôt déshérité et excentré à l'Ouest d'Abidjan, la capitale économique. Tandis que ses copines ne pensent qu'à leur apparence et aux garçons, Aya cultive son originalité et pense avant tout à ses études. Si beaucoup font d'elle leur favorite pour l'élection de Miss Yopougon, elle ne voit pas l'intérêt de participer à ce concours qui met en ébullition tout le quartier et au-delà.
En effet, au-delà de "Yop-city", la BD  (et donc le film) est un portrait de la vie abidjanaise de ces années. Les auteurs nous proposent ainsi une géographie subtile et subjective des quartiers de la ville et des lieux qui y comptent. Petit aperçu :
- Cocody où vivent les classes supérieures enrichies grâce à l'essor économique du pays. C'est le cas du PDG de la Solibra dont le fils, caricature d'héritier sans talent, n'a d'yeux que pour les go de Yop. C'est là que se trouve le fameux Hôtel Ivoire, point de ralliement de tous les expatriés et vitrine d'un "parigot" (un émigré à Paris) pour y inviter les filles et les épater.
- Les maquis, ces restaurants en plein air où l'on peut danser sont les lieux où se déroulent beaucoup de conversations importantes, notamment lorsque les hommes débattent des mérites respectifs des deux équipes de foot mythiques d'Abidjan, l'Asec et Africa Sports en sirotant une Flag bien fraîche...
- Quand les personnages sortent d'Abidjan, c'est pour retourner au village où chacun a ses racines. Ou encore à Yamoussoukro, au centre du pays, en pays baoulé, le village natal d'Houphouët-Boigny devenu capitale.

En parcourant la ville et en suivant les personnages, on entend une langue familière et étrange à la fois. Un glossaire des termes est judicieusement placé à la fin de chaque tome pour guider le béotien.
Les cases de la BD étaient souvent ornées de paroles de chansons de ces années. Elles constituent bien entendu la bande-son du film. Un des autres attraits du film ce sont ces vrais pubs ivoiriennes des années 1970 pour une bière, un savon ou une banque. Elles valent le détour ! Je vous en ai retrouvé une pour "la bière des hommes forts" que j'ai glissé dans la playlist des titres de la bande originale ci-dessous.

 

Marguerite Abouët et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, Gallimard (6 tomes parus)


 voici deux extraits de la BD :

 La bande-son :

  • "Dissan Na M'bera" - Super Mama Djombo
  • "Bel Abidjan"- Tabu Ley Rochereau
  • "D.I.S.C.O." - Ottawan
  • "Les jaloux Saboteurs" - Maitre Bazonga
  • "Sweet Mother" - Prince Nico Mbarga
  • "Bonheur Perdu" - Lougah François
  • "Tambola Na Mokili" - John Bokelo
  • "Amina" - Tchala Muana
  • "Ziboté" - Ernesto Djédjé
  • "Yarabi" - Bembeya Jazz National
  • "L'enfant et la gazelle" - Miriam Makeba

 

Voici ce que dit arguerite Abouet de ses choix musicaux :

 "Il y avait déjà une vraie musicalité dans la bande dessinée et c'est ce qui a bercé mon enfance, qu'il s'agisse de rythmes afro-cubains, de chachacha, ou de crooners. Je me souviens que mes parents écoutaient des chanteurs sénégalais et de Gambie, de la musique congolaise et zaïroise, et des crooners ivoiriens, comme Ernesto Djédjé, le Julio Iglesias local, qui, avec ses pantalons moulants en pattes d'éph', a été une véritable légende. D'ailleurs, on le voit dans le film. Je voulais aussi rendre hommage à un autre crooner, François Lougah, qui chante «Bonheur perdu» de manière langoureuse et sensuelle. Tous ces groupes africains, originaires de plusieurs pays, ont marqué leur époque. Comme les publicités, il fallait faire en sorte que ces musiques, qui font vraiment partie du décor, aient une présence forte dans le film."

propos trouvés sur Cinezik.

 

 

 

 Pour approfondir l'étude de la BD, je vous recommande la série d'articles de Bénédicte Tratnjek sur le site Sciences Dessinées :

 

 

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