Samarra


Tags: agriculture

Des jeux pour comprendre le monde

par Aug Email

 En cette fin d'année, nous vous proposons quelques jeux en ligne gratuits qui vous permettrons de vous amuser tout en apprenant.

 

Un peu de géographie

 

Un jeu pour apprendre à situer les principales métropoles des Etats-Unis grâce à leur équipe de Basket NBA.

Placer les pays européens, placer les capitales européennes (comme des fléchettes...), puis vérifions tout ça avec un tetris un peu original.... Allons ensuite aux Etats-Unis pour apprendre la localisation des métropoles, le relief et les principaux Etats sur le site d'Hervé Bois, (de plus en plus compliqué...) les Etats des Etats-Unis et les provinces du Canada. Et pour changer un peu de continent : Les pays d'Asie. De nombreux jeux (parfois difficiles) pour apprendre à situer les villes, les régions, les pays d'Europe et du monde sur le site Jeux Géographiques. D'autres jeux de localisation ici.

 

 

Pour comprendre les grands enjeux du monde contemporain

 

  • Apprendre comment gérer l'eau avec Water Alert (en français, anglais ou espagnol).
  • Envers et contre tout est un jeu créé par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l'ONU. Vous êtes à la place d'une personne obligée de fuir son pays pour des raisons politiques. Allez-vous faire les bons choix à chaque étape de ce périple ? Disponible dans de nombreuses langues.
  • L'Ademe propose deux jeux autour des questions environnementales : Ecoville et Planète précieuse.
  • L'environnement toujours avec Clim'city."Pourquoi le réchauffement de la planète s’accélère-t-il  ? Pourquoi les activités humaines perturbent-elles le climat ? Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Quels sont les impacts actuels et futurs des changements climatiques ? Comment l’Homme pourra-t-il s’y adapter ?
    Etes-vous prêt à entamer un voyage au cœur des changements climatiques et du développement durable? Oui ? Alors, en avant !"

 

 

Serious Games : des jeux en anglais

 

  • Vous êtes dans la peau d'un réfugié du Darfour au Soudan dans Darfur Is Dying. Peacemaker est un jeu payant mais vous pouvez voir une démo. Il s'agit d'aider à établir la paix au Proche-Orient.
  • Pour empêcher le désastre vers lequel court la planète, tentez le tout pour le tout avec Stopdisaster. L'environnement toujours avec Climate Challenge. Vous êtes le chef des Nations Européennes et vous devez vous attaquez à la question du climat.... tout en restant populaire (créé par la BBC). Survivre dans un monde sans pétrole avec World Without Oil.
  • Autre désastre que vous pouvez empêcher ou non (autrement qu'en vous vaccinant...), la grippe A avec The Great Flu. Une simulation de l'agriculture dans le monde avec 3rd World Farming. Toujours l'alimentation avec Food Force créé par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) : Une île de l'Océan Indien traverse une grave crise alimentaire, à vous de gérer une équipe du PAM sur place pour faire face à l'urgence.

 

 

Jouer à travers les époques

 

 
 
Enfin je vous recommande les quizz de Richard Tribouilloy en histoire comme en géographie.
 

Un grand merci à mes collègues blogueurs qui parlent régulièrement de ces jeux : Vincent Pauthier, Caroline Jouneau-Sion, Pierrick Auger.

 

Vous connaissez d'autres jeux en ligne, n'hésitez pas à nous les signaler !

 P.S. : Sivous aimez apprendre en jouant, suivez le blog du résau Ludus qui propose, étudie (et teste...) de nombreux jeux ayant de près ou de loin un intérêt pédagogique. Les auteurs de ce blog sont C. Jouneau-Sion, Yvan, François et Denis.

 

"Les fils de la terre" : au coeur du Japon rural

par Aug Email

Le Japon est aujourd'hui associé à la frénésie des villes de la Mégalopole. A juste titre puisque l'essentiel de la population japonaise (70% soit 90 millions) y réside. Pourtant, il y a un siècle, le pays était encore essentiellement rural. Une grande partie de l'identité et des traditions nippones (religieuses, culturelles,...) puise ses racines dans les campagnes.

 

C'est surtout après la défaite de 1945 que les campagnes se sont profondément transformées. Avec la réforme agraire voulue par la puissance occupante, les Etats-Unis. L'objectif : dans le contexte de guerre froide, éviter que les paysans adoptent une posture révolutionnaire en protestant contre la concentration des terres aux mains de quelques uns. Deux millions d'hectares ont alors été redistribués. Un million et demi de propriétaires fonciers (jinushi) doivent ainsi vendre à l'Etat qui les revend à quatre millions de paysans. Cet épisode est évoqué dans le manga Ayako d'Osamu Tezuka. La famille d'Ayako était proriétaire de nombreuses terres et doit se résigner à les céder (image ci-contre). La conséquence de cette réforme est d'émietter la propriété et de réduire la taille des exploitations. Accompagnée de la mécanisation et de l'utilisation d'engrais, cet émiettement a poussé de nombreux paysans à l'exode rural vers les villes et l'emploi industriel, souvent plus rémunérateur. Les années de la Haute-croissance (1955-1975) ont ainsi vu la population urbaine devenir majoritaire. Dès la première moitié des années 1950, les urbains étaient plus nombreux que les ruraux.

 


L'agriculture japonaise se modernise et engage une course à la productivité comme dans les autres pays du Nord (la PAC européenne date de 1963). Comme ailleurs, le nombre d'agriculteurs baisse. Entre 1950 et 2005, le nombre d'exploitations passe de 6 à moins de 3 millions. La population agricole a été divisée par 3 (37 millions en 1950, 13,5 en 2000). C'est une population vieillissante. la part de l'agriculture dans le PIB passe de 8,8% en 1960 à 1% en 2000. En parallèle, les agriculteurs sont de plus en plus endettés et dépendants des fluctuations du marché.

 

 [source : DF]

Pourtant, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis, le Japon n'est pas une puissance agricole. La surface agricole diminue et l'autosuffisance alimentaire recule passant de 90% en 1960 à 40% en 2000. Seule la riziculture échappe à cette dépendance croissante des importations, en particulier chinoises.

 

Au début du manga Les fils de la terre, c'est cette situation préoccupante de dépendance qui semble inquiéter le Premier Ministre japonais, au point qu'il organise un conseil des ministres sur ce sujet. Un jeune fonctionnaire du ministère de la culture et de l'éducation (en charge des lycées agricoles), Natsume, est envoyé dans une région agricole pour remédier à la crise des vocations. Même s'il ne s'agit pour les ministres et le premier d'entre eux (dont la coiffure rappelle celle du libéral et très populiste Junichiro Koizumi du PLD) que de s'attirer temporairement la sympathie d'une clientèle électorale, Natsume va prendre sa mission très à coeur.

 

En se rendant dans ce lycée et sa région, il va se heurter au scepticisme des premiers concernés, à savoir les agriculteurs et les habitants des campagnes. Mais sa naïveté et sa créativité débordante vont être de précieux atouts. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Ses recettes, faire appel à cette entraide paysanne (yui) et ne pas hésiter à mettre en place un Chisan-chisho, c'est-à-dire un système dans lequel la population locale consomme la plus grande partie des produits agricoles locaux. Voilà pour la leçon de japonais...

On aurait pu craindre d'un tel livre qu'il soit quelque peu manichéen en prônant une forme de retour à la terre contre les villes où les valeurs se perdent, bref qu'il ait quelques relents de pétainisme ("la terre, elle ne ment pas"...). Mais il n'en est rien. C'est un manga plein d'optimisme. Finalement, il s'inscrit assez bien dans un projet de reconquête de leur propre destin par les paysans. A défaut de convertir le Japon tout entier à leur système, ils décident de commencer par agir localement. Bref, un éloge de la transformation par le bas en vue d'un Mura-Okoshi (réveil des villages).

 

  • Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), Les fils de la terre, (3 tomes), Delcourt, coll. Akata, 2007
  • Osamu Tezuka, Ayako, Delcourt, coll. Akata, 2003
  • Les chiffres concernant l'évolution de l'agriculture et des campagnes japonaises proviennent de l'excellent Atlas du Japon de Philippe Pelletier paru chez Autrement en 2008.