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Petite histoire de la Nouvelle-Orléans (1) La fondation

par Aug Email


Au début du XVIIIème siècle, la France est théoriquement souveraine en Amérique sur un vaste espace qui va de l’embouchure du Saint-Laurent au Nord-Est du continent jusqu’au Delta du Mississippi au Sud.
Aujourd’hui encore, les toponymes (rues, bâtiments comme noms de villes) reflètent cette présence française ou francophone. Ainsi, dans le paysage de  Chicago et de la Nouvelle-Orléans, il n'est pas rare de croiser les noms de La Salle, Marquette ou Joliet. Ces noms évoquent l’exploration des territoires situés à l’Ouest du Canada français et des colonies britanniques.

 

Jean-Baptiste Louis Franquelin, Carte de l'Amérique septentrionale, 1688 [source]

 

 

Aux origines de la Louisiane

 

Sans rentrer dans les détails, rappelons que le père Jacques Marquette et Louis Jolliet, partis du Canada, sont les premiers à explorer le haut bassin du Mississippi, jusqu'à la confluence avec l'Ohio, en 1673. Cavelier de La Salle joue un rôle important en descendant le Mississippi jusqu'à son embouchure entre 1679 et 1682. Le 9 avril 1682, il prend possession de tout le bassin du fleuve et nomme ce vaste territoire Louisiane en l'honneur du roi Louis XIV. Mais une deuxième expédition, entamée en 1684, se termine tragiquement puisqu'il est tué par un de ses hommes en 1687 [source de la Carte ci-contre]. La Louisiane française couvre donc théoriquement  (les querelles sont nombreuses) l'espace délimité à l'Ouest par les Rocheuses , à l'Est par les Appalaches, au Nord par les Grands Lacs et au Sud par le Golfe du Mexique. Elle est donc bien plus vaste que l'Etat de Louisiane actuel.

Après l'échec de La Salle, une famille canadienne d'origine normande, les Lemoyne se distingue dans la région. C'est d'abord Pierre d'Iberville qui explore les environs du delta du Mississipi à la fin du siècle et fonde le fort Maurepas (du nom du Ministre de la Marine, responsable des colonies). C'est l'origine de ce qui devient ensuite la ville de Biloxi (nom d'une tribu indienne). Il établit également  un établissement permanent à La Mobile, un peu plus à l'Ouest. Le fort Saint-Louis y est construit. Son frère, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, né en 1680, est sans doute l'homme le plus important dans l'histoire de la région pour la première moitié du XVIIIème siècle. Sa connaissance des Indiens et du terrain en font un militaire indispensable. C'est probablement lui qui, à la suite des observations de son frère, choisit le site de la Nouvelle-Orléans. Mais faisons un détour par Paris avant de revenir en Louisiane...

 

 

Quel statut pour la colonie ?



En 1664, à l'imitation des Anglais et des Hollandais, Colbert avait créé deux sociétés par actions, la Compagnie des Indes orientales et celle des Indes occidentales. Ces compagnies se voyaient confier une autorité complète sur les territoires et les populations. La Compagnie des Indes Occidentales devait ainsi s'occuper des colonies américaines. Mais ces compagnies ne devaient pas commercer avec des pays étrangers (contrairement à leurs équivalentes anglaises et hollandaises). Ce "colbertisme" exclusif réduisait donc les colonies au rôle de comptoirs et entravait leur approvisionnement, trop dépendant des navires venus de La Rochelle et de Lorient (devenu progressivement le port de la Compagnie). Ces Compagnies ont donc un succès mesuré et s'éteignent progressivement, d'autres sont créées couvrant des espaces plus réduits (Guinée, Sénégal), les noms changent régulièrement.

Des financiers, y voyant le moyen de s'enrichir, se voient alors confier l'exclusivité du commerce sur certaines colonies. C'est ainsi le cas en 1712 d'Antoine Crozat. Le Roi lui concède le privilègedu commerce en Louisiane pour quinze ans. En Louisiane vont donc exister deux pouvoirs à la fois séparés et étroitement liés : celui de la Compagnie et celui du Roi. Le Ministre de la Marine Pontchartrain (Iberville a nommé le lac proche de la côte en son honneur) nomme gouverneur La Mothe-Cadillac, auparavant basé à Détroit. Mais il semble peu à la hauteur et les querelles se multiplient, la mise en valeur de la colonie restant très superficielle. D'ailleurs Antoine Crozat, motivé par des intérêts financiers et qui n'a jamais mis les pieds en Amérique, restitue ses droits dès 1717. Peu de Français sont prêts à partir pour la Louisiane. Cela témoigne de l'incapacité des Français à exploiter ou mettre en valeur durablement leurs territoires en Amérique.

 

Dès lors, le sort de la Louisiane est lié pendant quelques années à un personnage fascinant, l'Ecossais John Law. Féru de mathématiques, il parcourt l'Europe en réussissant partout à gagner des sommes importantes aux jeux de "hasard". Il commence à élaborer un système qu'il propose dans différents pays, très inspiré par le modèle de la Banque d'Angleterre, créée en 1694. Il parvient à convaincre le Régent de France Philippe d'Orléans, d'accepter ce système. Philippe est l'oncle du tout jeune Louis XV et assure la régence du Royaume depuis la mort de Louis XIV en 1715. Suite aux nombreuses guerres menées par Louis XIV, l'Etat est considérablement endetté. Law propose de convertir les créances de dettes en actions de la Compagnie d'Occident (appelée également "du Mississippi"). Sa banque, qui devient ensuite la banque royale, émet des billets en grand nombre avec l'objectif déclaré d'augmenter la masse monétaire. Basée sur une "publicité mensongère" avant l'heure, la spéculation bat son plein. Les actions de la Compagnie s'arrachent rue Quincampoix à Paris (comme le montre la gravure ci-contre). Les espoirs d'enrichissement sont sans commune mesure avec la réalité de la Louisiane qui n'a à offrir que ses maladies tropicales.

 

Exemple de billet émis en 1718 par la banque de John Law


En 1717, la Compagnie d’Occident (fondée en 1716 et dirigée par Law) obtient le monopole du commerce pour la Louisiane et l’Illinois pour 25 ans puis absorbe les compagnies d’Orient, du Sénégal, d’Inde, de Chine, de Saint-Domingue et de Guinée. Elle devient alors la Compagnie des Indes en 1718. Law se trouve ainsi à la tête des finances aussi bien que d'une grande partie du commerce français. Cela ne va pas durer pusique son système s'écroule en 1720. Mais revenons en Louisiane et aux projets de la Compagnie.

 

 

Une capitale pour la Lousiane



La Compagnie décide de construire une ville en Louisiane pour en faire sa capitale. Le nom de la ville est choisi en l'honneur du Régent. Le site aurait donc été repéré par Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville [portrait ci-contre : Rudolph Bohunek, portrait de Jean-Baptiste Lemoyne, Sieur de Bienville, Louisiana State Museum]. En mars 1718 commence le déblayage des arbres sur le site.


La situation est exceptionnelle. La Nouvelle-Orléans se trouve au débouché de l’axe du Mississippi, drainant un vaste bassin qui couvre une grande partie de l’Amérique du Nord. Situé à plus de 150 kilomètres de la mer, la Nouvelle-Orléans n’en est pas moins idéalement placée au fond du Golfe du Mexique. C’est donc une interface entre le continent, le Golfe, les Caraïbes, et l’Europe.
Le site est en revanche beaucoup plus compliqué. La ville est construite sur des marais. L’instabilité du sol oblige donc à construire des fondations sans cesse plus profondes, d'autant plus que la subsidence est importante (l’enfoncement progressif de la ville au fil du temps…). Ajoutons à cela que la ville se situe sous le niveau de la mer. Assez vite, des levées sont donc établies pour pallier aux crues importantes du fleuve, probablement dès 1724. Autre inconvénient du site, la récurrence des catastrophes naturelles dans cette zone subtropicale. Les ouragans frappent régulièrement la ville. L’histoire de la ville est dès le début marquée par des catastrophes naturelles. En 1721 et de nouveau en septembre 1722, des ouragans frappent la région, détruisant les derniers bâtiments en bois datant d’avant la fondation de la ville. La catastrophe est  aussi  parfois l’occasion de faire table rase... Pas moins de sept ouragans touchent ainsi la ville entre 1717 et 1750.


« J’ai été détaché pour aller à la Nouvelle-Orléans tracer [le plan] d’une ville régulière, qui doit être la capitale de ce pays » Pauger (1720)

 

 


Le plan de la ville est tracé par l’ingénieur Adrien de Pauger. Il s’agit d’un plan en damier (ou hippodamien) épousant la courbe du Mississippi en forme de croissant (Crescent City est l’un des nombreux surnoms de la ville). Ces plans géométriques ne sont pas rares à l’époque, aussi bien en Amérique (la traza espagnole ou le plan de Louisbourg, ville fondée au Canada à la même époque par les Français) qu’en Europe. On songe par exemple au plan établi à Rochefort dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, à celui de Neuf-Brisach en Alsace ou à celui de la ville-neuve de Nancy sous Charles III (fin XVIème).  Ce modèle est donc conforme à la tradition de cette époque, perpétuée par les ingénieurs militaires dans la lignée de ce qui se fait en Europe, au moins depuis les réalisations italiennes de la Renaissance.

 

L’extension maximale prévue est de 88ha (contre 60 à Rochefort, la plus grande des villes nouvelles d'alors en France). La ville est découpée en 66 îlots qui devront être bâtis progressivement (le « Vieux Carré » ou French Quarter actuel). Chaque ilôt est cerné par un fossé permettant l'écoulement de l'eau et des ponts sont mis en place aux carrefours.

 

Le cœur de la ville n'est pas au centre, mais au bord du Mississippi (un temps appelé Fleuve Saint-Louis), il s'agît de la Place d’Armes (aujourd’hui Jackson Square).  La place était relativement petite, comparée par exemple à la Place des Vosges à Paris qui a pu lui servir de modèle. Mais elle s'ouvrait d'un côté sur le Mississippi ce qui élargissait la perspective avant que la hauteur de plus en plus grande des levées ne vienne la boucher...Sur cette place se retrouvent les différents pouvoirs de la ville : le religieux d'abord avec l'Eglise Saint-Louis (par Pauger lui-même), le Presbytère face au fleuve et le couvent des Ursulines (arrivées en 1727). Le pouvoir adminsitratif ensuite avec les résidences du gouverneur et de l'intendant se faisant face. Le militaire ensuite avec les deux grandes casernes construites sur les quais dans les années 1730 pour remplacer les casernes de la périphérie abîmées par un ouragan. Les magasins et l'hôpital se trouvaient également sur les quais.

 La construction est lente et difficile en raison du manque d'hommes et de matériau. Il faut quelques années pour que le plan conçu par Pauger prenne réellement forme. Les nouveaux arrivants s'installent dans un premier temps dans le Nouveau Biloxi. L'ordre d'installation officiel ne date que du 26 mai 1720. La ville se construit alors peu à peu. C'est Pauger lui-même qui donne aux premières rues le nom qu'elles ont conservé jusqu'à aujourd'hui : Bourbon, Orléans, Saint-Louis, Iberville, Royale, Chartres.

 Des aménagements sont réalisés pour permettre aux navires de haute-mer de venir décharger et charger sur les quais de la ville. Le chenal est aménagé et un fort est établi dans le delta, à La Balise. L'avancée du Delta oblige au déplacement permanent de cette structure. Des pilotes y attendent les navires pour les emmener jusqu'au port en évitant les bancs de sable.

La fonction première de la ville, outres son rôle de capitale, est donc la fonction portuaire. C’est une ville-entrepôt qui tire parti de sa situation exceptionnelle.

 

 

Trouver des habitants....


On dit de la ville des débuts qu'elle est peuplée de déshérités, d’indigents, de filles légères. Les premiers habitants sont des Canadiens parmi lesquels on trouve beaucoup de coureurs des bois, des artisans de la Compagnie, mais aussi des gens venus d'horizons différents, de France pour les soldats, les condamnés, les prostituées et les pauvres, d'Afrique, des Antilles ou des environs pour les esclaves.

En 1722, la ville devient la capitale de la Louisiane. Elle compte environ 1250 habitants dont « 293 hommes, 140 femmes, 96 enfants, 155 domestiques français, 514 esclaves nègres, 51 esclaves sauvages, 231 bêtes à cornes, 28 chevaux » (document ci-contre). Des campagnes faisant la promotion de la Louisiane sont organisées. Elles ont peu de succès. Suite à ces campagnes, des Allemands s’installent dans la région, un peu à l’ouest de la Nouvelle-Orélans. Des Suisses  (en particulier des militaires) et des Piémontains viennent aussi.

Pour le reste, il faut contraindre des personnes à venir s'installer en Louisiane. Et si les colons dans l'intérieur n'hésitent pas à prendre femme chez les Indiens, le manque de femmes se fait cruellement sentir en ville.  Entre 1718 et 1720, plus de 7000 personnes sont ainsi envoyées de gré ou de force vers la Louisiane. Outre celles et ceux qui sont tirés des prisons et des "hopitaux" (au sens de l'époque), les hommes de la compagnie parcourent la France et enlèvent des "indésirables". Cette sorte de milice se distinguait par le port d'une bandoulière. La population les surnomme donc les "bandouliers". Sur dénonciation (souvent abusive), sur une intuition, ils arrêtent et embarquent au moins 5000 personnes entre 1717 et 1720. Le Régent met un frein à ces pratiques en les faisant encadrer par des officiers.

La Compagnie tente donc d'organiser l'arrivée de femmes mais cet objectif se heurte à de nombreux obstacles. Une partie des personnes qui viennent de gré ou de force meurrent au cours de la traversée ou dans les premiers temps de leur arrivée en raison des nombreuses maladies (fièvre jaune, malaria,...).

 

C'est dans ce cadre que l'Abbé Prévost situe son  roman Manon Lescaut publié en 1731. Il raconte l'histoire d'une jeune fille contrainte de partir et suivie par son amoureux. Le roman a un succès fou mais ne fait pas vraiment de la réclame pour la Louisiane...

Et puis il y bien sûr les esclaves. Au départ, ce sont surtout des Indiens puis, rapidement, les noirs déportés d'Afrique sont les plus nombreux. Cette arrivée est d'autant plus aisée que la Compagnie possède le monopole sur la Traite, aussi bien française qu'espagnole (asiento). A la Nouvelle-Orléans, sur la rive droite (actuellement West Bank), un camp est spécialement aménagé pour accueillir les esclaves. Ils ne doivent en effet pas habiter avec les blancs. Le Code Noir s'applique à la Louisiane à partir de 1724.

La population de la ville est donc dès le départ extrêment variée : blancs, noirs, Indiens, Français nés en France, Canadiens, Créoles, esclaves, ...


Pour encadrer religieusement cette population, la Compagnie passe des accords avec différents ordres. En 1722, les Jésuites (expulsés par la suite) et les Capucins s’installent à la Nouvelle-Orléans. Des Ursulines arrivent à partir de 1727.


Malgré la faillite de Law en 1720, la Compagnie continue à fonctionner pendant une dizaine d’années.
Mais les guerres reprennent contre les Indiens des environs (Natchez en particulier), facilitées par les manœuvres des colons britanniques et l’arrogance de certains militaires français. Un document saisissant montre les effets de la guerre contre les Indiens sur la Nouvelle-Orléans et ses environs. Toutes les concessions sur lesquelles figure la lettre "a" sont abandonnées. On reconnait la ville en haut du document [source]. Malgré les punitions infligées aux Indiens, la Louisiane perd, outre sa tranquilité,le peu d’attraction qu’elle suscitait. en France. La Monarchie reprend les choses en main en 1731.

Louis XV met fin au monopole de la Compagnie et prend le contrôle de la colonie. Bienville, seulement gouverneur militaire auparavant, devient le gouverneur de la Louisiane. Il parvient à lutter efficacement contre les Espagnols et les Anglais mais connaît des difficultés contre les Indiens plus au Nord (guerre contre les Chicachas).

 

 

Au final, si la Compagnie a réussi, tant bien que mal, à créer et développer une capitale pour favoriser l'expansion de la Louisiane, la croissance démographique et économique de la Nouvelle-Orléans reste modeste. A la fin de la période française, la ville ne compte encore que quelques milliers d'habitants. D'autres populations françaises ou francophones allaient gagner la ville au cours de ce siècle. Il s'agit des Acadiens, venus du Canada après le "Grand Dérangement" de 1755 et, à partir des années 1790, des créoles français fuyant la Révolution en cours à Saint-Domingue. Mais ceci est une autre histoire...

 

Je vous propose de découvrir dans cette vidéo des plans et cartes de la ville de la Nouvelle-Orléans lors du premier siècle de son histoire, de 1722 à 1819 :

 

 

 Bibliographie

 

  • Maurice Denuzière, Au pays des Bayous (I) Je te nomme Louisiane, Denoël, 1990 (Fayard, 2003). Le "Roman vrai" de la Louisiane franaçaise. Une documentation très riche et rigoureuse.
  • Ned Sublette, The World That Made New Orleans, From Spanish Silver to Congo Square, Chicago,  Lawrence Hill Books, 2009. Une merveilleuse plongée dans ce qui a fait la Nouvelle-Orléans, en particulier sur le plan musical.
  • Michel Thiébaut, Le chemin de l'Atchafalaya, Autour de La petite fille Bois-Caïman de François Bourgeon, 12bis, 2010. Michel Thiébaut a travaillé avec l'auteur de BD François Bourgeon sur la documentation de sa série Les passagers du vent, entamée dans les années 1980 et achevée en 2010. Les deux derniers tomes se déroulent en partie à la Nouvelle-Orléans et en Louisiane. Dans cet album, Thiébaut évoque les faits qui servent de toile de fond à la BD. Extrêmement précieux !
  • Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l'Amérique Française, Flammarion, 2003. L'ouvrage de référence le plus récent.
  • Encyclopedia Britannica

 

 

Sitographie

 

 

 

Les autres articles de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans  :
 

 

L'histoire du Brésil en chansons.

par blot Email

 

Luis Gonzaga remporte un très grand succès avec sa chanson Asa branca composée en 1947. Il y décrit une sécheresse désastreuse qui s'abat sur le sertão, vaste territoire de l'intérieur du Nordeste au Brésil, une zone connue  par son aridité.
Le titre du morceau se réfère à une variété de pigeons connus comme étant les derniers êtres vivants à quitter la zone lors des pires sécheresses. Cet hymne officieux de la région nous offre l'occasion de nous focaliser sur le Nordeste.

 

Lire la suite sur l'histgeobox.

 

 

Cet article s'insère dans une série consacrée au Brésil:

- Chico Buarque: "Funeral de um labrador": Funérailles d'un laboureur, une mélopée lente, tragique. Le poète y décrit l'enterrement d'un pauvre hère qui n’a pour tout bien que la fosse dans laquelle il repose sur les terres du grand propriétaire terrien.

- Chico Buarque: "Construçao". Grâce à une très belle chanson de Chico Buarque, nous nous intéressons aux candangos, qui construisirent Brasilia, promue capitale du pays en 1960.

Des chansons pour Haïti

par Aug Email

A l'heure où Haïti tente de panser ses blessures, les artistes de la diaspora et du monde entier se mobilisent.

La première communauté haïtienne à  l'étranger est celle des Etats-Unis, en particulier à Miami (quartier de la Little Haïti) et à  New York. Le pays compte en effet près d'1 million d'immigrés haïtiens ayant fui la dictature des Duvallier dans les années 1960 et la pauvreté.

A Brooklyn (New York), elle compte un représentant très connu : Wyclef Jean, qui est venu vivre aux Etats-Unis à l'âge de 10 ans. Avec son ancien groupe des Fugees (comptant également Pras et Lauryn Hill), il a établi le record des ventes pour un album de rap (18 millions avec The Score en 1996). Ayant poursuivi par une carrière solo, il a consacré plusieurs chansons à Haïti. Il a créé une association, Yele Haïti, qui finance des projets en Haïti dans le domaine de la santé, de l'éducation, des arts, de l'environnement et du sport. Il est évidemment aujourd'hui en première ligne sur place. Vous pouvez suivre la situation dans le pays sur son blog. [Photo : Wyclef Jean lors d'un de ces précédents déplacement en Haïti]

Je vous ai sélectionné deux titres du chanteur qui parlent d'Haïti. Wyclef Jean y mêle l'anglais au créole haïtien. La première, "Yele" date de 1997 et fait partie de l'album Carnival. La deuxième, "Rouge et bleu" (les couleurs du drapeau haïtien), est en fait la dernière partie d'une chanson qui fait une sorte de tour du monde du carnaval (Brésil, Nouvelle Orléans) se terminant par Haïti. Elle fait partie de l'album Memories Of An Immigrant (Carnival Vol. II) dont je vous ai déjà parlé.

 

 

 

Après le pays voisin, la République dominicaine qui compte 500 000 Haïtiens, le Canada est le troisème pays à accueillir des Haïtiens. Dans ce pays, une femme née en Haïti est d'ailleurs depuis 2005 la Gouverneure générale c'est-à-dire la représentante officielle de la Reine d'Angleterre, chef d'Etat théorique. Le pays compte environ 80 000 Haïtiens, essentiellement à Montréal.

Un groupe de Reggae de Montréal, Deya, vient d'enregistrer une chanson, "Haïti pas fini" pour recueillir des fonds. Son chanteur, Nik Myo, a grandi en Haïti et chante en français et en créole. Voici leur morceau :

 

 

En Europe, la France, ancienne puissance colonisatrice, est le pays qui compte le plus d'Haïtiens (entre 45 000 et 90 000 dont 70% ont moins de 40 ans). Un titre a été enregistré vendredi "Un geste pour Haïti  Chérie" autour de Passi (artiste d'origine congolaise mais proche de Wyclef Jean avec qui il a enregistré une chanson en 2007 sur les émeutes en banlieue), de Charles Aznavour, sur une musique des Neg'Marrons (groupe de ragga), de Youssou N'Dour et de Grands Corps Malade.


Voici la liste complète des artistes et célebrités qui ont participé au titre : Passi, Charles Aznavour, Jacky Brown et Ben-J (Neg'Marrons),Pascal Gentil, Michel Drucker, Sonia Rolland, Noémie Lenoir, Harry Roselmack, Antony Kavanagh, Smaïn, Manu Dibango, Gage, Marc Antoine, Lilian Thuram, Zazie, Thierry Desroses, Axelle Laffont, Lynnsha, Vicelow (ex Saïan Supa Crew), Grand Corps Malade, Ophélie Winter,
Roldan (Orishas), Hélène (les Nubians), Fally Ipupa, Miss Dominique, Mc Janik, Stomy Bugsy, Princess Erika, Tedjee, Daan Junior (Haïtien), Jennifer Ayache et Patrice Focone (Superbus), Mr Toma, Leah, Seth Gueko, Singuila, Thierry Cham, Alibi Montana, Gregg (Original H - groupe Haïtien), Kennedy, Youssoupha, Perle Lama, Leslie, Aysat, Louidorcleff (Haïtien), King Kuduro, Kaysha, Krys, Claudy Siar, Féfé (ex Saïan Supa Crew), Princess Ursula, Larsen, Christiane Obydol (Zouk Machine), Sarah Riani, Kayliah, Maini Dog, Mickaël Quiroga, Erik, Mac Tyer, Phil Darwin, Booder, Pierro Battery, Sara Battery, Demon One (Intouchable), Izé (La Mc Malcriado), King (artiste haïtien), Béné, Soum Bill, Dof, Jeckel (Bisso Na Bisso), Lino (Arsenik et Bisso Na Bisso), Ekila, Tina Ly, Faya D, Ali Angel, Jeff Joseph…

Autre rappeur qui se mobilise, Kery James qui devrait également faire des concerts (notamment  le 14 février au Bataclan) et sortir un titre, intitulé "Désolé", pour aider Haïti d'où viennent ses parents.

Terminons par une autre chanson qui parle d'Haïti. Il s'agit d'"Adieu Haïti" enegistré en 2008 par Raphaël et le jamaïcain Toots (chanteur de ska et de reggae). Voici le clip :

 

Source pour les chiffres : Libération du 15 janvier 2010

 

P.S. (23 janvier) : Parmi les projets les plus récents, Rod Stewart et Leona Lewis devraient enregistrer le titre de R.E.M. "Everybody Hurts" de 1993 avec de nombreux artistes anglais.

 

Enfin Rihanna a enregistré une nouvelle version de "Redemption Song" de Bob Marley :

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