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"L'abus de pouvoir" dans l'Algérie coloniale : entretien avec Didier Guignard

par Aug Email

Au moment du 50ème anniversaire de la fin de la Guerre d'Algérie (entre mars et juillet 1962), nous avons voulu mieux comprendre les origines de la situation coloniale. La France a en effet pris progressivement le contrôle de l'Algérie à partir de 1830 mais sa politique a évolué au cours du XIXème siècle. Nous avons demandé à l'historien Didier Guignard de nous parler des changements qui interviennent entre la fin du Second Empire et l'installation de la IIIème République, régime qui relance la colonisation, en Algérie comme ailleurs, sous l'impulsion de Jules Ferry. Didier Guignard a soutenu en 2008 une thèse sur « L’abus de pouvoir en Algérie coloniale, 1880-1914 – Visibilité et singularité ». Les idées essentielles de cette thèse ont été publiées en 2010 dans un ouvrage paru aux Presses universitaires de Paris-Ouest. Il revient sur le système électoral mis en place, sur la question de la citoyenneté, sur la dépossession de la terre et sur l'instrumentalisation de l'antisémitisme.

 

1. Qu’est-ce qui change dans la situation administrative et politique de l’Algérie entre les années 1860 et les années 1880 ?

 

2. Qui possède la terre en Algérie à cette époque ?

 

3. Pourquoi parlez-vous « d’abus de pouvoir » ?

 

4. Pourquoi ces abus n’ont-ils pas été remis en cause ? Ont-ils été dénoncés en Algérie ou en Métropole ?

 

5. Finalement, quel est le lien entre les "scandales algériens" et la question de l'antisémitisme ?

 

Voici les questions auxquelles Didier Guignard a bien voulu répondre. Pour lire ses réponses, rendez-vous sur le blog Maghreb-France sur lequel travaillent des élèves tunisiens et français.

 

 

 

Le sport européen à l'épreuve du nazisme, une exposition du Mémorial de la Shoah.

par vservat Email

 

Le titre de l'exposition, précisons le au préalable, est assez mal choisi car il ne correspond que très partiellement à son contenu. Elle ne déroute pas d'ailleurs le visiteur que par cette relative inadéquation, en effet, le Memorial de la Shoah et Patrick Clastres, commissaire scientifique de l'exposition, ont pris le parti de valoriser la place du contenu par rapport à celle des documents. Ceux-ci, bien que nombreux, sont discrets et de dimension modestes, tant et si bien que la mise en place pourrait sembler un peu datée dans sa conception. Pourtant, choisir de privilégier le texte, le fond, aux illustrations, surtout sur ce type de sujet est tout à fait louable et, en l’occurrence, permet de faire dériver le contenu vers des domaines plus pointus, moins galvaudés ou attendus.

 

Les JO de Berlin et le nazisme en guise de moment emblématique :

 

Parmi les incontournables du sujet, il y a les J.O. de Berlin qui se déroulent en août 1936. On peut, pour cette thématique qui occupe une part modeste de l’exposition, retrouver les liens qui unissent sport et nazisme. Dans le cadre d’un projet de régénération de la race visant à la création d’un homme nouveau par un régime résolument eugéniste, mais aussi d’un pays qui regarde droit devant vers la guerre pour s’assurer un espace vital à la mesure de ces ambitions dominatrices, on saisit ce qui a pu pousser les nazis à instrumentaliser le sport. Beauté du corps, référence à l’Antique (travaillée par L. Riefenstahl), ordre, discipline, courage, possibilité de fédérer les allemands tout autant que rejet des l’intellectualisme, séduisent les nazis. Dans ce stade de Berlin conçu par A. Speer, l’architecte emblématique du régime, il y a d’une part, un enjeu sportif totalement inféodé à la nécessaire légitimation d’un discours politique sur la supériorité de la race allemande qu’Hitler entend illustrer lors de cette manifestation, mais aussi, d’autre part, une grande entreprise diplomatique de normalisation. Quelques athlètes juifs en guise de caution, un directeur du CIO qui joue au naïf tout en étant lui-même assez attiré par les idées d’extrême droite, et l’entreprise de communication de Goebbels est une très belle réussite dans l’ensemble. Bien sûr, Jesse Owens remporte 4 médailles d’or dont celle du saut en longueur gagnée de justesse contre l’athlète allemand Luz Long, mais au final l’Allemagne domine la compétition avec ses 89 médailles.

 

 

 

JO de Berlin, 1936. Un billet d'entrée poiur les compétitions de handball (à gauche) et la médialle ainsi que la couronne de laurier du champion de lutte poids moyen E. Poilvé.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 


C’est autour de ce « moment » que l’exposition rayonne selon une logique qui n’est pas simple à saisir de prime abord. Des J.O. de Berlin seront tirés un certain nombre de questionnements qui vont permettre au visiteur d’élargir son champ d’étude et de réflexion :

Comment les autres régimes alliés ou inféodés au nazisme (celui de l’Italie de Mussolini ou celui de Pétain) vont-ils s’emparer du sport pour en faire un instrument de contrôle politique et social ? Comment d’autres mouvements politiques s’en saisissent-ils et à quelles fins ? Quels changements apporte l’entrée en guerre ? Alors que des pratiques sportives sont attestées dans les camps de concentration, dans les ghettos, dans les centres de mise à mort qu’est-ce qui se joue, en ces lieux, autour du sport ?

 

 

Le sport entre propagande et instrument de persécution, normalité et outil de résistance :

 

Le sport, dans ses manifestations publiques et ses instrumentalisations fut donc aussi un levier utilisé par les persécutés ou les opposants aux totalitarismes. Ainsi, ces contre jeux organisés à Barcelone en juillet 36 lors des Olympiades populaires qui préservent l’idéal olympique en s’ouvrant largement aux participants quelles que soient leurs origines. Ainsi encore, le mouvement sioniste et revendicatif des « muscles juifs» qui tente de lutter en promouvant le sport dans les communautés juives contre les préjugés antisémites selon lesquels les Juifs seraient devenus inaptes aux exercices physiques à force de s’être adonnés aux activités intellectuelles. Enfin, la fédération Maccabie constitue un autre exemple d’initiatives visant à contrebalancer l’utilisation du sport au seul profit des régimes totalitaires. Il y a donc bien des réponses et des formes de résistance qui se développent par et autour des activités sportives.

 

 

 

Affiche des OLympiades Populaires de Barcelone qui précèdent les JO de Berlin en juillet 1936.

 


Affiche pour les deuxièmes maccabiades en 1935.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans surprise réelle, on découvre que les régimes amis du nazisme ont  utilisé le sport comme outil de propagande ou de captation de la jeunesse. Pour la France de Vichy c’est surprenant et  paradoxal car le sport et ses pratiques semblent bien éloignés de son chef Philippe Pétain déjà fort âgé.  Il faut aller débusquer certains documents moins lisibles que les immenses affiches du CGEGC (Commissariat Général à l’Education Générale et Sportive) pour comprendre à quel point le sport ne fut pas une annexe des politiques d’exclusion et de persécution antisémites européennes mais bien un point nodal et lire les lettres envoyées par l’UGIF (Union Générale des Israélites de France) demandant de pouvoir utiliser des stades de banlieue parisienne pour pratiquer des activités sportives, demandes déboutées car tombant sous les prescriptions  des lois d’exclusion des Juifs des espaces publics instaurées par Vichy.

 

 

 

 

 

Brochure de propagande de Vichy à l'initiative du Commissariat Général à l'Education Génrale et Sportive.

[photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand l’Europe s’embrase, le sport garde son importance jusque dans les zones les plus mortifères de la persécution et de l’entreprise génocidaire contre les Juifs. Son place est alors très ambivalente. Dans les camps de concentration,  dès la constitution de ceux qui suivent la Retirada des républicains espagnols dans le sud de la France par exemple, le sport est un moyen de maintenir humanité et normalité. A Gurs, à St Jean de Verges, à Rivesaltes, les hommes se regroupent dans les baraques en fonction de leurs affinités sportives et organisent des tournois à l’intérieur des camps.

L’usage du sport sert pourtant le plus souvent la cause des geôliers : en 44, lorsque la Croix Rouge visite le camp de Terezin, une partie de foot est organisée en cette occasion, laissant croire à une vie de simples prisonniers pour les détenus.  Le sport est souvent perverti par les nazis et utilisé contre les prisonniers, ou les habitants des ghettos comme instrument de brimade, d’humiliation. Par son truchement, les nazis ou leurs partisans peuvent martyriser leurs victimes jusqu’à l’épuisement et même la mort.


 
 
 
 
 

 

Ballon de foot sous un lit du ghetto de Lodz et notice biographique d'A. Nakache, surnommé le "nageur d'Auschwitz" dans la partie de l'exposition consacrée aux trajectoires individuelles de sportifs.

 

[photos@vservat]

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est bien à une multitude de lectures des rapports complexes, contradictoires parfois, inattendus à d’autres moments, entre le sport et le nazisme que nous convie cette exposition du mémorial de la Shoah qui présente, en outre, quelques parcours individuels de sportifs (celui d’Alfred Nakache le nageur d’Auschwitz, ou celui de l’allemande Helène Mayer qui bien qu’ayant des ascendants juifs, fit le salut nazi en recevant sa médaille d’argent d’escrimeuse en 36 aux JO de Berlin). Leurs trajectoires en ces temps d’une violence extrême illustrent pertinemment les enjeux des questions abordées dans l’exposition centrale.

C’est pourtant dans celle-ci qu’on a envie de finir ce parcours en lisant la dernière lettre de Luz Long à Jesse Owens, symbolique de l’amitié sincère qui lia les deux hommes et porteuse de valeurs bien plus en adéquation avec celles du sport que celles qu’Hitler choisit en 36 pour présider à leur confrontation sportive. Envoyée par Luz Long du front nord africain, elle parvient à Owens en 1943, son ami et ancien concurrent trouvant la mort peut après à Cassino, au mois de juillet : « Après la guerre, va en, Allemagne, retrouve mon fils et parle lui de son père. Parle lui de l'époque où la guerre ne nous séparait pas et dius lui que les choses peuvent être différentes entre les hommes. Ton frère Luz.

 

 

 

 Luz Long et Jesse Owens aux Jeux Olympiques de Berlin, 1936. [photo@vservat]

 

Quelques nouveautés au rayon BD-Manga

par Aug Email

Voici une petite sélection de quelques BD et mangas récentes qui ont attiré mon attention :

 

 Sentences : La vie de MF Grimm

Percy Carey aka Grimm Reaper ou MF Grimm n'est pas une figure extrêmement connue du grand public. Pourtant, c'est un acteur important du hip-hop underground newyorkais depuis les années 1980. Ayant grandi à Harlem, il a croisé quelques grandes figures comme les membres du Rock Steady Crew, Kool G Rap, MF Doom, Chuck D. de Public Enenmy, Dr. Dre, ... Menant de front carrières de dealer et de MC, il s'attire souvent des ennuis, comme ce jour de 1994 où il se fait canarder et qu'il perd l'usage de ses jambes. La BD commence d'ailleurs par cet épisode avant de revenir sur son enfance et les épisodes marquants de sa vie. Il participe ainsi en 1993 à la fameuse compétition de MC : "Battle for World Supremacy", qu'il perd de peu.

Sorti de prison en 2003, il semble avoir pris un tournant dans sa vie, aujourd'hui essentiellement consacrée à la musique et au label qu'il a créé et qu'il dirige, Day by Day Entertainment. En tout cas, il a plein de choses à raconter dans ses titres ce qui donne à son rap un aspect très authentique.

Je vous recommande donc cette BD sobrement intitulée Sentences (phrases), réalisée par Ronald Wimberley à partir de l'autobiographie écrite par MF Grimm.[Publié chez Dargaud]

Pour prolonger, je vous conseille de lire cet  entretien passionnant (en français) avec MF Grimm, alors qu'il était encore en prison pour trafic de drogue, dans lequel il revient sur son parcours pour le moins cahotique. Ecoutez son histoire (in english) sur la radio publique américaine (NPR). Son site officiel et son blog.

Enfin pour tous ceux que l'histoire du rap intéresse, retrouvez la petite histoire du rap. Déjà 6 épisodes à lire ou à écouter en podcast.

 

Petit cadeau pour vous, une sélection de quelques titres et interviews de MF Grimm :

 


Découvrez MF Grimm!

 

 

 

Enfant-Soldat (tome 2)

  

Nous vous parlions il y a peu du tome 1 d'un manga racontant la vie d'un enfant-soldat au Cambodge nommé Aki Ra. Ayant tué ses parents, les Khmers Rouges le contraignent à poser des mines à partir de 1983. Utilisé ensuite par les Vietnamiens puis l'armée cambodgienne, il se consacre, une fois la paix revenue, au déminage dont il devient un spécialiste. En parallèle à cette activité, il crée lui-même près d'Angkor Vat un musée consacré aux mines qui attire rapidement beaucoup de monde dont le mangaka Akira Fukaya qui décide de mettre en dessin son histoire.

Ce deuxième tome est essentiellement consacré aux années de paix, a priori plus faciles à vivre. Mais il montre que réussir la paix et la réinsertion des soldats est très compliquée, à plus forte raison quand il s'agit d'enfants. De la difficulté de sortir de la guerre et de démobiliser les esprits.

Publié dans la collection Akata des éditions Delcourt. Vous pouvez découvrir quelques pages sur leur site.

 

Pour comprendre ce qui s'est passé au Cambodge, retrouvez notre article intitulé "Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges".

 

 

Carnets d'Orient, dernier tome !

 

La série Carnets d'Orient, commencée il y a plus de 20 ans, est désormais finie. Pour ceux qui la découvrent, c'est donc le moment idéal pour dévorer les 10 tomes sans attendre un an ou plus de connaître la suite !

Cette fresque remarquable conçue et dessinée par Jacques Ferrandez est une aventure sur plus d'un siècle qui permet de comprendre l'histoire commune de l'Algérie et de la France, de la conquête en 1830 à l'indépendance en 1962. Je n'ai pas encore lu ce dernier tome mais les 9 épisodes précédents sont passionnants. Le style et la manière d'aborder l'histoire évoluent bien sûr (qui n'a pas changé en 20 ans ?!) sans pour autant faire perdre à cette épopée son caractère unique et original.

Retrouvez l'article que j'avais écrit lors de la sortie du tome précédent avec un entretien avec Jacques Ferrandez à visionner.

 

 

L'envolée sauvage

 

 A l'occasion de la publication des  2 tomes (parus en 2006 et 2007) dans un même fourreau, je vous propose de découvrir une magnifique BD écrite par Laurent Galandon et dessinée par Arno Monin.

Voici le résumé d'après le site de Bamboo/Grand Angle :

 

"France, 1941. Jeune orphelin fasciné par les oiseaux, Simon vit dans une petite commune de campagne éloignée de la tourmente. Pourtant, comme une maladie que l'on ne sent pas venir, l'antisémitisme s'insinue jusque dans son quotidien pour lui rappeler qu'il est juif.
Confronté à la bêtise humaine, Simon va devoir fuir. Pourtant, où qu'il se trouve, la Dame Blanche apparaît : prédateur de mauvais augure ou ange gardien nocturne ?
De son village, en passant par un orphelinat, la fuite de Simon l'emmènera jusque dans les montagnes où il trouvera, auprès d'une étrange famille, un nouveau temps de paix. Mais la gangrène se propage rendant toujours plus provisoires les moments de répit.
Et ce que Simon croyait être une descente aux enfers ne fait que commencer..."

 

 Cette BD a été plusieurs fois primée, notamment à Angoulême et à Blois. Signalons également la sortie du premier tome de L'enfant maudit par les mêmes auteurs. L'histoire d'un "rejeton de boche" qui arrive à l'âge adulte en 1968. Si vous aimez les scénarios de Laurent Galandon (et les dessins de A. Dan), je vous invite à guetter la sortie début juin de Tahya El-Djazaïr dont je vous parlais hier.