Samarra


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"Searching For Sugar Man" un documentaire de M. Bendjelloul.

par vservat Email

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The wandering spirit of Detroit.

 

 

Detroit, entre aujourd’hui et hier. La brumeuse métropole de l’automobile triomphante, la capitale du travail à la chaine, l’antre des Big 3 (Ford, Chrysler et General Motors) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle qui s’était enflammée aux rythmes de la Northern Soul, à jamais associée au label Motown, est devenue une cité fantôme anéantie par le chômage, la pauvreté, et la crise immobilière.

class="MsoNormal" style="margin-bottom:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align: justify;mso-pagination:none;mso-layout-grid-align:none;text-autospace:none">Il y a pourtant un brasero qui brûle encore dans une de ces bicoques à moitié bancales, une guitare et une voix qui entonne ces quelques rimes :

 

Sugar Man, won’t you hurry

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">'Cos I'm tired of these scenes

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">For a blue coin won't you bring back

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">="font-size: medium; ">All those colours to my dreams"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Silver magic ships you carry"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Jumpers, coke, sweet Mary Jane"MsoNoSpacing" style="text-align:justify"> 

 

 

 

 

Ce que l’on entend a l’intensité et la noirceur d’un titre de Johnny Cash, la rondeur des productions soul de chez Motown. Caffey et Théodore, deux producteurs dont le carnet de bal ferait pâlir n’importe quelle lycéenne en route pour la soirée de fin d’année, racontent l’histoire de leur rencontre avec l’auteur interprète de « Sugar Man » en 1969.  Dans le fond d’un bar enfumé baptisé « the sewer », près du fleuve,  dans ces quartiers ouvriers peuplés de travailleurs du bâtiment ou de l’automobile qui oublient là leur dure journée de travail. Pour eux, c’est la révélation : ce type est plus fort que Dylan, aucun superlatif n’est assez fort pour dire ce qu’ils ont ressenti dès la 1ère écoute.

C’est signé pour un album, « Cold Fact ». Un deuxième suivra « Coming From Reality ». La force et le génie de leur auteur, nous disent-ils, réside dans son authenticité bien supérieure à celle des chanteurs engagés des 70’s. L’écouter est une expérience quasi religieuse qui vous fait immédiatement plonger dans la réalité sociale de la ville. Il est l’inlassable arpenteur des rues de Detroit dont il a su capter l’âme en  déambulant dans ses bars, ses terrains vagues, à la sorties des usines. L’homme partage le sort de ses habitants qu’ils soient manœuvres, ouvriers aux mains calleuses ou employés des chaines de montage. Il en couche sur le papier la vie ordinaire qu’il réenchante à l’aide de quelques accords de guitare. Ce « wandering spirit of Detroit » s’appelle Rodriguez.

 

Ces deux albums ont été des échecs cuisants, ils n’ont eu aucun succès aux Etats Unis, Rodriguez est un nobody des charts, il n’a laissé qu’un trou noir dans l’univers de la musique. On dit qu’il s’est immolé par le feu sur scène de dépit suite à un concert raté et une carrière qui n’a jamais décollé. D’autres prétendent qu’il a préféré sortir une arme et se faire sauter la cervelle devant son public. Une 3ème  version évoque l’overdose. Rodriguez laisse derrière lui deux albums, des éloges, des larmes et un grand mystère pour ceux qui ont cru pouvoir le lancer sur la route du succès. Restent de lui ce patronyme qui l’identifie comme mexicain et quelques photos floues. On en sait finalement si peu.

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Music is a weapon.

 

 

 

 

Cape town, Afrique du Sud. Au volant de sa voiture, Sugarman suit la route qui serpente le long de la côte. Etrange surnom pour un disquaire qui vit à l’autre bout de la terre, sous un climat beaucoup plus clément que celui de Detroit. Lui aussi veut nous parler de Rodriguez dont il a écouté et dupliqué les vinyles et dont il diffuse maintenant les cd.

Nous sommes renvoyés dans les années 80. L’apartheid n’a jamais été aussi étouffant, et l’Afrique du Sud aussi isolée. P. Botha peut bien faire preuve d’autoritarisme à la tv, rayer les noires galettes gravées de musiques et surtout de textes subversifs pour en empêcher l’écoute, son mode de gouvernement raciste, ségrégationniste et meurtrier est dans l’impasse. Boycotts, manifestations, affrontements le prouvent. Des stades aux ambassades, l’apartheid se heurte à un mur de plus en plus épais et condamne l’Afrique du sud à l’enfermement.

Au hasard d’un voyage des Etats Unis vers l’Afrique du Sud, le disque de Rodriguez arrive en terre d’apartheid. Les jeunes afrikaners sont subjugués par le pouvoir de contestation qui émane des textes, par la liberté de ton et de choix des sujets qui abordent la drogue ou le sexe, et la malhonnêteté des politiciens. Le disque est dupliqué, diffusé clandestinement. Il circule dans les milieux de la musique (disquaires et groupes amateurs qui jouent sur les campus s’en emparent). Une jeunesse désespérée par un projet politique qui ne leur offrant d’autre perspective que la haine se saisit des chansons de Sixto Rodriguez comme d’une arme, y puise la force de s’opposer à l’oppression. Rodriguez est alors plus célèbre que les Stones !

Lorsque l’apartheid disparait, l’œuvre de Sixto Rodriguez peut enfin être librement éditée. On est alors entré dans l’air du CD et notre disquaire Sugarman (de son vrai nom S. Segerman) écrit un petit texte pour le  livret d’accompagnement de l’album « Cold Fact ». Il se rend alors compte qu’il ne sait rien de Rodriguez (même pas son prénom les crédits des chansons en mentionnant 3 différents). Craig Bartholomew-Strydom journaliste local qui se sent une âme de détective, l’aide à ouvrir un site internet et, tous deux  se lancent à la recherche de l’auteur de Sugarman. On est au début de nos surprises…

 

Working class hero.

 

 

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La suite du documentaire n’est pas sans évoquer Cendrillon. Sixto Rodriguez est vivant, sa fille l’atteste par un message sur le site internet de nos deux enquêteurs sud africains. Rencontre, découverte pudique du musicien père de 3 filles qui confirment son identité, départ pour l’Afrique du Sud, limousines à la descente de l’avion, concerts à guichets fermés devant des foules nombreuses, galvanisées, dont les visages expriment une béatitude totale. La citrouille s’est transformée en carrosse, on a trouvé à qui appartenait la pantoufle de vair.

 

On en resterait là que cet émouvant et sincère travail relèverait de la mise en image d’un conte de fée sur fond de contexte politique et historique tendu. Ce ne serait d’ailleurs pas déshonorant, loin de là. Certains trouveront sans doute de quoi ironiser sur les turpitudes ridicules et la vanité de l’industrie musicale actuelle qui arrive à refourguer massivement et à bon prix des compositions formatées, aussi inanimées musicalement qu’aseptisées politiquement, tout en se plaignant du téléchargement illégal. Le documentaire, en creux, nous permet d’y réfléchir.

D’autres vont frémir à l’idée que Sixto Rodriguez, désormais sous le feu des projecteurs, se retrouve subitement happé par la bête, devenant la proie d’une industrie musicale qui l’a spolié des fruits de son succès sud africain mais qui pourrait voir en lui, le storytelling fabuleux de son récent parcours aidant, la prochaine poule aux œufs d’or. C’est légitime.

D’aucuns, à l’instar de Libération (1) dont il est toujours plaisant de noter les grandes préoccupations artistiques, vont aussi déplorer sur un ton acide que le documentaire ne pose pas les questions irrévérencieuses dont le quotidien français se serait sans aucun doute saisit : où sont passés les droits d’auteur de Sixto Rodriguez liés aux ventes sud africaines ? Il serait temps de s’en préoccuper non ? There’s no business like Show business.

Pourtant, tout ceci peut être rapidement balayé d’un revers de la main. En effet, hormis la découverte musicale que constituent les superbes compositions de Sixto Rodriguez, c’est surtout lui, qui illumine le film. Pas grâce aux paillettes de ses costumes de scène, pas du clinquant des robinets en or de sa maison, et encore moins du reflet des pare chocs rutilants de sa voiture ;  pas plus par  son verbe d’ailleurs qui reste hésitant, discret, simple.

Sixto Rodriguez vit dans une maison vétuste et inconfortable de Détroit, dans un quartier fantôme battu par les vents. Son bien le plus cher (en valeur monétaire autant qu’affective) est une guitare. Emmitouflé dans son manteau il peine à marcher dans les rues enneigées. Ombre qui déambule dans une ville fantomatique il est pour ses voisins un homme simple,  de labeur, apprécié des maçons et travailleurs du bâtiment du quartier à qui il inspire respect et sympathie, admiré par ses filles pour son humilité, sa générosité, son abnégation dans le travail. Ce que le récent succès lui a apporté, il le redistribue. Son mode de vie  frugal est resté aussi intact que son altruisme. S’il a rencontré tardivement le succès, il a déjoué tous les attendus du monde de l’industrie musicale. Il est resté cet âme errante de Detroit, porte parole des sans noms et des sans grades, et surtout l’un des leurs. Un working class hero, dont l’intégrité et l’humanité alimentent une création artistique troublante d’intensité.

Une braise toujours incandescente dans une ville à l'agonie.

  

 

 

Je dois remercier Olivier F. de m'avoir signalé ce documentaire qui lui a autant plus que moi et Laurence DC qui m'a persuadée d'aller user quelques kleenex dans une salle obscure.

 

Notes : 

(1) Lire l'article du supplément Next du journal.

L'Afrique du sud : ultime décolonisation africaine.

par blot Email

Suite (épisode 1 et 2) et fin de notre série consacrée aux décolonisations de l'Afrique noire.

Il y a vingt ans, le 11 février 1990, Nelson Mandela était libéré après 27 années de prison. Au delà de l'émotion, cet épisode peut-être considéré d'un certain point de vue comme l'ultime décolonisation africaine. Plongeons nous sans plus attendre dans l'histoire sud-africaine.

 

 

La population de l'Afrique du sud s'avère particulièrement bigarrée ce qui s'explique par son histoire mouvementée. En effet, la conquête coloniale de ce territoire se déroule par étapes:

- Au XVème siècle, les populations noires indigènes (San et Khoi depuis le Ier millénaire av. JC, mais aussi des Bantous) sont confrontées aux navigateurs Portugais, à la recherche d'une nouvelle Route des Indes (depuis que la conquête de Constantinople par les Turc rend la Méditerranée orientale peu sûre). En 1488, Bartolomé Dias atteint le Cap de Bonne Espérance. A la Noëlle 1497, Vasco de Gama accoste sur les côtes orientales du pays qu'il baptise Natal (Noël en portugais). Aux navigateurs succèdent bientôt des colons.

 

Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

 

- Les Hollandais supplantent bientôt les Portugais et fondent le Cap, en 1652, qui devient une escale pour la Compagnie des Indes orientales, à mi-chemin entre la Hollande et les comptoirs néerlandais de Java. Pour permettre le développement agricole du territoire, la compagnie maritime, de concert avec Jan Van Riebeeck gouverneur du Cap, favorise l'immigration de colons européens: Hollandais bien sûr, mais aussi des Allemands et des Huguenots français qui fuient les persécutions religieuses. Ce sont ces colons européens, majoritairement constitués d'agriculteurs néerlandais, que l'on appelle les "Boers" («paysan» en néerlandais). Ces populations perdent rapidement contact avec leurs pays d'origine et se considèrent dès lors comme un peuple de l'Afrique à part entière revendiquant l'appellation d'Afrikaners. Le main d'oeuvre agricole incite bientôt la compagnie des Indes orientales à importer des esclaves depuis l'Angola, le Mozambique ou Madagascar. Le brassage de populations très diverses conduit à un important métissage entre Européens et Africains (leurs descendants sont appelés coloured people).

 

- A partir de la fin du XVIIIème siècle, les Britanniques s'intéressent de près à la région du Cap et recherchent à leur tour un poste de ravitaillement sur la route des Indes où ils sont implantés depuis peu. Dans un premier temps, les Boers considèrent les colons britanniques comme des alliés possibles dans leurs luttes contre les Xhosas (une population bantoue). Mais très vite, ils deviennent gênants puisque la Colonie du Cap passe sous souveraineté britannique, y entraînant du même coup l'abolition de l'esclavage en 1833. Or, les paysans boers utilisent une importante main d'oeuvre servile. L'emprise britannique sur le Cap est ainsi considérée comme une véritable remise en cause de la société boer, qui par réaction, se replie sur son identité afrikaners. L'hostilité grandit entre les Afrikaners et les Anglais.

 

 

 Les Afrikaners décident de migrer vers l'intérieur du continent afin d'échapper à la tutelle britannique. Ainsi, en 1836, 5000 Afrikaners environ partent à la conquête de nouvelles terres. Ils fondent ainsi l'Etat libre d'Orange (entre les fleuves Orange et Vaal), puis le Transvaal (au nord du Vaal) et enfin le Natal à l'est de la chaîne du Drakensberg. Ils y maintiennent une société esclavagiste particulièrement conservatrice. Convaincus d'être un "peuple élu", ils se replient sur leurs nouvelles "terres promises".

 

Après des tentatives pour conquérir ces territoires, les Anglais finissent par reconnaître les Etats boers: le Transvaal en 1852, puis l'Etat libre d'Orange en 1854. A cette date, 4 établissements blancs existent en Afrique du Sud: la colonie du Cap et le Natal, qui relèvent de l'autorité anglaise, et les deux Républiques  boers indépendantes. Toutes aspirent à s'étendre et ne tardent donc pas à rentrer en conflit avec les populations noires. La lutte pour la terre entraîne alors une série de guerres (guerres cafres) contre les Xhosas et les Zoulous. Mais bientôt l'antagonisme entre Boers et Britanniques l'emporte, en raison notamment de la découverte de richesses minières (diamants à Kimberley en 1867, or dans le Transvaal 20 ans plus tard)  qui relance l'intérêt britannique pour la région et attise de nouveau les rivalités.

Les gisements d'or font de la République du Transvaal la partie la plus dynamique de l'Afrique du Sud. Le gouvernement anglais de Disraeli, partisan d'une politique coloniale active, le comprend très vite et annexe les deux Républiques Boers en 1877. Quelques années plus tard, ces derniers, emmmenés par Paul Kruger, se révoltent et déclenchent la première guerre des Boers, en 1881. Finalement, le gouvernement britannique Gladstone restaure l'indépendance du Transvaal par la Convention de Pretoria (avril 1881). Deux ans plus tard, la découverte de nouveaux gisements d'or au Grand Reef (dans le Transvaal) déclenchent une nouvelle ruée vers l'or qui assure l'essor et la prospérité de Johannesburg. Le coeur économique de l'Afrique du Sud s'est donc déplacé du Cap vers le Transvaal. Les Anglais redoutent désormais que les importantes exportations de la région ne leurs échappent (via le port de Louranço Marques au Mozambique).

 

 

Désormais, il existe un réel conflit d'intérêt entre Le Cap et le Transvaal. Le Britannique Cecil Rhodes, directeur de la compagnie Or et Diamants De Beers, devient alors l'artisan zélé d'un projet britannique qui vise à relier l'ensemble de ses colonies africaines allant du Cap jusqu’au Caire. Il finance ses entreprises d'expansion britannique en Afrique australe grâce aux fonds de la Compagnie Britannique d'Afrique du Sud (la BSAC) qu'il a fondée en 1889. En 1895, il tente de renverser le gouvernement du Transvaal. L'expédition vire au fiasco. Le gouverneur et haut-commissaire anglais en Afrique du Sud, Alfred Milner, prend son relais et tente de convaincre Kruger (élu pour la quatrième fois président du Transvaal en 1898) de collaborer avec lui. En vain. Londres utilise un prétexte (mauvais traitements infligés aux mineurs anglais dans le Transvaal) pour déclencher à nouveau les hostilités contre les Boers. La deuxième guerre des Boers dure de 1899 à 1902 et se solde par l'annexion des Républiques Boers par les Anglais.Si les Britanniques remportent facilement les batailles à la régulière, ils doivent affronter une longue guérilla très meurtrière. Les Afrikaners se replient sur leur identité culturelle qui repose en premier lieu sur la langue . Désormais l'afrikaans supplante chez eux le néerlandais.

 

 

Finalement, l'indépendance de l'Union sud-africaine intervient en 1910 (membre du Commonwealth). Pretoria devient la capitale administrative et Le Cap la capitale législative. A la tête du Suid-Afrikaanse Partij, l'ex-général des Boers, Botha, devient le premier ministre. Les Afrikaners parviennent donc à s'imposer à la tête du nouvel Etat.  Soucieux de récupérer les pouvoirs politique et économique, ils renforcent la ségrégation entre les peuples. Presque tous les Blancs adultes obtinrent le droit de vote à la différence des Sud-Africains noirs. La loi sur la propriété foncière de 1913 impose une répartition du sol particulièrement injuste. Les populations noires, largement majoritaires (70% de la population), se voient cantonnées dans des « réserves indigènes » qui ne forment que 7 % de la superficie du pays. Ailleurs, l'accès à la propriété foncière leur est interdit.

 

Progressivement, tout un arsenal juridique organise une stricte séparation des populations aboutissant à l'exclusion politique et économique:

- en 1923, les Africains n'ont accès aux villes qu'à condition d'y posséder un emploi.

- en 1926, l'accès aux emplois qualifiés dans l'industrie leur est interdit.

L’aboutissement de ce processus d'exclusion intervient avec l'arrivée au pouvoir en 1948 du Parti National de Daniel Malan. Ce mouvement ultranationaliste impose alors l'apartheid ("séparation" en afrikaans). Ce système politique, et juridique repose sur la stricte séparation des Blancs et des non-Blancs, assurant l'hégémonie d'une petite minorité blanche sur le reste de la population (piste audio n°1 ci-dessous).

 

Une des nombreuses plaques apposées sur les lieux publics en Afrique du sud au temps de l'Apartheid.

 

* Au cours des années 1950, une série de lois et ajustements juridiques permettent de contrôler la population:

- Le population registration act (loi d'enregistrement de la population) de 1950 aboutit à la classification, sur des bases raciales, de la population. Quatre groupes sont distingués: les Blancs, les Coloured People (métis), les indiens et les Noirs qui deviennent des étrangers à l'intérieur de leur propre pays.

- La prohibition of mixed mariages interdit les mariages inter-raciaux (1949) , tandis que l'immorality amendment act prohibe aussi les relations sexuelles.

- La reservation of separate amenities act (loi sur la séparation des équipements publics de 1953) aboutit à la ségrégation dans tous les lieux publics (transports, écoles, hôpitaux, cimetières...). On parle de Petty apartheid.

Une corde sépare Blancs et Noirs dans un stade.

 

- Le Group aeras act conduit à une ségrégation spatiale implacable puisqu'il détermine, pour chaque groupe racial, une zone d'habitation. Pour les Noirs sont ainsi créés 10 homelands ("patries") ou bantoustans, régions rurales bien délimitées qui se transforment en "réserves" indigènes prétendument autonomes. Ces Etats n'ont aucune viabilité économique, leurs frontières contournent les mines et les terres arables, et ils n'ont aucune continuité territoriale. Bernard Droz (voir sources) rappelle que" les Bantoustans répondent à un triple objectif: freiner la mobilité géographique de la main d'oeuvre, et par là son insertion urbaine; atténuer les tensions en permettant à une élite noire d'accéder à des responsabilités, entraver et diviser le nationalisme noir en ranimant la diversité ou les hostilités ethniques". Cette mesure (Grand Apartheid) réserve l'immense majorité du territoire (les meilleures terres) à la minorité blanche.

 L'Afrique du sud au temps de l'apartheid (source: atlas historique).

 

Il convient d'ajouter à ce dispositif législatif l'apartheid urbain, qui oblige les Noirs à vivre à l'écart des villes, dans des agglomérations de petites habitations, les townships, dont Soweto (acronyme de South West Townships), constitue l'archétype (piste 4). A 16 ans, tous les Noirs doivent posséder un pass qui détermine où ils peuvent vivre, travailler. La législation réglemente ou interdit en effet les déplacements intérieurs.

Maisons dans le township de Soweto. Ce quartier -au départ simple appendice de Johannesburg- s'est rapidement transformé en un gigantesque lotissement formé de plus de 90 000 petites maisons cubiques identiques appelées matchboxes ("boîtes d'allumettes"). 

 

Sous couvert d'anticommunisme, les gouvernements successifs autorisent la répression de toute activité d'opposition. La loi sur le terrorisme (1967), terme à la définition particulièrement élastique dans la loi, légalise les mesures d'exception (état d'urgence, couvre-feu...) et conduit le pays dans une dérive totalitaire. De fait, la classification des individus selon des critères raciaux, l'emprise de l'Etat sur l'individu, jusque dans la sphère la plus intime; les déplacements de personnes dans des territoires réservés ne manquent pas de faire songer à l'Allemagne nazie, même si évidemment la comparaison s'arrête là.

 

 

La photo, en noir et blanc, a fait le tour du monde, symbole de la brutalité du régime d'apartheid: Hector Pieterson, écolier abattu par la police le 16 juin 1976, première victime du soulèvement de Soweto, gît dans les bras d'un plus grand que lui, en larmes.

 

La politique d'Apartheid entraîne une contestation intérieure importante. C'est particulièrement vrai après la nomination de Hendrick Frensch Verwoerd comme premier ministre en 1958. Toute tentative de remise en cause du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc, qui maintient de fait les populations noires dans la misère et la marginalité. Ces injustices contribuent ainsi à gonfler les rangs de l'ANC.

 

L'African National Congress (créé en 1912) anime la lutte des Noirs depuis soixante ans et se renforce avec l'accession à sa tête d'une génération de jeunes gens déterminés au cours des années 1940, en particulier Oliver Tambo, Nelson Mandela, Walter Sisulu. L'ANC opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire. En 1952, avec le South African Indian Congress (organisation populaire auprès des importantes populations indiennes du pays), l'ANC orchestre la Defiance Campaign against injust Laws. Ce mouvement de désobéissance civile fustige en particulier les Pass Laws, ces lois interdisant les déplacements des non-Blancs à l'intérieur du pays (ils ne peuvent ainsi quitter les terres appartenant aux Blancs, et sur lesquelles beaucoup travaillent, pour émigrer vers les villes). Le mouvement se prolonge en 1953, mais il est rudement réprimé.

Oliver Tambo et Nelson Mandela, en 1962.

 

 

En réaction, l'ANC organise en 1955, à Klipfontein près de Johannesburg, un "congrès du peuple", au cours duquel est adoptée la "Charte de la liberté", qui sert dès lors de plate-forme pour l'ANC. Cette charte repose sur quelques principes intangibles:

- égalité raciale,

- la démocratie,

- nationalisation des grandes entreprises,

- réformes agraires,

- instauration d'un salaire minimum...

 

L'influence grandissante de l'ANC inquiète bientôt les autorités qui durcissent la répression. Une série de procès intentés aux leaders du mouvement s'engage. Entre-temps, une scission se forme au sein de l'ANC. Un groupe dirigé par Robert Sobukwe s'inquiète de l'influence des "communistes" sur la politique du mouvement. Expulsé de l'ANC en 1958, il fonde le Pan-Africanist Congress (PAC), favorable au nationalisme africain.

 

Massacre de Sharpeville en mars 1960.

 

En 1960, le gouvernement prépare un référendum sur la transformation du pays en République et sur la sortie du Commonwealth. L'ANC et le PAC, taisent alors leurs différences, pour organiser d'importantes manifestations pour obtenir des augmentations de salaires et la suppression des Pass Laws. Le 21 mars, alors que 300 000 Africains se dirigent vers le Parlement du Cap, la police ouvre le feu et abat 69 habitants de Sharpeville. Le mouvement de contestation prend une ampleur colossale. Les autorités décident alors d'interdire l'ANC et le PAC. Pour la première fois, la communauté internationale sort de son apathie et condamne le massacre de Sharpeville.

 

 

 

Les leaders de l'ANC, contraints à opérer dans la clandestinité, tirent les enseignements du drame et abandonnent la résistance passive pour la lutte armée. En 1962, la police arrête une partie de la direction clandestine de l'ANC, notamment Nelson Mandela, qui fait désormais figure de dirigeant de l'organisation. Le procès de Rivonia, en 1964, condamne Mandela et 7 autres co-accusés à perpétuité dans la prison de Robben Island, au large du Cap. Les partisans de l'ANC et du PAC qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet s'exilent dans les pays limitrophes, notamment en Zambie, en Tanzanie. L'éloignement limite leur influence sur le plan local. En éliminant la direction de ces organisations, les autorités s'assurent une relative tranquillité pour une dizaine d'années, même si, tout au long de cette période des militants sont constamment arrêtés puis incarcérés sans procès.

 

En 1966, le premier ministre Hendrik Verwoerd se fait poignarder par un huissier au Parlement. B. J. Vorster lui succède et continue de bâillonner toute forme d'opposition. A partir des années 1970, le gouvernement décide d'accélérer le processus d'"indépendance" des bantoustans. L'objectif est de priver tous leurs habitants de leur citoyenneté sud-africaine.

 

Steve Biko.

 

L'annonce que l'afrikaans devient obligatoire dans les écoles suscite une immense colère dans les townships. Soweto s'embrase le 16 juin 1976. En réalité, les causes de ces révoltes sont bien plus profondes. Le Mouvement de la conscience noire animé par Steve Biko semble l'instigateur de cette explosion de colère. Pendant 18 mois, , les lieux publics sont incendiés, les voitures brûlées, les commerces pillés. De proche en proche, la fièvre gagne bientôt les quartiers résidentiels métis et indiens. Une terrible répression s'abat de nouveau sur le pays. Les services de sûreté arrête Steve Biko le 18 août 1977. Il mourra 26 jours plus tard des suites des blessures qui lui sont faites lors de son interrogatoire (piste 2, 3).

 

Cette répression policière dans les townships révoltés aura néanmoins de fortes répercussions:

- elle frappe le monde entier avec des clichés qui font le tour du monde. On relève entre 600 et 1000 morts. L'opinion internationale prend enfin véritablement conscience de la nature du régime.

- De jeunes militants fuient le pays et rejoignent les rangs de l'ANC en exil, ce qui contribue à galvaniser le mouvement après l'atonie de la décennie précédente. L'organisation, désormais dirigé par Oliver Tambo, multiplie les attaques sur le front militaire. Il sabote des installations statégiques. Surtout, elle parvient enfin à obtenir des relais au sein de la communauté internationale qui prend des mesures fortes (sanctions économiques, embargo sur les armes, boycotts des rencontres culturelles et sportives).

 

 

Le 21 juin 1976, des émeutiers utilisent des voitures en guise de barricade ( Keystone/Getty Images).

 

* A l'intérieur du pays, l'opposition noire réapparaît progressivement.

- Bien qu'interdits, les syndicats deviennent très puissants à l'instar du Congress of South African Trade Unions (COSATU).

- les leaders religieux tels que Allan Boesak ou l'archevêque anglican Desmond Tutu prennent la parole au nom des Noirs et se font l'écho de leurs aspirations.

- en 1985, une fédération de mouvements anti-apartheid, proches de l'ANC, forment l'United Democratic Front.

Les pays de la "ligne de front" (cf: le Dessous des cartes).

 

 

Incontestablement à partir des années 1980, si la situation s'est décantée dans le reste de l'Afrique australe, le régime de l'apartheid, bien que fragilisé, semble encore solide. Pourtant, c'est aussi au cours de cette décennie que la mobilisation anti-apartheid prend une dimension internationale. Les projecteurs se braquent désormais sur l'Afrique du sud. En 1984, l'archevêque anglican Desmond Tutu reçoit le Prix Nobel de la Paix, pour son action contre le régime. L'isolement des autorités sud-africaines grandit. Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. Le Zimbabwe accède à l'indépendance en 1980. En exil, les leaders de l'ANC poursuivent la lutte depuis les "pays de la ligne de front" (pistes 2 et 7). L'ANC renforce ses camps d'entraînements en Angola, au Mozambique, en Zambie et en Tanzanie et développe des missions diplomatiques en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. Il faut dire que depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, le gouvernement sud-africain ne peut plus se targuer de constituer le dernier rempart contre le communisme en Afrique australe. Ses soutiens occidentaux l'abandonnent. 

L'embargo économique décrété par l'ONU se durcit fortement et contribue à l'asphyxie du pays qui avait pu jusque là vivre en relative autarcie. La situation économique est aggravée aussi par de grandes grèves menées par la COSATU, le syndicat des travailleurs noirs. La révolte intérieure se généralise au milieu de la décennie, animée notamment par l'United Democratic Front (sorte de vitrine légale de l'ANC toujours interdit) et sa branche armée, "la lance de la nation" qui opère depuis les pays de la "ligne de front". Tous ces éléments expliquent aussi que la campagne internationale en faveur de la libération de Mandela prenne une ampleur sans précédent (piste 5).
 

 

Affiche de la COSATU, en 1989.

   

A la fin des années 1980, la minorité blanche au pouvoir doit lâcher du lest sous la pression de plusieurs pays occidentaux, notamment les Etats-Unis. Des négociations secrètes s'ouvrent donc à l'initiative de Nelson Mandela (auquel s'associe Oliver Tambo, président de l'ANC en exil en Zambie). L'arrivée au pouvoir de Frederik De Klerk en 1989 accélère le processus de sortie de l'apartheid. Membre du parti national, cet Afrikaner se persuade de mener des réformes indispensables. Il est alors mis sous pression par la poussée électorale de l'extrême droite qui recueille 30% des voix. Par la déclaration de Harare, l'ANC se dit prêt à négocier sous condition: levée de l'état d'urgence, libération des prisonniers politiques, légalisation des organisations dissoutes, suspension de la peine de mort. 

 

 

Nelson et Winnie Mandela le jour de la libération du grand leader sud-africain.

 

Après 26 ans d'incarcération, Mandela est libéré le 11 février 1990. L'année 1991 voit l'abrogation de la plupart des lois de l'apartheid. Pour autant, le plus dur reste à faire. La minorité blanche n'entend pas se dessaisir du pouvoir à n'importe quel prix. La transition démocratique s'opère dans un climat de grandes violences politiques attisées par les ultanationalistes blancs qui multiplient les attentats, mais aussi par l'Inkhata, une organisation zulu militant pour une restauration monarchique dans le bantoustan du Kwazulu. Elle enclenche un cycle de violences avec les partisans de l'ANC. Mandela redoute toute forme de séparatisme et reste attaché à une vision unitaire de la future nation. Le pays est au bord de l'explosion, l'état d'urgence est réinstauré. Malgré tout, ces violences n'enrayent pas le processus de négociation en cours. Un compromis est enfin trouvé et permet l'adoption d'une constitution intérimaire en décembre 1993. Ainsi, les membres du gouvernement sortant restent associés à la gestion des affaires pendant 2 ans à partir des élections. Il convient en effet de ménager les Blancs qui détiennent toujours le pouvoir économique.

 

Avril 1994, Nelson Mandela vote lors des premières élections démocratiques dans le pays.

 

Lors des premières élections libres et multiraciales d'avril 1994, l'ANC rassemble 63% des suffrages. Le 10 avril 1994, Nelson Mandela devient le premier président noir du pays. Il choisit aussitôt deux vice-présidents, Thabo Mbeki, issu de son parti, et Frederik De Klerk, issu de la minorité blanche et précédent chef du gouvernement. Enfin, il nomme un gouvernement d'union nationale. De Klerk et Mandela reçoivent conjointement le prix Nobel.


 

Frederik De Klerk et Nelson Mandela.

 

Forcément, 50 ans d'un régime aussi terrifiant que celui de l'apartheid laisse des traces profondes dans les esprits, aussi la Commission vérité et réconciliation présidée par l'archevêque anglican Desmond Tutu en 1996-1997 a pour mission de faire la lumière sur les crimes de l'apartheid.

 

Conclusion:

 

Il est assez remarquable de constater qu'après un demi-siècle d'apartheid, régime au combien brutal et destructeur, l'Afrique du sud a réussi sa transition démocratique. Certes, tout n'est pas rose dans la nation arc-en-ciel. Le pays est ravagé par une insécurité endémique, des inégalités sociales énormes subsistent, des problèmes sanitaires majeurs liés notamment au sida frappent la société sud-africaine. Pour autant, le pays bénéficie d'une certaine stabilité et n'a pas sombré dans le chaos comme tant d'observateurs le redoutaient. On doit incontestablement cet état de fait à la personnalité exceptionnelle de Mandela (piste 5, 6, 7, 8). Fr. X. Fauvelle-Aymar (voir sources) rappelle à ce propos:

"Il faut dire (...) ce que ce tour de force doit à la personnalité et à la vision politique de Nelson Mandela, héros de la lutte des Noirs contre l'apartheid durant un quart de siècle, et qui sut acquérir dans les années 1990, auprès de ses concitoyens blancs, une popularité due en partie à sa rhétorique consensuelle et à son action volontariste dans un registre symbolique et identitaire auquel les Afrikaans étaient particulièrement sensibles [...]. De même, le "geste" politique consistant à ne pas briguer de second mandat en 1999 permit à la figure inentamée du père de la nation de conserver un prestige moral sans égal, à l'heure où les chefs d'Etat de certains pays africains avaient sans discontinuer présidé aux destinées de leur pays depuis les années 1970."

Cette libération suscite une allégresse immense dans toute l'Afrique, elle représente un signal fort de liberté et de justice pour tout le continent.

 

Nelson Mandela et Desmond Tutu.

 

L'apartheid a des répercussions immenses sur la vie quotidienne. Les musiciens et chanteurs furent, comme les autres, victimes de cette politique ségrégationniste. Les musiques jouées par des Noirs furent boudées par les grands médias nationaux. La censure prive aussi de nombreux chanteurs d'une notoriété pourtant méritée. Des circuits commerciaux séparés tentèrent aussi de cloisonner "musiques blanches" et "musiques noires". Pour autant, quelques chanteurs se firent d'inlassables dénonciateurs du régime oppressif.

 

 

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La lutte contre l'apartheid et la haute figure morale de Nelson Mandela inspirent de nombreux musiciens. L'impact de la musique, son caractère fédérateur ne saurait être négligé. Les textes forts de nombreux morceaux contribuent indirectement, à leurs niveaux, à une prise de conscience de la sitution politique en Afrique du sud, dès les années 1970 dans le reggae ou au cours des années 1980 par le biais de la musique rock.

D'innombrables chansons ont donc pris pour thème Mandela et l'apartheid. Citons parmi les gros succès: "Soweto blues" par Miriam Makeba, "l'Esclave" de Papa Wemba, "Sisi Mandela" du Congolais Tabu-Ley Rochereau, "Soweto" de Sam Mangwana, "Apartheid" par Xalam, "Apartheid is nazism" d'Alpha Blondy, "Biko" de Peter Gabriel, "Mandela day" des Simple Minds, Brenda Fassie "black president"... la liste est loin d'être exhaustive. Ci-dessous, 7 autres morceaux plus ou moins connus:

 

1. Ras Menelik: Chant down apartheid". Le reggae est une musique de combat qui fustige l'oppression et le racisme. Le régime de l'apartheid devint donc une des cibles favorites des musiciens jamaïcain ou africain comme le prouve le morceau du reggaeman nigérian Sonny Okosum. 

2. Sonny Okosun: "Fire in Soweto".

Pochette du disque "Fire in Soweto" de Johnny Okosun, reggaeman nigérian.

3. Tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)". Steven Biko est un jeune militant charismatique qui meurt en détention le 12 septembre 1977. Peter Gabriel lui rend un poignant hommage avec son morceau "Biko". A Tribe Called Quest propose ici un rap très réussi.

4. Super Diamono de Dakar: "Soweto". La superstar sénégalaise du mbalax, Omar Pené et le super diamono dénonce l'oppression dont sont victimes les Noirs entassés dans les townships.

5. Specials: "Nelson Mandela". Ce morceau écrit par Jerry Dammers, leaders des Specials, en 1984, s'impose comme un chant de ralliement pour la communauté internationale, enfin prête à mettre sous pression le système de l'apartheid. Un élan de compassion apparaît pour le plus ancien prisonnier politique de la planète en Europe et aux Etats-Unis où Mandela restait alors largement méconnu du grand public. D'autres chanteurs anglo-saxons tels que Jeff Beck, Eric Clapton, Phil Collins ou Sting soutiennent alors l'action d'amnesty international.

 

Le 11 juin 1988, le stade de Wembley à Londres accueille les plus grandes stars internationales pour un concert géant en l'honneur de Nelson Mandela. A 70 ans, ce dernier reste enfermé dans sa cellule de Pollsmoor dans la banlieue du Cap. En septembre 1988, Amnesty International organise une tournée mondiale à laquelle participent Peter Gabriel, Bruce Springsteen, Tracy Chapman, Sting et Youssou N'Dour pour le respect de la déclaration universelle des droits de l'Homme. Les protagonistes du concerts de 1988 se réunissent de nouveau dans le stade de Wembley en 1990, en présence de Nelson Mandela, tout juste libéré.

6. Johnny Clegg et Savuka: "Asimbonanga" (1987). En 1986, Johnny Clegg fonde le groupe Savuka ("nous nous sommes levés") qui rencontre un succès international, notamment en France, grâce au totre "Asimbonanga", un titre hommage à Nelson Mandela. La chanson se voit immédiatement interdite d'antenne dans son pays. Peine perdue, Asimbonanga devient l'hymne de la résistance portée à l'échelle internationale. Condamné à la prison à vie en 1964, le nom de Nelson Mandela doit être oublié. "Nous ne l'avons pas vu" (traduction littérale d'Asimbonaga), dit le refrain en zoulou. Dans l'un des couplets, écrits, eux, en anglais, Clegg évoque Steve Biko, Victoria Mxgengen, Neil Agget, des militants de la lutte anti-apartheid assassinés.



Johnny Clegg et Sipho Mchunu.

7. Youssou N'Dour: "Nelson Mandela". Le chanteur sénégalais, très inmpliqué dans la lutte pour le respect des droits de l'Homme dans le monde aux côtés d'Amnesty International, dédie son morceau à Mandela.

 

8. Discours de Nelson Mandela lors de sa libération suivi de commentaires de l'historien Elikia MBokolo.

 

Sources:

Cet article est basé sur une série de d'articles de l'histgeobox consacrés à l'histoire de l'Afrique du Sud. Mais il est largement étoffé et complété grâce aux ouvrages ou émissions suivants ...

  • Henri Wesseling, Les empires coloniaux européens. 1815-1919, folio histoire, 2004.
  • L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006.
  • E. Melmoux et D. Mitzinmacker, Dictionnaire d'histoire contemporaine, Nathan, 2008.
  • L'Afrique enchantée: "l'Afrique du sud: on dit quoi?".
  • Bernard Droz, Histoire de la décolonisation, Point, Le Seuil.
  • Les émissions du dessous cartes consacrées à l'histoire de l'Afrique du Sud: "une nation arc en ciel" et "la transition post-apartheid".
  • Odile Goerg, L'Afrique XVIIIè-XXIè siècle, Junior Histoire, Autrement, 2005.
  •  L'épopée des musiques noires sur RFI: "Mandela day".
  • Frank Tenaille, Le swing du caméléon, Actes sud, 2000.

 

 

Liens:


* Sur Samarra et l'Histgeobox:

 

 

* Ailleurs sur la toile:

 

"Salut aux combattants de la liberté."

par blot Email


Sharpeville, le 21 mars 1960. Des manifestants fuient devant la police.

 

Dans l'article précédent, nous avons définit le système de l'apartheid et l'arsenal juridique qui l'accompagne.

 

 

La politique d'Apartheid entraîne une contestation intérieure importante. C'est particulièrement vrai après la nomination de Hendrick Frensch Verwoerd comme premier ministre en 1958. Toute tentative de remise en cause du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc, qui maintient de fait les populations noires dans la misère et la marginalité. Ces injustices contribuent ainsi à gonfler les rangs de l'ANC.

 

 

L'African National Congress (créé en 1912) anime la lutte des Noirs depuis soixante ans, or l'organisation se renforce avec l'accession à sa tête d'une génération de jeunes gens déterminés au cours des années 1940, en particulier Oliver Tambo, Nelson Mandela, Walter Sisulu. Il opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire.

 

Lire la suite de l'article sur l'Histgeobox.

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