Samarra


Catégorie: Sculpture

Ron Mueck, créateur d'humains

par died Email

Ron Mueck créateur d'humains

 
Vieux débat que celui de la sculpture réaliste.....
Pourquoi singer la nature ? On accusait un temps, Rodin de faire des moulages et de ne pas vraiment sculpter ses œuvres.
Aujourd'hui, il existe un courant de la sculpture hyper-réaliste qui produit à des tailles différentes la figure humaine comme un univers encore inexploré ou mal connu.

Parmi ces artistes qui rencontrent un certain succès, Ron Mueck (né en 1958) est australien mais travaille en Angleterre. Il débute sa carrière en tant que créateur de marionnettes pour le cinéma et la télévision. Il a travaillé un temps pour le célèbre Muppet Show ! 
C'est en 1997 qu'il fait sensation en exposant une sculpture de son père mort (Dead Dad)....



Depuis cette date, ces sculptures petites ou monumentales déclinent le thème de l'Homme de la naissance à la mort....Le choix des figures présentées dénote d'une véritable originalité dans le traitement et dans le choix des postures. Bien sûr comme avec Duane Hanson, le spectateur est fasciné d'abord par la force de la ressemblance avec la réalité mais aussi l'étrange mimèsis qu'il réussit à modeler lui donnant le pouvoir magique  du Créateur....

 

Mais l'attrait de ce sculpteur ne s'arrête pas à cette prouesse technique et artistique.... Il interroge le spectateur sur la vie, le temps qui passe, le corps qui se transforme, qui se dégrade...Il interroge les formes, la matière de ce corps....
La force du détail est aussi de nous amener à regarder l'anatomie complexe et sans cesse renouvelée du corps humain qui est un monde en soi.


Sa femme enceinte de plus de 2 m est tout à fait saisissante : debout, les bras relevés sur sa tête, le visage légèrement grimaçant et le corps tendu montre ici un "corps extrême" dans sa représentation.





Et puis l'artiste développe aussi une approche sans concession du corps, sans être féroce, il présente la réalité de celui-ci sans rechercher, ni la beauté, ni l'harmonie, ni même une once de compassion. Le corps à l'état brut avec une certaine crudité, une impudeur qui me fait penser à Lucian Freud.
Homme assis de Ron Muek                                                Homme nu de dos, Lucian Freud
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                


 

 

 


Pour aller plus loin



Ron Mueck - Sculpteur hyperréaliste par fabiennedes


JC Diedrich

Messerschmidt, figures et caractères grimaçants

par died Email

 


 


Jusqu'à présent Messerschmidt était pour moi, un ingénieur de l'aéronautique allemand dont le génie a permis pas mal de belles victoires à un certain Adolf....Oublions ces épisodes fâcheux et concentrons-nous sur un sculpteur mis à l'honneur par le Louvre depuis janvier.
Franz Xaver Messerschmidt né en Bavière en  1736 est un sculpteur atypique, longtemps oublié qui est redevenu à l'honneur ces derniers temps. Il est à l'origine d'une série de sculptures, d'autoportraits appelée "têtes de caractères".
Il s'inscrit à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne en 1755 et devient rapidement un sculpteur de la Cour. Ces deux premiers bustes sont celui de l'impératrice Marie-Thérèse et de François Ier.
Son succès est précoce, il réalise une série de buste des grands de la Cour, dont par exemple le futur empereur Joseph II. Il enseigne comme professeur assistant à l'Académie des Beaux-Arts.

  
Mais sa carrière prend un mauvais tournant, il ne reçoit pas le poste à l'Académie qui lui était promis en raison de ses troubles cérébraux. Sa position décline et on lui reproche son style trop classique qui s'inspire trop directement de l'Antiquité. IL tente alors sa chance à Munich mais il n'y réussit pas plus. Il se retire alors à Presbourg avec son assistant et mène alors une existence isolée de tout.
 
 
A sa mort en 1783, son frère vend une série de 49 têtes dites de caractères à un cuisinier de Vienne qui les expose dans son restaurant.  Dix ans plus tard, elles sont exposées à l'hôpital communal. Désormais, ce sont les médecins, les psychiatres qui s'intéressent à ces têtes de caractère.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



 
A la fin du XIXe siècle, la collection est dispersée mais l'avant-garde viennoise s'intéresse enfin à ces têtes plus pour des raisons artistiques que psychiatriques.  Elles deviennent de véritables icônes dans le milieu viennois. 
En 1932, la publication d'un article de l'historien d'art et psychanalyste Ersnt Kris renforce encore l'intérêt des deux communautés (artistiques et scientifiques) pour ce groupe d'une  petite cinquantaine de statues grimaçantes.
 
 
Pourquoi toutes ces grimaces ? Pourquoi autant d'autoportraits grimaçants ?
Beaucoup interprètent ces effigies comme une représentation de la douleur physique, somatique et psychique de Messerschmidt. Une expression de ses démons, de ses tourments voire de ses hallucinations. Elles seraient en fait, une sorte de transfiguration de sa souffrance psychique. Ces autoportraits qu'il n'a jamais souhaité vendre, sont ainsi des prothèses avec lesquelles il conjurait ses démons et tentait de se réapproprier sa personnalité. 



Aussi, ce qui bouleverse dans cette série de portraits, c'est autant la maîtrise absolue de son art que ses souffrances intérieures qui se lisent sur les multiples facettes sculptées de ce même visage.

Jean-Christophe Diedrich