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Tags: asie orientale

Pyongyang en BD, Guy Delisle au royame d'Ubu

par died Email

 

Guy Delisle est un dessinateur/animateur québecois de grand talent http://www.guydelisle.com/  (voir en particulier ces carnets de croquis). Il a publié une série d'albums remarqués sur des pays dans lesquels il s'est rendu pour son travail. Shenzhen, la Birmanie et Pyongyang.



Animateur, la mondialisation et les délocalisations du travail l'ont amené à se rendre par exemple en Corée du Nord. Il a décidé de rédiger une chronique drôle de ces observations lors de son séjour. On peut dire qu'il appartient à ce nouveau courant de la BD, le BD-journalisme à l'instar de Joe Sacco par exemple. 
D'ailleurs Delisle a passé une année à Jérusalem et il en a fait une chronique sur un blog, peut-être que ce séjour donnera également lieu à un nouvel opus de sa série....de reportage ? Sur le blog, on voit de chouettes croquis sur le mur qui sépare la Palestine d'Israël.... http://www.guydelisle.com/WordPress/?paged=2 
 
POur revenir à Pyongyang, on suit le personnage dans sa vie quotidienne, dans ses pensées, ses divagations parfois. On s'attache à cette espièglerie dans un contexte anachronique.....celui d'un système totalitaire de type stalinien. On a le sentiment de faire une voyage dans l'espace mais aussi dans le temps, les années 30 ou 50 !
 
                                               Divagations et quotidiens !
 
Le personnage multiplie les références et les clins d'oeil........ Il franchit la douane avec le roman 1984 (de George Orwell)....et tente de le faire lire à son traducteur. Car, en effet, très rapidement, on constate que Guy n'est pas libre. Il est constamment accompagné de son chauffeur et de son traducteur. Comme tout bon occidental libre, il  tente à plusieurs reprises de déjouer leur surveillance pour errer librement dans Pyongyang. 
 
 
 Mais il est sans cesse rattraper ....Le lendemain, on lui fait la morale et surtout on sait où il s'est rendu grâce à la grande capacité de surveillance du régime.
Toujours dans le registre des allusions, Guy évoque la série culte des années 60 avec Patrick Mac Gohann qui incarné, Numéro 6 qui était enfermé dans une île et ne pouvait s'en échapper sans être repris par une masse blanche informe.....
 
 
 
Cet album assez dense permet à Guy Deslile de multiplier les exemples qui, accumulés nous donnent une bonne idée de la vie quotidienne dans ce régime hors du temps. 
Il multiplie les allusions aux différentes pénuries auxquelles sont confrontés les Coréens du Nord.......d'abord les coupures d'électricité....les bâtiments sont rarement éclairés, dans les musées qu'il visite, on allume les salles au moment de son passage et on les ré-éteint aussi vite. Les grands magasins sont vides ou manque affreusement de choix. Les restaurants n°1,2 ou 3 proposent la même carte et sont généralement vides... car réservés seulement aux étrangers. 
Il en profite aussi pour expliquer comment l'aide alimentaire a été détourné par la bureaucratie du régime et que beaucoup d'ONG ont décidé de quitter le pays. 
 
 
Mais bien sûr, le plus drôle (et inquiétant à la fois), le plus anachronique c'est le culte de la personnalité organisé autour de Kim Il Sung et de son fils Kim Jong Il. Tout étranger arrivant dans la capitale doit par exemple, se prosterner devant l'énorme statue.....
 
 
 
Et puis, les portraits de ces maîtres de la pensée s'immiscent partout.....La propagande nazie + la propagande stalinienne n'arrivent pas à la cheville de ce régime !
 

Dans cette planche, Deslile s'amuse un peu à la manière de Windsor Mac Cay dans Little Nemo. 
Mais surtout, on apprend que l'idéologie sous-jacente à ce royaume d'Ubu se nomme le Juché. Il s'interroge aussi sur l'adhésion des masses. Dans quelle mesure croient-elles aux discours et à ce qu'on les oblige de dire ? Il laisse planer le doute parfois et  c'est inquiétant !
 
 
 
Outre le culte de la personnalité, Deslile souligne l'embrigadement de la société. La jeunesse est sans cesse occupée à défiler....ou à préparer les prochains défilés... 
 
 
 
Enfin, Deslile souligne la paranoïa entretenue artificiellement par le régime....la construction d'abris atomiques, une sur-militarisation....l'organisation de la haine orchestrée contre les EU et son allié la Corée du Sud. Il aborde également la question de la réunification....et là encore, il manie la dérision et la drôlerie pour montrer aussi l'impossibilité de discuter sérieusement avec son traducteur.
 
 
 Je terminerai en vous conseillant de lire cette BD qui brosse un portrait sans concession de ce régime et multiplie les détails édifiants comme par exemple la politique eugéniste que mène l.....les camps de prisonnier, les procès....dont le petit jeu que nous soumet l'auteur nous rappelle bien sûr les célèbres procès staliniens. 
 
 
 
 


Et en citant encore Deslile : "C'est pas pour dire mais la Corée du Nord, c'est pas très reggae comme pays".  C'est sûr !!!



Aller plus loin : une version roman-photo.....est publiée aussi...intéressante car on y confronte les photos et les dessins.


Jean-Christophe Diedrich

 

La guerre de Corée en chansons.

par blot Email

Trois marines américains guardent 3 prisonniers nord-coréens (1950).

 

 

En 1945, les Soviétiques et les Américains libèrent la Corée de l'occupation japonaise. La Corée est alors occupée par les Soviétiques au Nord du 38è parallèle (Nord) et les Américains au Sud. Elle subit un sort dentique à celui de l’Allemagne. Sous l’effet de la guerre froide, 2 Etats coexistent de part et d’autre du 38e parallèle: l'un soutenu par les Etats-Unis et dirigé par Syngman Rhee, au sud et l'autre, communiste, au Nord, dirigé par Kim Il-Sung.

 

 

Le 25 juin 1950, les Nord-Coréens déclenchent l'offensive, très probablement sur ordre de Staline qui veut, après l’Europe et le revers de Berlin, pousser ses pions en Asie. Ce conflit meurtrier inspira les musiciens américains, à commencer par le bluesman JBLenoir ("Korea blues"), un habitué des textes engagés, mais aussi, et plus récemment, le groupe Cake ("I bombed Korea every night").

 

 

Nous vous en parlons davantage sur l'Histgeobox.