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L'Inde mondialisée à travers Slumdog millionaire

par died Email

 

Les journaux relataient, il y a quelques jours une polémique autour du déjà très primé dernier film de Dany Boyle, Slumdog millionaire, qu'on pourrait traduire par chien de bidonville millionaire. Le représentant d'une association du bidonville de Dharavi (plus grand bidonville au monde, situé à Bombay, euh Mumbaï) Tapeshwar Vishwakarma veut poursuivre quelques personnes de la production pour diffamation. Le film présenterait le bidonville sous un jour négatif.



A n'en pas douter, le film n'avait pas besoin de cette publicité pour assurer son succès, il pouvait d'abord et surtout compter sur ses propres qualités.
Un jeune indien passe un peu par hasard dans un jeu télévisé mondialisé : Qui veut gagner des millions ? L'Inde n'échappe pas aux formats des jeux télévisés qui cartonnent partout ailleurs. Dans un décor standardisé qui ressemble à s'y méprendre à celui de notre cher Jean-Pierre FOucault, le gamin des bidonvilles va remporter le jackpot à la surprise générale. Comment a-t-il fait ?  


C'est là que le scénariste et le réalisateur ont construit un film efficace dans lequel on ne s'ennuie pas. Je m'explique, chaque question est l'occasion de retracer par un flashback, l'itinéraire de ce jeune indien musulman, Salim Malik.
Le film débute quand le jeune garçon et son frère doivent fuir une vague de violence communautaire dont les musulmans minoritaires sont parfois victimes. La scène est violente, les enfants fuient alors dans un dédale de ruelles colorées et maladorantes. La caméra par des plans aériens et très rapprochés entre dans les entrailles du bidonville soutenue par une musique indie rythmée.....bref la mise en scène est  plutôt "punchie". Ce qui n'enlève rien à l'émotion que suscite la réalité de la misère et la dureté de la société indienne.

Abandonnés, les deux frères vont donc survivre dans la rue et vivre d'expédients : chanteurs, vagabonds, petits vendeurs à la sauvette sur les trains, voleurs de chaussures, arnaqueurs de touristes au Tadj Mahal....On n'échappe sans doute pas à quelques clichés sur l'Inde.
Le frère ainé devient rapidement une petite frappe de la mafia locale et s'éloigne de son petit frère qui devient serveur de thé (tout en recherchant son amour d'enfance Litika) dans une Hotline quelconque. Là encore, le film arrive bien à faire l'aller-retour entre l'image d'une société indienne  pauvre, dure souvent misérable (et donc difficilement supportable pour l'occidental) et une Inde mondialisée : celle de  la domination et la fascination de l'argent : le jeu télévisé mais également la construction de tours gigantesques dans Darhavi. En effet, depuis 2008, le bidonville a été racheté par des investisseurs, il est question de le raser en partie pour y construire un quartier d'affaire entouré d'habitations pour la nouvelle classe moyenne qui profite justement de la mondialisation.

Le film se termine bien, le jeune Salim retrouve sa dulcinée (Litika) et empoche les 20 millions de roupies. Sur les quais de la gare de Mumbaï, une chorégraphie qui ressemble étrangement à Thriller de Michael Jackson rassemble tous les comédiens du film......bref une fin à la manière d'un Bollywood

Ici, un reportage en anglais, sur Dharavi


Jean-Christophe Diedrich