Samarra


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"Searching For Sugar Man" un documentaire de M. Bendjelloul.

par vservat Email

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The wandering spirit of Detroit.

 

 

Detroit, entre aujourd’hui et hier. La brumeuse métropole de l’automobile triomphante, la capitale du travail à la chaine, l’antre des Big 3 (Ford, Chrysler et General Motors) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle qui s’était enflammée aux rythmes de la Northern Soul, à jamais associée au label Motown, est devenue une cité fantôme anéantie par le chômage, la pauvreté, et la crise immobilière.

class="MsoNormal" style="margin-bottom:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align: justify;mso-pagination:none;mso-layout-grid-align:none;text-autospace:none">Il y a pourtant un brasero qui brûle encore dans une de ces bicoques à moitié bancales, une guitare et une voix qui entonne ces quelques rimes :

 

Sugar Man, won’t you hurry

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">'Cos I'm tired of these scenes

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">For a blue coin won't you bring back

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">="font-size: medium; ">All those colours to my dreams"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Silver magic ships you carry"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Jumpers, coke, sweet Mary Jane"MsoNoSpacing" style="text-align:justify"> 

 

 

 

 

Ce que l’on entend a l’intensité et la noirceur d’un titre de Johnny Cash, la rondeur des productions soul de chez Motown. Caffey et Théodore, deux producteurs dont le carnet de bal ferait pâlir n’importe quelle lycéenne en route pour la soirée de fin d’année, racontent l’histoire de leur rencontre avec l’auteur interprète de « Sugar Man » en 1969.  Dans le fond d’un bar enfumé baptisé « the sewer », près du fleuve,  dans ces quartiers ouvriers peuplés de travailleurs du bâtiment ou de l’automobile qui oublient là leur dure journée de travail. Pour eux, c’est la révélation : ce type est plus fort que Dylan, aucun superlatif n’est assez fort pour dire ce qu’ils ont ressenti dès la 1ère écoute.

C’est signé pour un album, « Cold Fact ». Un deuxième suivra « Coming From Reality ». La force et le génie de leur auteur, nous disent-ils, réside dans son authenticité bien supérieure à celle des chanteurs engagés des 70’s. L’écouter est une expérience quasi religieuse qui vous fait immédiatement plonger dans la réalité sociale de la ville. Il est l’inlassable arpenteur des rues de Detroit dont il a su capter l’âme en  déambulant dans ses bars, ses terrains vagues, à la sorties des usines. L’homme partage le sort de ses habitants qu’ils soient manœuvres, ouvriers aux mains calleuses ou employés des chaines de montage. Il en couche sur le papier la vie ordinaire qu’il réenchante à l’aide de quelques accords de guitare. Ce « wandering spirit of Detroit » s’appelle Rodriguez.

 

Ces deux albums ont été des échecs cuisants, ils n’ont eu aucun succès aux Etats Unis, Rodriguez est un nobody des charts, il n’a laissé qu’un trou noir dans l’univers de la musique. On dit qu’il s’est immolé par le feu sur scène de dépit suite à un concert raté et une carrière qui n’a jamais décollé. D’autres prétendent qu’il a préféré sortir une arme et se faire sauter la cervelle devant son public. Une 3ème  version évoque l’overdose. Rodriguez laisse derrière lui deux albums, des éloges, des larmes et un grand mystère pour ceux qui ont cru pouvoir le lancer sur la route du succès. Restent de lui ce patronyme qui l’identifie comme mexicain et quelques photos floues. On en sait finalement si peu.

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Music is a weapon.

 

 

 

 

Cape town, Afrique du Sud. Au volant de sa voiture, Sugarman suit la route qui serpente le long de la côte. Etrange surnom pour un disquaire qui vit à l’autre bout de la terre, sous un climat beaucoup plus clément que celui de Detroit. Lui aussi veut nous parler de Rodriguez dont il a écouté et dupliqué les vinyles et dont il diffuse maintenant les cd.

Nous sommes renvoyés dans les années 80. L’apartheid n’a jamais été aussi étouffant, et l’Afrique du Sud aussi isolée. P. Botha peut bien faire preuve d’autoritarisme à la tv, rayer les noires galettes gravées de musiques et surtout de textes subversifs pour en empêcher l’écoute, son mode de gouvernement raciste, ségrégationniste et meurtrier est dans l’impasse. Boycotts, manifestations, affrontements le prouvent. Des stades aux ambassades, l’apartheid se heurte à un mur de plus en plus épais et condamne l’Afrique du sud à l’enfermement.

Au hasard d’un voyage des Etats Unis vers l’Afrique du Sud, le disque de Rodriguez arrive en terre d’apartheid. Les jeunes afrikaners sont subjugués par le pouvoir de contestation qui émane des textes, par la liberté de ton et de choix des sujets qui abordent la drogue ou le sexe, et la malhonnêteté des politiciens. Le disque est dupliqué, diffusé clandestinement. Il circule dans les milieux de la musique (disquaires et groupes amateurs qui jouent sur les campus s’en emparent). Une jeunesse désespérée par un projet politique qui ne leur offrant d’autre perspective que la haine se saisit des chansons de Sixto Rodriguez comme d’une arme, y puise la force de s’opposer à l’oppression. Rodriguez est alors plus célèbre que les Stones !

Lorsque l’apartheid disparait, l’œuvre de Sixto Rodriguez peut enfin être librement éditée. On est alors entré dans l’air du CD et notre disquaire Sugarman (de son vrai nom S. Segerman) écrit un petit texte pour le  livret d’accompagnement de l’album « Cold Fact ». Il se rend alors compte qu’il ne sait rien de Rodriguez (même pas son prénom les crédits des chansons en mentionnant 3 différents). Craig Bartholomew-Strydom journaliste local qui se sent une âme de détective, l’aide à ouvrir un site internet et, tous deux  se lancent à la recherche de l’auteur de Sugarman. On est au début de nos surprises…

 

Working class hero.

 

 

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La suite du documentaire n’est pas sans évoquer Cendrillon. Sixto Rodriguez est vivant, sa fille l’atteste par un message sur le site internet de nos deux enquêteurs sud africains. Rencontre, découverte pudique du musicien père de 3 filles qui confirment son identité, départ pour l’Afrique du Sud, limousines à la descente de l’avion, concerts à guichets fermés devant des foules nombreuses, galvanisées, dont les visages expriment une béatitude totale. La citrouille s’est transformée en carrosse, on a trouvé à qui appartenait la pantoufle de vair.

 

On en resterait là que cet émouvant et sincère travail relèverait de la mise en image d’un conte de fée sur fond de contexte politique et historique tendu. Ce ne serait d’ailleurs pas déshonorant, loin de là. Certains trouveront sans doute de quoi ironiser sur les turpitudes ridicules et la vanité de l’industrie musicale actuelle qui arrive à refourguer massivement et à bon prix des compositions formatées, aussi inanimées musicalement qu’aseptisées politiquement, tout en se plaignant du téléchargement illégal. Le documentaire, en creux, nous permet d’y réfléchir.

D’autres vont frémir à l’idée que Sixto Rodriguez, désormais sous le feu des projecteurs, se retrouve subitement happé par la bête, devenant la proie d’une industrie musicale qui l’a spolié des fruits de son succès sud africain mais qui pourrait voir en lui, le storytelling fabuleux de son récent parcours aidant, la prochaine poule aux œufs d’or. C’est légitime.

D’aucuns, à l’instar de Libération (1) dont il est toujours plaisant de noter les grandes préoccupations artistiques, vont aussi déplorer sur un ton acide que le documentaire ne pose pas les questions irrévérencieuses dont le quotidien français se serait sans aucun doute saisit : où sont passés les droits d’auteur de Sixto Rodriguez liés aux ventes sud africaines ? Il serait temps de s’en préoccuper non ? There’s no business like Show business.

Pourtant, tout ceci peut être rapidement balayé d’un revers de la main. En effet, hormis la découverte musicale que constituent les superbes compositions de Sixto Rodriguez, c’est surtout lui, qui illumine le film. Pas grâce aux paillettes de ses costumes de scène, pas du clinquant des robinets en or de sa maison, et encore moins du reflet des pare chocs rutilants de sa voiture ;  pas plus par  son verbe d’ailleurs qui reste hésitant, discret, simple.

Sixto Rodriguez vit dans une maison vétuste et inconfortable de Détroit, dans un quartier fantôme battu par les vents. Son bien le plus cher (en valeur monétaire autant qu’affective) est une guitare. Emmitouflé dans son manteau il peine à marcher dans les rues enneigées. Ombre qui déambule dans une ville fantomatique il est pour ses voisins un homme simple,  de labeur, apprécié des maçons et travailleurs du bâtiment du quartier à qui il inspire respect et sympathie, admiré par ses filles pour son humilité, sa générosité, son abnégation dans le travail. Ce que le récent succès lui a apporté, il le redistribue. Son mode de vie  frugal est resté aussi intact que son altruisme. S’il a rencontré tardivement le succès, il a déjoué tous les attendus du monde de l’industrie musicale. Il est resté cet âme errante de Detroit, porte parole des sans noms et des sans grades, et surtout l’un des leurs. Un working class hero, dont l’intégrité et l’humanité alimentent une création artistique troublante d’intensité.

Une braise toujours incandescente dans une ville à l'agonie.

  

 

 

Je dois remercier Olivier F. de m'avoir signalé ce documentaire qui lui a autant plus que moi et Laurence DC qui m'a persuadée d'aller user quelques kleenex dans une salle obscure.

 

Notes : 

(1) Lire l'article du supplément Next du journal.

L'innocent mariage entre l'histoire et la fiction autour du couple Marie-Antoinette- Louis XVI ? Un entretien avec Aurore Chery.

par vservat Email

Depuis aujourd'hui,  tous les écrans de cinéma de France donnent "Les adieux à la Reine" de Benoit Jacquot. Cette sortie est accompagnée d'un concert de louanges chez les "professionnels de la profession" depuis sa présentation en ouverture de la Berlinale 2012 (1).


Elle nous propose dit-on une nouvelle lecture du personnage de Martie Antoinette, interprété ici par Diane Kruger, et  nous fera peut être envisager l'Autrichienne d'une façon bien différente de celle,  très rock n' roll,  qu'en donnait le duo Sofia Coppola et Kristen Dunst en 2006 (paire de Converses et Macarrons Ladurée inclus, voir la piqûre de rappel ci dessous).

 

 

 

 

Il y a quelques mois, France 2 , toujours soucieuse de l'édification du  public aux heures de grande écoute, proposait en première partie de soirée un téléfilm intitulé "Louis XVI, l'homme qui ne voulait pas être roi". La bande annonce à voir ci dessous n'est guère équivoque quant à l'optique adoptée ... 

 

 

 

 

On peut donc tenir pour certain que le couple royal qui fut  balayé par la Révolution Française fait un retour en force sur les écrans, les ont -ils jamais quitté d'ailleurs ?  A l'aide de l'expertise d'Aurore Chery, doctorante en histoire moderne à l'Université de Lyon III dont les recherches portent sur l'image des rois Louis XV et Louis XVI, et qui suit, par ailleurs d'un oeil averti ces récentes productions, nous vous proposons de passer dans l'envers du décor et de relire ces fictions avec le regard de l'historien  Par ailleurs membre du CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages Publics de l'Histoire), Aurore Chery peut doubler cette présentation historiographique et historique du sujet, d'un regard plus acéré sur les enjeux politiques actuels liés à l'histoire quel que soient les supports.

 

Quelles sont les origines et les étapes de cette fascination pour la reine de France ? Ces fictions disent -elles l'histoire ou la distordent-elles? Sur quels partis pris et quelle historiographie s'adossent ces créations ? Quelles finalités sont attribuées à ces oeuvres de façon plus ou moins assumée  ? Quelles raisonnaces trouvent -elles avec notre époque et quels usages de l'histoire sont faits par leur biais? 

 

C'est ce que nous tentons d'éclaircir dans cet entretien qui laisse entrevoir de nombrexu enjeux politques et historiographiques dans ces fictions pour mieux  poursuivre, ensuite,  cette réflexion dans les salles en visionnant "Les Adieux à la Reine". 

 

 

 

• Il semble que ces dernières années soient marquées d'un regain d’intérêt dans la fiction cinématographique et télévisée pour le couple Louis XVI et Marie Antoinette, comme le montrent les récentes productions télésvisées et cinématographiques. Comment peut on l'expliquer ?

 

En fait, Marie-Antoinette a toujours été présente au cinéma et à la télévision, c’est l’un des personnages historiques les plus mis en fiction avec Napoléon et Jeanne d’Arc. Dès l’époque du muet elle envahit les écrans. C’est en fait un personnage qui devient très « glamour » à partir du Second Empire quand l’impératrice Eugénie s’en entiche. On lui attribue alors tout ce qui s’est fait dans le domaine des arts décoratifs et de la mode sous Louis XVI et on cherche également à en faire un modèle pour l’éducation des jeunes filles.

 

En conséquence, la Révolution et son parcours vers l’échafaud deviennent un nouveau chemin de croix. Elle a exactement la même fonction en Grande-Bretagne, on la retrouve ainsi dans certains romans victoriens pour enfants comme "A Little Princess" de Frances Hodgson Burnett. Avec tout ça, elle devient un personnage de choix pour le théâtre historique et pour le cinéma qui lui succède. On la voit apparaître à l’écran dès 1903, elle ne l’a plus vraiment quitté depuis. Ce n’est donc pas vraiment là que réside la nouveauté.

 

 

Ce qui est caractéristique de ces dernières années, en revanche, c’est la revalorisation du personnage de Louis XVI. Auparavant, la fiction le considérait essentiellement comme un gentil garçon mou et parfois un peu idiot. Il était le mari dont devait s’accommoder la jolie reine et il n’était en aucun cas un prince charmant. Il faut aussi remettre ça dans le contexte dont je parlais juste avant. La jeune mariée de bonne famille du Second Empire devait se contenter d’un mari qu’elle n’avait pas désiré et, si elle pouvait avoir un homme de cœur, à l’instar de la reine, ce devait rester une liaison platonique.

 

 

• Quelles figures du couple royal prévalent dans les dernières productions ?

 

C’est Louis XVI qui revient sur le devant de la scène dans les années 2000. C’est en partie la suite d’une historiographie anglo-saxonne qui, plutôt contre-révolutionnaire, n’a jamais vraiment été hostile à Louis XVI. La biographie que Jean-Christian Petitfils lui a consacrée en 2005 (2) reprenait pour la majeure partie les thèses développées par l’historien britannique John Hardman dans les années 1990. Cette biographie a créé de l’intérêt parce que la France a longtemps vécu sur un roman national inspiré de la IIIe République, emblématiquement représenté par le petit Lavisse. Destiné à affermir la République, la Révolution y tenait une grande place quitte à véhiculer une image très caricaturale du roi. Une certaine idéalisation de l’école de Jules Ferry a probablement fait qu’il a été difficile de toucher à ce pilier pendant longtemps, et les souvenirs scolaires de nombre de Français reposent encore sur cette caricature. Aussi, la biographie de Petitfils est apparue comme une révélation. On l’a présentée comme le travail qui rétablissait la vérité et on s’est mis à vouloir réhabiliter Louis XVI. A vrai dire, c’est plus complexe que cela, si le Louis XVI de Lavisse est évidemment une construction politique, celui de Petitfils ne l’est sans doute pas moins. De son vivant, Louis XVI a beaucoup travaillé à se donner une image de roi populaire et parfait, il a écrit sa propre légende dorée, et la plupart des affirmations de Petitfils ne font que prendre au pied de la lettre ce qui relève d’une sorte de politique de « communication » de Louis XVI. C’était tout de même un roi qui allait visiter les familles nécessiteuses de Versailles, prétendument incognito, mais qui s’arrangeait toujours pour le faire fuiter d’une manière ou d’une autre. Les recueils d’anecdotes, les journaux se faisaient ensuite l’écho d’un roi bienfaisant qui ajoutait la modestie à cette qualité.

 

Ce phénomène historiographique a rencontré la fiction parce que le climat y est favorable. D’un point de vue économique en premier lieu. La situation financière de la France actuellement n’est pas sans rappeler le déficit qui a eu un rôle si crucial sous Louis XVI. Aussi, une certaine idéologie libérale s’inspire de cet exemple pour faire valoir ses points de vue. On en vient ainsi à expliquer, c’est le cas de Petitfils (qui travaille régulièrement pour Le Figaro par ailleurs), que Louis XVI était le véritable réformateur (presque le seul vrai révolutionnaire), mais que la Révolution a eu lieu à cause de l’obstruction des privilégiés qui refusaient obstinément de renoncer à leurs acquis. Aujourd’hui, on n’hésite pas à mettre sur le même plan cette vision des privilégiés du XVIIIe siècle et tout ce qui entrave, dans la société contemporaine, le dogme ultra-libéral, comme les acquis sociaux mais pas seulement. Dans un entretien sur la Révolution accordé par Patrice Guéniffey au Point, au mois de décembre dernier, le journaliste n’hésite pas à lui parler de « boucliers fiscaux » pour le XVIIIe siècle. (http://www.lepoint.fr/culture/c-est-la-faute-a-louis-xvi-15-12-2011-1407989_3.php) Tout est dit ! Au nom d’une idée à véhiculer, on n’hésite pas à user d’anachronismes. Autrement dit : acceptez toutes les réformes, sinon voilà ce qui nous attend : la Révolution, la Terreur, le marasme.

 

Ce qui est particulièrement gênant c’est que ce parallèle anachronique est devenu un véritable lieu commun, et c’est en partie ce à quoi on doit de le retrouver dans les fictions : Louis XVI, l’homme qui ne voulait pas être roi, le docu-fiction de Thierry Binisti diffusé en novembre dernier sur France 2, en est un excellent exemple. On présente clairement Turgot comme celui qui aurait pu sauver la monarchie, celui qui a été sacrifié par Louis XVI par faiblesse, mais on ne prend pas en considération le fait que c’est peut-être aussi devant le constat d’échec de l’application de ses théories libérales qu’il a été renvoyé. On perd un peu de vue le fait que la libéralisation du commerce du grain impliquait des conséquences très concrètes à cette époque. Clairement, si c’était un échec, des gens pouvaient mourir de faim.

 

 

Est-il envisageable, en matière de fiction de sortir d'une image très patrimonialisée du couple et de la RF ?

 

Oui, incontestablement, c’est possible. Encore faut-il le vouloir. Il y a eu des tentatives en ce sens pour le XVIIIe siècle. La mini-série 1788 et demi, diffusée sur France 3 en février 2011, était vraiment prometteuse en ce sens. Le scénario était bien trop timide et plein de longueurs mais en faisant le choix de se situer à la période pré-révolutionnaire tout en ignorant totalement la Révolution, on sortait enfin de la téléologie habituelle. Du coup, il y avait une volonté d’embrasser une vision plus large de la société française du temps. La série laissait une vraie place aux avancées de l’histoire culturelle dans l’historiographie française. Elle permettait d’aborder l’histoire du genre aussi, et posait des questions intéressantes comme ce que c’était d’être noir ou juif dans le royaume de France. Elle abordait le tout sur le ton de l’humour et beaucoup de critiques ont cru, par-là même, qu’elle n’avait aucune prétention historique. En fait, c’est probablement l’une des séries françaises de ces dernières années qui était la plus proche des questionnements historiens actuels sur le siècle des Lumières.

 

Pour le couple royal, c’est possible également. Pour cela, il faut sans doute faire confiance aux scénaristes qui, quand ils sont doués, peuvent avoir de très bonnes intuitions. Par exemple, je trouve qu’Emmanuel Bézier a fait un très beau travail pour l’Evasion de Louis XVI. Ce téléfilm d’Arnaud Sélignac, diffusé sur France 2 en février 2009, a provoqué une polémique chez les historiens, à juste titre, mais il n’empêche que le scénariste a très bien cerné Louis XVI dans son côté séducteur de faux modeste. C’est bien comme ça qu’il s’est rendu populaire, il y avait été exercé dès l’enfance. En fait, la polémique était justifiée par le fait que ce téléfilm a contribué à écrire une nouvelle version du roman national. Le livre du CVUH, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, a bien montré quel usage Nicolas Sarkozy avait fait de l’histoire pendant la campagne de 2007. Il s’agissait en grande partie de donner un récit linéaire, sans heurts, qui amenait à présenter le candidat comme un nouveau leader naturel pour la France, héritier des « grands hommes » qui l’avaient précédé. Or, évidemment, une telle vision a du mal à s’accommoder avec l’une des principales ruptures de l’histoire française : la Révolution et la mort du roi. C’est probablement la raison politique à laquelle on doit cette revalorisation de Louis XVI. En le présentant comme le chef d’Etat idéal que lui-même a prétendu être, responsable, bon, dévoué, on présente aussi la Révolution comme un phénomène intrinsèquement négatif, réduit à l’image sanglante de la guillotine qui a privé la France de l’un de ses meilleurs chefs d’Etat. L’historien Nicholas Hewlett explique que Nicolas Sarkozy a réactivé certain clichés négatifs sur mai 68 pour se présenter en sauveur, il est celui qui vient rétablir l’ordre quarante ans après. En cela, je pense que l’on peut pousser l’analyse plus loin : mai 68 est sa révolution, de sorte qu’il se pose en nouveau Napoléon.

 

 

Outre la polémique liée à L’Evasion de Louis XVI, il est intéressant d’étudier la série dans laquelle cet épisode s’inscrit : « Ce jour-là, tout a changé ». Quatre épisodes ont été produits, trois ont été diffusés. L’épisode non diffusé traitait de Charlemagne et en faisait le père de l’Europe. Les autres épisodes ont concerné respectivement Henri IV, Louis XVI et Charles de Gaulle. Trois figures emblématiques du roman national, trois figures populaires dont les épisodes regrettent que l’œuvre politique se soit arrêtée aussi brutalement. Ce qui est intéressant c’est que la musique des deux derniers épisodes était signée Laurent Ferlet, le même Laurent Ferlet qui, aujourd’hui, signe la musique de campagne de Nicolas Sarkozy. Vous la voyez la belle continuité ? Louis XVI, Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy. Bref, on peut grandement soupçonner cette série d’avoir servi la vision de l’histoire du discours présidentiel, peut-être pour accompagner le projet de Maison de l’histoire de France. C’est d’autant plus patent que Boréales, la maison de production, produisait, en même temps que Louis XVI, La voie de Carla, un documentaire plus que complaisant sur Carla Bruni-Sarkozy qui a été diffusé sur France 3. « Ce jour-là, tout a changé » a également été l’un des quelques programmes phares mis en avant au moment de la suppression de la publicité sur France télévisions. Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à en assurer la publicité lui-même en déclarant, lors de ses vœux à la culture en 2009 : « On n’a pas besoin d’un service public qui ressemble aux chaînes privées. Si c’est pour faire les mêmes programmes, ce n’est pas la peine ; franchement, je me réjouis ce soir de voir Henri IV sur France 2 à 20h35. Voilà, je l’ai dit. » Le 18 janvier suivant, il confiait à des journalistes : « J’ai beaucoup aimé Henri IV par exemple : 4,6 millions de téléspectateurs, ce n’est pas rien. La BBC, c’est un exemple à suivre. »

 

Cela peut faire sourire qu’un président s’inquiète autant des fictions historiques diffusées à la télévision, mais le phénomène me semble plus qu’anodin si on le replace dans son contexte. Il s’accompagne d’une volonté de formater le discours du chercheur. Evidemment, c’est moins visible pour Louis XVI parce que les enjeux immédiats sont moins importants, mais pour travailler aussi en histoire de l’immigration, je trouve la dérive très inquiétante. Quand c’est le directeur d’un musée, nommé par le pouvoir exécutif, qui dicte à une revue scientifique ce qu’elle doit publier alors qu’il n’est nullement compétent pour le faire, il y a dérive. Or, c’est bien ce qui s’est passé avec la revue Hommes et migrations (http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4462). Quand, en février 2011, le ministère des affaires étrangères exigeait de certains chercheurs qu’ils ne s’expriment pas sur la situation en Egypte, c’est dérangeant. Enfin, quand l’historien Guy Pervillé signale que son texte sur la guerre d’Algérie, destiné à la publication Commémorations nationales du ministère de la culture, a été, à dessein, largement amputé, il y a un problème.

 

 

• En 1989, on célébrait en grande pompe le bicentenaire de la RF. Le couple royal semblait alors tenir une place moins centrale que d'autres acteurs, y compris collectifs. Le changement de focale dans la fiction (qui braque son regard plus vers l'individu et le couple royal), épouse-t-il les évolutions historiographiques ou suit il une autre logique ?

 

Oui, autant on se souvient de la prestation de Jean-François Balmer en Louis XVI dans la grande saga cinématographique du bicentenaire, autant le roi était un peu l’oublié de l’historiographie. Clairement, ce n’était pas à ce niveau-là que se situait le débat Furet-Vovelle. Furet l’avoue, il se heurte à un mur et ne cherche donc pas à aller plus loin : « entre l’héritier du trône et le souverain martyr, les historiens ont de la peine à cerner la part qui revient au dernier monarque absolu de notre histoire dans la suite d’événements qui emporte l’Ancien Régime et la plus vieille monarchie de l’Europe » (3). On en est longtemps resté là. Les seuls historiens qui ont essayé de creuser, les Girault de Coursac, ont vite dérivé et ont fini par confondre leurs recherches avec un combat pour faire béatifier Louis XVI. La biographie de Joël Félix, publiée en 2006, a été la seule à ouvrir véritablement des pistes nouvelles et pertinentes, la première à questionner la légende dorée. Malheureusement, elle est passée relativement inaperçue, les raisons évoquées précédemment expliquant qu’on lui ait préféré celle de Petitfils.

 

 

Un grand merci à Aurore Chery pour cet entretien !

 

 

 

Notes :

(1) La Berlinale est le festival du film de Berlin. Cette année la 62° Berlinale s'ouvrait donc avec "Les Adieux à la Reine" de B. Jacquot.

(2) Jean Christian Petitfils, Louis XVI, 2005.

(3) François FURET et Mona OZOUF, Dictionnaire critique de la Révolution française, Acteurs, Champs Flammarion, 1992, p. 163.

 

 

 

« The Iron Lady » de P. Lloyd : l’insupportable Mag(g)ie du cinéma.

par vservat Email

Il y a quelques mois de cela, les premières images de « The Iron Lady » avaient aiguisé ma curiosité. On y voyait une Meryl Thatcher confondante de ressemblance avec le modèle d’origine, renvoyer dans leurs bacs à sables respectifs, deux conseillers en communication qui lui demandaient de bien vouloir se départir de son côté « mère au foyer conservatrice ».
 
Puis, le film fut précédé de rumeurs élogieuses concernant la performance de Magaret Streep dans le rôle du premier Premier Ministre de sexe féminin à diriger un pays d’Europe Occidentale. Le film, une fois sorti sur les écrans en France, suscita quelques critiques pour le moins agacées par son ton et la version du règne de M. Thatcher sur le Royaume Uni qu’en donne la réalisatrice Phyllida Lloyd. Mon enthousiasme retomba aussitôt. Après quelques hésitations, j'ai  sacrifié la dernière place de ma carte d'accès au cinéma pour une séance de première partie de soirée.
Un biopic fade et peu novateur.
Cela tombe bien, M. Thatcher ayant été la principale figure du parti conservateur dans le dernier quart du XXème siècle, le film choisit de ne pas révolutionner les canons du genre biopic. La performance de l’actrice principale réside essentiellement en sa capacité non à s’emparer de l’animal politique qu’est M. Thatcher, mais à l’imiter et à en restituer au plus près les tenues, la coiffure, le gout prononcé pour le bleu roi, mais aussi la diction, les postures, les expressions, la gestuelle etc. La reconstiution est, on peut le concéder, assez minutieuse.
La structure narrative du film s'appuie sur des flash-back qui jaillissent  de l’esprit défaillant de M. Thatcher. Devenue  veuve et âgée, elle est atteinte de la maladie d’Alzeimer, seule, loin de son fils adoré, poursuivie par le fantôme de son mari Denis et maladroitement soutenue par sa fille avec qui ses relations sont assez compliquées. Cette Thatcher d’aujourd’hui ne permettrait pas de recueillir une moitié de signature pour la pétition visant à faire financer ses funérailles d’état par des fonds privés (1) tant elle est attendrissante en ancienne grande dame qui gravit les échelons vers le sommet à la force de sa pugnacité mais qui, à l’automne de sa vie, se retrouve désemparée et un peu gaga.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
[M. Roberts, la fille de l'épicier de Grantham dans le film
"The Iron Lady"]
 
 
Le début du film retrace l'ascension de celle qui s’appelle encore Margaret Roberts, fille d’épicier de Grantham quittant le nid familial pour étudier à Oxford juste après la guerre. Plongée dans un monde d’hommes très au fait des mœurs politiques, son franc parlé, dont elle use déjà fort bien, la conduit aux Communes, puis à la tête du parti Tory et enfin au 10 Downing Street (2). Des années Thatcher, P. Lloyd, réalisatrice, laisse entrevoir quelques épisodes marquants : le « winter of discontent » de 79 (3) qui la porte au pouvoir, les émeutes urbaines de 81, le terrorisme irlandais qui s’installe en Angleterre (attentat contre A. Neave en 79 revendiqué par l’INLA, attentat de Brighton lors du congrès du parti Tory en 1984 revendiqué par l'IRA), la guerre des Malouines en 1982, la grève des mineurs qui s’étend sur les années 1984-1985, ou encore la contestation finale de sa politique lorsqu’elle propose d’établir la Poll Tax  (4) en 1989-1990. Le film ne fait donc pas l’impasse sur le contexte historique ou sur la politique de Thatcher qui est assez clairement énoncée, moins encore sur son idéologie (pour le travail, contre les syndicalistes et les grévistes, pour les privatisations, les coupes budgétaires etc).
 
Et alors, où est la magie du cinéma dans cette affaire ?
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
[1979 : M. et D. Thatcher arrivent au
10 Downing Street.]
 
 
 
Mystification historique, manipulation idéologique : la Mag(g)ie du cinéma.
Il faut dire les choses clairement, « the Iron Lady » est un joli tour de passe-passe politique et idéologique. Le film arrive à travestir les faits autant que les idées et les valeurs dont il parle avec une apparente innocence et normalité, ce qui le rend d’autant plus pervers. Quelques exemples.
Toute une partie du film est construite sur le rapport de Miss Maggie avec les hommes. Il est évoqué par l’image (une femme en tailleur bleu vif filmée de haut lorqu’elle entre aux communes dans un flot ininterrompu d’hommes vociférants en costume gris), par le discours (soit indirect lorsque la presse souligne qu’elle est la première femme en Europe à accéder à son poste, ou direct quand ses conseillers dialoguent sur ses chances de devenir Prime Minister justement parce qu’elle est une femme etc). Bref très tôt, dès Oxford, Margaret est confrontée à la brutalité et la monochromie d'un univers politique exclusivement masculin. Dans ce monde hostile, violent et fourbe, un seul la comprend et fait exception, son mari Denis. Le film fait ainsi de M. Thatcher une héroïne de la cause des femmes, dans les sens où elle les représente, à elle seule, dans un monde d’hommes. La démonstration est bien malhonnête ! En effet, M. Thatcher ne s’est guère battue pour les droits des femmes d’une part, et d’autre part, elle incarne une figure de femme extrêmement masculine.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
[M. Streep en M. Thatcher à la chambre des Communes,
dans "The Iron Lady"]
 
 
Le film pourrait presque aussi nous faire croire que M. Thatcher est une femme du peuple. Certes, c’est la fille d’un épicier (et au cas où ses origines modestes vous auraient échappé, le film y revient à de multiples reprises, jouant sur le mépris de classe pour poser notre fille d’épicier en victime). Maggie mouille sa chemise en campagne électorale : elle va goûter les glaces fabriquées par d’honnêtes travailleuses britanniques, allant jusqu’à blaguer sur des questions de "ligne" bien ciblées en fonction de l'électorat auquel elle s'adresse en cette occasion. Plus tard, quand elle quitte le 10 Downing Street, elle devient, par la magie du cinéma, la Princesse Diana (que l’éternité a figée en incarnation ultime de la "Princesse du Peuple"). On la voit desdendre les escaliers accompagnée de la musique de Bellini, dans cette version de Norma chantée par la Callas, rien de moins ! (scène d’une légèreté aérienne, autant le préciser). Ses escarpins éfleurent d’abord, écrasent ensuite, un parterre de roses rouges qui rappellent judicieusement les monceaux de fleurs déposés devant Kensington ou Buckingham en août 1981. Qui l’acclame en bas de cet escalier, l’œil humide et l’applaudissement prompt ? Le petit personnel de la résidence du premier ministre, des femmes essentiellement dont les visages expriment le déchirement autant que la reconnaissance pour celle qu’elles ont servi. De l'art de  tourner une bonne sauce (soupe?) populaire.
On peut difficilement démonter ces mystifications avec le reste du film. Pourquoi ?
Essentiellement parce que scénariste et réalisatrice utilisent des procédés qui ne permettent pas de s’échapper des thèses qu’elles soutiennent qui sont celles des partisans du libéralisme et enferment le spectateur dans un champ de vision volontairement obstrué. Il n’y a qu’un point de vue exprimé, qu’un regard sur les faits, celui de Thatcher. Son extrême intransigeance est totalement édulcorée par le renvoi permanent à son état de mamie gâteuse.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
[M. Thatcher aujourd'hui, telle que la reproduit 
à l'identique M. Streep dans le film, rangée de 
perles comprises]
 
 
Ceux qui s’opposent à elle sont des hommes politiques bien souvent médiocres, couards, louvoyants etc. Hors de la sphère politique, on comprend que Thatcher se heurte à des grèvistes, mais ils ne font jamais grève ; par contre, ils sont perpétuellement entrain d’organiser des émeutes et de mettre la rue à feu et à sang. Par ailleurs, on ne sait pas pourquoi ils sont en colère, et on les voit s'attaquer non à la politique menée par M. Thatcher mais à sa personne (généralement en menacant violemment ses déplacements en voiture). Il y a également des terroristes irlandais qui posent des bombes contre des innocents (analyse novatrice s’il en est car n’est-ce pas le principe même de cette forme de guerre ?) mais il n’y a pas de causes à l'escalade de la violence. D'ailleurs de l'IRA et d' Al-Qaida, le film fait un peu un lot de supermarché, ne s'embarasse pas de nuances.
 
Pas de problématique, pas de raisonnement, pas de mise en perspective historique. Pas de bilan non plus ! Rien sur la hausse du chômage de 5 à 11% entre 1981 et 1983 (si ce n'est un chiffre furtivement souligné dans un discours), rien sur le creusement des inégalités avec l’abandon de régions entières à la misère, rien sur la montée de la précarité, mais quelques saillies intéressantes sur les nécéssaires coupes budgétaires qui, si elles rendent impopulaires les hommes politiques aujourd’hui, assureront le bonheur des futures générations qui sauront leur adresser une éternelle gratitude en retour ! Rien ne nous est épargné (le tout enrobé de musique tantôt sirupeuse, tantôt triomphante) avec un pic de nationalisme bien placé sur la guerre des Malouines qui se termine par une ovation aux Communes répondant à un « proud to be Bristish » en clôture de discours! Car oui, Margaret a connu un moment d’impopularité lorsque les soldats britanniques se sont fait tuer pour un territoire situé à l’autre bout du monde, nous disent les auteurs du film mais Maggie, mère car femme, mère de la patrie donc mère des soldats morts, a écrit une lettre à chaque famille endeuillée : la guerre des Malouines s’inscrit ainsi a posteriori dans la liste des guerres justes. Les soldats ne sont pas morts  pour rien nous dit-on car ces îles sont demeurées anglaises.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
[M. Thatcher photographiée en 1983 avec un soldat
britannique ayant participé à la guerre des Malouines]
 
 
Partial, malhonnête, très lourdement mis en scène, joué dans un style très appuyé (les mimiques permanentes de M. Streep sont quand même un peu lassantes), le film est une sorte de gloubiboulga indigeste et très agaçant. Le seul personnage qui emporte l’adhésion est peut être celui de Denis Thatcher, fantasque au sens le plus britannique du terme, lui, au moins, semble habité d’une humanité réconfortante et saine. 
 
Ce qui est fondamentalement insupportable dans cette démarche c’est que P. Lloyd, consciemment ou inconsciemment, instrumentalise l’étonnant mimétisme de son actrice pour nous persuader qu’elle produit un discours de vérité. En réalité, cela agit comme un écran de fumée destiné à dissimuler une réécriture hagiographique du passage au pouvoir de Margaret Thatcher.
 
 
 
[1] Il y a quelques mois The Guardian s’est fait le relais d’une pétition assez étonnante demandant à ce que les obsèques d’état de M. Thatcher soient financés par des fonds privés afin de rester conforme à son idéologie politique.
 
 

[2] Résidence du Premier Ministre Britannique.

 

 

 

[3] Le winter of discontent correspond à un gigantesque mouvement social en Grande Bretagne qui voit le pays paralysé à la suite de grèves massives. Les images de Londres croulant sous les poubelles sont emblématiques de ses répercussions. Les Tories exploitent fort habilement le désordre pour revenir au pouvoir lors des élections générales de 1979.

Voir aussi notre entretien sur Samarra avec M. Lenormand : http://mondomix.com/blogs/samarra.php/2011/04/21/winter-of-discontent-entretien
 

 

 

[4] La poll tax est assez bien expliquée dans le film, c’est un impôt de capitation, il est forfaitaire quelque soit la hauteur des revenus.

 

 

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