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Quelques galettes pour l'été... (Augmix # 14)

par Aug Email

Avant de partir, assurez vous d'avoir du bon son dans les oreilles. Pour ma part, voici un aperçu de ce qui me berce en ce moment... Les titres sont à l'écoute dans la playlist en fin de message en plus de quelques clips. Attention, une devinette concernant le clip de Beat Assailant !

 

 

  • Commençons par un requiem, ou plutôt un "War Requiem" (Opus 66), celui composé par le Britannique Benjamin Britten. Il a été créé en 1962 et multiplie les symboles pour une réconciliation européenne, pas encore complètement acquise alors. La première a eu lieu dans la cathédrale de Coventry, ville anglaise détruite par les bombardements allemands pendant la Bataille d'Angleterre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le concert était une commande pour l'inauguration de la cathédrale reconstruite. Outre les nombreux musiciens nécessaires à cette oeuvre, Britten a souhaité qu'un baryton allemand (en photo ci-dessus le jour de la représentation) soit associé à un ténor anglais et à une soprano russe, chacun ayant un texte dans sa langue. Je vous reparle de cette oeuvre prochainement sur l'histgeobox.

 

  • Continuons par un des meilleurs titres du groupe Gangstarr "Just To Get a Rep". Je vous ai parlé de Gangstarr ce printemps avec la disparition du rappeur Guru. Le groupe était formé par Guru et DJ Premier et s'était séparé depuis plusieurs années. Ce titre évoque ce qu'un jeune (ici de Brooklyn au débit des années 1990) est prêt à faire pour défendre sa "réput". Vous pouvez voir le clip et découvrir l'histoire de Gangstarr ici.

 

Comme souvent, c'est Shurik'N qui commence et puis Chill-Akhenaton enfonce le clou...

 

 

 

  • Le groupe nantais de hip-hop Hocus Pocus a sorti cette année son troisième album avec 16 pièces. Comme d'habitude, le flow de 20Syl et les musiques sont très agréables à écouter.. Un regard plein de perspicacité sur les travers du monde. Je vous ai sélectionné "Beautiful Losers" qui nous parle des peopooooooooooollllles.

 

 

  • Autre valeur sûre du Hip-Hop français, le rappeur Rocé, jamais prêt à faire des concessions, sur le fond comme sur la forme. Après le succès d'Identité en crescendo (2006) qui était très épuré musicalement, il revient à du hip-hop plus classique avec L'être humain et le révèrbère. Je vous ai sélectionné "Des questions à vos réponses".

 

 

 

 

 

 

  • Petit détour par l'Afrique du Sud avec Tumi and The Volume, un groupe de Hip-Hop sud-africain qui marche bien en ce moment. Ils tournent régulièrement en France, en particulier l'été. Ils vendent d'ailleurs plus de disques en France qu'en Afrique du Sud !  Un MC, Tumi Kolemane, et trois musiciens qui mêlent les genres pour un hip-hop plein d'audace dans les textes comme dans la musique.
    Le groupe rassemble un blanc et un noir sud-africain et deux Mozambicains réunis en 2001. Ils viennent du quartier de Melville à Johannesburg, un quartier très animé de la classe moyenne noire et blanche. Le père de Tumi était militant de l'ANC.
    Deux albums étaient déjà sortis dont un en 2006. Leur troisième s'appelle Pick a Dream. J'aime beaucoup. Je vous ai choisi "Reality Check". Bon voyage !

 

  • Terminons par un rappeur "transatlantique". Adam Turner alias Beat Assailant a la particularité d'avoir grandi à Atlanta (il est né à Miami en 1977) avant de s'installer en France au début des années 2000, séduit par la scène musicale et la vie parisiennes. Il a trouvé des producteurs et musiciens qui le suivent depuis, notamment Maxime Lebidois et Maxime Pinto (mais aussi un batteur qui s'appelle Stanislas Augris !). Beat Assailant c'est donc à la fois le nom du MC et le nom du collectif qui a réalisé trois albums depuis 2005. Je ne connais pas encore le deuxième Imperial Pressure mais je vous ai sélectionné des titres du premier Hard Twelve (2005) et du deuxième, Rhyme Space Continuum (2009, auquel participe notamment Ben L'oncle Soul). Au programme, de la très bonne musique (jazz beaucoup, funk, electro, hip-hop) et un MC qui balance ses rimes avec conviction et beaucoup de talent. Les textes sont plutôt conscients à l'image de "Fuck da Jonez" (que l'on pourrait traduire par "J'emmerde les voisins") qui évoque la crise des subprimes dans l'immobilier à l'origine de la crise financière puis économique (Je vous reparle de ce titre prochainement sur l'histgeobox).. Voici le clip du titre "Hard Twelve-Ante" qui ouvre le premier album. Vous avez vu dans le clip les disques qu'il balance et va ramasser à la fin ? Allez un bon point pour celui qui m'en identifie un ou deux. Ce sont des classiques du rap des années 1990.

 

 

 

 

 

Découvrez la playlist Augmix fourteen avec Sir Simon Rattle

 

Voilà, bonne écoute. Retrouvez également les sélections estivales de Véronique Servat et de Julien Blottière dans des genres différents mais complémentaires de la mienne.

 

Des livres à emporter

par Aug Email

J'imagine que si vous aimez ce blog, vous aimez aussi lire ! Alors voici quelques livres que j'ai lus récemment et que je vous recommande vivement en cette période estivale.

 

  • Le rappeur/slammeur strasbourgeois Abd Al Malik dont je vous ai parlé régulièrement sur ce blog nous propose un ouvrage inclassable mêlant poésie, fiction et regard plein de lucidité et de tendresse sur le monde. En racontant l'histoire de jeunes tentés par la délinquance ou le mysticisme, le rappeur du Neuhof nous raconte un peu son histoire. Avant de se convertir à l'Islam soufi, il a connu le trafic drogue  puis s'est fait prêcheur intolérant (mais c'était de la faute aux "autres"...). Après Qu'Allah bénisse la France, paru en 2004, il propose donc un livre passionnant avec La guerre des banlieues n'aura pas lieu. C'est publié au Cherche Midi. Abd Al Malik est un passeur très précieux entre des mondes qui ont tendance à s'ignorer. Il connaît les codes de la banlieue comme ceux de la culture classique. Cela se sent dans sa langue comme dans son message.

 

Extrait : "Racisme : Attitude d'hostilité systématique à l'encontre d'une catégorie déterminée de personnes. Racisme envers les jeunes : anti-nous universel empêchant toute poussée dans les aigüs du champ lexical qui permettrait de ne plus dire "jeune de banlieue" mais "jeune" tout court, en sous-entendant "citoyen" et peut être même semblable, voire "être humain".

 

 

  • Comment les enfants des acteurs de l'agitation étudiante des années 1960 -1970 ont-ils vécu cette période ? C'est un peu la question à laquelle tente de répondre Virginie Linhart (née en 1966) dans un petit livre très personnel et très poignant. Elle est la fille de Robert Linhart, l'un des principaux dirigeants de l'extrême gauche maoïste (pour plus de détails sur ce courant, voir la série "68 racontée à mes petits-enfants"). Déjà victime d'un épisode maniaque pendant le mois de mai 1968, il a tenté de mettre fin à ces jours au début des années 1980 et est entré dans un mutisme mystérieux. Sa fille tente, avec Le jour où mon père s'est tu, de comprendre. Pour ce faire, elle a d'abord tenté d'interroger ceux qui avaient côtoyé son père du temps où il était "le meilleur". Puis, progressivement, elle a rencontré les enfants de sa génération qu'elle connaissait parfois. Au coeur de cette quête, la question de la transmission et de l'éducation. Sans donner dans la critique facile de l'héritage de 68 dont elle reconnait l'apport à la société, elle montre les souffrances que ces enfant ont pu connaître. L'engagement politique radical et permanent de leurs parents a pu en effet parfois les priver d'une certaine "normalité". Virginie se confronte avec beaucoup de tendresse et sans jugement péremptoire à cet héritage en abordant la question du féminisme, la vie en communauté, la nudité imposées aux enfants, l'héritage des silences de la génération précédente autour de la Shoah (plusieurs des dirigeants interrogés, dont son père, étaient en effet juifs). Le livre est paru au Seuil en 2008, il vient d'être réédité en poche (Points).

 

Extrait : "Je parle à des amis de ce projet. Certains sont réticents : est-il question de juger nos parents ? est-ce que je vais participer à ce grand mouvement de réaction qui, depuis quelques temps, voue les années 68 au pilori et les rend responsables de tous les maux de la société actuelle ? Je me rebiffe, je ne veux pas être enfermée dans une case, ça suffit ! J'ai été seule trop longtemps, je suis à la recherce de mon histoire collective."

 

 

  • Un peu d'économie pour poursuivre. Laurent Cordonnier a choisi de nous expliquer le fonctionnement du capitalisme et de sa crise actuelle en nous racontant une fable intitulée L'économie des Toambopiks. Une fable qui n'a rien d'une fiction. Il nous narre l'histoire d'Happystone, un économiste frais émoulu du Massachussets Institute of Technology (M.I.T.) de Boston. Il est chargé d'une mission d'expertise sur une petite île du Pacifique jolimment nommée Cetouvou. Il entame son séjour par une période d'observation où il assiste émerveillé à une cérémonie du "walras" au cours de laquelle l'offre et la demande de travail se rencontrent pour déterminer le niveau de rémunération. Bref, tout semble confirmer la validité des concepts économiques appris au MIT. Happystone peut ainsi déclarer avec enthousiasme à son interprète Bougainville :

 

"Nous avons coutûme de dire que, par la force de la concurrence sur le marché du travail, l'économie est en quelque sorte guidée par la grâce d'une main invisible vers la réalisation spontanée du plein-emploi volontaire des resources (précisément de la terre et du travail dans notre cas). La main invisible, Bougainville ! C'est la main invisible du marché que nous venons de voir !"

 

Happystone propose donc un plan qui prévoit la création d'une banque centrale et l'introduction de la monnaie. C'est là que les ennuis commencent... Tous les ajustements apportés pour corriger les déséquilibres non prévus par le plan se révèlent encore plus déstabilisateurs. Le récit est passionnant, pas trop complexe, et permet de mieux cerner les mécanismes à l'oeuvre dans la récente crise financière. Le livre est publié par les éditions Raisons d'agir, autrefois une collection fondée par le sociologue Pierre Bourdieu.

 

 

  • Terminons par un livre que je n'ai pas lu, mais je vais certainement le faire dans les semaines qui viennent ! Il s'agit du livre d'Alex Ross The Rest is Noise. A l'écoute du XXème siècle (Actes Sud). L'auteur est journaliste au New Yorker et a mis sept ans pour écrire ce livre qui se penche sur le destin de la musique classique au XXème siècle, de Schöneberg à Messiaen en passant par Chostakovitch et Stravinsky et bien d'autres. Il insiste sur les rapports de cette musique à la société et à la politique tout en parlant de la dimension artistique. (Consultez le blog de l'auteur).  Bref à lire dès que vous aurez fini le magazine Books de cet été consacré au pouvoir de la musique.

 

 

 

Books : le pouvoir de la musique.

par vservat Email

C'est l'été, enfin du temps devant soi pour lire et donc bronzer intelligent. Une première piste : le magazine Books. Pour ceux qui ne l'auraient jamais feuilleté, le principe en est le suivant  :  réunir sur un thème une série d'articles parus dans la presse spécialisée traitant des meilleurs livres qui abordent le sujet choisi.

 

Ce numéro spécial aurait mérité de s'intituler  "Les pouvoirs de la musique" en raison du spectre très large que couvrent les articles réunis. La partie introductive est constituée d'un entretien avec Jacques Attali. L'expérience mené en 1952 par John Cage qui composa un morceau de 4"33' de silence, étudié par Kyle Gann, compositeur et musicologue, lui succède, prenant le sujet à contrepied. 

 

Les passionnés de sciences se plongeront dans la deuxième partie du dossier qui aborde successivement les liens entre la musique et l'évolution de l'homme, l'utilisation thérapeutique de la musique et la stimulation qu'elle provoque sur le cerveau humain.

 

En toute subjectivité, la troisième partie est LE morceau de choix du magazine. Elle débute par la traduction du premier chapitre d'un ouvrage du journaliste spécialiste du Gospel, Robert Darden. Son livre, "People Get ready ! A new history of Back Gospel Music", traite du pouvoir émancipateur des negro spirituals et de leur forme discographique : le Gospel. Travaillant sur des sources parfois étonnantes, tels les enregistrements de negro sprituals a cappella par le musicologue Lomax, en Alabama, dans les années 30, ce premier chapitre retrace la genèse, l'utilisation et la trasmission du patrimoine chanté des Afro Américains jusqu'au tube mondial de Moby "Trouble so hard". On y découvre comment certains spirituals permettaient aux esclaves de prendre la fuite en se constituant une carte chantée du parcours à suivre vers la liberté. On y lit aussi la retranscription de l'émouvant témoignange de Mme Brown, esclave de Nashville, dont le père s'est mis  à chanter "Trouble in Mind" après avoir été violemmet fouetté par son maitre. Le livre n'est pas encore traduit en français mais si le reste de son contenu est aussi riche que son premier chapitre, l'investissement risque d'être  icontournable.

 

On trouvera également dans cette partie la chronique d'une biographe de Bob Marley publiée en 2006 par CJ Farley, dans la New york Review of Books. Elle est l'occasion de suivre le chemin de cet artiste fondamental du XX siècle, des faubourgs de Kingston à l'interprétation de "Redemption Song" à Pittsburg lors de son dernier concert. Un portrait très émouvant et éclairant qui cite des textes forts, ceux de "Slave driver", de "No woman, no cry" ou de "Get up, stand up" qui devint l'hyme d'Amesnesty international. Une biographie qui interroge aussi les trajectoires historiques et identitaires du peuple Noir.

 

On glisse ensuite doucement vers la fin des 70's et le début des années 80 pour une nouvelle démonstration de la force émancipatrice de la musique. Alice Echols publie en 2010  "Hot Stuff, disco and the remaking of american culture". Chroniqué dans le New York Times, on comprend, par son étude historique, comment le disco contribua à l'affirmation et la libération des identités gays à cette époque.

 

Avant de s'achever sur un portrait d'Eminen le rappeur blanc, le magazine reprend un article de The Nation s'interrogeant, à la faveur de la sortie du livre "Can't stop, won't stop" de Jeff Chang, sur l'évolution de la culture hip-hop, de son statut constestaire et menaçant l'ordre établi, à sa récupération et son intégration dans le business musical dans un pacte funeste avec "l'hypercapitalisme". Un papier aussi captivant que désolant sur la trajectoire d'une forme extremement riche et complexe de contre-culture qui s'est transformée et pervertie, au fil de sa pénétration par l'argent, et de la disparition tragique de ses figures emblématiques.

 

Le dernier volet du dossier est également assez convaincant, abordant les liens souvent forts et paradoxaux entre la musique et le pouvoir politique. Quelques articles retiennent particulièrement l'attention. Les relations entre Prokofiev et le pouvoir stalinien sont présentées dans toutes leur complexité par l'historien de la musique Simon Morrisson dans une étude intitulée "The People's artist. Prokofiev's soviet years" chroniquée dans la NY Review of Books. 3 articles abordent  les phénomènes d'instrumentalisation du 4° art dans le contexte des camps de concentration (à la fois moyen de survie et outil de propoagande et de d'asservissement pour les SS), dans le cadre des nouvelles conflictualités (Irak/Guantanamo) et dans celui des activités de Muzak Corporation, firme productrice de musiques d'ambiances destinées soit à stimuler (la production des vaches laitières ou la productivité des employés de Black et Decker!) soit à anesthésier (ce quon appelle la musique d'ascenseur ou de supermarché).

 

Au détour de ces questionnements éclairants, la chronique de la biographie de l'artiste Nigérian Fela par John Collins dans The Observer Music Monthly, est l'occasion de découvrir, (ou de se remémorrer), la personnalité à la fois provocante, iconoclaste, engagée et terriblement talentueuse de celui qui s'était autoproclamé "The Black President".

 

Bonne lecture!