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Retour sur "l'hiver du mécontentement" 78-79 : entretien avec Marc Lenormand.


![[symbole de la désindustrialisation : les usines de la British Leyland au bord du gouffre en 1979]](http://datch.fr/blog-mini/files/2010/06/Rover-28-British-Leyland-greve-1978.jpg)






Notes :
(1) Se référer en particulier à l'ouvrage de Keith Dixon, "Un digne héritier", Raison d'agir, 2000.
(2) Marc Lenormand est donc doctorant en études anglophones (Université Lyon 2, laboratoire Triangle UMR 5206). Il a publié
« Les bons élèves du thatchérisme ? La « modernisation » des syndicats britanniques depuis 1979 », La clé des langues, URL : http://cle.ens-lyon.fr/
« Part of the union : les syndicats britanniques et le monde du travail depuis 1945 », La clé des langues, URL : http://cle.ens-lsh.fr/
(3) Samarra a consacré un article à cette série. Il est disponible ici.
Bibliographie :
Marc Lenormand, « Les bons élèves du thatchérisme ? La « modernisation » des syndicats britanniques depuis 1979 », La clé des langues, URL : http://cle.ens-lyon.fr/
Marc Lenormand, « Part of the union : les syndicats britanniques et le monde du travail depuis 1945 », La clé des langues, URL : http://cle.ens-lsh.fr/
Un article de la BBC sur le "winter of discontent"
Un article du Guardian partant des mémoires de J. Callaghan.
Un autre article du Guardian sur les grèves du secteur public de 1979.
Une conférence de Colin Ray, Université de Sheffield, The "Winter of discontent" in British politics", 2009 (cliquer sur le texte "opening conférence")
Une autre conférence de B. Lemonnier, université de Paris X Nanterre, "L'Angleterre depuis 45 : les enjeux d'une histoire culturelle", 1997
Quelques galettes pour l'été... (Augmix # 14)
Avant de partir, assurez vous d'avoir du bon son dans les oreilles. Pour ma part, voici un aperçu de ce qui me berce en ce moment... Les titres sont à l'écoute dans la playlist en fin de message en plus de quelques clips. Attention, une devinette concernant le clip de Beat Assailant !

- Commençons par un requiem, ou plutôt un "War Requiem" (Opus 66), celui composé par le Britannique Benjamin Britten. Il a été créé en 1962 et multiplie les symboles pour une réconciliation européenne, pas encore complètement acquise alors. La première a eu lieu dans la cathédrale de Coventry, ville anglaise détruite par les bombardements allemands pendant la Bataille d'Angleterre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le concert était une commande pour l'inauguration de la cathédrale reconstruite. Outre les nombreux musiciens nécessaires à cette oeuvre, Britten a souhaité qu'un baryton allemand (en photo ci-dessus le jour de la représentation) soit associé à un ténor anglais et à une soprano russe, chacun ayant un texte dans sa langue. Je vous reparle de cette oeuvre prochainement sur l'histgeobox.
Continuons par un des meilleurs titres du groupe Gangstarr "Just To Get a Rep". Je vous ai parlé de Gangstarr ce printemps avec la disparition du rappeur Guru. Le groupe était formé par Guru et DJ Premier et s'était séparé depuis plusieurs années. Ce titre évoque ce qu'un jeune (ici de Brooklyn au débit des années 1990) est prêt à faire pour défendre sa "réput". Vous pouvez voir le clip et découvrir l'histoire de Gangstarr ici.
- A peine plus jeune, voici ma troisième sélection. Il s'agit d'un titre d'IAM, pas l'un des plus connus mais l'un des plus emblématiques et conscient. "Demain c'est loin" a été écrit en 1997 et constitue la conclusion de l'Album L'Ecole du micro d'argent. Il a été désigné numéro 1 des 100 classiques du rap français par l'excellent site Abcdr du son après un vote des internautes. Le groupe l'a dailleurs joué au pied des pyramides lors du concert célébrant ses 20 ans.
Comme souvent, c'est Shurik'N qui commence et puis Chill-Akhenaton enfonce le clou...
- Le groupe nantais de hip-hop Hocus Pocus a sorti cette année son troisième album avec 16 pièces. Comme d'habitude, le flow de 20Syl et les musiques sont très agréables à écouter.. Un regard plein de perspicacité sur les travers du monde. Je vous ai sélectionné "Beautiful Losers" qui nous parle des peopooooooooooollllles.

- Autre valeur sûre du Hip-Hop français, le rappeur Rocé, jamais prêt à faire des concessions, sur le fond comme sur la forme. Après le succès d'Identité en crescendo (2006) qui était très épuré musicalement, il revient à du hip-hop plus classique avec L'être humain et le révèrbère. Je vous ai sélectionné "Des questions à vos réponses".
- Petit détour par l'Afrique du Sud avec Tumi and The Volume, un groupe de Hip-Hop sud-africain qui marche bien en ce moment.
Ils tournent régulièrement en France, en particulier l'été. Ils vendent d'ailleurs plus de disques en France qu'en Afrique du Sud ! Un MC, Tumi Kolemane, et trois musiciens qui mêlent les genres pour un hip-hop plein d'audace dans les textes comme dans la musique.
Le groupe rassemble un blanc et un noir sud-africain et deux Mozambicains réunis en 2001. Ils viennent du quartier de Melville à Johannesburg, un quartier très animé de la classe moyenne noire et blanche. Le père de Tumi était militant de l'ANC.
Deux albums étaient déjà sortis dont un en 2006. Leur troisième s'appelle Pick a Dream. J'aime beaucoup. Je vous ai choisi "Reality Check". Bon voyage !
- Terminons par un rappeur "transatlantique". Adam Turner alias Beat Assailant a la particularité d'avoir grandi à Atlanta (il est né à Miami en 1977) avant de s'installer en France au début des ann
ées 2000, séduit par la scène musicale et la vie parisiennes. Il a trouvé des producteurs et musiciens qui le suivent depuis, notamment Maxime Lebidois et Maxime Pinto (mais aussi un batteur qui s'appelle Stanislas Augris !). Beat Assailant c'est donc à la fois le nom du MC et le nom du collectif qui a réalisé trois albums depuis 2005. Je ne connais pas encore le deuxième Imperial Pressure mais je vous ai sélectionné des titres du premier Hard Twelve (2005) et du deuxième, Rhyme Space Continuum (2009, auquel participe notamment Ben L'oncle Soul). Au programme, de la très bonne musique (jazz beaucoup, funk, electro, hip-hop) et un MC qui balance ses rimes avec conviction et beaucoup de talent. Les textes sont plutôt conscients à l'image de "Fuck da Jonez" (que l'on pourrait traduire par "J'emmerde les voisins") qui évoque la crise des subprimes dans l'immobilier à l'origine de la crise financière puis économique (Je vous reparle de ce titre prochainement sur l'histgeobox).. Voici le clip du titre "Hard Twelve-Ante" qui ouvre le premier album. Vous avez vu dans le clip les disques qu'il balance et va ramasser à la fin ? Allez un bon point pour celui qui m'en identifie un ou deux. Ce sont des classiques du rap des années 1990.
Voilà, bonne écoute. Retrouvez également les sélections estivales de Véronique Servat et de Julien Blottière dans des genres différents mais complémentaires de la mienne.
Des livres à emporter
J'imagine que si vous aimez ce blog, vous aimez aussi lire ! Alors voici quelques livres que j'ai lus récemment et que je vous recommande vivement en cette période estivale.
Le rappeur/slammeur strasbourgeois Abd Al Malik dont je vous ai parlé régulièrement sur ce blog nous propose un ouvrage inclassable mêlant poésie, fiction et regard plein de lucidité et de tendresse sur le monde. En racontant l'histoire de jeunes tentés par la délinquance ou le mysticisme, le rappeur du Neuhof nous raconte un peu son histoire. Avant de se convertir à l'Islam soufi, il a connu le trafic drogue puis s'est fait prêcheur intolérant (mais c'était de la faute aux "autres"...). Après Qu'Allah bénisse la France, paru en 2004, il propose donc un livre passionnant avec La guerre des banlieues n'aura pas lieu. C'est publié au Cherche Midi. Abd Al Malik est un passeur très précieux entre des mondes qui ont tendance à s'ignorer. Il connaît les codes de la banlieue comme ceux de la culture classique. Cela se sent dans sa langue comme dans son message.
Extrait : "Racisme : Attitude d'hostilité systématique à l'encontre d'une catégorie déterminée de personnes. Racisme envers les jeunes : anti-nous universel empêchant toute poussée dans les aigüs du champ lexical qui permettrait de ne plus dire "jeune de banlieue" mais "jeune" tout court, en sous-entendant "citoyen" et peut être même semblable, voire "être humain".
- Comment les enfants des acteurs de l'agitation étudiante des années 1960 -1970 ont-ils vécu cette période ? C'est un peu la question à laquelle tente de répondre Virginie Linhart (née en 1966) dans un petit livre très personnel et très poignant. Elle est la fille de Robert Linhart, l'un des principaux dirigeants de l'extrême gauche maoïste (pour plus de détails sur ce courant, voir la série "68 racontée à mes petits-enfants"). Déjà victime d'un épisode maniaque pendant le mois de mai 1968, il a tenté de mettre
fin à ces jours au début des années 1980 et est entré dans un mutisme mystérieux. Sa fille tente, avec Le jour où mon père s'est tu, de comprendre. Pour ce faire, elle a d'abord tenté d'interroger ceux qui avaient côtoyé son père du temps où il était "le meilleur". Puis, progressivement, elle a rencontré les enfants de sa génération qu'elle connaissait parfois. Au coeur de cette quête, la question de la transmission et de l'éducation. Sans donner dans la critique facile de l'héritage de 68 dont elle reconnait l'apport à la société, elle montre les souffrances que ces enfant ont pu connaître. L'engagement politique radical et permanent de leurs parents a pu en effet parfois les priver d'une certaine "normalité". Virginie se confronte avec beaucoup de tendresse et sans jugement péremptoire à cet héritage en abordant la question du féminisme, la vie en communauté, la nudité imposées aux enfants, l'héritage des silences de la génération précédente autour de la Shoah (plusieurs des dirigeants interrogés, dont son père, étaient en effet juifs). Le livre est paru au Seuil en 2008, il vient d'être réédité en poche (Points).
Extrait : "Je parle à des amis de ce projet. Certains sont réticents : est-il question de juger nos parents ? est-ce que je vais participer à ce grand mouvement de réaction qui, depuis quelques temps, voue les années 68 au pilori et les rend responsables de tous les maux de la société actuelle ? Je me rebiffe, je ne veux pas être enfermée dans une case, ça suffit ! J'ai été seule trop longtemps, je suis à la recherce de mon histoire collective."
Un peu d'économie pour poursuivre. Laurent Cordonnier a choisi de nous expliquer le fonctionnement du capitalisme et de sa crise actuelle en nous racontant une fable intitulée L'économie des Toambopiks. Une fable qui n'a rien d'une fiction. Il nous narre l'histoire d'Happystone, un économiste frais émoulu du Massachussets Institute of Technology (M.I.T.) de Boston. Il est chargé d'une mission d'expertise sur une petite île du Pacifique jolimment nommée Cetouvou. Il entame son séjour par une période d'observation où il assiste émerveillé à une cérémonie du "walras" au cours de laquelle l'offre et la demande de travail se rencontrent pour déterminer le niveau de rémunération. Bref, tout semble confirmer la validité des concepts économiques appris au MIT. Happystone peut ainsi déclarer avec enthousiasme à son interprète Bougainville :
"Nous avons coutûme de dire que, par la force de la concurrence sur le marché du travail, l'économie est en quelque sorte guidée par la grâce d'une main invisible vers la réalisation spontanée du plein-emploi volontaire des resources (précisément de la terre et du travail dans notre cas). La main invisible, Bougainville ! C'est la main invisible du marché que nous venons de voir !"
Happystone propose donc un plan qui prévoit la création d'une banque centrale et l'introduction de la monnaie. C'est là que les ennuis commencent... Tous les ajustements apportés pour corriger les déséquilibres non prévus par le plan se révèlent encore plus déstabilisateurs. Le récit est passionnant, pas trop complexe, et permet de mieux cerner les mécanismes à l'oeuvre dans la récente crise financière. Le livre est publié par les éditions Raisons d'agir, autrefois une collection fondée par le sociologue Pierre Bourdieu.
Terminons par un livre que je n'ai pas lu, mais je vais certainement le faire dans les semaines qui viennent ! Il s'agit du livre d'Alex Ross The Rest is Noise. A l'écoute du XXème siècle (Actes Sud). L'auteur est journaliste au New Yorker et a mis sept ans pour écrire ce livre qui se penche sur le destin de la musique classique au XXème siècle, de Schöneberg à Messiaen en passant par Chostakovitch et Stravinsky et bien d'autres. Il insiste sur les rapports de cette musique à la société et à la politique tout en parlant de la dimension artistique. (Consultez le blog de l'auteur). Bref à lire dès que vous aurez fini le magazine Books de cet été consacré au pouvoir de la musique.
Du rire aux larmes, parcours cinématographique dans la Grande-Bretagne du Thatcherisme.
Paradoxalement, le moribond cinéma britannique a retrouvé ses lettres de noblesse en filmant quelques uns des aspects les plus tragiques de la crise industrielle et sociale qui toucha la Grande Bretagne des années Thatcher, (1979-1990), et Major (1990-1997). Si Ken(neth) Loach s'impose comme le metteur en scène attitré de l'injustice sociale et des dégâts du libéralisme (de "My name is Joe", à "Sweet sixteen", en passant par "The navigators" ou "Raining stones") il n'est pas logntemps resté seul derrière sa caméra pour aborder ce sujet. Quitte à lui emboîter le pas, autant y introduire un peu de variété : qu'il s'agisse de la comédie du 'Full monty", de l'humour grinçant (et parfois glaçant) de "Trainspotting", ou du tire-larmes que sont "Les virtuoses", on n'a que l'embarras du choix pour découvrir la diversité des regards cinématographiques sur ces années de croissance ralentie et de flambée du chômage.
Les années 80-90, en Grande Bretagne, ont été marquées par une présence continue des conservateurs au pourvoir. Le poste de "prime minister" fut occupé successivement par Margaret Thatcher, surnommée avec clairvoyance " the iron lady" - la dame de fer- et son successeur, bien moins "charismatique", John Major.
Comme toute l'Europe, la Grande Bretagne est alors affectée par une grave crise industrielle. Celle-ci résulte autant de l'obsolescence de certaines de ses industries, que de l'épuisement de ses gisements miniers entrainant une hausse des coûts de leur exploitation, ou de l'arrivée de nouveaux pays d'Asie sur le marché mondial. Les "tories", inspirés par les économistes de l'école de Chicago, mettent en place une politique néo-libérale consistant à sectionner sans état d'âme les membres malades (non rentables) de l'industrie nationale.
La totalité des films dont il est question ci-dessous a donc pour cadre les régions industrielles, les pays noirs de l'Angleterre (Sheffield, Manchester), et de l'Ecosse (Leith, le port d'Edimbourg, pour "Trainspotting"). Récompensés à l'international ("Raining stones" reçoit le prix du jury à Cannes, "Brassed Off" - "Les Virtuoses"- le César du meilleur film étranger en 1998), ces films ont aussi lancé la carrière de la fine fleur des acteurs britanniques des années 90-2000, parmi lesquels Robert Carlisle ou Ewan McGregor.
"Raining stones" de Ken Loach (1993)/"The navigators" de Ken Loach (2001) :
Nous
sommes dans le Manchester des années post-Thatcher, dans une banlieue ouvrière tellement affectée par le chômage que les discours politiques du parti travailliste ne font plus recette depuis longtemps. Deux amis, chômeurs, la cinquantaine bien sonnée, tentent d'éponger leurs dettes, de lutter contre leur sentiment d'inutilité et de faire face à la nécessité de survivre en enchainant petits boulots, menus larcins et système D. Difficle de rester digne quand c'est votre fille qui vous donne votre argent de poche ou quand il faut, pour payer une robe de communion à sa gamine, accepter que sa femme soit menacée et molestée par des usuriers sans vergogne.
Ken Loach dit qu'il aime l'humour qui ressort de ces situations désespérées et son film n'en est pas dénué (la scène d'ouverture au cours de laquelle les deux comparses s'emparent d'un mouton afin d'en vendre la viande alors qu'ils n'arrivent pas le à tuer, ou encore celle du vol de la pelouse du club de golf des conservateurs en sont des exemples assez savoureux). Le film montre aussi très bien comment la décomposition des espaces publics (l'habitat urbain est ici particulièrement dégradé) menace les fragiles équilibres des cellules familiales et des individus qui, mis en péril, peuvent voler en éclat à tout moment, confrontés à la précarité extrême. "Raining Stones", en dépit d'un happy end en forme de pirouette qu'on pourra trouver facile, puise indéniablement sa force dans l'impact de son discours sur les ravages sociaux des politiques conservatrices.
Il n'est pourtant p
as inutile de porter, en complément, son intérêt , sur un autre film de l'anglais intitulé "The navigators". Le propos cette oeuvre se concentre sur la dénonciation des effets pervers de la privatisation des chemins de fer britanniques. Le film vint également faire écho à l'accident de train de Hatfield survenu en 2000. D'une gravité relative (4 morts néanmoins) l'accident frappa les esprits. Il fut, en effet, attribué, après enquête, à l'entretien défectueux des rails alors même que la compagnie responsable du convoi engrangeait des bénéfices qui auraient dû lui permettre de rénover et entretenir son réseau ferré. Le film de Ken Loach fut évidemment mis en relation avec l'accident qui venait d'avoir lieu, non sans raison : la politique des Tories de destruction du service public et de valorisation des intérêts du capitalisme débridé expliquait la catastrophe, la sécurité de tous étant sacrifiée sur l'autel de l'augmentation des dividendes à verser aux actionnaires. Dans la" fiction" de Ken Loach, on suit un groupe de cheminots, très solidaires au départ, qui se divise progressivement sous l'effet des réformes qui affectent la gestion de leur dépôt de Sheffield. Quand K. Loach montre les conditions de travail qui se dégradent, la dangerosité qui s'accroît en raison des restrictions budgétaires, et la précarité galopante qui accompagne la sous traitance de multiples activités cela lui permet de critiquer vigoureusement la politique de J. Major (rappelons que M. Thatcher n'avait pas osé mettre en oeuvre la privatisation du rail anglais et que c'est son successeur qui franchit le Rubicon). Les solidarités professionelles, syndicales et humaines fragilisées par les menaces sur l'emploi conduisent le groupe de cheminots à des compromissions difficiles. "The navigators" par son sujet et le contexte particulier de sa sortie avance donc un discours politisé, très accessible, sur les orientations des politiques anti crise menées par les conservateurs britanniques.
"Trainspotting" de D. Boyle (1996) : les années de crise version trash.
Adapté d'un roman d'Irvine Welsh l'enfant terrible des letttes écossaisses,sorti en 1993, "Trainspotting" est un protrait au vitriol des enfants de la crise évoluant dans le décor de Leith, le port d'Edimburgh, dont l'écrivain est lui même natif. Chômage, drogue, combines, esbrouffe, gouaille, rythment quelques tranches de vie d'un groupe de comparses liés par l'instinct de survie. "Trainspotting", avec outrance parfois, culot et provocation souvent , ainsi qu'un humour très britannique, se veut le film d'une génération perdue dans les années de crise, renforcée par la politique de M. Thatcher. Pour ces jeunes du Royaume Uni, il n'y a rien à perdre, les perspectives sont bouchées dans le nord, plus qu'ailleurs ; il ne leur reste que la solution de l'illégalité ou alors les paradis artificiels dont ils usent et abusent. S'insérer dans le modèle sociétal proposé par "la dame de fer" est absolument inenvisageable pour cette troupe de paumés qui ne vit qu'au jour le jour, bien en marge, mais ancrée dans un univers de "prolo" très identifiable dans les paysages du film : pubs, terrains de foot, squats improbables, docks ... Résolument rock dans sa bande son, le film est aussi l'héritier du mouvement punk (avec lequel Welsh a beaucoup fricoté) en ce qu'il est habité par cette "philosophie" du rien à perdre. Celle ci est résumée dans la scène d'ouverture qui, à elle seule, est un manifeste contre le conformisme porté par les conservateurs et, la société de consommation que les jeunes du film reccusent puisqu'ils en sont les laissés pour compte. "Trainspotting", c'est une version trash de la crise dans la forme et dans le fond, c'est aussi un rendu (pour son propos mais aussi son visuel) assez fracassant du creusement des inégalités sociales dans les sociétés occidentales de la dernière décennie du XXème siècle.
De le mine au Royal Albert Hall : "Les Virtuoses" de M. Herman (1997)
La nécessité quasi impérieuse de se munir d'un paquet de kleenex ne doit pas pour autant disqualifier "Les Virtuoses". Moins rock n' roll que "Trainspotting" certes, le film trouve toutefois remarquablement sa place dans cette famille des fictions témoignant de la fin des Trente Glorieuses. Nous sommes à Grimley, dans le nord de l'Angleterre où le dernier puits de mine va fermer (le paysage minier avec ses corons de briques rouges est indissociable du film). Les syndicats sont moribonds, les patrons voyous déjà aux commandes, gérant les plans sociaux de grande ampleur aussi vite qu'ils s'enfuient dans leurs grosses berlines aux vitres teintées. Avec la fin de la mine, c'est tout une région qui s'effondre, tout un monde qui disparait. Les familles de mineurs se mobilisent d'autant plus que la fin des activités extractives met en péril l'existence de la fanfare (le Brass Band qui donne son titre original au film "Brassed Off", signifiant aussi "en avoir par dessus la tête"), fierté locale et ciment des amitiés ouvrières. Maintenir son activité et emmener le groupe en finale des championnats nationaux, qui se déroulent au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, est, en soi, une revanche sur le rouleau compresseur qui a broyé l'univers des mineurs et l'occasion pour eux de garder la tête haute face aux requins qui leur avait pourtant fait comprendre que leur temps était révolu. Une belle revanche, si futile soit elle.
Film à petit budget, "Les Virtuoses" fut un des succès cinématographiques de l'année 97 et les multiples récompenses que reçut le film ont donné une nouvelle ampleur au discours politique qui le sous-tend. Il est devenu l'étendard déployé d'une profession brisée par Thatcher-Major, comme un ultime barroud d'honneur d'un univers condamné par la société post-industrielle, par les partis conservateurs auxquels la social-démocratie ne s'est pas privée d'emboîter le pas.
"The full monty" de P. Cattaneo (1997), une synthèse ?
Sheffield,
Yorkshire, ancien fleuron de la metallurgie britannique est devenue une ville fantôme. Les usines sont vides, les halls de l'ANPE , eux, ne désemplissent pas. "The Full Monty" avec son air de comédie légère et son ton badin, réussit, peut être, le tour de force d'opérer une synthèse des multiples regards cinématographiques sur la crise industrielle et le thatchérisme. Par la transformation improbable de chômeurs de longue durée dans l'impasse en une troupe de chippendales redoutables, le film montre avec beaucoup d'autodérision mais aussi une certaine tendresse, la cruauté au quotidien et les humiliations du chômage, l'impossibilité de se contenter du système D et de la vie au jour le jour quand on a une famille à charge, la douleur du déclassement social, la difficulté de rester digne ou d'assumer son rôle de père quand la précarité est ce que l'on peut espérer de mieux. Les moments de franche rigolade ne font jamais disparaître le fond tragique et sérieux de la situation de ces gens simples des pays noirs. La bande son du film a contribué à son succès (voir l'extrait ci-dessous) , tout comme cette galerie de personnages aussi émouvants que drôles.
Voir aussi sur l'histgeobox, la contribution de Blot sur le "Miss Maggie" de Renaud, un vibrant hommage à la "dame de fer".





21.04.11 18:04:10,
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