Samarra


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« ITINÉRAIRES CROISÉS Vosges Algérie / Algérie Vosges – 1830 → 1970 » : Expo à Epinal

par Aug Email

 

 

A l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, les Archives départementales des Vosges organisent jusqu'au 23 février une exposition exploitant ses propres archives et des documents ou objets prêtés par des particuliers. Saluons cette initiative qui permet d'explorer les relations entre le département et l'Algérie, depuis l'époque de la conquête par les Français jusqu'aux années 1970.

 

Un des organisateurs de l'exposition, Alexandre Laumond, a accepté de répondre aux questions d'élèves de Terminale. Je vous propose de voir cet interview sur le Blog Maghreb-France.

"Lorsque ma part algérienne s'exprime dans le micro de la vie"

par Aug Email

 Médine dans les rues d'Alger tel qu'il apparaît dans le clip

 

L'année 2012 a vu fleurir les publications et commémorations d'une guerre aux noms différents selon le regard porté : simples "évènements" ou "guerre sans nom" pour les uns, "guerre de libération nationale" ou "d'indépendance", "révolution", "jihad", "guerre d'indépendance des Algériens" pour les autres  ou simplement "guerre d'Algérie". Nous avons voulu revisiter certains évènements de cette guerre tout en réfléchissant aux différentes mémoires qu'elles a engendrées.

 Sur l'histgeobox, nous vous proposons de mener cette réflexion en suivant pas à pas le rappeur Médine.

 


Retrouvez le sommaire de notre dossier sur l'Algérie et ses mémoires de l'époque coloniale à la Guerre (1830-1962)

17 octobre 1961 : 50 ans déjà. Entretien avec Peggy Derder.

par vservat Email

Le 17 octobre 2011, c'était il y a quelques semaines, à peine, et l'occasion de revenir sur un journée restée dans l'ombre de l'histoire de France et de la guerre d'Algérie. A cette même date, le 17 octobre 1961, les algériens de France répondent à l'appel à manifester du FLN. Désarmés, car préalablement contrôlées à cette fin, des hommes, des femmes se retrouvent dans Paris qu'ils n'atteignent pas tous, pour protester contre le couvre feu qui leur est imposé par la préfecture de Police aux ordres de Maurice Papon. Il s'ensuivra une nuit d'horreur rythmée par les arrestations arbitraires, les tabassages en règle, les enfermements dans les centres de Vincennes notamment, et pour un grand nombre aussi la Seine comme seule sépulture offerte par les forces de l'ordre. 

 

Paris, 17/10/61, Photo Elie Kagan.

Avec Peggy Derder (1), historienne, dont les travaux de recherche portent sur l'immigration algérienne et la guerre d'indépendance de l'Algérie, nous revenons sur cet évènement pour en comprendre les enjeux hier et aujourd'hui aussi bien pour les victimes, les historiens que dans le débat public.

 

Les 50 ans de l'évènement n'ont pas permis de lever toutes les zones d'ombre mais il ont montré la volonté de plus en large que la lumière soit faite, les torts établis, et les victimes reconnues. Signalons que la sénatrice E. Benbassa, par ailleurs directrice de l'EHESS, a déposé à cette fin il y a quelques jours (le 27 octobre), , une proposition de loi au Sénat "visant à la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans le massacredu 17 octobre 1961". 


 

 

  • La journée du 17/10/1961 s’inscrit dans la dernière partie de la guerre d’Algérie qui est un sujet vif dans le débat public et scientifique français. De quelle manière les avancées faites sur l’histoire de la guerre d’Algérie peuvent elles faire avancer la connaissance autour du 17 octobre 1961 ?

 

Les travaux sur la guerre d’Algérie se sont effet multipliés ces dernières années et ont rencontré un intérêt de la part du grand public, avec une accélération au tournant des années 2000 à la faveur des débats et polémiques autour de la torture. Les recherches n’ont cessé d’avancer, creusent dans des directions différentes et enrichissent notre connaissance d’une période encore souvent perçue comme taboue.

 

Les récentes recherches dirigées par Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault qui ont donné lieu à un ouvrage intitulé « La France en guerre 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d’indépendance algérienne » (éditions Autrement, 2008) nous donnent à voir des aspects méconnus du vécu des populations ou de l’impact (ou de l’absence d’impact) de la guerre d’indépendance dans les différentes régions de l’Hexagone. Je pense aussi aux travaux de Linda Amiri sur la fédération de France du FLN et la guerre d’indépendance en métropole. La thèse d’Emmanuel Blanchard sur la police et les immigrés algériens qui vient de paraître restitue les méthodes et les violences policières et permet de mieux appréhender le contexte du 17 octobre 1961.Les historiens anglo-saxons s’intéressent également à ce pan de notre histoire, dans le cadre de leurs post-colonial studies. Ainsi le dernier ouvrage important sur le 17 octobre 1961 est le fruit des travaux de Jim House et Neil MacMaster .

 

 

 

  • Le 17/10/1961 est-il encore aujourd’hui un vrai chantier d’études pour les historiens ? (je ne sais pas s’il est utile de garder la forme interrogative dans cette partie car j’imagine que la réponse est un oui ferme !) Finalement où en est l’état de la recherche, de l’accès aux archives, du bilan humain de cette journée et de ses suites 50 ans après les faits ?

 

 

La recherche avance comme le prouvent les recherches récentes sur la guerre d’indépendance algérienne aussi bien en métropole que sur le territoire algérien. L’accès aux archives a longtemps été problématique pour les chercheurs, en raison des délais de non communicabilité des archives. Les dérogations ont été accordées très ponctuellement et de manière a priori aléatoire. Les déboires rencontrés par Jean-Luc Einaudi le confirment : il n’a jamais eu accès aux archives demandées. Aujourd’hui avec la nouvelle loi sur les archives de 2008 et l’expiration du délai de cinquante ans ; les choses s’annoncent normalement plus simples. Seulement, précisément sur la nuit du 17 octobre 1961, des archives ont mystérieusement disparu comme celles de la Brigade fluviale. Surtout il y a fort à parier que les violences policières de cette nuit-là et des suivantes dans les centres de détention (Vincennes, Palais des Sports, stade de Coubertin etc) n’ont pas laissé de traces dans les archives. Mais les blessures, les morts, le racket et toutes les brutalités policières ont été couvertes par le préfet de police Maurice Papon et le gouvernement de l’époque, dirigé par le gaulliste Michel Debré. Lorsque des parlementaires, Eugène Claudius-Petit et Gaston Defferre, ont réclamé une commission d’enquête, ils se sont vus opposer un refus systématique. Le bilan officiel est resté inchangé : trois morts.

 

2 journaux dans les jours qui suivent le 17/10/61 [@arret sur images]

Aujourd’hui si on se base sur l’investigation menée par Jim House et Neil MacMaster, qui ont fouillé quantité d’archives et repris des témoignages, on peut avancer un chiffre d’au moins une centaine de morts pour la nuit du 17 octobre 1961. Il s’agit d’un paroxysme. Ces morts s’inscrivent dans une longue lignée de victimes de la répression policière, de type coloniale, en plein cœur de la métropole.

 

 

  • En France, cette journée n’appartient pas qu’aux historiens, elle est en question dans l’espace public. Longtemps victime de la censure et de l’omerta (de nombrexu documents d'époque films, photos, témoignages, livres ont été censurés, détruits) ou de l’ombre faite par d’autres journées tragiques de la guerre d’Algérie (celle de Charonne, par exemple), elle a ressurgi à la faveur du procès Papon.(1) Comment l’histoire et la mémoire de cette journée ont-elles réussi à « survivre » à ces obstacles ?

 

 

L’histoire et la mémoire de ces événements sont en effet restées longtemps souterraines. Elles ont été portées par des militants et des intellectuels qui ont multiplié les efforts pour que la vérité surgisse. C’est le cas de Jacques Panijel avec son film « Octobre à Paris » qui vient de sortir en salles… cinquante ans après son interdiction ! Pierre Vidal-Naquet dans son ouvrage « La torture dans la République » (1972) en parle également. On peut citer bien entendu Jean-Luc Einaudi dont la pugnacité et le travail, en particulier avec son ouvrage « La Bataille de Paris » en 1991, ont énormément contribué à l’émergence de cette mémoire. De nombreuses autres personnes seraient encore à citer comme Didier Daeninckx, Daniel Mermet, Olivier Lecour Grandmaison ou encore Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi au sein de leur association « Au nom de la mémoire » et bien d’autres encore.

 

 

  • L’Algérie vient d’éditer un timbre commémorant les 50 ans du 17/10/61. Peux tu nous expliquer quelle façon l’histoire et la mémoire de cette journée sont abordées de l’autre côté de la Méditerranée, du point de vue des historiens, des politiques, avec quels enjeux dans le débat public ?

 

 

En Algérie, l’histoire de la fédération de France du FLN et du rôle central de l’immigration dans la « guerre de libération », a été reléguée aux marges de la mémoire collective. L’histoire officielle a valorisé l’action des moudjahidine (combattants) et des chahid (martyrs) de la révolution, souvent sur le mode épique. Les raisons sont essentiellement politiques et relèvent de clivages internes au sein du FLN. Lorsque Ben Bella accède au pouvoir à l’indépendance, il ostracise les cadres de la fédération de France. Le récit national privilégie les combats de libération du territoire algérien et quelques figures dites héroïques du FLN. Les immigrés et les cadres de la Fédération de France sont écartés de ce récit au même titre que les femmes, les communistes ou les Kabyles… Cependant, quelques initiatives visent à inverser la tendance. En 1968, le 17 octobre est devenu en Algérie une date commémorée officiellement comme la « Journée nationale de l’émigration ». Le timbre émis cette année par Algérie Poste montre des hommes battant à mort et jetant dans la Seine des manifestants, en arrière-plan le drapeau algérien est hissé sur la Tour Eiffel.

 

 

  • La date des 50 ans du 17/10/1961 vient de passer, et l’évènement revient quelque peu sous les lumières de l’actualité. Un des mots d’ordre de la manifestation autour du Grand Rex était de demander que cette journée soit reconnue comme un « crime d’état ». Quels sont les enjeux d’une telle reconnaissance pour les victimes, les associations, les chercheurs etc ?

 

 

Le 17 octobre 2011 a été le plus médiatisé à ce jour. De multiples initiatives ont permis de réactiver les mémoires individuelles et collectives de cet événement, de laisser la parole aux témoins, aux militants et aux mouvements associatifs mais aussi de faire un véritable travail d’histoire, notamment lors de deux grands colloques à Nanterre et à l’Assemblée nationale. L’aspect purement commémoratif était également présent en particulier dans des communes de proche banlieue comme Nanterre qui a inauguré un « boulevard du 17 octobre 1961 » et Clichy, sur le pont où de nombreux manifestants ont été victimes de la police. Aujourd’hui une vingtaine de villes de proche banlieue parisienne commémore le 17 octobre dans l’espace public grâce à une plaque ou un nom de rue. Il s’agit de marques visibles et publiques essentielles. Le point d’orgue de ce cinquantième anniversaire fut l’organisation d’une manifestation dans la capitale entre le cinéma Le Rex et le pont St-Michel, deux lieux emblématiques du drame. Elle a réuni 5 000 personnes selon les organisateurs, moitié moins selon la police. Dans les rangs de cette très belle manifestation, on a entendu différents slogans comme « ouverture des archives ! », « vérité et justice ! » et en effet « reconnaissance du crime d’Etat ».

 

Manifestation du 17/10/2011 [@afp]

 

 

Une parole officielle est essentielle pour les victimes et leurs descendants qui verraient ainsi reconnaître leurs souffrances, refoulées voire niées jusqu’à présent. Plus largement pour l’ensemble de la société française, même si la vérité est désormais accessible grâce aux médias, à des films, aux publications dont quelques manuels scolaires, une reconnaissance officielle permettrait de cheminer vers une histoire apaisée de la guerre d’Algérie. Mais n’oublions pas que la reconnaissance de la guerre d’Algérie est elle-même très récente : il a fallu attendre la loi du 18 octobre 1999 pour parler officiellement de guerre alors qu’auparavant on parlait uniquement d’ « événements en Algérie », d’ « opérations de pacification » ou de « maintien de l’ordre ». Le 17 octobre 1961 est un tabou officiel et parfois objet de conflits mémoriels au même titre que de nombreuses pages douloureuses ou crimes de la guerre d’Algérie.

 

 

  • On dispose désormais de davantage de travaux scientifiques mais aussi de vulgarisation sur cette journée sous la forme de BD, de romans, films et même de chansons. Nous donneriez-vous quelques coups de cœur ou recommandations y compris dans le domaine scientifique ?  

 

Pour les ouvrages scientifiques, j’ai déjà parlé des travaux de Jim House et Neil MacMaster dont l’ouvrage me semble essentiel ; et de ceux d’Emmanuel Blanchard, Linda Amiri ou Sylvie Thénault. D’une autre manière les recherches de Naïma Yahi sur l’histoire culturelle des immigrés maghrébins offre un autre éclairage très intéressant sur cette période. Sur le plan musical, Les Têtes Raides ont mis en chanson le magnifique poème de Kateb Yacine « Dans la gueule du loup ». La Tordue et Médine ont également signé deux très beaux morceaux.

 

Du côté littéraire, quelques ouvrages évoquent cette période et la manifestation. A noter, le témoignage de Brahim Benaïcha « Vivre au paradis, d’une oasis à un bidonville » (éd. Desclée de Brouwer, 1999) qui a ensuite été adapté au cinéma par Bourlem Guerdjou. J’aime beaucoup les romans « Le porteur de cartable » (Pocket, 2003) d’Akli Tadjer, « Le sourire de Brahim » de Nacer Kettane (éd. Denoël, 1985) et « De grâce » d’Hamid Aït Taleb (éd. JC Lattès, 2008).

 

De plus, l’association « Au nom de la mémoire » vient d’éditer un recueil de nouvelles « 17 octobre 1961, 17 écrivains se souviennent ». Ces titres complètent le fameux « Meurtres pour mémoire » (Gallimard, 1984) de Didier Daeninckx qui est d’ailleurs le co-auteur d’une BD sortie récemment sur le 17 octobre « Octobre noir » (avec Mako, aux éditions Ad Libris, 2011). Pour les films, j’ai signalé la sortie au cinéma du film de Jacques Panijel réalisé à l’époque. Le téléfilm de fiction « Nuit noire » d’Alain Tasma est intéressant et juste historiquement. Enfin, Yasmina Adi a réalisé un superbe film documentaire « Ici on noie les Algériens » qui est sorti en salles le 19 octobre.

 

On y ajoutera le podcast d'une récente conférence de Jim House, donnée à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, accessible par ce lien : http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/les-podcasts-de-l-univercite/saison-2011-2012 et qui est accompagné en bas de page d'un dossier documentaire.

 

Un très grand merci à Peggy Derder d'avoir bien voulu nous accorder cet entretienpour Samarra ! 

Retrouvez aussi le 17/10/1961 sur l'Histgeobox :

http://lhistgeobox.blogspot.com/2011/04/medine-17-octobre-1961-2007.html

http://lhistgeobox.blogspot.com/2008/06/la-tordue-paris-oct-61.html

 

(1) Peggy Derder a publié "L'immigration algérienne et le spouvoirs publics dans le département de la Seine 1954-1962" chez L'Harmattan.

(2) JL Einaudi est amené à témoigner lors du procès Papon au cours duquel il évoque le rôle de l'accusé en octobre 61 lors de la répression de la manifestation. Il confirme ses propos dans le monde en 1998 ce qui mlui vaut un dépôt de plainte de Papon en diffamtion. L'année Maurice Papon est débouté. Cette passe d'arme a contribué à mettre l'évènement sous les feux des médias.

 

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