Tags: dictature
Lapiro de Mbanga libéré.
Nous vous avons parlé à plusieurs reprises de Lapiro de Mbanga. Ce chanteur camerounais fut condamné par la dictature de Biya à trois ans de prison pour avoir "incité à l'émeute" (à la suite des grandes manifestations contre la cherté de la vie qui ont eu lieu à la fin du mois de février 2008). Il vient de sortir de prison.

Liens:
- Sur Samarra: "Liberté pour Lapiro".
- Afrik.com: "Lapiro de Mbanga: le combat continue".
- Mondomix: "Cameroun: bienvenue chez vous, monsieur Lapiro!"
- Freemuse: "Singer Lapiro de Mbanga released from prison".
Libérons Lapiro.
Nous vous avons déjà parlé de ce chanteur emprisonné par le pouvoir camerounais.
"Freemuse et Mondomix ont déposé une pétition à l'ambassade du Cameroun à Paris pour demander la libération du chanteur Lapiro. Ce dernier purge une peine de 3 ans de prison au Cameroun pour avoir chanté "Constitution constipée", chanson qui dénonce les manoeuvres du président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, pour se faire réélire. "
Pour en savoir plus, allez faire un tour sur Mondomix
Liberté de Tony Gatlif : les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale
Le réalisateur Tony Gatlif a toujours célébré la liberté. C'est une sorte de fil conducteur dans les films qu'il réalise depuis plus de 30 ans. Certains ont contribué à sa célebrité comme Latcho Drom (1993), Gadjo Dilo (1999) ou Exils (2005). Né d'un père kabyle et d'une mère gitane, Tony Gatlif a toujours eu à coeur de défendre la liberté et de dénoncer le sort réservé aux Tsiganes.
Avec Liberté, il a décidé de faire oeuvre civique et de faire connaître un sujet difficile. Difficile parce que la persécution dont ont été victimes les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale a rarement suscité l'intérêt. Difficile parce qu'il réveille des souffrances que certains ont voulu oublier. Ne demandez pas à Tony Gatlif de vous faire un cours d'histoire, ce n'est pas son truc. Par contre, il excelle à faire un film qui célèbre la vie, la liberté et la musique pour parler d'une époque de souffrance et de mort.
Pour incarner la liberté, Gatlif a imaginé le personnage de Talloche. Dans le film, il est un peu le "baromètre". Heureux lorsqu'il peut aller où bon lui semble, tourmenté et imprévisible lorsqu'il est sous la contrainte. C'est un peu l'ambassadeur du réalisateur. Contrairement aux apparences, Talloche n'est pas fou, c'est sans doute le personnage le plus lucide et le plus libre du film. Comme pour les autres personages, Tony Gatlif et Eric Kannay (co-scénariste) se sont inspirés de personnes réelles. Pour Talloche, c'est Joseph Tolloche, un tsigane belge passé par le camp de Montreuil-Bellay avant d'être arrêté dans le Nord de la France puis déporté vers Auschwitz où il est mort (Voyez son histoire racontée par Jacques Sigot).Pour jouer le rôle, Gatlif a choisi un "gadjo" (un non-tsigane), le formidable acteur James Thiérée, qui a appris la langue des tsiganes et s'est initié à leur musique. Plusieurs "justes" ont également un rôle important dans le film, notamment ceux joués par Marie-José Croze, Marc Lavoine et Rufus.
J'ai eu l'occasion de voir Liberté lors d'une projection à Nancy en présence du réalisateur. Il n'était pas tellement intéressé par les discussions autour de ses choix artistiques. On sentait qu'il avait envie de réveiller les consciences sur cette amnésie partielle et sur la perpétuation de politiques d'exclusion vis-à-vis des Tsiganes, en France et en Europe. Car c'est l'autre objectif du film : dénoncer le racisme et l'intolérance dont sont aujourd'hui victimes les Rroms, Tsiganes, Sintis, Yéniches et autres Manouches. Une scène du film montre ainsi des voisins s'opposant à l'arrivée de ces tsiganes supposés voleurs et dangereux. La scène pourrait très bien se passer à notre époque et Gatlif a rappelé que des maires et des préfets en France ont récemment évoqué le "fléau" tsigane, reprenant ainsi (inconsciemment ?) les termes utilisés par les Nazis.
Bien sûr, le sort réservé aux Tsiganes entre 1940 et 1946, sur lequel nous reviendrons, dépasse de loin les persécutions ultérieures.
Pour ma part, j'ignorais que les Tsiganes ne sont sortis des camps d'internement en France qu'en 1946, rare cas de continuité entre le gouvernement de Vichy et le G.P.R.F...

Tony Gatlif avec Marc Lavoine sur le tournage
Pour filmer la persécution des Tsiganes, Gatlif voulait éviter le voyeurisme qui caractérise les images prises par les bourreaux. Pour lui, la plupart des images des camps ont en effet été prises par eux et on y sent dans le regard des gens la honte d'être filmés ou photographiés sans pudeur. Les moments les plus durs ne sont donc pas montrés crûment, comme pour rendre leur dignité aux victimes. La gamelle encore chaude des Tsiganes et leur campement dévasté par la gendarmerie suffissent ainsi à évoquer leur déportation.
La musique est un des personnages principaux du film. Elle apaise, elle libère les coeurs et les corps. Elle désamorce les tensions comme dans ce moment magnifique où Gatlif réussit à enlever toute portée politique à "Maréchal, nous voilà" en proposant une version tsigane.... Mais juste après, comme pour se laver les oreilles, il nous fait entendre un "Temps des cerises" beaucoup moins apprécié du gouvernement de Vichy ! La bande originale, composée en partie par Tony Gatlif lui-même et par Delphine Mantoulet est magnifique. Le titre "Les Bohémiens" chanté par Catherine Ringer résume superbement le message : "Si quelqu'un s'inquiète de notre absence, dîtes-lui qu'on a été jetés du ciel et de la lumière, nous les seigneurs de ce vaste univers..." Je vous ai établi la playlist des chansons du film ci-dessous :
Voici un entretien accordé par Tony Gatlif à Mondomix :
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Pour prolonger ce film, nécessaire et magnifique, je vous propose d'évoquer très bientôt sur ce blog la politique nazie à l'égard des Tsiganes en Europe puis leur situation dans la France de Vichy et au-delà.
- Le site du film avec notamment une fiche pédagogique.
La ballade de la Stasi.

Groupe de dissidents dans l'appartement de Wolf Biermann (qui tient une guitare). A gauche, on distingue le physicien Robert Havemann.
Dans sa chanson "Die stasi ballade", le chanteur Wolf Biermann dépeint avec brio le quotidien de nombreux Est-Allemands, surveillés et contrôlés par la redoutable police politique, connue sous le nom de Stasi.
Musiciens du bloc de l'Est 1: Plastic People of the Universe (Tchécoslovaquie).
Alors que la culture de masse américaine se diffuse et triomphe en Europe de l’ouest, elle subit au contraire les attaques des autorités à l’Est. En 1965, les paroles de chansons et les noms de groupes en anglais sont interdits en RDA. Très peu de groupes occidentaux obtiennent l’autorisation de se produire à l’Est. Mais toutes ces mesures s’avèrent vaines, tant l’attrait de ces musiques interdites reste fort. Des subterfuges permettent souvent de contourner les obstacles (la radio dans les zones proches du camp occidental, le passage en fraude de disques). Des dizaines de groupes de rock se forment dans le bloc communiste à partir des années 1960. Désormais, les autorités tentent de canaliser leurs activités, de les encadrer et de les censurer si nécessaire.
Nous allons ici nous intéresser à quelques figures emblématiques du rock ou de la chanson qui émergèrent dans le bloc soviétique.
* Plastic People of the Universe (Tchécoslovaquie).
A son corps défendant, le groupe de rock tchécoslovaque Plastic People of the Universe devint un des symboles de la résistance au communisme dans le pays, au cours des années 1970. Grands admirateurs de Franck Zappa, ils doivent leur nom à une strophe d’une chanson du chanteur américain. Musicalement, ils lui doivent beaucoup. Pour décrire leur son, un critique rock évoqua "un orchestre de klezmer fou furieux mené par Frank Zappa". Le groupe est fondé au lendemain de la répression du printemps de Prague, en 1968.

Pochette de l'album Egon Bondy's Happy Hearts Club Banned qui contient les textes du poète dissident Egon Bondy (alias Zbynek Fiser 1930-2007). Ce titre est un détournement de celui des Beatles, Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band. Banned signifie "censuré" en anglais.
A l'instar du Floyd ou des groupes californiens, les Plastic proposent des Happenings où les jeux de lumières, les tenues bariolées et les sonorités psychédéliques fascinent un public nombreux. Ces choix étaient en opposition radicale avec la volonté des autorités d'imposer les valeurs soviétiques. Ils se voient ainsi retirer leur licence professionnelle, puis ils ont bientôt l'interdiction de se produire devant un public au motif que leur musique, trop"morbide" risquerait d"'avoir un impact social négatif". Dès lors, ils ne se produisent que dans des lieux clandestins connus des seuls initiés. Parfois, la police découvre ces concerts sauvages et procède à des matraquages accompagnés d'arrestations.

Milan Mejla Hlavsa avec Egon Bondy.
Progressivement, le groupe s'affranchit de ses influences musicales anglo-saxonnes et chante des compositions orignales en tchèque. Il se rapproche alors du poète surréaliste Egon Bondy dont ils adaptent les poèmes. L'orientation "nationaliste" déplaît au plus au point aux autorités dans la mesure où, désormais, le public peut comprendre les paroles des chansons, empruntées à un poète interdit de publication officielle, dont l'oeuvre se situait aux antipodes des canons du réalisme soviétique défini par Jdanov. Les Plastics reprennent aussi un poème ("100 points") de Frantisek Vanecek. A la dixième minute d'un morceau jusque là instrumental. Vanecek y dénonce les abus du régime communiste qui ne peut se maintenir au pouvoir qu'en opprimant et écrasant mais qui n'a aucune prise sur la société tchécoslovaque: "ils ont peur des vieux pour leur mémoire, ils ont peur des jeunes pour leur innocence, ils ont peur même des enfants qui vont à l'école, (...) ils ont peur des tombes et des fleurs que les gens y déposent, (...) ils ont peur des conventions qu'ils signent, (...) ils ont peur de Marx, ils ont peur de Lénine (...) ils ont peur du socialisme".
Reste que la plupart des titres du groupe n'ont rien de politiques. Finalement, c'est l'acharnement des autorités à les traquer qui rend le groupe subversif. La musique devient ainsi un puissant vecteur d'affirmation et d'opposition indirecte au régime pour les jeunes tchécoslovaques. Rien ne peut aller contre cette vague de fond et l'engouement provoqué par ces chansons. Les enregistrements pirates s'échangent sous le manteau, tandis que l'annonce d'un concert clandestin est vite connu grâce au bouche à oreille. Ce mouvement rock mérite vraiment le qualificatif d'"underground" qui lui est vite accolé.

En 1976, au cours du festival de la seconde culture de Bojanovice. La police arrête plus d'une centaine de personnes, saisit les instruments du groupe (fabriqués à la main et électrifiés par les membres du groupe, après des saisies antérieures) et confisque les textes et livres interdits (samizdat). Les autorités traînent plusieurs groupes en justice (les Plastics, mais aussi DG 307), pensant ainsi réduire au silence facilement cette jeunesse remuante. C'est le contraire qui se produit. La répression du festival rencontre un écho dans certains medias occidentaux, ce qui contribue à braquer les projecteur sur ces rockers dissidents. En septembre, deux membres des Plastics, Vratislav Brabanec et Ivan Jirous, comparaissent devant un tribunal pour “trouble volontaire à l’ordre public”, ils sont aussi poursuivis pour "hooliganisme" et écopent de peines de prison ferme. C'est alors que les Plastics rencontrent Vaclav Havel, grand dramaturge d'avant-garde et opposant déclaré du régime.

Vaclav Havel (au gauche) au concert de Plastic People en 1978
Au cours du procès, Havel leur apporte son soutien. Dans un texte sobrement intitulé Le Procès, il revient sur le rôle joué par ces condamnations au sein de l'intelligentsia tchécoslovaque : «D’une part, on avait le sentiment de participer à une expérience qui jetait sur le monde un éclairage sans précédent ; mais surtout, on ne pouvait se défendre d’une certaine émotion à la pensée qu’il existe encore parmi nous des gens qui engagent leur existence pour affirmer leur vérité, et qui n’hésitent donc pas à payer chèrement leur conception de la vie.»
Avec d'autres, Vaclav Havel fonde à cette occasion une organisation de défense qui compte en ses rangs de nombreux intellectuels et universitaires tchèques. La solidarité internationale et intellectuelle s'engage : en 1977, environ 200 personnes signent la « Charte 77 », appelant le gouvernement à respecter ses engagements concernant le manifeste des droits de l'homme qu'il avait approuvé lors des accords d'Helsinki en 1975. Voici un extrait de la charte:
" La Charte 77 n’est pas une organisation […]. Elle comprend tous ceux qui adoptent ses idées, qui participent à son action et lui accordent leur soutien. […] Elle cherche à promouvoir l’intérêt général. Elle ne cherche pas à mettre en place un programme de réformes politiques ou sociales ou de changements mais, au sien de sa propre sphère d’activités, elle espère construire un dialogue constructif avec les autorités politiques de l’Etat, en particulier en attirant l’attention sur divers cas individuels où les droits de l’homme sont violés, en préparant la documentation et en suggérant des propositions d’un caractère plus général qui visent à renforcer des droits et leurs garanties et en agissant comme médiateurs dans différents conflits qui peuvent conduire à l’injustice.
A travers son nom symbolique, Charte 77 souligne qu’elle a vu le jour au début d’une année désignée comme année des prisonniers politiques, une année durant laquelle une conférence doit se tenir à Belgrade pour rappeler le respect des obligations prises en charge à Helsinki. Manifeste de la Charte 77 publié à Prague le 1er janvier 1977 par des intellectuels tchécoslovaques (dont V. Havel)."
En France, ce mouvement bénéficie de relais et d' un comité de soutien qui compte l'écrivain Vercors ou Yves Montand dans ses rangs (d'anciens compagnons de route du PCF). Les signatures sont nominales et la police secrète ne tarde pas à concentrer ses forces sur ceux qu'elle considère comme des opposants au pouvoir. Les citoyens étrangers sont amenés à rentrer dans leur pays. L'un des musiciens des Plastics, Paul Wilson, quitte le pays avec, dans ses poches, quelques enregistrements du groupe et aide à le faire connaître dans le grand ouest.
La publication de la Charte 77 constitue la genèse de la "révolution de velours" qui aboutira au renversement en douceur du régime communiste et la transition vers la démocratie à la toute fin de l'année 1989. Laissons le mot de la fin à Vaclav Havel, lui qui incarne au yeux du monde entier la Révolution de velours et la transition en douceur de l'ancienne "démocratie populaire" en une véritable démocratie. Dans un entretien qu’il accorde à Lou REED au début des années 1990, il rappelle l’importance de Plastic People of the Universe : «Ce groupe a été persécuté – d’abord ils ont perdu leur statut de professionnels. Ensuite, ils ne pouvaient plus jouer que dans les soirées privées. Pendant un temps, ils ont également joué dans la grange de ma maison de vacances, où nous devions, et c’était très compliqué, organiser des concerts clandestins... (...) Grâce à eux, un mouvement de contre-culture est né dans ce pays, durant les sombres années soixante-dix et quatre-vingts.»
Ce n’est qu’en 2003 que le jugement condamnant les Plastic People a été, enfin, cassé.
Liens et sources:
- "Histoire Parallèles" sur l'excellent blog d'Eric Rullier.
- "Le Rock uderground, sous la normalisation communiste".
- "Plastic People of the universe, les coeurs joyeux du ghetto".
- Le site officiel du groupe.
- Sur le site belge d'Amnesty international: "Prenez garde aux chansons".
- Dossier d'une pièce de théâtre inspirée du "Procès" de Vaclav Havel.
- Dossier (sous word) autour des relations entre idéologie et culture.
Rock et guerre froide
Mick Jagger et l'ancien dissident Vaclav Havel (devenu président) se rencontrent en août 1990, à l'occasion de la venue des Rolling Stones, au lendemain de "la Révolution de velours".
Lorsque le rock and roll apparaît aux Etats-Unis, il suscite d’emblée l’incompréhension de la part des adultes, qui y voient une influence néfaste pour la jeunesse. Les déhanchements suggestifs d’Elvis Presley troublent une frange importante de l’Amérique puritaine. Cette musique, fruit des « amours » entre country blanche et blues noir brouille également les repères d’une société encore ségrégationniste.
En 1956, le Conseil des citoyens de la Nouvelle-Orléans édite un tract qui prouve à merveille l'opposition virulente au nouveau genre musical, dont les racines noires posent particulièrement problèmes dans les bastions racistes du Sud des Etats-Unis: " STOP! Aidez-nous à sauver la jeunesse américaine. N'achetez pas des disques de nègres (si vous ne voulez pas servir des nègres dans votre commerce, alors n'ayez pas de disques noirs dans votre juke-box et n'écoutez pas dedisques noirs à la radio). Les hurlements, les paroles idiotes et la musique sauvage de ces disques sapent le moral de notre jeunesse blanche en Amérique.Appelez les annonceurs des stations de radio qui diffusent ce genre de musique et plaignez-vous! Ne laissez pas vos enfants acheter ou écouter ces disques de nègres." Elvis lors de son service militaire en Allemagne de l'ouest en 1958. Celui qui incarna dans un premier temps la jeunesse rebelle devient rapidement un chanteur fréquentable dont les roucoulades romantiques rassurent les parents. Evidemment ces jérémiades racistes ne purent empêcher cette révolution musicale en marche. En Europe occidentale, les réactions ne sont guère plus favorables dans un premier temps. Ainsi, lorsque le très sage Bill Halley arrive à Londres en 1957, il essuie de nombreuses critiques. Ainsi, le chef de l'orchestre symphonique de la BBC fustige ce "rock'n'roll [qui] n'est ni plus ni moins qu'une exhibition primitive de tam-tams qui cognent. On joue du rock'n'roll dans la jungle depuis des siècles." Déjà dans l'entre-deux-guerre le jazz américain avait suscité un mélange de fascination et de répulsion. Très vite néanmoins, le genre s'impose et devient même un puissant atout culturel pour les Américains dans le cadre de la guerre froide. A l'instar du cinéma hollywoodien, les rockers contribuent à la fascination du modèle américain bien plus sûrement qu'un long discours théorique. Certaines émissions de radio extrêmement populaires telles que Moondog House Rock'n'Roll Show d'Alan Freed contribue à populariser le rock'n'roll et à le rendre fréquentable pour le plus grand nombre.
Dans le bloc soviétique, le rock and roll ne reçoit pas un meilleur accueil. Les autorités soviétiques considèrent la musique pop comme décadente, incarnation de la “barbarie” culturelle des Etats-Unis. Les attaques se multiplient donc contre ces courants musicaux "dégénérés", susceptibles de pervertir la jeunesse du bloc de l’Est. Les autorités ne se contentent d'ailleurs pas de mises en garde orales:
- L’accès aux disques de rock occidentaux reste difficile et dangereux, jusqu’à la déstalinisation en tout cas. Leur distribution reste très encadrée jusqu’à la mise en place de la Perestroika par Gorbatchev. Seules exceptions à cette règle, les disques de blues qui reflètent les difficultés d’existence des Afro-américains et donc les limites du modèle, ainsi que les artistes occidentaux (de variété en l’occurrence) amis, comme Yves Montand, qui sont diffusés sans difficultés. - Très peu de groupes occidentaux obtiennent l’autorisation de se produire à l’Est.
Pochette du “light my fire des Doors”, sorti sur le label russe Melodya, en 1988.
- Censure, surveillance restent les moyens les plus efficaces pour contrôler une jeunesse fascinée par ces musiques. En RDA, à partir de 1965, les paroles des chansons ainsi que les noms de groupe en anglais sont interdits.
Nous le verrons bientôt, en Tchécoslovaquie, les musiciens qui ne rentrent pas dans le moule prédéfini par le PC sont inquiétés, interdits et ne peuvent continuer à se produire sur scène qu'en se cachant. Au fond, ces réactions, loin d'endiguer le phénomène, semblent l'attiser. La plupart des groupes de rock dans le bloc de l'est n'ont pas vraiment un discours politique. Au fond, ce qui gêne les autorités, c'est ne pas pouvoir totalement les contrôler comme les autres membres de la société. Les mesures prises ont en tout cas quelque chose de dérisoire tant elles semblent inadaptées. En surpolitisant le phénomène rock, les autorités transforment des groupes intialement inoffensifs en dangereux leaders d'opinions (à leur corps défendant). C'est ce qui se passe par exemple avec les Plastic People of the Universe en Tchécoslovaquie au cours des années 1970.
Autre exemple, plus tardif, alors même que Gorbatchev s'apprête à prendre les rênes de l'URSS, le komsomol (la jeunesse communiste) d’Ukraine établit en 1985 une liste de groupes de rock occidentaux, destinée aux responsables de boîtes de nuit (il s’agit d’une circulaire officielle). « Ci-joint une liste approximative des groupes musicaux et artistes étrangers dont le répertoire contient des compositions idéologiquement pernicieuses. Il est bon d’en être informé pour intensifier le contrôle sur les activités des discothèques. » Suit une liste d’artistes auxquels correspond « le type de propagande » qu’ils véhiculent. Les critères retenus laissent pantois, voici quelques morceaux choisis :

Circulaire du Komsomol déconseillant la diffusion d'artistes anglo-saxons dans les boîtes de nuit (1985).
Ci-dessous les noms de groupe suivis des types de propagande qu'ils sont censés véhiculer d'après le komsomol:
Sex Pistols / Punk, violence
AC/DC / Néofascisme, violence
Talking Heads / Mythe de la menace militaire soviétique
Tina Tuner / Sexe
Canned Heat / Homosexualité
Julio Iglesias / Néofascisme…
Ces mesures s’avèrent vaines, tant l’attrait de ces musiques interdites reste fort. Des subterfuges permettent d'ailleurs souvent de contourner les obstacles (la radio dans les zones proches du camp occidental, le passage en fraude de disques). Des centaines de groupes de rock se forment d'ailleurs dans le bloc communiste à partir des années 1960. Désormais, les autorités tentent de canaliser leurs activités, de les encadrer et de les censurer si nécessaire, plutôt que de les interdire. La vigilance reste toutefois de mise comme le prouve le concert que donne Michael Jackson à Berlin ouest en 1988, à proximité de la porte de Brandebourg et donc du Mur. A cette occasion, la Stasi (police est-allemande), redoutait que les jeunes Allemands de l'Est ne poussent en direction de la zone interdite qui séparait les deux parties de Berlin. "Certains jeunes envisagent dans ce contexte une confrontation avec la police" selon un rapport de la Stasi du 4 mai 1988. Ils seront finalement dispersés manu militari.
On peut trouver toutes ces informations anecdotiques, elles n'en restent pas moins symptomatiques d'un système reposant sur la contrainte et qui entend des valeurs culturelles. A n’en pas douter les messages contestataires portés par le rock ont contribué, à leur façon, à lézarder « le rideau de fer ». C'est en tout cas l'avis de Pierre Grosser dans la synthèse qu'il consacre à la guerre froide pour la documentation photographique (voir source):
"La constitution de "zones grises", mal contrôlées par le pouvoir, et l'idéologie pacifiste, hédoniste et libertaire transpirant dans les textes des années 1970 (John Lennon fut une icône en Europe de l'Est) ont certainement participé à la délégitimation des régimes communistes. La contre-culture rock fut sans doute plus efficace que les intellectuels dissidents pour miner le régime."
Sources:
- le site vinylmaniaque.com.
- La documentation photographique consacrée à la guerre froide, n°8055, “rock and roll et guerre froide”, 2007.
- Florent Mazzoleni: "Les racines du rock", Hors Collection, 2008.
Liens:
- Le blog "Haricot fibreux" revient sur la tournée pionnière d'Elton John et Ray Cooper en URSS en 1979.
Massacres en Guinée Conakry.
Ce lundi 28 septembre 2009, à Conakry, en Guinée, la répression sanglante d'une manifestation de l'opposition par l'armée s'est soldée par des dizaines de manifestants tués.
Policiers arrêtant un manifestant à Conakry le 28 septembre 2009.
Le massacre a eu lieu à l'issue d'un rassemblement au stade de Conakry. Les "forces vives" du pays (opposants politiques, syndicats, société civile) avaient appelé à une grande manifestation pour protester contre l'éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara aux élections présidentielles de janvier 2010. Ce dernier est l'homme fort de la junte militaire qui s'est emparée du pouvoir par la force à la mort de Lansana Conté, en décembre 2008. Des centaines, puis des milliers de personnes étaient au rendez-vous, bien que la manifestation ait été interdite par les autorités. C'est alors que des bousculades et un mouvement de foule ont eu lieu aux abords du stade. Les militaires réagirent en lançant des gaz lacrymogènes, avant de tirer à balle réelle sur la foule. Très vite, des dizaines de corps jonchent les rues. Les médecins dans les hôpitaux parlent de carnages (ils ont dénombré 58 victimes par balle. Aujourd'hui le bilan total des victimes s'éléverait à plus de 150).
Si les premiers échauffourées ont eu lieu dans le stade, les militaires se sont ensuite lancés dans une chasse aux opposants, notamment dans les quartiers populaires de Conakry. Cette traque a fait de nombreux blessés, en particulier deux dirigeants de l'opposition ( l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, candidat à l’élection présidentielle et leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée; ainsi que l’ancien chef de gouvernement Sidya Touré, leader de l’Union des forces républicaines). Par ailleurs, il semblerait que les autorités tentent de masquer leur forfait en dissimulant les cadavres, acheminés au siège de la junte, le camp Alpha Yaya Diallo. Depuis, Dadis Camara a minimisé sa responsablité dans ce massacre et s'en est pris (sans surprise) à l'opposition: "ce sont les responsables de l'opposition qui ont commandité un acte criminel, qui ont conduit les hommes à la boucherie au profit de leurs propres ambitions".
Depuis plusieurs mois, le contexte politique est très tendu en Guinée Conakry. La semaine dernière, une manifestation dans la deuxième ville du pays (où les forces de l'opposition semblent puissantes) aurait rassemblé 20 000 personnes. Les manifestants protestent, là aussi, contre la candidature probable de Dadis Camara aux élections. Le spectre d'élections truquées et d'une poursuite de la dictature plane en effet au dessus du pays. Il faut dire que les Guinéens ont malheureusement l'habitude de ce type de scénario.
Il y a quelques mois, nous nous étions intéresser à l'histoire de la Guinée, premier pays d'Afrique noire francophone à accéder à l'indépendance. Nous y exposions nos craintes aux lendemains du coup d'état. Or malheureusement, tout semble se dérouler comme "prévu". Dadis Camara est le troisième dirigeant du pays depuis 1958, après les 26 ans de pouvoir autoritaire de Sékou Touré, et les 24 années de dictature militaire de Lansana Conté. A l'issue de son putsch, le 23 décembre 2008, Dadis Camara s'était engagé (comme le font à peu près tous les dictateurs en herbe) à ne pas se présenter aux futures élection et à laisser le pouvoir aux civils.
En Guinée, les militaires succèdent aux militaires. Or, depuis 50 ans, l'armée guinéenne tient le pays dans sa main. Cette mainmise de l'armée se retrouve très tôt dans le domaine culturel comme le prouvent les nombreux enregistrements réalisés par les formations vedettes de l'ère Sékou Touré. Ce dernier se servait en effet de la musique à des fins de propagande. Des concours régionaux permettaient de sélectionner les meilleures formations musicales. Ces dernières étaient alors choyées par le régime qui fournissait les instruments et mettait à la disposition des artistes un studio d'enregistrement et une compagnie de disque nationale (Silyphone). En retour, les musiciens se faisaient les thuriféraires du régime et multipliaient les louanges. Une foule de chansons célèbrent ainsi Sékou Touré ou son illustre ancêtre (Samory), mais aussi le parti unique (PDG) et bien sûr ... l'armée. La preuve ci-dessous avec le dos de la pochette d'un 33 tours, "Guinée an X", une compilation des grands succès musicaux des années Touré.

L'enregistrement suivant, intitulé armée guinéenne, est interprété par le Bembeya Jazz National, le groupe le plus célèbre des années Sékou Touré. La musique est sublime, bien qu'elle vante les mérites de l'armée qui continue de faire le malheur de l'écrasante majorité des Guinéens.
Sources:
-Un reportage diffusé sur France 24.
- Article du Télégramme.
Liens:
- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré.
- Tiken Jah Fakoly et Didier Awadi: "Quitte le pouvoir". -





17.04.11 08:11:39,
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