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Paris en guerre d'Algérie : une exposition à voir d'urgence.

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Paris en guerre d'Algérie, une muséographie en transparence.
(photo @vservat) 
 
L’exposition ne dure que jusqu’au 10 janvier il faut donc se dépêcher car ce serait vraiment dommage de ne pas s’y rendre. Dans le frais enclos couvent des Cordeliers se déploie une muséographie très élégante, toute en courbe et transparence, évoquant Paris par les quelques f bancs publics qui invitent le visiteur à se poser un instant pour en goûter l’atmosphère. Paris est alors en guerre, en guerre d’Algérie.
 
Et alors c’était comment Paris pendant la guerre d’Algérie ?
 
L’exposition fait la part belle aux différents acteurs et aux différentes façons dont ils furent affectés par le conflit. Rappelant les conditions de vie des Algériens du département de la Seine, mais aussi des parisiens durant la guerre, l’exposition donne à voir la pluralité des parcours, des engagements des habitants de la capitale : travailleurs exilés en France, étudiants et intellectuels militants de la cause algérienne, policiers, spectateurs anonymes ou célèbres de la radicalisation du conflit, acteurs individuels ou collectifs du drame. Le foisonnement des documents de toute nature nous permet de saisir la situation dans toute sa polyphonie et sa complexité. La restitution proposée loin d’être linéaire, met en avant les aspérités, les détours, les paradoxes de la situation parisienne.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Contrôle de police dans le bidonville de Nanterre.
(photo @vservat)
 
 
 
 
(photo @vservat)
 
 
Du 1er mai 1953 aux années qui suivent les accords d’Evian (jusqu’en 1968 en fait puisque bon nombre d’activistes de mai se sont « formés » durant la guerre), la capitale vit pour partie au rythme du conflit. C’est ici, dans le département de la Seine, que vit la plus importante communauté algérienne exilée. Ses rangs ne cesseront, paradoxalement, de grossir au cours des années de guerre. Ces algériens de Paris, qu’ils soient installés à Nanterre ou à la Goutte d’or surnommée alors la Medina, nous les retrouvons au travail dans le bâtiment ou chez Renault, se politisant à l’ombre des activités de la CGT, dans les meublés et les cafés de l’est parisien, parfois même au cabaret. De la rue, au quartier puis à l’arrondissement, et pour finir à l’échelle de cette capitale d’un empire déjà sur le déclin, les algériens de Paris soutiennent le MNA ou le FLN et vivent la guerre suivant un tempo singulier.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pochette de disque de Slimane Azem.
(Photo @ vservat)
 
Avec l’ouverture des hostilités en novembre 54, Paris devient le théâtre d’affrontements politiques : les prises de positions parfois radicales et inédites (tel le refus d’aller combattre d’Alban Liechti) animent le débat public. Le quartier latin qui abrite aujourd’hui l’exposition est vraisemblablement un des endroits les plus actifs : intellectuels, étudiants, s’y retrouvent lors de meetings à la Mutualité par exemple, ou de manifestations contre la guerre, ou encore en soutien à la cause du peuple algérien. Cependant que les libraires relaient les publications anticolonialistes, d’autres descendent dans la rue pour protester contre le rappel du contingent. La guerre d’Algérie semble de plus en plus présente dans le paysage parisien.
 
 
Manifestation contre le rappel du contigent.                                                                               
Reconstitution de la vitrine du libraire "La joie de lire". 
(photos @vservat)
 
 
 
 
Pour les Algériens de Paris l’intensification du conflit signifie clairement un changement d’atmosphère qui pèse lourdement sur le quotidien. La suspicion s’installe, la répression s’étend aussi bien dans l’espace public, que sur les lieux de travail. Les contrôles sont plus systématiques, les centres d’enfermement se remplissent. En 1958, les gardiens de la paix manifestent sous les fenêtres de la préfecture de police de Paris réclamant les moyens de faire régner l’ordre dans la capitale. De Gaulle revenu au pouvoir, Maurice Papon prend les commandes de la police parisienne avec une carte blanche en main, main qui signera quelques unes des pages noires de l’histoire de Paris durant la guerre d’Algérie.
 
 
Page du journal l'Humanité sur le 17 octobre 61. (à gauche)

photo des obsèques des victimes de Charonne. (à droite)
 
 
(photos @vservat)
 
 
 
 
 
 
 
Avec l’ouverture du second front par le FLN en 58 dans la capitale, Paris se cale un temps sur le rythme des affrontements fratricides entre le FLN et le MNA. Les coups de feu retentissent dans les rues, dans les cafés fréquentés par les algériens de la capitale. La victoire du FLN acquise, celui ci mobilise ses partisans au soir du 17 octobre 1961. Désarmés, les manifestants seront nombreux à tomber sous les violences des hommes de Papon. Il faut croire d’ailleurs que le temps des manifestations réprimées dans le sang est venu. A celle du 17 octobre 1961, succèdera la violente répression de la manifestation anti-OAS du 8 février qui se solde tragiquement par 9 morts au métro Charonne. La guerre dans ces deux dernières années a gagné les territoires de la capitale. Il faut y ajouter les déchainements de violence de l’OAS et le climat de peur que l'organisation terroriste inssuffle partotu. On en retrouve la trace sous la forme de graffitis jusque sur la porte du domicile de B. Bardot.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'OAS impose sa marque sur la capitale (photo @vservat)
 
Pourtant paradoxalement plus les violences durent et croissent et plus certains aspects de la guerre deviennent anodins. Le départ des appelés, leurs rares permissions, passent davantage inaperçu dans une France qui s’équipe, consomme, construit bref entre pleinement dans les trente glorieuses. Lorsque retentissent les cris de joie des algériens de Paris le 5 juillet 62, il est temps pour la capitale d’un empire désormais amputé de ses deux plus beaux fleurons qu’étaient l’Indochine et l’Algérie de penser à l’après guerre et pour nous de quitter l’exposition sous ces reproductions de panneaux indiquant des rues, des places parisiennes, rendant hommage aux victimes comme autant de traces de la présence de cette guerre à Paris.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Traces de la guerre d'Algérie dans Paris (@vservat)
 
 
 
 
 
 
Jour de liesse à Paris le 5 juillet 62
(photo@vservat)
 
 

Exposition Paris en guerre d'Agérie, au couvent des Cordeliers, rue de l'école de médecine jusqu'au 10 janvier  2013.

Le musée Carnavalet fait revivre le peuple de Paris au XIX siècle.

par vservat Email

Alors que l’histoire sociale est devenue le parent pauvre des programmes scolaires proposer une exposition sur le peuple de Paris au XIX siècle peut paraître un pari risqué. Il est pourtant tenu de fort belle façon par le le musée Carnavalet qui ne désemplit pas et qui nous confirme, si besoin en était que l’histoire sociale nous parle, et que les anonymes, qu’on les aborde individuellement ou collectivement, nous disent beaucoup du passé mais aussi de nous-mêmes, aujourd’hui.

 

Une tentative de définition :

 

Alors qu’il surgit en histoire dans le récit de Michelet le peuple reste un objet d’étude difficile à cerner, aux contours mouvants, aux visages multiples, et on apprécie que l’exposition s’ouvre par une tentative de définition. Aux deux extrêmités du grand écart qui en donne à un bout une image d’épinal pittoresque et à l’autre celle d’une populace dangereuse et vulgaire, quelques critères fédérateurs sont retenus pour définir le « peuple » : des travailleurs manuels, une faible éducation et des revenus modestes. C’est à partir de cette défintition que nous embarquons pour un voyage à travers le long XIX siècle de la Révolution Française à la Première Guerre Mondiale.

 

 

 

Un peuple en mouvement :

Le peuple de Paris au cours de ce long XIX siècle est affecté et accompagne de profondes mutations. En effet, du fait de la croissance démographique la population de la capitale s’accroit considérablement passant de 500 000 habitants en 1801 à 4 millions d'habitants en 1900. Cette montée en nombre est essentiellement dûe à l’apport de l’exode rural. Paris attire donc une population masculine dans la fleur de l’age, susceptible de vendre sa force de travail dans la capitale. Même si  les migrations ne sont que saisonnières, laissant certaines régions aux mains des femmes devenues temporairement célibataires, le mouvement de fond de croissance de la population urbaine est en marche. L’adage selon lequel le parisien est avant tout un provincial déraciné est déjà tout à fait valide à l’époque !

 

Le peuple de Paris est également contraint de s’adapter et de se déplacer au gré des tranformations de l’espace parisien. Celui-ci est en complète reconfiguration sous les effets cumulés de l’industrialisation, de l’arrivée du chemin de fer mais aussi des grands travaux voulus par le baron Haussmann. Les quartiers centraux les plus populaires sont rénovés, l’ancienne enceinte des fermiers généraux devient caduque, Paris étouffe sous la pression démographique. L’enceinte Thiers va en constituer les nouvelles limites. Autour de celle-ci se développe la zone, territoire à l’urbanisation mal contrôlée, qui accueille les déplacés du centre, entâchée par sa mauvaise réputation.

 

 

 

[source Wikipedia]

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin le Paris du XIX siècle n’est pas encore totalement le Paris ouvrier. C’est encore la ville  des petits métiers, ceux des ambulants, des journaliers, qui forment un main d’eouvre souple aux activités des plus variées : porteur d’eau (ci-contre), marchand de coco, cette eau de réglisse rafraichissante, mais aussi vitrier, fort des Halles, égoutier, balayeur de rue. Certains travaillent à la capitale de façon saisonnière et se spécialisent par région : des maçons creusois aux ramoneurs savoyards, toute une panoplie de professions est présente dans la capitale, même si certains secteurs dominent (comme celui du bâtiment avec ses tailleurs de pierre, ses charpentiers et surtout ses habitudes d’embauche corporatistes que la loi le Chapelier ne brisera que difficilement). Il y a aussi cette foule de domestiques dont une des figures emblématiques est la bonne, à qui l’on réserve l’escalier « honteux » des immeubles.

Des hommes au travail donc, en nombre, mais aussi des femmes qui se spécialisent dans les métiers du textile et de linge : modistes, repasseuses, lingères dont la nature des activités se modifie avec l’emprise des exigences de la fabrication à la pièce dans le cadre de la révolution industrielle.

 

Dans l’intimité du peuple de Paris :

L’exposition, s’appuyant notamment sur les travaux de Georges Vigarello, nous propose de pénétrer dans l’intimité du peuple de Paris. Y sont présentés à la fois ses habitudes et codes vestimentaires, mais aussi l’étude de ses postures (les manches retroussées et le torse nu sont des signes d’appartenance au monde du peuple de la capitale qui aime à montrer sa force physique),  de ses manières parfois groosières à l’image de celles de la « poissarde » (ci-contre, mains sur les hanches), l’évolution de son hygiène corporelle ou son goût très spécifique pour le tatouage.

 

 

 

 

Nous suivons le peuple de Paris dans ses logements souvent caractérisés par ce qu’on appelle la misère domiciliaire : des garnis dans lesquels règne la promiscuité, aux logements ateliers qui mêlent activité professionnelle et vie familiale dans un espace unique, souvent étriqué et malsain, en passant par les taudis, foyers à tuberculose, le logement est bien un des points noirs de la vie du peuple de Paris.

Ce peuple besogneux nous est aussi présenté dans ces moments de loisirs dont le cabaret est le point de ralliement du moins pour les hommes. On s’y retrouve pour jouer aux cartes, fumer la pipe et boire de l’absinthe. Une trilogie qui nous est familière. Il y a aussi les promenades du dimanche sur les Champs-Elysées, la pêche aux abords du Pont Neuf, le théatre et le spectacle de rue, la fête foraine. La vie du peupleparisien n’est donc pas que misère et labeur et comporte quelques compensations que l’exposition décline dans toute leur variété.

 

 

 

 

 

 

[Daumier, croquis pris au théatre, 1864]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Classes laborieuses, classes dangereuses :

L’exposition ne délaisse pas pour autant les figures fantasmées et violentes du peuple de Paris. Son apparition dans l’histoire reste associée à la période révolutionnaire et pour partie aux sans-culotte qui en sont l’incarnation la plus galvaudée. De ces classes dangereuses qui dressent des barricades à plusieurs reprises dans les rues de la capitale au cours de ce long XIX siècle, et dont la cosncience de classe est en formation sont extraites quelques figures emblématiques qui catalysent les peurs et par contre coup, les volontés de contrôle ou de repression du reste de la société : parmi elles le tsigane, figure de l’étranger, le gamin de Paris, les Apaches qui sèment la pagaille en bandes organisées au tournant du siècle ou encore les anarchistes. On peut constater que le goût conjugué du public et de la presse pourles hauts faits des malfrats permet déjà d’alimenter allègrement les rubriques faits divers des journaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au milieu du bruit et de la fureur du peuple, certains font le pari d’en extraire ou de fabriquer des « bons pauvres ». De l’hospice au livret ouvrier en passant par le développement de la prophylaxie morale sont autant d’indicateurs identifiés comme des moyens de remettre les brebis égarées dans le droit chemin. L’Eglise tente également un retour en force sur le contrôle des consciences et de la vie familiale en dépit du développement d’un anticléricalisme de plus en plus affirmé.

 

 

Des guinguettes aux barricades, voici donc une passionnante exposition sur le peuple de Pairs qui s’accompagne d’un catalogue qui est une mise au point scientifique remarquable avec des contributions aussi prestigieuses que pointues de G. Vigarello, F. Jarrige, N. Jacobwicz ou D. Kalifa.

Une recommandation pour finir : y aller le matin de préférence à l’ouverture pour en profiter pleinement, ne pas souffrir de la foule et faire la queue, l’exposition rencontrant un grand succès.

Par dessus l'épaule de Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan. Une exposition de la National Gallery de Londres

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C’est vers 1482 que Léonard de Vinci quitte Florence pour Milan. Ludovico Sforza, qui règne sur la ville, attiré par les arts, mécène, entend faire de sa cité un modèle. Pour cela il lui faut rassembler tous les hommes de talents qui souhaitent se placer sous son patronnage bienveillant. 7 ans après son arrivée, Léonard de Vinci entre au service et à la cour du Prince ; il y reste jusqu’en 1499. Cette décennie est une des périodes les plus riches de sa vie de créateur.
 
 
A son arrivée à Milan, de Vinci est déjà précédé d’une solide réputation de musicien (il détient une lyre sans doute offerte par Laurent de Médicis qui règne lui sur Florence), de peintre et d’homme aux multiples compétences, en dépit du fait qu’il ne soit pas un homme de lettre (1). La protection de Sforza lui donne à la fois les moyens et les conditions nécessaires à l’exercice et à l’épanouissement de ses différents talents . Dans ces conditions, de Vinci va pouvoir déployer une véritable réflexion sur les rapports entre l’art, la nature et le divin en particulier dans le domaine de la peinture dont il va faire exploser au passage quelques règles canoniques.C’est moins la quantité d’oeuvres, finalement peu nombreuses, que le cheminement de de Vinci vers leur création que l’exposition londonienne nous donne à voir. Comment de Vinci révolutionne les règles en place, comment il nourrit son art d’autres disciplines dans lesquelles il excelle et comment il transforme les sujets de ses toiles en quelque chose qui dépasse la nature et le pouvoir de l’homme, tel est le sujet de cette exposition, qui propose en outre, en bonus, d’admirer une toile du mâitre récemment restaurée et attribuée (Le "Christ en Gloire").
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La visite se fait en 7 salles autour d’un nombre restreint d’œuvres puisque De Vinci n'a pas peint plus de 20 toiles, dont seulement 15 nous sont parvenues et 9 sont réunies ici. Son influence dans l’histoire de la peinture n'en fut pas pour autant moins déterminante.
 
A partir de croquis, d’esquisses, de dessins (parfois très sommaires et marqués par des tatonnements graphiques révélateurs d’une recherche intense), le spectateur pénètre l'esprit, et cerne les intentions du créateur. C’est un des tours de force de l’exposition car par ce parti pris muséographique, les organisateurs de l’exposition ne laissent jamais le visiteur écrasé sous le poids du talent de de Vinci . Au contraire, on se sent valorisé parcequ’il nous est offert de comprendre sur le cheminement intellectuel de l’Italien quand il entre en processus créatif. Du simple mais néanmoins magnifique gribouillis à l’étude plus poussée d’une partie du corps, jusqu’aux études graphiques calibrées et disséquées à l’aide de la géométrie ou des mathématiques pour tendre vers la perfection et l’équilibre ultime des formes et proportions, on observe à loisir le coup de crayon du maître pour finalement aller le rechercher et le retrouver dans l’oeuvre finie. C’est ainsi que se révèle la force de Leonard de Vinci, et il est aussi interessant de voir que le qualificatif de génie qu’on lui accole à tort et à travers est bien le fruit d’un travail, de tatonnements, d’audaces et d’essais parfois validés, parfois infructueux.
 
 
On perçoit aussi, de la position d’accompagnateur du travail de l’artiste qui est la nôtre lors de la visite, à quel point de Vinci a modifié les règles de l’art de son époque, innové en matière de composition, de représentation, innovations audacieuses et périlleuses qui pourtant expliquent son influence multiséculaire sur l’art de peindre. Il donne raison, par ses extraordinaires productions, à son bienfaiteur, car dégagé de toutes contraintes matérielles (et avant tout financières) qui auraient pu entraver sa créativité, il entraine dans son sillage de jeunes talents qui permettent d’hausser Milan au rang de grande capitale artistique de la Renaissance des arts.
 
 
 
Sans dévoiler le sel de l’exposition on peut s’arrêter sur quelques exemples frappants . Quand il arrive à la cour de Milan de Vinci réalise deux portraits de femmes : le premier est celui de la toute jeune maitresse de Sforza âgée de 16 ans, Cecilia Gallerani, "La Dame à l'Hermine". Alors que ses contemporains réalisent des portraits de profil, souvent très rigides dans leur pose, De Vinci révolutionne le genre en peignant la jeune femme de ¾. L’hermine qu’elle tient symbolise la pureté, le fond noir permet de détacher le buste de Cecilia du support, donnant une grand impression de relief au tableau. Son port de tête de et sa pose de ¾ laissent penser qu’on vient de l’appeler et qu’elle tourne la tête comme pour écouter. L’effet est totalement saisissant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le second portrait féminin, celui de « La Belle Ferronnière » (peut être la femme de Sforza, Beatrice d’Este), incorpore les règles de la géométrie. De Vinci enrichit son travail de protraitiste afin d’obtenir une beauté parfaite. De nouveau de ¾, cette « Belle Feronnière » joue sur la symétrie et l’équilibre, autant que sur la finesse des traits restitutant une beauté idéalisée qui transcende le simple portrait de la femme qu’il représente pour atteindre au divin.


Autre exemple très parlant, la mise en mirroir des deux « Vierges aux Rochers » de de Vinci. Exposées de part et d’autres d’une vaste salle la première Vierge date de 1483-1485, la deuxième de 1491-1492 et 1506-1507. Ce que l’on peut aisément mesurer est l’importante transformatIon qui s’est opérée entre les deux versions. Il faut préciser que c’est une toile de commande de la confrérie de l’Immaculée Conception, commande que l’artiste aura du mal à satisfaire. Alors que sur la première, il investit le sujet dans sa représentation la plus naturelle, détaillant l’arrière plan, jouant d’une palette de couleurs limitée ne faisant ressortir que certaines d’entre elles, travaillant le drapé des tissus, il s’en tient pour la deuxième à un arrière plan moins détaillé, une palette de couleur très réduite et travaille avant tout l’orientation de la lumière. D’une scène quasi champêtre, il tire en deuxième version un tableau habité par le divin en raison des évolutions opérées sur l’éclairage des visages notamment. Entre les deux toiles les murs exposent les dessins, esquisses, études au crayon de de Vinci sur les mains, les visages, les drapés.






















Inutile de dévoiler le reste de l’exposition pour comprendre son intérêt et sa richesse même si on n’est pas un adorateur de de Vinci. C’est intelligent sans être pesant, et en dépit de la fréquentation très dense du lieu on a vraiment l’impression de ressortir de l’aile Sainsbury de la National Gallery en ayant appris et compris beaucoup. C’est une exposition également exceptionnelle puisqu’elle réussit l’exploit de réunir de façon inattendue un nombre conséquent de toiles du maître, d’ordinaire dispersées aux quatre coins du globe. Aucun musée n’avait pris jusqu’alors le risque de mener à bien ce pari , la National Gallery l’a fait et c’est une réussite.


(1) Lire à ce sujet la très intéressante mise au point de P. Brioist de l'université de Tours.

Le sport européen à l'épreuve du nazisme, une exposition du Mémorial de la Shoah.

par vservat Email

 

Le titre de l'exposition, précisons le au préalable, est assez mal choisi car il ne correspond que très partiellement à son contenu. Elle ne déroute pas d'ailleurs le visiteur que par cette relative inadéquation, en effet, le Memorial de la Shoah et Patrick Clastres, commissaire scientifique de l'exposition, ont pris le parti de valoriser la place du contenu par rapport à celle des documents. Ceux-ci, bien que nombreux, sont discrets et de dimension modestes, tant et si bien que la mise en place pourrait sembler un peu datée dans sa conception. Pourtant, choisir de privilégier le texte, le fond, aux illustrations, surtout sur ce type de sujet est tout à fait louable et, en l’occurrence, permet de faire dériver le contenu vers des domaines plus pointus, moins galvaudés ou attendus.

 

Les JO de Berlin et le nazisme en guise de moment emblématique :

 

Parmi les incontournables du sujet, il y a les J.O. de Berlin qui se déroulent en août 1936. On peut, pour cette thématique qui occupe une part modeste de l’exposition, retrouver les liens qui unissent sport et nazisme. Dans le cadre d’un projet de régénération de la race visant à la création d’un homme nouveau par un régime résolument eugéniste, mais aussi d’un pays qui regarde droit devant vers la guerre pour s’assurer un espace vital à la mesure de ces ambitions dominatrices, on saisit ce qui a pu pousser les nazis à instrumentaliser le sport. Beauté du corps, référence à l’Antique (travaillée par L. Riefenstahl), ordre, discipline, courage, possibilité de fédérer les allemands tout autant que rejet des l’intellectualisme, séduisent les nazis. Dans ce stade de Berlin conçu par A. Speer, l’architecte emblématique du régime, il y a d’une part, un enjeu sportif totalement inféodé à la nécessaire légitimation d’un discours politique sur la supériorité de la race allemande qu’Hitler entend illustrer lors de cette manifestation, mais aussi, d’autre part, une grande entreprise diplomatique de normalisation. Quelques athlètes juifs en guise de caution, un directeur du CIO qui joue au naïf tout en étant lui-même assez attiré par les idées d’extrême droite, et l’entreprise de communication de Goebbels est une très belle réussite dans l’ensemble. Bien sûr, Jesse Owens remporte 4 médailles d’or dont celle du saut en longueur gagnée de justesse contre l’athlète allemand Luz Long, mais au final l’Allemagne domine la compétition avec ses 89 médailles.

 

 

 

JO de Berlin, 1936. Un billet d'entrée poiur les compétitions de handball (à gauche) et la médialle ainsi que la couronne de laurier du champion de lutte poids moyen E. Poilvé.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 


C’est autour de ce « moment » que l’exposition rayonne selon une logique qui n’est pas simple à saisir de prime abord. Des J.O. de Berlin seront tirés un certain nombre de questionnements qui vont permettre au visiteur d’élargir son champ d’étude et de réflexion :

Comment les autres régimes alliés ou inféodés au nazisme (celui de l’Italie de Mussolini ou celui de Pétain) vont-ils s’emparer du sport pour en faire un instrument de contrôle politique et social ? Comment d’autres mouvements politiques s’en saisissent-ils et à quelles fins ? Quels changements apporte l’entrée en guerre ? Alors que des pratiques sportives sont attestées dans les camps de concentration, dans les ghettos, dans les centres de mise à mort qu’est-ce qui se joue, en ces lieux, autour du sport ?

 

 

Le sport entre propagande et instrument de persécution, normalité et outil de résistance :

 

Le sport, dans ses manifestations publiques et ses instrumentalisations fut donc aussi un levier utilisé par les persécutés ou les opposants aux totalitarismes. Ainsi, ces contre jeux organisés à Barcelone en juillet 36 lors des Olympiades populaires qui préservent l’idéal olympique en s’ouvrant largement aux participants quelles que soient leurs origines. Ainsi encore, le mouvement sioniste et revendicatif des « muscles juifs» qui tente de lutter en promouvant le sport dans les communautés juives contre les préjugés antisémites selon lesquels les Juifs seraient devenus inaptes aux exercices physiques à force de s’être adonnés aux activités intellectuelles. Enfin, la fédération Maccabie constitue un autre exemple d’initiatives visant à contrebalancer l’utilisation du sport au seul profit des régimes totalitaires. Il y a donc bien des réponses et des formes de résistance qui se développent par et autour des activités sportives.

 

 

 

Affiche des OLympiades Populaires de Barcelone qui précèdent les JO de Berlin en juillet 1936.

 


Affiche pour les deuxièmes maccabiades en 1935.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans surprise réelle, on découvre que les régimes amis du nazisme ont  utilisé le sport comme outil de propagande ou de captation de la jeunesse. Pour la France de Vichy c’est surprenant et  paradoxal car le sport et ses pratiques semblent bien éloignés de son chef Philippe Pétain déjà fort âgé.  Il faut aller débusquer certains documents moins lisibles que les immenses affiches du CGEGC (Commissariat Général à l’Education Générale et Sportive) pour comprendre à quel point le sport ne fut pas une annexe des politiques d’exclusion et de persécution antisémites européennes mais bien un point nodal et lire les lettres envoyées par l’UGIF (Union Générale des Israélites de France) demandant de pouvoir utiliser des stades de banlieue parisienne pour pratiquer des activités sportives, demandes déboutées car tombant sous les prescriptions  des lois d’exclusion des Juifs des espaces publics instaurées par Vichy.

 

 

 

 

 

Brochure de propagande de Vichy à l'initiative du Commissariat Général à l'Education Génrale et Sportive.

[photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand l’Europe s’embrase, le sport garde son importance jusque dans les zones les plus mortifères de la persécution et de l’entreprise génocidaire contre les Juifs. Son place est alors très ambivalente. Dans les camps de concentration,  dès la constitution de ceux qui suivent la Retirada des républicains espagnols dans le sud de la France par exemple, le sport est un moyen de maintenir humanité et normalité. A Gurs, à St Jean de Verges, à Rivesaltes, les hommes se regroupent dans les baraques en fonction de leurs affinités sportives et organisent des tournois à l’intérieur des camps.

L’usage du sport sert pourtant le plus souvent la cause des geôliers : en 44, lorsque la Croix Rouge visite le camp de Terezin, une partie de foot est organisée en cette occasion, laissant croire à une vie de simples prisonniers pour les détenus.  Le sport est souvent perverti par les nazis et utilisé contre les prisonniers, ou les habitants des ghettos comme instrument de brimade, d’humiliation. Par son truchement, les nazis ou leurs partisans peuvent martyriser leurs victimes jusqu’à l’épuisement et même la mort.


 
 
 
 
 

 

Ballon de foot sous un lit du ghetto de Lodz et notice biographique d'A. Nakache, surnommé le "nageur d'Auschwitz" dans la partie de l'exposition consacrée aux trajectoires individuelles de sportifs.

 

[photos@vservat]

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est bien à une multitude de lectures des rapports complexes, contradictoires parfois, inattendus à d’autres moments, entre le sport et le nazisme que nous convie cette exposition du mémorial de la Shoah qui présente, en outre, quelques parcours individuels de sportifs (celui d’Alfred Nakache le nageur d’Auschwitz, ou celui de l’allemande Helène Mayer qui bien qu’ayant des ascendants juifs, fit le salut nazi en recevant sa médaille d’argent d’escrimeuse en 36 aux JO de Berlin). Leurs trajectoires en ces temps d’une violence extrême illustrent pertinemment les enjeux des questions abordées dans l’exposition centrale.

C’est pourtant dans celle-ci qu’on a envie de finir ce parcours en lisant la dernière lettre de Luz Long à Jesse Owens, symbolique de l’amitié sincère qui lia les deux hommes et porteuse de valeurs bien plus en adéquation avec celles du sport que celles qu’Hitler choisit en 36 pour présider à leur confrontation sportive. Envoyée par Luz Long du front nord africain, elle parvient à Owens en 1943, son ami et ancien concurrent trouvant la mort peut après à Cassino, au mois de juillet : « Après la guerre, va en, Allemagne, retrouve mon fils et parle lui de son père. Parle lui de l'époque où la guerre ne nous séparait pas et dius lui que les choses peuvent être différentes entre les hommes. Ton frère Luz.

 

 

 

 Luz Long et Jesse Owens aux Jeux Olympiques de Berlin, 1936. [photo@vservat]

 

"Exhibitions, l’invention du sauvage" au Musée du quai Branly.

par vservat Email

Rendre compte de 5 siècles de regards posés sur « l’autre » par des yeux européens (du continent ou installés Outre Atlantique), tel est le pari de l’exposition « Exhibitions, l’invention du sauvage », présentée depuis quelques jours et jus'au mois de juin, au Musée du Quai Branly. De l’altérité importée des terres découvertes au XVème siècle sur les rivages et dans les cours du vieux continent, aux zoos humains du XIX siècle finissant, c’est dans ce « théâtre du monde» que  se jouent aussi bien une mise en spectacle de la différence, qu’une volonté d’adosser la domination blanche à des théories « scientifiques » afin de mieux en délivrer une propagande légitimante.

 

En faisant une belle place à l’enchainement des regards portés sur l’autre, (monstruosité, sauvagerie, animalité, exotisme) l’exposition nous aide aussi bien à comprendre le monde d’hier que celui d’aujourd’hui, reprenant à leur source les préjugés et idées  racistes. Elle nous aide à saisir comment, par le biais du divertissement et du spectacle notamment, s’est construite, en 5 siècles, une image infériorisée et dégradée de l’autre d’autant plus acceptable qu’elle s’est introduite en douceur dans les consciences collectives.

Placée sous la tutelle de Lilian Thuram, commissaire de l’exposition, « Exhibitions » donne à voir à travers un nombre colossal de documents certains aspects du travail mené notamment au sein du laboratoire de recherche Achac (1) par Pascal Blanchard et ses équipes depuis 1989.

 

 

Puisqu’elle s’attache à nous faire découvrir le « théâtre du monde » dans lequel l’autre est mise en scène, l’exposition propose un parcours en 4 actes à la dramaturgie d’une inégale intensité mais présente de bout en bout. Elle se fixe également pour but de redonner une identité, une humanité à toutes ces personnes, hommes, femmes et enfants, qui furent utilisées de façon dégradante et exploitées pour mieux légitimer la puissance de cette partie du monde dans laquelle perdurentjusqu'à aujourd’hui des stéréotypes et des schémas de pensée datant de l’époque des « Exhibitions ».

 

Au cours de l’acte 1 intitulé « La découverte de l’autre : rapporter, collectionner, montrer », nous naviguons essentiellement dans les cours européennes du XV° au XVIII° siècle. Là sont « montrées » des personnes ramenées sur les rives du vieux continent par les explorateurs de retour de leurs expéditions autour du monde. Il en va ainsi des 4 Inuits du Groenland exhibés à la cour de Frédéric III de Prusse en 1664 ou d’Omai, originaire du Pacifique qui suscite l’engouement des anglais et satisfait leur soif d’exotisme (il sera reconduit sur ses terres natales par Cook en 1784). Au cours de cette période, en Europe, il y a également un attrait certain pour les « curiosités » qu’elles soient des objets exotiques collectionnés dans un cabinet ou qu’elles s’incarnent en des individus présentant des caractères extraordinaires. Il en va ainsi d’Antonietta Goncalves, affublée d’une pilosité envahissante sur le visage ou de Madeleine de la Martinique qui souffre, pour sa part, de dépigmentation. 

 



"Groenlandais" Thiob, Cabelou, Gunelle et Sigio. Attribué à S. Von Hager 1654.

[photo@vservat]







 

 

 

 

De la fin du XVIII° siècle au début du XIX° siècle, on voit s’opérer un glissement dans l’appréhension de l’altérité. Saartjie Baartman, que l’on connait désormais sous le nom de « la vénus noire », en est emblématique. Cette jeune Bochimane arrachée à ses parents et son pays à l’âge de 19 ans, suscite à la fois l’intérêt des européens pour son fessier proéminent (la « vénus noire » est en effet stéatopyge) mais aussi celui de scientifiques, en particulier de l’équipe du muséum d’histoire naturelle de Paris, qui l’étudie de son vivant, puis réalise des moulages de son corps et conserve certains de ses organes dans le formol.

 

 

 

Le céphalomètre de Dumoutier, 1842. (à gauche)

 

 

L'"Histoire naturelle du genre humain" de J-J Virey, 1801. (à droite)

 

 

[Photos@vservat]


 
 
 
 
 
 
 
 


 
 

Voici venu le temps de passer à l’acte 2 « Monstres et exotiques : observer, classer, hiérarchiser » dans lequel les scientifiques élaborent un discours sur la hiérarchie des races qui vient conforter les représentations sur la prétendue infériorité des non-européens.  A cette même époque, les « monstruosités » jusqu’alors souvent exposées à des groupes sociaux limités, se popularisent. Partout en Europe, et la vénus Hottentote, en est encore une fois un exemple représentatif (2), sont donnés à voir des spectacles mettant en scène des « freaks ». Londres en est la capitale, mais Paris ou d’autres grandes villes du continent participent à cette mondialisation de l’entertainment. Aux Etats-Unis, le cirque Barnum propose également ce type de « divertissements » dans lequel l’exposition  d’indigènes est, en fait, un sous genre. On y montre bien sûr, des personnes atteintes d’infirmités ou de particulairtés (géants, nains, siamois etc), mais aussi d’autres, comme Saartjie Baartman que l’onmet en scène en accuentuant leur animalité, leur sauvagerie. Cette façon particulière de regarder l’autre façonne l’esprit des européens et cela sert de façon très utile les intérêts des états qui se lancent alors dans l’expansion coloniale. 

 

 

Affiche de l'exhibition de l'homme lion, Maong Phoset. (à gauche).



A droite, le smagnifiques portraits des Sioux lakotas réalisés par Gertrude Kasebier. 

[photos@vservat]

 

 

 

 

L’acte 3 nous propulse dans une nouvelle ère, celle du « show ethnique ». Nous sommes désormais dans le dernier quart du XIX siècle. Les grandes villes d’Europe possèdent leurs salles réservées pour ce type de spectacle : les Zoulous se produisent aux Folies Bergères de Paris, l’Egyptian Hallde Londres ou le Panoptikum de Berlin, sont d’autres lieux clés en Europe. L’affiche joue un rôle déterminant dans la promotion de ces spectacles et l’exposition en propose un très grand nombre afin que le visiteur puisse en saisir les codes et les messages. Outre Atlantique, le show de Buffalo Bill, "Wild West", pour lequel 50 à 60 Sioux Lakotas sont embauchés et qui se produit de 1887 à 1906 est un autre exemple de ces shows ethniques, extrêmement populaires. (3)

 


Affiche du spectacle des Zoulous aux Folies Bergères. 

 

 

[Photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’acte 4 propose, en dernier lieu, au visiteur de faire plus ample connaissance avec les « Mises en scènes raciales et ethniques » qui prennent une dimension tout à fait inédite avec la multiplication des expositions coloniales, universelles ou les reconstitutions de villages dans les jardins d’acclimatation : c’est le temps des zoos humains. Ces mises en scène  viennent en appui de l’entreprise coloniale européenne. C’est là que se fabrique et qu’est exposé le négatif, le contre-exemple, l’antithèse de l’européen à l’échelle de la culture de masse. A la sauvagerie mise en scène dans un décorum qui convoque exotisme et dangerosité, peur et fascination, s’oppose le progrès et la modernité des nations européennes organisatrices.

 

 

 

 
Magnifique affiche d'A. Mucha pour l'exposition Universelle de Saint Louis en 1904.
 
 
 
[photo@vservat]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

C’est donc une exposition très riche qui nous est proposée. Deux remarques toutefois. La profusion de documents (4) conduit parfois à une certaine lourdeur qui ne sert pas forcément la démonstration, la répétitivité ou l’empilement n’étant pas toujours plus efficace que le discernement. L’exposition comprend un « appendice » sur la mémoire des « exhibitions » qui prend la forme de 4 vitrines où sont présentés des documents parfois intimes (au sens où ils circulèrent dans les sphères privées), en très grand nombre, sans grande lisbilité. Etant donné la prétention de l’exposition à faire résonner les problématiques évoquées dans le présent,  il aurait peut être été intéressant de rationnaliser davantage le choix des documents exposés dans le cœur du parcours de façon à mieux en exploiter la toute dernière thématique, qui se trouve un peu sacrifiée.

 

En outre, on ressort avec l’impresssion que le regard des européens sur l’autre n’est jamais sorti des « modèles », des stéréotypes  véhiculés par les « exhibitions ». Il y a pourtant vraisemblablement eu des voix discordantes, on ne les entend que très peu. Il aurait été utile de réserver une partie de l’exposition ou d'ajouter un espace dédié à ces autres regards, à ces autres discours sur l’autre, peut être rares, atypiques, inaudibles ou simplement opposés aux « exhibitions ». Leur absence, à l’exception, notable, d’un citation de Léon Werth (5),  est un peu regrettable.

 

Le repas des Zoulous, exposition d'un

groupe de 13 Zoulous à Londres, 1853.

par N. Henneman. [photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

notes : 

(1) Pascal Blanchard est chercheur associé au CNRS. Il a publié un certain nombre d'ouvrages sur le fait colonial et la culture coloniale. Le laboratoire ACHAC travaille sur la colonisation, l'immagratoion et le post-colonialisme.

(2) Avant son arrivée à Paris où  elle sera étudiée par l'équipe du museum d'histoire naturelle, Saartjie Baartmann est également une attraction dans la capitale britannique. Quand elle arrive à Paris, ses spectacles londoniens l'ont déjà rendue célèbre.

(3) Au même moment, les Indiens des Grandes Plaines sont repoussés vers l'Ouest et massacrés. Les Sioux lakotas du spectacle de Buffalo Bill, paradoxalement, sont préservés sous leur forme "mise en scène" dans leur tradition pendant que d'autres nations indiennes sont englouties avec leurs traditions par la domination que leur impose les européens.

(4) L'exposition a bâti un epartie de sa promotion sur le nombre exceptionnel de documents présentés ("500 pièces et documents")

(5) Léon Werth en 1912 parle de "Tous ces gens sur qui la civilisation n'a passé que comme un dressage ont des instincts de marchands d'esclaves" à propos des organisateurs de spectacles ethniques.

 

 

 

 

Lewis Hine : du fond de la mine au sommet de l'Empire State.

par vservat Email

Située non loin de la gare Montparnasse, la fondation Henri Cartier-Bresson est un élégant espace d'exposition  dont les vitres, les mezzanines lumineuses et les escaliers en colimaçon mettent en valeur et guident le visiteur vers des photographies d'exception. En ce moment et jusqu'au 18/12, deux des trois étages (montez tout de même au 3° voir le superbe premier Leica du maitre sous les toitures vitrées), accueillent les photographies de l'américain Lewis Hine. 150 tirages originaux habillent les murs de ce havre de paix et de lumière.

 

 

Sans le savoir, on connait tous quelques photos de Lewis Hine. Ce monsieur qui a beaucoup photographié le XX° siècle naissant est l'auteur des vertigineux clichés qui immortalisèrent la construction de l'Empire State Building  et des grands buildings de fer et de verre de New York. On y voit des ouvriers funambules s'aligner sur des poutres pour déjeuner ou faire des numéros d'équilibristes insensés pour visser un boulon au dessus du vide. Rappelons qu'au début du XX siècle, Lewis Hine prend ses vues à l'aide d'une chambre photographique dont la légèreté et la maniabilité est inversment proportionnelle à celle de nos actuels appareils numériques.

 

 

 

 

Ouvriers du Rockfeller Center, 1928                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Empire State, 1930.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le travail photographique de Lewis Hine s'apparente aussi bien à l'anthropologie qu'à la sociologie. qui était d'ailleurs sa première formation universitaire. En effet, Lewis Hine l'étudie successievement à Chicago puis à New York, ville dans laquelle il prend résidence en 1901. Trois ans plus tard, il s'introduit dans les milieux progressistes en rencontrant Arthur Kellog qui édite avec son frère Paul la revue "Charities and the Commons"

 

Sensible au sort des plus démunis et habité de solides convictions sur l'impact que peut avoir son travail, il réalise une série de photos d'immigrants en 1905-1906 à Ellis Island. Nombre de ses portraits sont présentés ici, dans un ensemble qui forme une étude quasi anthropologique de ceux qui débarquèrent par milliers en terre promise durant le premier quart du XX° siècle. Il reviendra sur cette île au large de Manhattan en 1926, lorsque les quotas à l'immigration seront mis en place. Encore un moment qui rend compte du choix militant de l'artiste.
 

 

 

 

Famille italienne à la recherche d'un bagage, Ellis Island 1905.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouvera plus tard, le même type de travail, au service, cette fois de la Croix Rouge. Hine entreprend un tour des régions balkaniques de l'Europe. Il photographie des populations affectées par la guerre, rendant compte, par ce biais, des désordres occasionnés : la figure du réfugié est alors emblématique de ce qu'il veut montrer.  Parfois, on peut éventuellement deviner dans certains regards fixés par Hine sur le papier, les prémices d'un avenir qui s'annonce déjà fort sombre. 

 

 

 

 

 

Jeune Tsigane de Salonique 1918.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours de l'exposition, on pourra également admirer les photos de Lewis Hine exhumant, dans une apparente spontanéité, alors qu'il compose ses scènes, le début du siècle états-unien en une grande confrontation entre progrès technique, révolution industrielle et archictecturale et misère sociale.

 

Des taudis de New York  où les marmots dorment sur deux chaises mises face et face et couvertes de gros matelas, aux tenements insalubres d'autres grandes métropoles industrielles de la Manufacturing belt, en passant par ses scènes de rues, on a que l'embarras du choix pour découvrir la variété et la richesse du travail de ce photographe engagé. Il s'arrête aussi, en raison d'une commande passée par le  NCLC (National Child Labour Committee) dès 1907  sur le travail des enfants : fileuses de la Nouvelle Angleterre, petits vendeurs de journaux de rue, mineurs aux visages noircis sont autant de déclinaisons saisissantes de cette thématique. 

 

 

Enfants trieurs de charbon, 1912.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ses photos plus tardives sur le thème du travail montrent une nette évolution du propos : Hine photographie la noblesse du geste, loue la concentration de ses sujets sur leur tâche, immortalise l'exploit technique, en une série de clichés montrant des hommes (il y a quelques femmes aussi) au travail,  à l'instar de cette photo prise en 1920 (voir ci dessous) ou de celles des ouvriers funambules défiant les lois de l'apesanteur sur les hauteurs des gratte-ciels new yorkais.

 

 

"J'ai voulu montrer ce qui devait être corrigé ; j'ai voulu montrer ce qui devait être apprécié." Lewis Hine.

 

 

Site de la FHCB pour l'exposition Lewis Hine.

 

"Juger Eichmann" : exposition au mémorial de la Shoah de Paris

par vservat Email

Pas facile de réouvrir le dossier Eichmann après le travail d'autorité d'Hannah Arendt qui semblait constituer un horizon indépassable sur le sujet si bien que l'idée de "banalité du mal" est aujourd'hui quasi indéfectiblement attachée à cet autre Adolf. Pourtant, depuis plusieurs années les travaux de la recherche historique autour d'Eichmann, de sa personnalité, de son procès ou de ce qui y fit date légitiment, sans renier le travail d'Arendt ,de nouveaux regards et analyses qui rendent celles de la grande philosophe un peu datées (en France elles sont traduites depuis 1966, bien que parues en 1963). De ce fait l'exposition "Juger Eichmann" est l'occasion d'éclairer de nouvelles façons le dossier et de nuancer quelque peu, ce que les travaux d'Arendt avaient durablement installé dans le paysage.

 

 

Le dossier Eichmann.

 

Adolf Eichmann est né en 1906, il grandit en Autriche et revient en Allemagne en 1933 après avoir perdu son emploi au sein d'une compagnie pétrolière. Il fréquente très tôt des organisations de jeunesse d'extrême droite, antisémites et anti communistes, sans leur trouver en Autriche, ni la poigne, ni la force d'attraction du NSDAP (1). Il intègre la S.D.(2) en 1933, s'installe à Berlin, là où est localisé le siège de l'organisation  sous la férule de Reinhard Heydrich (3). Il y rencontre celui qui deviendra son mentor L. Elder von Middlestein, qui dirige la section juive de la SD. Il s'immerge alors complètement dans les théories raciales du nazisme, il en épouse totalement l'idéologie antisémite et nationaliste

 

 

De 1933 à 1938, Eichmann est encore un travailleur de l'ombre au sein de la SD. Il peaufine sa connaissance de l'histoire et de la société juives. Il effectue un voyage éclair en Palestine au cours de ces années. Considéré comme expert sur le sujet, il participe pleinement à cette phase de la politique nazie qui consiste à vouloir "résoudre le problème juif en Europe" par l'émigration des populations concernées hors du Reich. Affecté à Vienne en 1938, son travail est remarqué; il parvient, en effet à faire quitter l'Autriche à 150 000 Juifs en l'espace de quelques mois. Il revient en Allemagne après la nuit de Cristal (9/10 novembre 38), précédé d'une réputation de grande efficacité et paré du titre d'Oberstrurmführer. Sa carrière prend alors un tour nouveau puisque d'une part, avec la guerre, la politique d'émigration n'est plus à l'ordre du jour, et d'autre part l'ancienne SD fusionne avec la gestapo et la Kriminalpolizei dans un nouvel et gigantesque appareil : l'office central de sécurité du Reich, (RSHA). Eichmann dirige la section IVB4 chargé du sort des populations juives vivant sous la dominaition nazie. C'est là qu'il élabore le projet "Madagascar" (sans lendemains) visant à la déportation de 4 millions de Juifs vers cette île, au cours de l'été 1940.

 

 

Le cours de la guerre modifie alors grandement la donne. Depuis septembre 39, la population juive passée sous le contrôle du Reich s'est considérablement accrue. La Pologne, la Belgique, les Pays-Bas, une partie de la France sont, notamment, passées sous domination nazie. Le déclenchement de l'opération barberousse contre l'URSS en juin 41, nécessite de réévaluer la gestion initialement définie par les nazis du "problème juif". Alors que la Shoah par balle (4) expérimentée à l'est de la Pologne, constitue un premier pas vers l'extermination de masse, Eichmann assiste à Chelmno à des expériences de tuerie par le gaz au cours de l'hiver 41-42. En janvier, se tient la conférence de Wansee, qui dessine la "solution finale au problème juif en Europe". Eichmann est au coeur du dispositif, en tant qu'organisateur de la réunion d'abord, puis comme gestionnaire, organisateur, coordonnateur des décisions qu'elle implique. Pour résumer l'efficacité de l'entreprise on reprendra cette donnée "à la mi mai 42, 80% des victimes [désignées, donc juives] sont encore en vie ;  un an plus tard, la proportion s'est inversé" (5). Au cours de cette période, Eichmann supervise la déportation des Juifs du Reich, de France, des Pays Bas, de la Tchécoslovaquie ou encore de la Grèce et de l'Italie. Il y ajoutera en mars 44, la déportation des 437 000 juifs hongrois qui rejoindront les centres de mise à mort de Pologne ou leurs frères les ont précédés  : Treblinka, Sobibor, Auschwitz-Birkenau, Belzec, Chelmö, Majdanek. 

 

 

 

Monument commémoratif dans la cour du mémorial de la Shoah.

[photo vservat, mémorial de la Shoah]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le procès Eichmann : Jérusalem 1961. 

 

Eichmann quitte l'Europe pour l'Argentine après quelques années de clandestinité en Allemagne, puis en Italie, en 1950. Il y réside sous la fausse identité de Ricardo Klément. Il est enlevé en plein Buenos Aires par des agents des services secrets israeliens (MOSSAD), informés par une famille juive vivant dans la capitale, en  mai1960. Constitué de 8 rescapés du génocide, ce commando se saisit d'Eichmann/Klement, lui fait subir un interrogatoire rapide : Klement reconnait qu'il est Eichmann, il est exfiltré vers Israël par avion de la compagnie nationale El Al quelques jours plus tard, totalement drogué et se réveille en Israël.

 

Le procès s'ouvre le 11 avril 1961 dans la salle Beit Haam, la maison du peuple, à Jérusalem, après 1 an ou presque consacré à la recherche et la compilation de documents servant au procès par une unité de la police israelienne spécifiquement chargée de sa préparation. Avner Less, commissaire de police, interroge Eichmann, enregistre ses dépositions au magnétophone, l'accusé, ensuite, en contresigne les transcriptions, y apportant parfois des corrections. 

 

 

 

La transcription des interrogatoires d'Avner Less, corrigés, annotés et contresignés par Eichmann lors de la prépartion du procès. 

[photo vservat, mémorial de la Shoah]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le procès nécessite une organisation gigantesque puisque quelques 110 témoins doivent passer devant la barre. 450 places sont réservées à la presse, pour laquelle on met également à disposition une grande salle de presse en sous sol. Il faut également des places  pour les diplomates, les survivants, les représentants d'associations etc. Eichmann "bénéficie" d'un dispositif de sécurité exceptionnel permettant d'éviter qu'il puisse se soustraire à la justice suite à une agression : il est installé dans une cage de verre pare-balles construite pour l'occasion. C'est de là qu'il répondra des chefs d'accusation de "crime de guerre", "crime de génocide" et "crime contre l'humanité" (6) assisté de son avocat R. Servatius, sous la présidence de 3 juges M. Landau, Y. Halevi et Y. Raveh sous l'oeil des caméras de Léo Hurwitz, peu nombreuses mais judicieusement placées (1 derrière la cage de verre, 1 dans l'axe d'Eichmann, 1 à gauche du balcon et une au fond de la salle). Alors que le télé n'existe pas encore en Israël, Hurwitz filme le face-à-face pour l'histoire des victimes-témoins et de leur bourreau. Le procès Eichmann fut le "procès de la Shoah" (6), médiatisé, offrant la parole aux témoins dans une libération parfois douloureuse (l'écrivain Ka-tzenitk évoquant la "planète Auschwitz" pour tenter de formuler l'indicible s'évanouit en pleine salle d'audience). Il se clôt le 15 décembre 1961. Eichmann est condamné à mort, verdict qui lui est confirmé suite à son appel en mars 62, puis après son vain recours en grâce auprès du président de l'état d'Israël en mai 62. Il est pendu le 1er juin 1962 dans la cour de sa prison. Son corps brûlé, l'état d'Israel respecta le voeu d'Eichmann que ses cendres soient dispersées en Méditerranée, mais elles le furent au-delà des eaux territoirales de d'Israël.

 

 

 

 

Adolf Eichmann durant son procès, enfermé dans sa cage de verre.

[photo vservat, mémorial de la Shoah] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le renouveau historiographique et l'exposition "Juger Eichmann".

 

Pourquoi aujourd'hui consacrer une exposition au procès Eichmann? La principale raison est sans doute de pouvoir rendre compte des avancées historiographiques récentes, importantes et issues de sources jusqu'alors inexploitées auprès du grand public. L'image de cet homme banal au service d'une machine qui ne semblait pas se rendre "compte de ce qu'il faisait" (8) est aujourd'hui datée. D'autant plus, il faut le rappeler, qu'Arendt en 1961, n'a assité que très peu de temps au procès (3 jours) avant de rentrer aux Etats-Unis, si bien qu'elle ne vit pas la confrontation témoin/bourreau, et porta de ce fait, un regard déformé sur l'homme, le procès et sa portée. 

 

 

Mais ce n'est pas tout. D'abord depuis les travaux d'Arendt, il y a eu ceux de Raoul Hilberg dans les années 70, et les suites du procès Eichmann ont fait entrer l'historiographie de la Shoah dans "l'ère du témoin". Les champs de la recherche historiques se sont ouverts sur de multiples aspects de l'histoire du génocide : des travaux de Browning à ceux du père Desbois sur la Shoah par balle, ou la somme de Friedlander par exemple plus récemment. 

 

Dans le cas Eichmann, en particulier, de nouvelles sources sont aujourd'hui exploitées et déplacent sensiblement la focale jusqu'alors fixée soit dans le sillage d'Arendt, soit dans la parole des témoin. Il est désormais possible de  la poser  sur l'accusé Eichmann et l'homme. En la matière, des matériaux abondants et riches sont entrain d'être étudiés dans le cadre de recherches de l'IHTP (Institut pour l'Histoire du Temps présent) . Aux travaux déjà publiés de D. Cesarini, pour ne citer que le plus célèbre des biographes d'Eichmann, viennent aussi s'ajouter des publications très récentes tel le livre de la philosophe allemande B. Stangneth intitulé "Eichmann avant Jérusalem". Ces travaux s'appuient sur des écrits d'Eichmann abondants, riches, et parfois totalement inédits qui datent soit de son exil argentin, et plus étonnant et crucial encore, du temps du procès. En effet , A. Eichmann a laissé dans son sillage quantité d'écrits, de notes et d'entretiens, de lettres (dont une adressée au chancelier Adenauer) en véritable "gratte papier", animé de la volonté de laisser pour la postérité une image positive, de soutenir le projet nazi tout en se soustrayant lui-même à ses responsabilités en tant qu'acteur de ce projet. Alors que B. Stangneth élabore ses travaux à partir des écrits d'Eichmann en Argentine (l'équivalent 8000 pages de rédaction diverses durant cette période) F. Théofilakis travaille sur le fond Servatius, les notes, billets et pages écrites par Eichmann pendant le procès même. Sur ces notes, Eichmann, en terrain hostile émet des réponses, des justifications, des contestations voire réécrit les faits relatés par les témoins. Découvert en février  2011,  le fond, une fois exploité risque de donner naissance à des conclusions nouvelles et des travaux qui vont considérablement rafraîchir l'historiographie sur la question. Comme le dit F. Théofilakis, ces documents vont permettre de connaître le chainon manquant entre "le Eichmann argentin et celui de la cage de verre".

 

 

 

Ecrits argentins d'Eichmann entre 53 et 56 :  "Mise au point concernant les "questions juives et les actions du national socialiste-allemand en vue d'une solution à cet ensemble durant les années 1933 et 1945".

[photo vservat, mémorial de la Shoah]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecrits d'Eichmann en Israël à l'occasion de son procès en 1961.

[photo vservat, mémorial de la Shoah]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au mémorial de la Shoah, dans cette courte mais riche exposition, il est à la fois rappelé par une grande frise les principaux travaux des historiens sur la Shoah et les grandes lignes du procès (en chiffres, en images, sa portée, les témoins etc). Il est aussi possible de visionnier différents extraits du procès filmé par les caméras d'Hurwitz. Mais le clou de la visite, ce sont ces multiples documents, écrits avec application par Eichmann qui sont donnés à voir  ;  certains, à l'image de cet organnigramme alambiqué de la bureaucratie nazie  tracé de mémoire en 1961 par l'homme de la cage de verre, étant tout à fait subjugants et édifiants.

 

 

 

 organnigramme du RSHA restitué de mémoire par Eichmann en 1961. [photo vservat, mémorial de la Shoah] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie :

L'histoire n° 362, mars 2011, "Eichmann , le procès" (dossier)

A. Wieworka , "L'ère du témoin", hachette pluriel, 2002.

H. Harrendt, "Eichmann à Jérusalem", Folio histoire, 1997

D. Cesarini, "Adolf Eichmann", Tallandier 2010

Notes sur la conférence de B. Stangneth, H. Rousso et F. Théofilakis, au mémorial de la Shoah dans le cadre de l'exposition "Juger Eichmann", 15/03/2011.

Dossier de presse de l'exposition "Juger Eichmann" éciter par le Mémorial de la Shoah.

L'exposition se tient jusqu'au 28/09/2011.

Pour plus de renseignements sur le site du Mémorial.

 

Notes :

(1) sigle du parti nazi.

(2) service de sécurité du parti nazi.

(3) Reinhard Heydrich dirige le service de sécurité du Reich qui deveindra le RSHA, il prépare la solution finale, il est assassiné par un commando de 3 résistants tchèques le 4 juin 42. Le terme Aktion Reinhard est une des terminologies euphémisantes utilisées par les nazis pour désigner l'extermination des Juifs d'Europe, en hamooagne à l'un des plus précieux représentants de leurs rangs.

(4) Il s'agit d'opérations de tueries massives contre les populations juives d'Ukraine notamment à l'arrière de l'avancée de l'armée allemande dans le cadre de l'opération Barberousse. Elles sont menées par des unités mobiles de tuerie (Einsatzgruppen). On estime le bilan des tueries à plus d'1 million de victimes, sachant que le massacre le plus meurtrier s'effectua à Babi-Yar (Ukraine) en septembre 41 où 33 000 Juifs osnt exécutés. Sur ce sujet, lire C. Browning "Des hommes ordinaires", 1994. 

(5) "Qui a décidé le génocide et quand ? " l'Histoire n°362, mars 2011.

(6) en fait il y a quinze chefs d'accusation concernant des Juifs d'Europe (meutres, déportation spoliation), des noin juifs (déportation), et l'appartenance à des organisations jugées criminelles à Nuremberg (SD, SS, Gestapo). 

(7) A. Wieworka, in l'Histoire n°362

(8) H. Arendt," Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal", Quarto 2002.

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