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Tuli Kupferberg du groupe The Fugs (1923-2010)

[Ed Sanders et Tuli Kupferberg sur la couverture de leur album éponyme de 1966]
L'une des figures de la contre-culture des années 1960 aux Etats-unis est décédée au mois de juillet à l'âge de 86 ans. Il s'agit de Naphtali "Tuli" Kupferberg, fondateur du groupe The Fugs. Ecrivain, poète, pacifiste, chanteur et compositeur, il a mis tardivement (il avait déjà dépassé la quarantaine) ses talents au service de la dénonciation de l'engagement américain au Vietnam. Il avait formé les Fugs en 1964 avec l'activiste Ed Sanders. Le groupe tient son nom d'un juron très atténué que l'écrivain contestataire Norman Mailer avait dû utiliser dans son roman de 1948 Les nus et les morts. Proches de la Beat Generation (Allen Ginsberg), les Fugs développent un folk fantaisiste et un rock électro très engagé.
Différents groupes qui participent à l'agitation des années 1960 se reconnaissent dans leur musique militante comme le SDS (Students for Democratic Society), les Yippies et les Black Panthers.
Une des chansons qui symbolise le mieux leur combat est sans doute "Kill For Peace". Julien Blottière nous en parle plus en détail sur l'histgeobox. Vous pouvez écouter la chanson et en apprendre plus sur Kupfeberg et les Fugs.
Qui était Nixon ? Entretien avec l'historien Romain Huret
A l'occasion de la publication aux Presses de Sciences Po de sa biographie de Richard Milhous Nixon, nous avons demandé à l'historien Romain Huret de nous en dire plus sur celui qui fut président des Etats-Unis de 1969 à 1974. Ancien Vice-Président républicain du Président Eisenhower (1953-1961) avant de perdre de peu contre John Kennedy en novembre 1960, Nixon paraissait perdu pour la politique avant de réussir à revenir dans l'arène pour l'emporter en 1968 dans une Amérique en plein doute, embourbée dans le conflit vietnamien. Réélu en 1972, Nixon devait pourtant démissionner en 1974 suite au scandale du Watergate.
Le portrait que nous dresse Romain Huret est beaucoup plus nuancé que l'image qui colle habituellement à celui que l'on surnommait "Tricky Dick" (Richard le tricheur). Il nous parle également du Nixon des musiciens, l'occasion pour nous de vous fournir un playlist sur Nixon à retrouver à la fin de l'entretien.
Romain Huret, pourquoi avoir écrit un livre sur Nixon ?
"Depuis de longues années, le personnage m’intéresse en raison des jugements antagonistes des historiens américains. Certains voient en lui un démagogue sans scrupule, d’autres un homme d’Etat d’exceptionnel. Cette aporie historique m’a conduit à écrire cet ouvrage, essayant de dépasser ces jugements antagonistes. Au terme de ce travail, Nixon apparaît comme un homme très ordinaire, produit de la démocratisation des Etats-Unis au cours du vingtième siècle dans le domaine éducatif et politique. Ce fils de petits commerçants californiens put faire carrière grâce à la démocratisation de l’enseignement secondaire et universitaire, ainsi que des modes de recrutement des candidats au sein du parti républicain. De façon similaire, son parcours n’a rien d’excessif ou de démoniaque lorsqu’il accède à la Maison-Blanche. Il ne fit qu’accentuer les modes de gouvernance de ses prédécesseurs aussi bien dans le domaine intérieur qu’en matière de politique étrangère. Son utilisation de la machine de l’Etat s’inscrit également dans la continuité. L’utilisation du secret, la surveillance des ennemis de l’Etat, la codification des procédures bureaucratiques, autant d’éléments qu’il prit le temps d’assimiler et de théoriser. A ce titre, comme il le répéta sans cesse, le Watergate n’avait rien d’extraordinaire ; ce fut un épisode ordinaire du fonctionnement de l’Etat secret américain. N’oubliez pas que Nixon passa quatorze années à la Maison-Blanche et eut tout le loisir d’intégrer les pratiques secrètes alors en cours ! Bref, dans la longue histoire de la démocratie américaine, il est un cas intéressant car il permet de faire apparaître les structures profondes de fonctionnement de la société et de l’Etat. Il n’apparaît en rien comme un cas clinique au sens où l’entendent les psychohistoriens ou les psychanalystes, cette lecture psychologique a longtemps été dominante dans le champs des études nixoniennes."
Quel bilan peut-on faire de sa présidence ?
"Refusant une approche héroïque ou une condamnation systématique, mon livre offre une évaluation pondérée de ses deux mandats présidentiels (1969-1974). En matière de politique intérieure, Nixon mit en place un programme que n’aurait pas renié Franklin Roosevelt : solutions keynésiennes dans le domaine économique, mesures pour les travailleurs pauvres, interventionnisme systématique de l’Etat (écologie, politique raciale, énergie). Contrairement à ses prédécesseurs démocrates, il fut plus attentif à la mise en place d’expériences préalables avant de lancer les programmes de réforme à l’échelle nationale afin de séduire l’électorat ouvrier et pauvre, de plus en plus rétif à l’encontre du développement de l’Etat-Providence. Toutefois, cette boulimie législative se heurta à un Congrès majoritairement démocrate et aux refus nixoniens de travailler avec les corps intermédiaires. Dès lors, il ne prit jamais le temps de mettre en œuvre les compromis nécessaires pour que les projets soient adoptés. Dans le domaine diplomatique, sa collaboration avec Henry Kissinger adapta la diplomatie américaine à un monde multipolaire et prépara lentement la dislocation de l’Empire soviétique. Novateur dans ce domaine, Nixon et Kissinger ont toutefois amplifié les travers de la coterie de décideurs qui prit les rênes de la guerre froide après la Seconde Guerre mondiale. Comme son mentor John Foster Dulles l’apprit à Nixon, les Américains n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts.
L’ouvrage démontre que, contrairement aux affirmations publiques de Nixon prétendant détester les diplomates de carrière, il appliqua, et le plus souvent « épura », leurs préceptes en matière de politique étrangère, du Vietnam au Chili en passant par la Chine. Pour conclure, enfin, cet activisme, et son échec partiel, démontrent que ses deux mandats furent une occasion manquée pour le pays. Nixon essaya de modérer les ardeurs volontaristes des démocrates dans un sens plus réaliste. Faute de succès, le pays céda aux forces conservatrices que Nixon combattit tout au long de sa carrière."
Quelle est aujourd'hui l'image de Nixon aux Etats-Unis ?
Pendant la campagne de 2008, regrettant peut-être encore d’avoir voté pour lui en 1968, le romancier Stephen King compara John McCain à Nixon et Sarah Palin à l’Apocalypse. Depuis le Watergate, les conservateurs américains ont transformé Nixon en martyr alors qu’ils n’avaient eu de cesse de le combattre. Dans leur bouche, Nixon est devenu la preuve de la malhonnêteté intrinsèque des démocrates et de leur morale à géométrie variable.
Pourquoi Nixon dut-il démissionner alors que John Kennedy et Lyndon Johnson commirent des actes tout aussi condamnables ? Du côté des militants démocrates, l’heure n’est pas à la réhabilitation. Pour encore longtemps, Richard Nixon reste Richard le Tricheur (Tricky Dick) l’homme du Watergate [ci-contre, la une du New York Times le lendemain de sa démission en 1974]. En dépit de ses multiples polémiques, l’homme fascine toujours comme le montre sa remarquable présence dans la production culturelle. Le succès récent du film Nixon/Frost (2008) de Ron Howard, tiré lui-même d’une pièce qui tint le haut de l’affiche à Broadway pendant de longues années, en est un exemple parmi d’autres. Des épisodes des Simpsons aux romans de Stephen King, Nixon est toujours présent, incarnation du Mal américain, voire du diable en personne. George Lucas a fort sérieusement reconnu s’être inspiré de Richard Nixon pour Dark Vador !"
Le personnage complexe de Nixon a inspiré les cinéastes. A-t-il également inspiré les musiciens ?
Dans son album de 1974, Mothers of Invention, Frank Zappa enfonce le clou avec une chanson intitulée « Dick est un tel trou du cul » ("Dickie’s Such An Asshole"). Le groupe de rock sudiste, Lynyrd Skynyrd, prit sa défense dans "Sweet Home Alabama" (1974) et donna naissance à l’invention du martyr nixonien, évoqué plus haut. Avec leur chanson "I’m So Bored With The USA", The Clash refusa tout pardon à l’homme qui démissionna de la Maison-Blanche le 9 août 1974. Plus récemment, le chanteur Jean-Louis Murat consacre un titre éponyme à Nixon, dont la signification demeure en partie mystérieuse."
Propos recueillis par E. Augris
Un grand merci à Romain Huret !
- Romain Huret, De l'Amérique ordinaire à l'Etat secret. Le cas Nixon, Presses de Sciences Po
Et pour continuer sur la musique, je signale que du côté du blues aussi, plusieurs musiciens s'intéressent à Nixon. Celui-ci a été le premier républicain à séduire l'électorat blanc du Sud (on parle de "stratégie sudiste"), traditionnellement démocrates mais déçus par les lois sur les droits civiques adoptées sous Johnson. Il y remporte quelques Etats en 1968, malgré la candidature de Wallace, et rafle la mise en 1972. Du côté des bluesmen originaires de ce Sud en revanche, il suscite un peu de méfiance comme en témoignent ces quelques exemples :
Ainsi Thomas Shaw en 1971. Dans son "Richard Nixon's Welfare Blues", il s'inquiète de ce que le Président pourrait faire de l'Etat-providence mis en place sous Roosevelt :
Now I had a dream last night
I never dreamt before
I dreamed I saw Mr. Nixon
Standin'in the Welfare store
Clarence Gatemouth Brown supplie le président dans son "Please Mr. Nixon" (1972) de ne pas démanteler l'Etat-providence. Alors que se profile en 1973 la menace d'un impeachment (destitution) par le Congrès, Arlene Brown ne veut pas être traitée par son amant comme Nixon...
You can impeach me, baby
Stop treatin' me like Nixon at Watergate
D'ailleurs, Howlin'Wolf déclare dans son "Watergate Blues" que si Nixon a démissioné, c'est grâce à un Afro-Américain puisque les cambrioleurs du Watergate ont été surpris par un noir....
Voici la playlist des titres évoqués par Romain Huret ainsi que quelques titres en plus. (notamment "Young Americans" de David Bowie) J'ai ajouté également quelques extraits des principaux discours de Nixon et du débat de 1960 avec Kennedy :
Toujours sur Nixon et son temps, plusieurs messages à lire sur Samarra, l'histgeobox et nos autres blogs :
- Retour sur la campagne perdue par Nixon contre Kennedy en 1960
- Une décennie d'agitation étudiante aux Etats-Unis : Campus unrest (1964-1970)
- Une analyse détaillée de la chanson "Ohio" sur l'histgeobox.
- Les conservateurs américains se mobilisent. Un ouvrage dirigé par Romain Huret pour comprendre comment les conservateurs ont reconquis l'Amérique par le bas à partir des années 1960.
- Sur le blog de R. Tribouilloy, plus de détails sur le Watergate.
Allez, en cadeau (and in english...), le spot de campagne très "seventies" du candidat Nixon en 1972 et le discours de démission de Nixon le 9 août 1974 :
Une sélection musicale de rentrée (Augmix #11)
Commençons par un titre de Bob Dylan de 1965 "Highway 61 Revisited" où il évoque une autoroute coupant les Etats-Unis du Nord au Sud en reliant la Nouvelle-Orléans à sa ville natale de Duluth (Minessota) près de la frontière du Canada. La route de la liberté pour Dylan vers le sud et de nombreuses inspirations musicales, notamment le blues. Pour faire connaissance avec cette route, vous pouvez lire la série d'articles passionnants publiés cet été dans Le Monde par Nicolas Bourcier.
- Poursuivons avec Kamel El Harrachi, un chanteur algérien qui a repris le nom d'artiste de son père, auteur du célèbre "Ya Rayah" et figure du chaâbi. Son album Ghana Fenou, en même temps qu'un hommage à son père, est aussi son premier. Et cela semble très prometteur. Ecoutez plutôt... [Plus d'infos sur Mondomix]
- Petit détour par le Cap-Vert et par ....Rochefort avec la chanteuse Mariana Ramos. J'ai eu la chance d'assister à la répétition d'un de ses concerts cet été. C'était un vrai enchantement. Comme vous avez été sages, en voici un petit extrait filmé par mes soins :
- Allez, un peu de rap pour continuer. Je vous ai sélectionné un titre du groupe Sexion d'assaut qui s'intitule "Tu t'es ficha" (spéciale dédicace à Emma, Pierre et Hélène !). Ecoutez ces 8 MC parisiens, c'est un régal.
- Vous aimez le rap suisse ? Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, à part depuis quelques temps le rappeur Stress qui s'est rendu célèbre en s'attaquant au très populiste Christoph Blocher, leader de l'UDC, parti d'extrême droite un temps associé au pouvoir. Sa chanson "F**k Blocher" n'est pas sur Deezer mais je vous en ai mis deux autres qui sont plutôt conscientes.
Du rap toujours, mais pas seulement, avec Guru et son Jazzmatazz. Guru c'est la moitié de Gangstarr (avec DJ Premier), mais c'est aussi la volonté de créer une musique originale à partir de beaucoup de choses. L'expérience Jazzmatazz, entamée en 1993, c'est poursuivie en 1995, 2000 et 2007. Pour ma part, j'ai commencé avec le volume 3 intitulé Streetsoul qui m'a emballé. je compte bien explorer les autres volumes. Pour le moment, je vous ai choisi deux titres : Une reprise avec "Plenty", chanté en duo avec Eryka Baduh et "Certified".
- Direction l'Angleterre et l'East End londonien avec Speech Debelle, une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole, c'est le titre de son album et de l'une des chansons qui est magnifique :
Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). A la production, Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva dont je vous ai déjà dit du bien sur ce blog.[Plus d'infos sur Speech Debelle]
- Retour à la chanson pour terminer. Dans ma sélection du mois de mai, je vous avais sélectionné un titre de Melody Gardot. Depuis, j'ai pris la peine de véritablement l'écouter, et pas seulement sur internet. Ecoutez, c'est simple, c'est bouleversant, émouvant, apaisant. D'ailleurs c'est ce que j'écoute en écrivant cet article. Je vous ai choisi deux titres : Le sublime "Some Lessons" de son album Worrisome Heart et la chanson-titre de My One And Only Thrill.
Voici la playlist. Bonne écoute !
Angela Davis et les "Soledad brothers".
Entre 1966 et 1971, le BPP et la police se livrent une guerre de tous les instants. Presque tous les leaders des Panthers sont emprisonnés à un moment donné, souvent pour des délits mineurs, et certains meurent en prison. George Jackson, condamné à un an de prison pour un vol de 70 dollars. Transféré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Soledad à San Quentin, il y crée une antenne du BPP et se consacre aussi son temps à l’écriture (Soledad brothers : letters from prison). Désormais, les autorités l'accusent du meurtre d’un gardien de la prison.
Angela Davis en 1965.
Son cas intéresse alors Angela Davis. Cette militante du parti communiste et des Black Panthers, devient enseignante à l’Université de San Diego, en 1969. Elle milite à l’intérieur du parti communiste et des Black Panthers. Son activisme politique déplaît fortement au conseil directeur de l'université dont fait partie le gouverneur de l'État de Californie, un certain Ronald Reagan. Elle est congédiée avant même d'avoir pu donner son premier cours.
Lire la suite de l'article et écouter le morceau sur l'Histgeobox.
Richard Farina: "Birmingham sunday".
Les 4 petite victimes de l'attentat du 15 septembre 1963.
En 1963, nous sommes en pleine bataille pour les droits civiques des Afro-américains dans une Amérique profondément ségréguée. Birmingham, la capitale économique de l'Alabama et la ville la plus peuplée de l'état, intéresse très tôt les mouvements pour les droits civiques, notamment la SCLC de Martin Luther King (MLK). En effet, cette ville constitue une citadelle de la ségrégation où les relations entre blancs et noirs s'avèrent particulièrement tendues. Les églises, les maisons des manifestants pour les droits civiques explosent la nuit et la police n'inquiète (ou feint de ne jamais retrouver) les poseurs de bombes qui agissent donc en toute impunité. Cette sinistre spécialité vaut d'ailleurs à la ville le surnom de Bombingham.
La chanson Birmingham sunday, interprétée ici par une Joan Baez au meilleure de sa forme, revient sur cette violence raciste. Le morceau raconte le drame qui endeuille la ville le 15 septembre 1963. Ce jour là, trois membres du Ku Klux Klan placent 19 bâtons de dynamite dans le sous-sol du temple baptiste de la Seizième Rue, siège officieux du mouvement de Birmingham. Quatre jeunes filles – Addie Mae Collins, Carole Robertson, Cynthia Wesley et Denise McNair – décèdent dans l’attentat.
Lire la suite de l'article et écouter le morceau sur L'Histgeobox.
Simon and Garfunkel: "Silent night".

Manifestation houleuse des habitants blancs du nord-ouest de Chicago, le 7 août 1966. Ils s'en prennent violemment aux marches pacifiques menées par Martin Luther King depuis quelques jours dans la grande métropole américaine. MLK entend de son côté mettre en lumière la ségrégation implacable qui sévit dans les grandes villes américaines du nord.
Une des grandes chansons politiques des années pré-soixante-huitardes est un montage de Paul Simon datant de 1966 : 7 O’clock News / Silent Night. Au premier plan, on y entend le duo entonner la berceuse « Douce nuit » (Silent night), tandis qu’en arrière-plan (il faut bien tendre l'oreille), la voix d'un journaliste égrène les nouvelles du jour, toutes plus sinistres les unes que les autres. Nous savons que l’émission d’actualités a été réalisée le 3 août 1966, parce que c’est le jour où Lenny Bruce est mort.
Obama : Inauguration en musique
Avant les cérémonies d'investiture d'aujourd'hui, un concert intitulé "We Are One "a été offert au nombreux public de Washington dimanche soir. Beaucoup de symboles pour ce concert.
Le lieu : Le Lincoln Memorial
Obama a multiplié les références à un président ... républicain : Abraham Lincoln (1861-1865). Celui qui a décidé d'abolir l'esclavage en 1863. Comme lui, il était d'abord élu de l'Illinois.

S'il a pris le train de Philadelphie à Washington, c'est pour se mettre dans les pax du vieux "Abe", l'un des présidents les plus populaires aux Etats-Unis. Lorsque le 44ème président va prêter serment de respecter et défendre la constitution, ce sera encore sur la Bible utilisée par Lincoln en 1861...
Le mémorial, construit entre 1915 et 1921, apparaît également sur les pièces de un cent. C'est devant lui qu'a été prononcé l'un des plus célèbres discours de l'histoire du pays, le "I Have a Dream" de Martin Luther King le 28 août 1963. Premier président noir, Barack Obama n'a pas manqué de faire une référence aux pionniers des luttes pour les droits civiques des Afro-Américains. MLK devrait prochainement avoir également un mémorial à Washington.
Les chanteurs : un hymne à l'Amérique progressiste et multiraciale
Les chanteurs invités à participer à la fête sont pour la plupart connus en effet pour être plutôt à gauche. On trouve donc Beyonce, Mary J. Blige, Bono, Garth Brooks, Sheryl Crow, Renee Fleming, Josh Groban, Herbie Hancock, Heather Headley, John Legend, Jennifer Nettles, John Mellencamp, Usher Raymond IV, Shakira, Bruce Springsteen, James Taylor, will.i.am, and Stevie Wonder.

[Sur la photo de gauche à droite, Pete Seeger, Bruce Springsteen, Beyoncé et Will.i.Am]
Bruce Springsteen a ouvert le concert avec "The Rising", chanson sur l'Amérique d'après le 11 septembre. Une des surprises du concert fut d'ailleurs l'arrivée avec le "Boss" du mythique Pete Seeger, âgé de 90 ans et inspirateur de la chanson contestatrice de Bob Dylan et Joan Baez. Il avait, dans les années 1950, remis au goût du jour les flok songs et repris le "We Shall Overcome" qui allait devenir l'hymne des droits civiques, chanté lors de la marche de 1963. Avec Springsteen, il a interprété "This Land Is Your Land", composée en 1940 par son compère Woody Guthrie. Julien Blottière vous en parle sur l'histgeobox.
Bon Jovi, qui s'était distingué pendant la campagne en refusant l'utilisation d'une des ses chansons ("Who Says You Can't Go Home") pour l'ouverture des meetings de John Mc Cain, a interprété l'un des titres les plus importants et les plus connus des années 1960 pour les Afro-Américains "A Change Is Gonna Come". En apprendre plus sur cette chanson de 1964 sur l'histgeobox.
Bono, l'un des rares non-américains, a chanté "Pride", écrite en 1984 en hommage à Martin Luther King et a tenté de donner à l'évènement une dimension mondiale en parlant du rêve irlandais, africain et même palestinien...
Je vous ai mis en vidéo l'apparition de Seeger avec Springsteen et la prestation de la chanteuse de RnB Beyoncé. Vous pouvez voir toutes les autres chansons sur Youtube. Vous pouvez également entendre le discours d'Obama à cette occasion en-dessous.
D'autres concerts ont lieu à Washington , ces jours-ci, dans d'autres lieux. Parmi les plus courrus, celui des Beastie Boys et celui donné par Jay-Z à qui la victoire de novembre avait donné des ailes et inspiré une chanson qui reprenait... Véronique Sanson.
Espérons qu'Obama n'aura pas besoin de Spiderman aujourd'hui....
En tout cas, la "reine de la soul", Aretha Franklin en personne, sera là pour chanter "
Post Scriptum (21.01)
Le froid a contraint les organisateurs à diffuser un enregistrement des "Air and Simple Gifts" au lieu de sonoriser les musiciens qui ont joué après la prestation de serment.
Le violoncelliste Yo-Yo Ma, le violoniste Ytzhak Perlman, la pianiste Gabriella Monteiro et le clarinettiste Anthony McGill (un bon aperçu de l'Amérique multiethnique...) ont bien joué ce morceau composé par John Williams (compositeur entre autres des B.O.F. de La Guerre des étoiles, d'Indiana Jones, d'Harry Potter... et du Lincoln de Spielberg qui sortira cette année) mais seuls les spectateurs qui les côtoyaient pouvaient entendre le véritable son qui sortait de leur instrument. Par précaution, le quatuor avait enregistré le morceau quelques jours avant, craignant que les instruments ne puissent supporter les températures hivernales de Washington.
Le rappeur Kanye West, également de Chicago, a officié dans l'un des bals de l'inauguration que devait ouvrir le nouveau président, celui destiné à la jeunesse à laquelle Obama a rendu hommage quant au rôle joué dans la campagne. Kanye West a intégré l'évènement à son medley en rappant :
"From miles around they came to see him speak/The story that he told/To save a country that's so blue that they thought had lost its soul/The American dream come true tonight".
Ce que je traduirais par "Ils ont fait des kilomètres pour venir le voir parler/ De l'histoire qu'il a racontée/Celle de sauver un pays qui était si bleu [la couleur des républicains, NDT] qu'ils pensaient qu'il avait perdu son âme/Le rêve américain s'est réalisé ce soir". Voyez des extraits de sa prestation en vidéo ci-dessous.
Autre bal, autre style. Il s'agit du Neighborhood inauguration Ball. Comme le veut la tradition, le couple présidentiel ouvre le bal. Pour ce faire, Beyoncé a interprété "At last" (enfin !). La chanson a été écrite en 1941 et interprétée par Glenn Miller et son orchestre. La version la plus connue est celle d'Etta James en 1961, l'année de la naissance d'Obama. Beyoncé chante le titre sur la bande originale du film Cadillac Records (sortie en mars en France) qui relate l'histoire du label Chess de Chicago et dans lequel elle joue le rôle d'Etta James. Le label des frères Chess, deux immigrés polonais, a joué un grand rôle dans le blues du Southside de Chicago des années 1940 et 1950.
Springsteen, Seeger puis Beyonce devant le Lincoln Memorial :
Obama devant le Lincoln Memorial dimanche :
Kanye West au Youth Inauguration Ball :
Le couple Obama ouvre le Neighbourhood ball avec "At last" chanté par Beyoncé Knowles :
Voyez également les articles de J. Blottière sur les choix musicaux d'Obama et McCain et les chansons sur les présidents américains.





04.08.10 12:16:11, 
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