Samarra


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Plongée dans l'histoire du Bénin avec l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou.

par blot Email

 A partir du milieu du XIX° siècle, grâce à des traités commerciaux (1851) ou des accords de protectorat (1883), la France s'implante dans la région de Cotonou et Porto-Novo. Elle doit alors compter avec le royaume d'Abomey du roi Béhanzin  qui tente de reconquérir la région occupée par les Français. Après de rudes combats entre 1892 et 1894, il est finalement capturé en janvier 1894 et mourra en exil à Alger en 1906. Tous les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey.

 

A partir de 1899, le Dahomey fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF). Très vite, le sud du territoire se distingue par l'important niveau de scolarisation des populations par l'intermédiaire des nombreuses missions religieuses qui s'y implantent. Le Dahomey devient ainsi  un des principaux foyers politiques et intellectuels de l’AOF. De nombreux Dahoméens occupent alors des postes de fonctionnaires et de cadres dans les autres territoires d'AOF. Dans ces conditions, le pays connaît une importante et précoce fermentation politique. Des partis se créent et une presse d'opposition au système colonial prospère. En 1958, le pays devint la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française.

 

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Le jeune Mathieu Kérékou.

 

L'indépendance fut proclamée le 1er août 1960, à Porto Novo, la capitale du nouvel État. Le président Hubert Maga se trouve très vite dans unesituation délicate avec le retour contraint au pays de nombreux cadres et fonctionnaires dahoméens licenciés par les pays de l'AOF devenus indépendants. La stabilité du régime est ainsi rapidement mise à mal. En 1963, le colonel Christophe Soglo impose un gouvernement tripartite fragile. Finalement, il s'empare seul du pouvoir en 1965, avant d'en être chassé deux ans plus tard. Un Conseil présidentiel associant les membres du triumvirat précédent (Justin Ahomadegbé, Sourou Migan Apithy et Hubert Maga) est instauré en 1970, mais reste bien fragile face à l'instabilité politique endémique.

Le coup d'état militaire perpétré par le commandant Mathieu Kérékou  (originaire du Nord du pays à la différence des anciens dirigeants originaires du sud) en 1972 met un terme à cette instabilité. Il prend la tête du gouvernement militaire et s'appuie sur un vaste soutien d'une population lassée par les coups d'Etats militaires à répétition (5 en 12 ans!). Après trois ans à la tête du pays, Kerekou donne une orientation marxiste-léniniste au régime. Toujours en 1975, il abandonne le nom de Dahomey (trop lié aux ethnies du sud du pays aux yeux de Kerekou), remplacé par celui de Bénin, en référence à un royaume qui s’était autrefois épanoui au Nigeria voisin. La "République populaire du Bénin" rejoint donc le camp socialiste, après avoir adopté une nouvelle constitution, instaurant un régime à parti unique.


Le drapeau porte les trois couleurs de l'unité panafricaine : le vert, le jaune et le rouge.

 

Les tentatives de coups d'Etat avortées aboutissent au durcissement du régime. La censure, l'arrestation des opposants (ainsi les trois premiers présidents du pays sont emprisonnés durant 9 ans) et les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient. Nombre d'intellectuels se voient dans l'obligation de s'exiler.

 

Le régime s'appuie, selon un schéma classique sur des organisations de masse qui diffusent les discours du Conseil National de la révolution. L'encadrement de la population est assuré par une propagande constante: discours, chansons... Dans la sélection ci-dessous, le troisième titre permet d'entendre un morceau intitulé "la jeunesse béninoise marche fièrement". Les paroles très simples contribuent à la formation idéologique des organisation de jeunesse. Extrait: "La jeunesse béninoise marche fièrement / remplie de vaillance comme un régiment ". Le refrain remplit en choeur permet de galvaniser la foule "pour la Révolution / nous sommes prêts / pour la production / nous sommes là / gloire immortelle à la République populaire du Bénin / gloire immortelle au parti de la Révolution populaire du Bénin / gloire immortelle au socialisme scientifique"...

 

Dans le domaine économique, Kérékou entreprend une vague de nationalisation des banques et de l'industrie pétrolière. Et, durant une dizaine d'années, le régime dispose d'une certaine assise populaire. Sans être un eldorado, l'économie est stable, les salaires sont payés... Mais, progressivement la situation se dégrade. Au cours des années 1980 les finances de l'Etat virent dans le rouge (sans mauvais jeu de mot), les fonctionnaires ne perçoivent plus leurs salaires et la corruption gangrène l'économie du pays. Bref, le régime, qui bafoue en plus les libertés fondamentales, perd ses derniers soutiens dans la population. En décembre 1989, l'Etat se déclare en situation de cessation de paiement, alors que les banques sont en faillite. Le Bénin est paralysé par de grandes grèves qui rassemblent des milliers d'étudiants. La "république populaire du Bénin" ne l'est plus du tout. Kérékou remise donc Marx au placard et renonce à l'idéologie marxiste-léniniste. Il y est aussi incité par le contexte international: le mur de Berlin vient de s'écrouler et le bloc soviétique d'imploser.

 

L'année suivante le discours de la Baule prononcé par François Mitterrand fait sensation. Le président français y appelle à la démocratisation du continent. Le grand mérite de Kérékou est de relever ce défi. Il est le premier dirigeant d'un régime autoritaire africain à tenter l'ouverture vers le mulitpartisme. Cette transition se déroule certes sous la pression de la rue, mais elle a lieu et ne se termine pas en coup d'Etat ou en répression comme ce fut le cas trop souvent ailleurs. Une conférence nationale s'ouvre en 1991 et réunit les partis d'opposition. Elle permet au pays de se doter d'une constitution et d'organiser des élections libres. Kérékou est battu lors des élections de mars 1991 par Nicéphore Soglo qui hérite d'un pays dans une situation économique catastrophique. Les caisses sont vides et les mesures drastiques imposées par le FMI ne contribuent à miner sa position. Accusé de népotisme, Soglo se fait ainsi battre lors des élections de 1996 par un certain ... Mathieu Kérékou (qui triomphe de nouveau lors de la présidentielle de 2001 en réunissant 84 % des suffrages).



 

En matière culturelle, le leader de  "la République populaire du Bénin" alterne le chaud et le froid. Il interdit les rituels vaudaous (dont le pays est le berceau), instaure un couvre-feu, malmène tous ceux qui ne se plient pas aux canons du socialisme scientifique alors en vogue dans le pays. Mais, dans le même temps, il incite les musiciens à se tourner vers les rythmes traditionnels béninois et n'hésite pas à soutenir les talents muciaux (tant qu'ils vantent les bienfaits du régime et louent ses mérites personnels). Une usine de pressage de disque ouvre d'ailleurs ses portes à Cotonou, tandis que les labels Satel et Polydisco prospèrent sans être inquiétés par le régime en place. Aussi, au cours de ces années, le Bénin s'impose comme un foyer musical d'une extraordinaire vitalité. Il est temps de s'y intéresser.

 

Une des formations stars du pays est l'orchestre poly Rythmo de Cotonou formé en 1965 sur les fondations du Sunny Black Band. Grâce à leurs instruments électrifiés, les musiciens embrasent les discothèques de la ville et acquièrent rapidement une grande popularité qui dépasse les frontières de l'Etat pour gagner l'ensemble de l'Afrique de l'ouest. Ils font alors la renommée des nuits béninoises au Canne à Sucre notamment. 

 

 

L'orchestre doit sa notoriété à la virtuosité de la dizaine de musiciens qui le compose, mais aussi à la diversité de son répertoire. Sur scène, ils reprennent des standards funk et soul américains, des tubes afro-cubains, mais aussi les succès de la chanson française d'alors. Ils enchaînent ainsi les hits dans de nombreuses langues, en mina, fon, français, yoruba... Si leur impressionnante discographie souffre parfois de quelques faiblesses, ils parviennent néanmoins  la plupart du temps à associer avec bonheur funk, soul, salsa, afrobeat aux ryhtmiques caractéristiques du culte vaudou, originaire de la région (le rythme sakpata dédié à la divinité de la terre et des maladies contagieuses ou encore le sato, un grand tambour, mais aussi un rythme joué en hommage aux morts qui se marie à merveille aux guitares, cuivres et claviers utilisés par le Poly-Rythmo). Ces rythmes vaudous furent d'ailleurs interdits par les missionnaires européens et par le régime marxiste de Kérékou.

 

 

Sans être un orchestre officiel inféodé au pouvoir en place à l'instar du Bembeya Jazz guinéen ou encore du Super Mama Djambo de Guinée Bissau, l'orchestre poly-rythmo s'est en tout cas très bien accomodé du régime de Mathieu Kérékou. Le groupe a en effet droit de citer tous les jours sur les ondes de la radio nationale et ne rechigne pas, de temps à autre, à exalter le régime marxiste national.

 

Des membres fondateurs du groupe ne restent que quatre musiciens: Maximus Ajanohoun (guitariste), Pierre Loko (saxo), Bento Gustave (basse) et Mélomé Clément (accordéoniste, guitariste et chanteur), auxquels sont venus s'ajouter d'autres musiciens tels que le guitariste virtuose du groupe, Fifi Leprince. Ce dernier témoigne dans un entretien accordé à Elodie Maillot pour le magazine Vibration de la plasticité du répertoire de la formation et son adaptation aux évolutions politiques et culturels du pays:

"On écoutait de tout: de la variété française, congolaise, cubaine, du funk, de la soul et même de la musique arabophone. Lorsqu'il y avait une visite officielle d'un pays arabe au Bénin, il fallait jouer le répertoire de leur terroir. Même Sékou Touré, le président guinéen, avait été surpris de voir comment on reprenait les tubes de son Bembeya Jazz national".

 

L'Orchestre Poly-Rythmo dans ses oeuvres.

Un des plus gros succès du groupe: "Gbeti Majro".

Morceau tiré de l'excellente compilation sortie en 2004 sur Soundway: "OPRC: the kings of Benin urban grooves (1972-1980)".

 

En 1982, la mort de deux des membres fondateurs, Papillon (guitare) et Yehoussi Leopold (batterie), entraîne le déclin du groupe qui périclite alors pour quelques années; les survivants du groupe continuant de jouer de manière épisodique au Bénin. Or, à la faveur de rééditions des trésors de l'OPRC, ce dernier jouit d'une nouvelle popularité en Occident. En 2004, une compilation sortit sur le label anglais Soundway remporte un succès d'estime. En 2008-2009, le label allemand Analog Africa prend le relais en sortant deux volumes irréprochables. Mieux, la journaliste Elodie Maillot (Radio France, Mondomix, Vibrations) est parvenue à convaincre les membres du groupe  de se lancer dans une tournée européenne.  Ils se sont ainsi produits  à l'automne dernier au festival Marsatac, à Marseille. Ce fut l'occasion d'une rencontre entre Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo et le groupe de rock écossais de Franz Ferdinand, des fans inconditionnels du groupe béninois.

 


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Mais, le riche patrimoine musical du Bénin des années 1960-1970 ne se réduit pas à l’Orchestre Poly-Rytmo, loin s'en faut (de la même manière que Fela est loin d'être le seul musicien digne d'intérêt dans cette région). Le monumental travail d'exhumation des merveilles sonores du pays opéré par Samy Ben Redjeb, patron d'Analog Africa, le prouve. Deux sublimes compilations sorties récemment permettent de découvrir plusieurs formations tout à fait dignes d'intérêt.


 

1. Antoine Dougbè et l'OPRC: "Ako Sea Guera-Behanzin".

Ce morceau évoque un des grands rois du royaume d'Abomey. D'ailleurs, le rythme tchinkounmey, dont Anatole Houndeffo Alokpon s'est fait une spécialité, renvoie aux funérailles royales de la cour du roi d'Abomey.

2. Mathieu Kérékou: "plaidoyer pour le parti unique". Extrait d'un discours de Kérékou tiré du coffret "Afrique, une histoire sonore (1960-2000)", édité chez Frémeaux et associés en partenariat avec RFI et l'INA.

3. Formation idéologique: "La jeunesse béninoise marche fièrement."

Chanson de propagande à la gloire du régime marxiste de Kérékou. Les mauvaises langues parleront plutôt de "laxisme-béninisme".

4. Gnonnas Pedro and his Dadjes band: "Pt. Yhombi moniga wezon".

Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.

5. Orchestre Poly-Rythmo: "Hwe towe hun". L'orchestre star du pays fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Ils y associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues. L'influence des musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains) complètent cet assaisonnement musical réussi.

6. El Rego et ses commandos: "feeling you got". De nombreux orchestre urbains de danse voient le jour au Bénin au cours des années 1960. Et, à l'instar de ce qui se faisait en Guinée ou au Mali, chaque ville et préfecture possède alors son orchestre moderne. Une ville comme Cotonou concentre les talents tels que El Rego et ses commandos ou encore les Volcans de la capitale.

 

7. Les volcans de la capitale: "Oya ka jojo".

8. Leon et Germain Keita et le black santiago: "madou yeye". Rencontre au sommet entre les deux frères Keita (Mali) et l'orchestre des Black Santiago (Bénin). Plus d'informations ici.

 

 

 

Sources:

- Florent Mazzoleni: "L'épopée de la musique africaine", Hors Collection.

- Jean Sellier: "Atlas des peuples d'Afrique", la découverte, 2008.

- Reportage d'Elodie Maillot au Bénin pour le magazine Vibrations de février 2009.

- Mondomix n° 36, septembre-octobre 2009:"OPRC: la renaissance à l'âge de la retraite".

- Afrique, une histoire sonore (1960-2000), Frémaux et associés.

 

Liens:

- Le blog Oro propose une plongée dans la richesse du patrimoine musicale béninois (entre autres), une vraie merveille.

- Des mixes de musique du Bénin sur le blog Voodoo Funk : "Mede Woui", "Beware", "beyond the beat", "life is a game".

- Le site officiel du poly-rythmo.

- Le site d'Analog Africa (qui propose d'intéressants podcasts).

* Des articles consacrés au groupe béninois sur Libération.fr: "Fièvre groovy poly rythmée", Vibration, l'Humanité.fr, soul brothers.fr.

* Pour compléter sur d'autres musiques africaines, voir les nombreux articles de L'Histgeobox et Samarra rassemblés dans notre dossier Afrique:

- L'épopée mandingue en musique.

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré... suite

- De la Havane à Kinshasa: on danse la rumba. (Cuba en Afrique/2)

 

Samarra: la lutte pour les droits civiques des Noirs Américains.

par blot Email

 

* Sur L'Histgeobox:

 

- Sagbohan Danialou: "Commerce triangulaire". Le chanteur béninois interprète une émouvante chanson sur la traite négrière.

 

- 2 J.B. Lenoir:"Alabama blues". Blues sur le racisme qui gangrène le Sud profond.

 

- 3 Billie Holiday:"Strange fruit". Retour sur les lynchages dont furent victimes de très nombreux Afro-américains.

 

- 9. Nina Simone:"Why the king of love is dead?". Hommage en musique à Martin Luther King.

 

- 15. Bob Dylan:"Oxford town". Sur la difficile déségrégation scolaire aux Etats-Unis.

 

- 16. Bob Dylan: "Emmet Till". Un des cas de lynchage les plus tristement célèbre.

 

- 17 Betty Fikes:"Back of the bus". Chanson d'espoir dénonçant la ségrégation dans les transports en commun.

 

- 19. Charles Mingus:"Fable of Faubus". Dénonciation du gouverneur de l'Arkansas, qui empêche la déségrégation scolaire dans son état (Little Rock).

 

- 23. John Coltrane:"Alabama". Charge contre ce bastion du racisme dans les années 1960.

 

- 24. Nina Simone: "Mississippi goddam". Chronique du racisme ordinaire dans le Mississippi.

 

- 27. The temptations: "Message from a black man". Ode à la black pride revendiquée.

 

- 33. James Brown: "Say it loud!" .

 

- 73. Marlena Shaw:"Woman of the ghetto" Une chanson d'espoir consacrée aux femmes du ghetto.

 

- 71. Sam Cooke:"A change is gonna come" Le chanteur sent poindre un changement d'état d'esprit à l'endroit du "problème noir" aux Etats-Unis.

 

-70. Freedom singers: "In the Mississippi river". Sur les crimes dont sont victimes les Noirs dans le Sud des Etats-Unis.

 

- 69. J.B. Lenoir:"Vietnam blues (1966). Blues dénonçant le conflit au Vietnam.

 

- 65. Nina Simone:"Backlash blues".

 

Foule raciste protestant contre l'inégration de quelques élèves noirs à Little Rock (Arkansas) en 1957.

 

- 42. Bob Dylan:"The time they're A-Changin'". Sur le fossé qui sépare la jeunesse américaine de ses aînés.

 

- 41. Phil Ochs:"Freedom riders". (1962) Les tentatives mouvementées pour faire cesser la ségrégation dans les bus inter-états aux EU.

 

- 40: Earl Sixteen: "Malcom X". Hommage à cette grande figure américaine.

 

- 39. George Perkins & The Silver Stars - Cryin' in ... Sur le désespoir qui s'empare de ceux qui apprennent la mort du dr King (avril 1968).

 

- 37. Bob Dylan:"Blowin' in the wind". Sur les attentes de changements immenses de la jeunesse américaine.

 

Le "dimanche sanglant" de Selma, en 1965.

 

- 48. Gil Scott Heron:"Klan". Dénonciation cette secte raciste qui fit régner trop longtemps la terreur.

 

- 87. Edwin Starr:"War". Une charge contre la guerre du Vietnam.

 

94. Grandmaster Flash & The Furious Five : "The Message. Plongée dans le quotidien sinistre des ghettos sous l'ère reaganienne.

 

- 101. Archie Shepp:"Attica blues". Retour sur le drame survenu dans la prison d'Attica.

 

- 107. Nina Simone:"I wish I knew how it would feel ... Une superbe chanson sur la quête de la liberté.

 

- 111. Phil Ochs:"Too many martyrs". Retour sur deux assassinats racistes qui choquèrent profondément l'Amérique: ceux d'Emmett Till et Medgar Evers.

 

- 113. Big Bill Broonzy: "Black, brown and white". Un blues qui dénonce les lois Jim Crow, institutionnalisant la ségrégation aux Etats-Unis.

 

- Bob Dylan: "Only a pawn in their game". Dylan revient sur l'assassinat de Medgar Evers.

 

- 126. Skatalites:"Malcom X". Un ska en hommage au charismatique meneur afro-américain.

 

Le chef de police Laurie Prichett fait face à Martin Luther King à Albany en 1961.

 

- Neil Young: "Alabama". Violent pamphlet contre le racisme qui continue de gangrèner cet état du sud des Etats-Unis dans les années soixante et son gouverneur George Wallace.

 

- MC5: "Motor city is burning". Sur les émeutes raciales à Detroit, en 1967.

 

- Bob Dylan: "George Jackson". Sur Angela Davis et les Soledad brothers.

 

- Louis Armstrong: "Go down Moses". Sur l'underground railroad, le chemin de fer souterrain, qui permit a de nombreux esclaves en fuite de rallier le Canada ou le nord des Etats-Unis.

- Joan Baez: "Birmingham sunday". Cette chanson revient sur l'attentat a la bombe qui tua quatre jeunes filles dans une église de Birmingham (Alabama), après le mouvement pour les droits civiques qui agita la ville en 1963.

- Simon and Garfunkel: "7 o'clock silent night". Cette contine évoque les marches de protestation des Afro-américains menés par Martin Luther King à Chicago, en 1966.

 

- Burning Spear: "Marcus Garvey". Hymne reggae à la gloire d'un des théoriciens du panafricanisme et leader d'une des plus importantes organisations de masse du début du XXème siècle.

 

* Sur Lire-Ecouter-Voir:

 

- La musique au temps des Black Panthers.

 

- Why the King of love is dead?

 

- Martin Luther King: une lutte en musique.

 

- Quand la soul s'engage.

 

- La lutte pour les droits civiques en musique.

 

Harry Belafonte (à gauche), ami et soutien indéfectible de Martin Luther King (centre) et Samy Davis Jr (à droite).

 

 * Histoire des Afro-américains en musique.

 - Histoire des Afro-américains en musique (5): les racines noires du rock'n'roll.

 

- Histoire des Afro-américains (4): blues et folk.

 

-  Histoire des Afro-américains en musique (3) : blues et folk-blues.

 

  - Histoire des Afro-américains en musique (2) : le blues.

 

-  Histoire des Afro-américains en musique (1) : gospel et work songs.

 

 

* STAX et la Motown, les deux grands labels de soul music et leurs rapports avec le mouvement pour les droits civiques:

- STAX et Wattstax.

 

- La Motown fête ses 50 ans.


- L'usine à tubes: les clefs du succès.


- Connaissez-vous bien la Motown (playlist et quizz)?

 

* Photographies.

 


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* Bibliographie:

 

- Pap Ndiaye: "Les Noirs américains", découverte Gallimard, 2009. Une synthèse limpide qui propose en outre de très nombreux documents (photos, textes...) savamment présentés.

 

- Nicole Bacharan: "Les Noirs américains. Des chaps de coton à la Maison Blanche", Panama, 2008. Une synthèse claire et tout de même très précise.

 

- M.A. Combesque: "Martin Luther King. Un homme et son rêve", Le félin poche, 2008. Un portrait vivant du pasteur et de ses engagements.

 

- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005. Sublime recueil de plus de 500 clichés retraçant l'histoire des Afro-américains, des dernières années de l'esclavage jusq'à aujourd'hui.

 

 

 

Staff Benda Bilili: "Très très fort!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!".

par blot Email

 

Coup de projecteur aujourd'hui sur la musique jubilatoire de ce groupe congolais composé de huit Kinois malmenés par l'existence: le Staff Benda Bilili ("regarde au-delà des apparences" en lingala). Depuis une dizaine d'années, ces handicapés animent les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk jamesbrownien et de mélodies cubaines.

 

Ricky, le meneur-chanteur du Staff, Koko, le guitariste aérien, Théo, Djunana, Kabosé, Cavalier, Zadis et le benjamin Roger (18 ans),connaisent la capitale de la RDC comme leurs poches. Ils sillonnent la ville sur leurs improbables motos customisées et adaptées à leurs handicaps respectifs. Mis à part, leurs activités musicales, ils continuent de survivre grâce au système D et à des activités plus ou moins licites (trafics de cigarettes ou de boissons..). Mieux vaut en tout cas ne compter que sur soi dans cette métropole qui s'est développée de manière anarchique. A l'indépendance, en 1960, la ville comptait 400 000 habitants, 1 million dix ans plus tard et huit fois plus aujourd'hui. Dans une récente enquête menée par Médecins du monde, on peut lire: "Elle (Kinshasa) exerce un énorme pouvoir d'attraction et continue à absorber les populations rurales à un rythme soutenu, mais il semble que la seule chose qui se soit développée soit le sous-développement lui-même." La ville, en état de désagrégation continuelle, manque de tout: routes asphaltées, eau courante, électricité, égouts...

 

Entre 30 000 et 50 000 enfants abandonnés sillonnent la ville, en quête de moyens de survie, enchaînant les petits boulots (cireurs, gardiens de voitures, vendeurs à la sauvette) ou les menus larcins. On les appelle les shégués. L'origine du nom n'est pas claire. Pour certains, il s'agit d'une contraction de Che Guevara, qui enrôla de nombreux enfants soldats dans son armée lorsqu'il vint, avec quelques barbudos, tenter de créer un foyer révolutionnaire au Congo. Pour les autres, c'est une référence ironique à l'espace Schengen, qui a bloqué l'accès à l'Europe pour de nombreux Congolais. Roger, le plus jeune membre du Staff, était un de ces shégués lorsqu'il fut repéré par Ricky, en 2005. Ce dernier prit l'ado sous sa protection et fut immédiatement séduit par sa maîtrise d'un instrument de son invention, le Satongué, composé d'une corde, d'une boîte de conserve et d'un arc en bois.

 

Par chance, le groupe fut repéré par deux jeunes Français vivant à Kinshasa, fondateurs d'une société de productions vidéos, la Belle Kinoise. Ils convainquirent Crammed discs, un label indépendant belge, de signer le Staff. Aussitôt, les musiciens enregistrèrent leurs chansons avec du matériel de fortune dans le zoo de Kinshasa. Ainsi, il nous est désormais possible d'écouter leur disque "Très très fort" en Europe (le cri de ralliement du Staff). De fait, rarement un album a aussi bien porté son nom. Loin de tout misérabilisme, il propose une poignée de titres bourrées d'invention et d'énergie. Une musique tout bonnment irrésistible.

 

Sources:

- Article de Yann Plougastel pour Le Monde 2 du 11 avril 2009.

 

Liens:

 - le site Myspace du Staff.

- Présentation de l'album sur Crammed discs.be.

- Africamix: "Staff Benda Bilili, stars de Kinshasa la déglingue".

- Africamix: "benda Bilili, perles musicales des rues de Kinshasa".

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