Samarra


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Les indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation.

par blot Email

 Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

="4" face="times new roman,times">- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

imes new roman,times">- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

s">- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

ize="4" face="times new roman,times"> - "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

- Le dossier "Samarra en Afrique".

,times">* * * * * * * * * * 

ze="4" face="times new roman,times">Différents groupes - jeunes, femmes, ouvriers, petits fonctionnaires - deviennent les vecteurs de luttes sociales et politiques dès les années 1930, en développant toute une gamme d'actions politique et sociale, souvent en appui aux élites africaines émergentes:

- En 1931, les femmes de Lomé se mettent en grève afin de dénoncer les abus de la colonisation. Au cours des années 1930, les femmes du sud du Nigeria rechignent à payer l'impôt que les autorités exigent d'elles en tant que commerçantes.

- En décembre 1949, une marche de femmes a lieu autour de la prison de Grand Bassam afin de protester contre l'arrestation des militants du RDA (voir ci-dessous) en Côte d'Ivoire.

- Au cours des années 1950, les market women et verandah boys ("hommes sans toits") mobilisés par le Convention's People Party de Kwame NKrumah en Gold Coast (futur Ghana) réclament l'indépendance au pouvoir colonial britannique. Au Kenya, les femmes participent activement à la lutte des Mau Mau (on comptera environ 10% de combattantes). 

 

 

 Sans en faire à proprement parler des mouvements nationalistes, ces groupes aspirent à la justice sociale et s'insurgent contre un système rendu insupportable par les sacrifices consentis durant la guerre. Si la lutte anticoloniale est par nature politique, elle se trouve souvent épaulée par les mobilisations sociales.

 

 

Char  de la chambre des mineurs lors des célébrations de l'indépendance à Accra au Ghana, en 1957.

 

 

La mobilisation contre le système colonial ou ses abus emprunte une vaste gamme de moyens d'actions qui ne se réduisent certainement pas aux affrontements armés:

 

 

* Boycott:

 

En Gold Coast, NKrumah, fondateur du Parti de la Convention du Peuple en 1949, lance une "campagne d'action positive", appelant notamment au boycott des produits britanniques et des magasins tenus par des colons. Il faut y ajouter en outre des désobéissances civiles et des grèves.

En Côte d'Ivoire, en soutien au RDA- PDCI de Houphouët-Boigny, les populations engagent la grève des achats afin de sanctionner les grandes compagnies coloniales et lancent la grève des impôts que l'administration exige en numéraires. Comme nous le verrons les autorités coloniales useront de la manière forte pour mettre un terme à ces manifestations. 

 

 

* Développement du syndicalisme et recours à la grève:

 

Jusqu'aux années 1940, les autorités coloniales se méfient des organisations syndicales, autorisées d'ailleurs très tardivement (1936 pour la France). Leur poids reste donc faible jusqu'à la guerre, mais au sortir de celle-ci, les choses changent. Une industrie s'est développée en Afrique de l'Ouest. Brazzaville, Dakar ou Abidjan peuvent être considérées comme des villes ouvrières. Les zones portuaires, les chantiers de chemin de fer deviennent des lieux d'intenses mouvements sociaux (grèves, manifestations) encadrés par des organisations syndicales souvent d'inspiration communiste et affiliés à la CGT. Elles se regroupent en 1959 sous la bannière de l'Union générale des travailleurs de l'Afrique noire (Ugtan). En Afrique centrale, moins industrialisée, le syndicalisme est d'inspiration chrétienne (lié à la CFTC). 

 

Ces syndicats utilisent bien sûr la grève comme principal moyen d'action. En 1947, les ouvriers des chemins de fer de la ligne Dakar-Niger (de Dakar à Koulikoro via Bamako) cessent le travail afin d'obtenir les mêmes droits que les cheminots français. L'action syndicale se double souvent d'une lutte politique:

- En Gold Coast, le Trade Union Congress engage en 1950 une grève générale en soutien à la campagne du Convention People Party animé par NKrumah.

- En AOF, les grèves des fonctionnaires en Guinée ou grève des cueilleurs en Côte d'Ivoire, sont animées par des syndicalistes qui militent en parallèle au Rassemblement Démocratique Africain (voir ci-dessous).

 

* L'action culturelle et idéologique:

 

Les élites et intellectuels africains jouent aussi un rôle non négligeable dans le processus d'émancipation. Organisés en association, ils entendent assumer leur personnalité africaine en opposition avec la politique d'assimilation française qui aspire à la nier.

 

Faute de structures d'enseignement supérieur dans les colonies, c'est depuis les métropoles que ces mouvements se développement. Citons par exemple:

- la fondation de la revue L'Etudiant noir à Paris en 1934,

- la naissance du mouvement de la négritude, destiné à réhabiliter la culture et l'identité noires,

- la création par le Sénégalais Alioune Diop de la revue littéraire et culturelle Présence Africaine en 1947, qui devient en outre une maison d'édition à partir de 1949, permet aux intellectuels africains de revendiquer leurs identités culturelles que la domination coloniale niait ou marginalisait. Elle favorise l'essor d'une création littéraire engagée dans la lutte pour l'émancipation ( Mongo Beti fait scandale en 1956 avec son roman "le pauvre christ de Bomba", le roman "les bouts de bois de Dieu" d'Ousmane Sembène s'inspire de la grève des 20 000 cheminots de la ligne Dakar-Niger évoquée plus haut).

 

 

- A Paris, la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF) apparaît en 1950 et dispose de relais dans les grandes villes de l'AOF. Le mouvement dénonce les guerres coloniales menées par la France (Indochine, Algérie) et gravite dans l'orbite de la CGT et du parti communiste. Son pendant britannique est la WASU (West African Students Union).

 

Nous constatons donc que la conjugaison de forces sociales renouvelées (les étudiants, les microbourgeoisies noires, les femmes...) issues des sociétés africaines offrent une assise nouvelle non négligeable aux partis politiques africains en plein développement. C'est en leur sein que se forment les premiers acteurs des mouvements en faveur de l'indépendance (souvent en parallèle avec les syndicats). 

 

* Sur le plan politique.

 

Des mouvements et associations à caractère politique apparaissent d'abord (fin XIXème et entre-deux-guerre) dans les régions où le régime colonial tolère une ouverture relative (un peu en AOF, davantage dans les colonies britanniques et pas du tout ailleurs). Ces proto-partis politiques, animés par une élite lettrée (journalistes, enseignants) revendiquent un respect des droits de la personne ou une participation des Africains à la gestion des affaires. C'est à partir de ces mouvements regroupés en associations qu'apparaissent les premiers partis politiques à proprement parler.

Les partis qui naissent au cours de la période coloniale sont très divers en fonction de leurs compositions sociales, leurs idéologies, leurs méthodes et leur implantation. Une formation "bourgeoise" comme le Parti Démocratique Malgache réclame une indépendance très progressive permettant le maintien de lien avec la France, tandis que l'Union des Populations du Cameroun opte pour la voie révolutionnaire. Comme nous le verrons, le Rassemblement Démocratique africain abandonne son ancrage communiste pour une voie très modérée. Dans l'Empire britannique, le Convention People's Party de Gold Coast est le premier véritable parti de masse africain. Animé dès l'origine (1949) par le charismatique Kwame NKrumah, il réclame d'abord l'autonomie, puis l'indépendance à partir de 1951. Il déploie toute une gamme d'actions (résistance passive, négociations) pour faire céder les autorités coloniales. Dans les colonies lusophones, tenues d'une main de fer par la dictature portugaise, les partis politiques, illégaux, se lancent dans la lutte armée, bien souvent depuis les pays limitrophes (FRELIMO au Mozambique, FNLA en Angola). Si certains partis comme le RDA rayonne sur toute l'AOF, d'autres en revanche ont une base avant tout ethnique à l'instar de l'ABAKO au Congo belge. La diversité est donc de mise.

 

Ces partis politiques sont animés, dirigés par toute une génération de leaders africains, formés par le syndicalisme ou les universités de la métropole : Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Modibo Keita (Soudan-Mali), David Dacko (Oubangui), Sékou Touré (Guinée), Ruben Um Nyobé (Cameroun) pour ne citer que les plus célèbres. Les institutions de la IVème République qui fondent l'Union française et permettent pour la première fois une représentation autochtone  (même limitée) jouent donc un rôle non négligeable dans l'affirmation de cette élite politique nouvelle.

 

Congrès du RDA à Bamako en 1957. De gauche à droite: Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Doudou Guèye.

 

 Présentons désormais quelques un des partis politiques qui permirent de porter les revendications de sociétés avides de changements.


A l'intérieur de l'empire colonial français apparaît par exemple le Rassemblement Démocratique Africain, crée en 1946, un grand parti politique dont les sections se développent dans toute l'Afrique noire française. Or, dans certains territoires, les tensions avec l'administration coloniale débouchent sur des affrontements. En Côte d'Ivoire, en 1949, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire-RDA, accusé de fomenter un complot communiste, est surveillé de près. Lors du Congrès de Treichville, en janvier 1949, son dirigeant, Félix Houphouët-Boigny, affirme sa volonté de "lutter contre l'oppression coloniale". Laurent Pechoux, gouverneur de Côte d'Ivoire, s'engage alors à éliminer ce parti, décidément très gênant en ces temps de guerre froide. Il met sur les rails une formation politique concurrente du RDA-PDCI et attise les différends entre les membres des deux partis. Les échauffourées qui s'ensuivent justifient l'emprisonnement des dirigeants du RDA aux yeux des autorités coloniales. C'est dans ce contexte que prennent place les manifestations des femmes de Grand-Bassam, les grèves d'achats de produits importés et la défense des prix légaux versés aux producteurs africains de café et de cacao. Les administrateurs et planteurs coloniaux dénoncent ce qu'ils considèrent comme une atteinte à la liberté du commerce. Ce prétexte justifie l'intervention de l'armée. A Bouaflé, le 21 janvier 1950, Dimbokro le 30 janvier et Séguéla le 2 février, elle sème la mort, 20 victimes en tout et de nombreux blessés.

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e="times new roman,times">Cet épisode, qui faillit coûter son immunité parlementaire à Félix Houphouët le convainc de débarrasser le RDA de la tutelle communiste. Ce geste permet de renouer le dialogue avec le personnel politique dirigeant de la IVème République et de transformer alors véritablement le RDA en un grand parti de masse, prêt à prendre les rênes des gouvernements territoriaux en 1956.

imes">Au Cameroun, en revanche, ce divorce de la RDA avec le PC est rejeté. Le charismatique Ruben Um Nyobe dirige le parti et réclame l'indépendance immédiate pour ce "territoire sous la tutelle de l'ONU", confié en mandat à la France et au Royaume Uni. Devant le refus des autorités, l'Union des populations du Cameroun de Nyobé se lance dans une guérilla violente, impitoyablement réprimée par la France.

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mes">Ruben Um Nyobé.

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ize="4" face="times new roman,times">* En conclusion.

s new roman,times">Au fond, les hommes de la IVème République firent quelques concessions en autorisant notamment l’élection de députés et de sénateurs africains, qui constituèrent aussi des relais locaux du système colonial global. Beaucoup d'historiens insistent sur le rôle déterminant joué par cette classe politique africaine dans l'obtention des indépendances. Or, il convient de nuancer cette affirmation, les élus africains deviennent des parlementaires français à part entière, donc des acteurs du régime. C'est avant tout la pression de la rue, dans un contexte devenu favorable, qui déclenche la "ruée vers l'indépendance" encadrées par les élites africaines. L'évacuation de la dimension populaire dans les aspirations à l'indépendance a l’avantage de mettre l’accent sur le rôle des négociations entre les élites africaines et les autorités françaises. Mais cette présentation, biaisée, écarte le principal et laisse accroire que la France "offre" généreusement l'indépendance à des populations enfin prête à la recevoir.  Lorsque de Gaulle parcoure les grandes capitales africaines en 1958, il entend y présenter (et y vendre) sa constitution, il n’est alors pas question d’indépendance. Et si le non de la Guinée de Sékou Touré entraîne de facto l’indépendance du pays, le général le regrette et cesse toute coopération. Le démantèlement de toutes les infrastructures existantes en Guinée fera d'ailleurs forte impression sur d'autres dirigeants africains qui sont prévenus de ce qui attend leurs jeunes pays en cas de rupture avec l'ancienne métropole.

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es new roman,times">Enfin, le cas guinéen illustre ce que nous disions sur la dimension essentielle du soutien populaire aux dirigeants africains. Sékou Touré peut défier de Gaulle et appeler à voter "non" au référendum sur la Communauté française en 1958, car il parvient à fédérer derrière lui une population avide de changement. Lors de la visite de de Gaulle à Conakry en août 1958, ce dernier découvre avec stupéfaction que les foules massées le long des voies crient "Sily, sily", en référence à l'éléphant nain de Guinée, emblème du parti de Sékou Touré. L'attitude, sinon hostile, en tout cas défiante de la population de Conakry, choque profondément un de Gaulle qui ne s'attendait pas à pareil accueil. Le discours véhément de Sékou Touré constitue un deuxième affront qu'il ne lui pardonnera jamais.

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s">Une fois, les indépendances obtenues, les peuples déchantent.

"4" face="times new roman,times">La situation varie bien sûr infiniment d'un pays à l'autre, mais dans l'ensembles, les immenses espoirs liés à l'obtention de la souveraineté politique seront déçus.

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t size="4" face="times new roman,times">- La plupart des nouveaux Etats (surtout en Afrique de l'ouest) restent toujours très liés à l'ancienne métropoles dans le cadre de la coopération (M'ba, puis Bongo au Gabon, Ahidjo au Cameroun sont adoubés par Paris et le redoutable Foccart). La présence de richesses minières ou agricoles devrait théoriquement profiter aux populations, or lorsqu'il y a manne pétrolière (au Cameroun, au Nigeria, au Gabon), elle profite exclusivement aux compagnies pétrolières occidentales (Elf/Total donc la France) et enrichit considérablement les chefs d'Etat.

t size="4" face="times new roman,times">- Dans les Etats qui rompent nettement avec l'ancienne puissance coloniale et optent pour le modèle socialiste (Guinée, un temps le Congo-Brazzaville, le Bénin, l'Angola, le Mozambique), des efforts en matière d'éducation et de santé existent, mais le durcissement des régimes leur aliène de nombreux soutiens populaires. Ces derniers, avides  contribueront d'ailleurs au retour à la démocratie au cours des années 1990 en usant des manifestations, grève, obligeant certains dirigeants à transiger en convoquant des conférences nationales... (à suivre)

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s">Sources:

- Anne Hugon: "Introduction à l'histoire de l'Afrique contemporaine", Armand Colin, 1998.

ace="times new roman,times">- Yves BENOT : "Massacres coloniaux 1944-1950", La Découverte.

mes">- Elikia M'Bokolo: "L'Afrique noire, histoire et civilisation", vol. 2, Hatier, 1992.

e="4" face="times new roman,times">- " Ce sont les peuples africains qui ont été les moteurs de la décolonisation". Entretien d'Elikia M'Bokolé dans le hors-série de l'Humanité d'Avril 2010. "Afrique, le temps des indépendances".

e="4" face="times new roman,times">- Le film Afrique 50 de René Vautier, ouvertement anticolonialiste, constitue un témoignage de premier ordre sur la répression coloniale.

Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante.

par blot Email

Au moment des indépendances, il devient fondamental pour les nouveaux Etats d'Afrique noire de fonder leur légitimité sur une unité nationale et de trouver des ferments de cohésions. Dans cette optique, toute une symbolique d'appartenance se met en place. L'histoire devient ainsi un enjeu crucial. Les jeunes Etats qui viennent de s'affranchir de la tutelle coloniale tournent logiquement leurs regards vers la période pré-coloniale.

 

 L'histoire légitimante.

 

Le passé, parfois manipulé, est invoqué afin de valoriser la filiation entre les luttes anticolonialistes et l'accession à l'indépendance afin de légitimer l'Etat-nation contemporain.


Behanzin, sa famille et sa suite lors de son exil à Blida (Algérie), en 1906.

 

 

Pour les nouveaux gouvernants, il apparaît fondamental d'enraciner les habitants dans une histoire qui plonge ses racines dans la période précoloniale (et parfois très loin comme le prouve le cas de Soundiata Keita, empereur du Mali au XIIIème siècle: pistes audio 1 et 2 en fin d'article). Une histoire dont l'existence même avait été contestée par les colonisateurs. Comme le rappelle Marc Michel (voir source 1): "La pénétration européenne s'est heurté à des résistances beaucoup plus acharnées que la littérature coloniale ne le laisse souvent supposer, elle qui exaltait avant tout l'héroïsme et les sacrifices des colonisateurs". Aussi, un processus d'héroïsation aboutit, dans chaque pays, à honorer des personnages revendiqués comme nationaux même si leur action s'était, en réalité, déroulée dans d'autres cadres, comme ce fut le cas de Samori en Guinée, d'El Hadj Omar au Mali, de Béhanzin au Dahomey ou de Shaka en Afrique du sud. Pourtant, à y regarder de plus près, il est possible de distinguer les résistances armées opposées par les Etats et les résistances "civiles", plus diffuses, opposées par les populations.

 


Timbre à la gloire de Lat Dior, damel du Cayor.

 

 

* Dans la première catégorie, il est possible de placer les résistances menées par des souverains hégémoniques comme l'empereur toucouleur El Hadj Omar ou l'almamy Samory Touré (pistes audio 6 et 7). Le caractère despotique de leurs Etats leur aliène de nombreux soutiens, dans la population ou encore dans leur propre lignage. Ils ne peuvent donc s'appuyer sur un soutien populaire suffisant pour compenser leur infériorité militaire. Ahmadou, qui succède à El Hadj Omar, doit fuir après une défaite en rase campagne, quant à Samory, après un repli stratégique vers l'est, il lutte avec panache jusqu'à sa capture. 

 

 

Parfois, les résistances d'Etat s'appuient sur une vaste adhésion populaire.

 

- Ainsi, les Wolof du Cayor font front derrière leur damel (roi), Lat Dior, pendant plus de 20 ans de 1864 à 1886 (pistes 4 et 5).

 

- En Afrique australe, dans la région du Transvaal, le 22 janvier 1879, une armée zouloue forte de 20 000 hommes triomphe des Britanniques à Isandhlwana. Cette victoire démontre la cohésion de la nation zouloue réalisée par Shaka (piste audio 3) une cinquantaine d'années auparavant.

 

- Depuis 1874, Prempey (ci-dessous), un des souverains des Ashantis (Ghana) entre en conflit avec les Anglais à propos de l'esclavage. Il est finalement déporté aux Seychelles en 1896 sur ordre du secrétaire aux colonies, Chamberlain. La résistance des Ashantis ne désarme pas pour autant et les Anglais n'en viennent à bout qu'en 1901 après avoir cherché une collaboration avec les princes.

 

- Les Dahoméens appuient la résistance acharnée du roi d'Abomey, Béhanzin, en 1892-1894 (piste audio 8). 

 

- En 1896, les Malgaches se soulèvent après l'attaque française de 1895. Gallieni, appelé en catastrophe, engage une répression brutale (exécution de ministre) qui aboutit à l'abolition de la royauté en  1897.

 

 

 

* Les résistances des "populations sans Etats", moins connues, donnèrent pourtant souvent du fil à retordre aux colonisateurs. La "pacification" de la Côte d'Ivoire menée par Angoulvant dure de 1908 à 1915. Il s'agit ici d'une succession de guérillas sans cesse renaissantes. Les forces coloniales en viennent à bout en procédant à la fois à des expéditions punitives, un quadrillage progressif des populations, mais aussi en instaurant dialogue et collaboration avec des chefs fidèles. Cette méthode est celle dite de la "tâche d'huile" consistant à coupler la pacification militaire à la création de marchés, d'écoles... Au bout du compte, Angoulvant considérait que l'indigène ne comprenait que la "manière forte". Ce type de pénétration coloniale ne fut donc d'aucune façon pacifique (comme le terme pacification pourrait le laisser entendre).

 

 

 Exaltation des résistances africaines lors des indépendances.

 

 

Au moment des indépendances, les jeunes Etats commémorent ces événements dont l'histoire coloniale avait déformé le sens et la portée. Les défaites des puissances impérialistes sont célébrées comme il se doit. C'est le cas par exemple de la victoire des troupes éthiopiennes de Ménélik sur 5 000 Italiens à Adoua dont le retentissement dépassa largement la seule Ethiopie qui avait d'ailleurs échappé à la colonisation. Son écho se propagea dans toute l'Afrique et devint une référence de la protestation panafricaine postérieure.

 

 

Dans cette entreprise de réappropriation mémorielle et historique, certains dirigeants politiques africains ne se génêrent pas pour prendre quelques libertés avec le passé ou la géographie comme le prouvent les deux exemples suivants:

 

- En 1957, la Gold Coast devient le Ghana par référence à un ancien empire ouest-africain qui n'avait, en réalité, aucune implantation dans ce qui allait former l'Etat contemporain. Pour, NKrumah, ce choix n'est pas anodin, puisqu'il confère une certaine "épaisseur historique" au jeune Etat.

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- Dès 1958, date de l'indépendance du pays, le dirigeant de la Guinée-Conakry, Sékou Touré, développe sa politique de "l'authenticité". Il aspire à rompre avec la période coloniale et ses vestiges, afin de se débarasser notamment de la "colonial mentality" fustigée par Fela Kuti. Le régime entend alors valoriser ceux qui luttèrent contre la colonisation à l'instar de Samory Touré (lointain aïeul de Sékou Touré), Béhanzin; quitte à passer sous silence le fait que ces chefs rencontrèrent parfois de vives résistances au sein de leurs Etats, bien loin d'une nation soudée derrière son chef. Par exemple, dans son empire, Samory Touré harcelé par les Européens, tente à tout prix de se procurer les armes lui permettant de rivaliser avec eux. L'acquisition de ces armes contribua sans doute à accentuer la pression sur les populations (en razziant des esclaves dont la revente lui permet de se procurer les ressources pour ses achats de fusils auprès des traitants du Libéria) dont certaines n'hésitèrent donc pas à traiter avec les colonisateurs...

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="times new roman,times" size="4">Statue à la gloire de l'almamy Samory Touré (Guinée).

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s new roman,times" size="4"> Il ne faut pas perdre de vue non plus que les rapports entretenus entre les colonisateurs et les chefs africains ne sont pas monolithiques et ne se réduisent pas à la lutte armée. De nombreuses trêves, traités, accords entrecoupent les périodes de combats. Enfin, comme le rappelle Marc Michel (source 2): "les Européens n'auraient jamais pu conquérir l'Afrique sans le concours des Africains eux-mêmes; c'est là un point capital." "Les tirailleurs (dont les premières unités sont créées par Faidherbe en 1857) sont devenus le fer de lance de la conquête (...)." Le recrutement des tirailleurs (ou Haoussas, équivalent des "Sénégalais" pour les Britanniques) sont des volontaires attirés par les opportunités d'ascension sociale qu'offre l'engagement, ainsi que l'attrait de l'uniforme.

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"4">Dans ces conditions, Jean-Paul Gourévitch (source 5) estime qu'"il est donc tout aussi inexact de présenter ces maîtres d'empire comme des brutes sanguinaires que dans faire les héros de l'indépendance africaine luttant contre les Blancs colonisateurs et infidèles. Ces souverains se sont constitués des empires avant que la France n'arrive. C'est pour défendre leurs territoires, leurs privilèges et souvent le trafic d'esclaves qu'ils se procurent dans les royaumes étrangers qu'ils prennent les armes contre la France. Cette résistance des royaumes africains, qui s'apparente dans certains cas (Lat Dior, Samory) à celle de Vercingétorix contre les Romains, mérite une contre-histoire de la colonisation française en Afrique qui n'a pas encore trouvé son chantre."

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s new roman,times" size="4">http://www.webtimbres.com/colo3/afr/guib116.jpg

new roman,times" size="4">On peut être surpris de retrouver Béhanzin sur un timbre guinéen. Il s'intègre en fait dans une série consacrée aux "héros et martyrs de l'Afrique".

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new roman,times" size="4"> * Changements de toponymie: quand Léopoldville devient Kinshasa.

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size="4">Le recours au passé devait rendre aux peuples africains leur dignité perdue sous la colonisation et réhabiliter leurs cultures. Dans cette optique, dans les années qui suivirent immédiatement l'indépendance, une révision des programmes scolaires intervint dans chaque pays, en particulier pour l'enseignement de l'histoire. Dans le même but, plusieurs Etats abandonnèrent les noms imposés par les Européens, à l'instar de l'Oubangui-Chari, qui devint République centrafricaine en 1960, du Nyassaland qui s'appela le Malawi en 1964, ou encore de la Rhodésie du Nord qui se proclama Zambie en 1964. 

man,times" size="4">Parfois, ces changements de noms interviennent bien après les indépendances comme le prouve le cas de la République du Congo (ex Congo belge) qui devient le Zaïre (le "fleuve" en langue kikongo). Mobutu se lance alors dans une politique dites "d'authenticité" qui se caractérise notamment par l'abandon des toponymes issus de la colonisation: Léopoldville cède ainsi la place à Kinshasa. Mobutu abandonne aussi son nom de naissance, Joseph Désiré Mobutu, et se fait appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ("le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l'arrêter").

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mes new roman,times" size="4">http://www.affranchies.com/images/Benin.Dahomey%2007.jpghttp://www.webtimbres.com/colo3/afr/ben413.jpg

roman,times" size="4">Le Dahomey devient en 1975 le Bénin. Le timbre de droite rend hommage à El Hadj Omar (l'empire toucouleur ne s'est pourtant jamais étendu jusqu'au Bénin).

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face="times new roman,times" size="4">Les changements de régimes ou d'orientations politiques précipitent souvent ces changements de nom. Le Dahomey devient la République populaire du Bénin en 1975 lorsque Mathieu Kérékou oriente son pays dans la voie du marxisme-léninisme. Thomas Sankara débaptise la Haute-Volta en 1984 lui préférant le nom de Burkina Faso ("le pays des hommes intègres"). Le renversement du régime de l'apartheid en Rhodésie du sud s'accompagne de l'adoption d'un nouveau toponyme, celui de Zimbabwe, en référence à l'imposant palais du Great Zimbabwe.

 

ont face="times new roman,times" size="4">http://warandgame.files.wordpress.com/2009/09/great-ruins.jpg

e="4">Vue aérienne du site du Great Zimbabwe.

ont face="times new roman,times" size="4"> 

="4">Mais laissons la parole à Steve Biko qui milite dans l'extrait ci-dessous pour une réhabilitation de l'histoire des Africains. Steve Biko était un jeune militant charismatique sud-africain du Mouvement de la conscience noire et meneur de l'explosion de colère qui embrase Soweto en juin 1976. Il meurt en détention le 12 septembre 1977.

e="4">" L'histoire de l'homme noir dans ce pays est très décevante à la lecture. Elle est présentée seulement comme une longue succession de défaites. Les Xhosas étaient des voleurs qui firent la guerre pour des affaires de vols; les Boers ne provoquèrent jamais les Xhosas, mais menèrent seulement des "expéditions punitives" pour donner une leçon à ces voleurs. Des héros comme Makana qui étaient avant tout des révolutionnaires ont été dépeints comme des fauteurs de troubles superstitieux qui mentaient au peuple en racontant des histoires de boulets se transformant en eau. De grands bâtisseurs de nations comme Shaka sont des tyrans cruels qui attaquaient fréquemment des tribus plus petites sans autre raison que quelque dessein sadique. Non seulement l'histoire qu'on nous enseigne est totalement dépourvue d'objectivité, mais il y a aussi une affligeante déformation des faits qui soulève le coeur même de l'étudiant non informé.

font face="times new roman,times" size="4">Ainsi nous devons prêter une grande attention à notre histoire si nous voulons, en tant que Noirs, nous aider dans l'avènement de notre propre conscience de soi. Nous réécrire notre histoire et produire dans celle-ci les héros qui ont été le noyau de notre résistance contre les envahisseurs blancs. Il faut en révéler davantage, et l'accent doit être mis sur les tentatives couronnées de succès, dans la construction d'une nation, menées par des hommes tels que Shaka, Moshoeshoe et Hintsa. Ces domaines demandent une recherche intensive, pour fournir certains chaînons manquant qui font encore cruellement défaut. Nous serions certes bien naïfs de nous attendre à ce que nos conquérants écrivent des histoires dépourvues de préjugés. Mais nous devons détruire le mythe selon lequel notre histoire commence en 1652, année où Van Riebeeck a débarqué au Cap."

times" size="4">Extrait de Steve Biko: I write what I like, San Francisco, Harper and Row, 1986, pp89 sqq. (trad. B. Salaing). Cité dans l'ouvrage d'Hélène d'Almeida Topor (source 4).

oman,times" size="4">________________

e="4">Sélection audio:

face="times new roman,times" size="4"> 

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new roman,times" size="4"> 

face="times new roman,times" size="4">1. Rail Band: "Soundiata L'exil".

imes new roman,times" size="4">Au XIIIème siècle, Soundiata Keïta conquiert un vaste empire s'étendant du Sénégal à l'ouest jusqu'au centre du Niger à l'est et du centre du Sahara au nord au sud de la Côte d'Ivoire. Depuis des siècles, son épopée est contée et chantée par les djeli, plus connus sous nos latitudes sous le nom de griots.

ce="times new roman,times" size="4">Le morceau est chanté par Mory Kanté. Ce joueur de kora guinéen appartient à une prestigieuse lignée de griots. Dès l'enfance, il acquiert une grande renommée en jouant dans les fêtes de quartier et les mariages. Il apprend alors à jouer de la kora auprès du grand maître malien Batourou Sékou Kouyaté. En 1971, il intègre le rail band de Bamako en tant qu'instrumentiste, avant d'en devenir le chanteur lorsque Salif Keïta quitte le groupe pour rejoindre les Ambassadeurs. Sur ce titre de plus de 25 minutes, Mory Kanté narre une partie de la saga de Sundjata Keïta, la période de l'exil. Laissez-vous envelopper et porter par ce chef-d'oeuvre!

ont face="times new roman,times" size="4"> 

times" size="4">2. Tiken Jah Fakoly: "Sundjata".

="times new roman,times" size="4">L'autre grand reggaeman ivoirien (avec Alpha Blondy) multiplie les chansons engagées dans lesquelles il dénonce le néocolonialisme qui maintient de nombreux pays africains dans une dépendance stérile, mais aussi les régimes autoritaires encore trop nombreux sur le contitent. Ses prises de positions tranchées le contraignirent à quitter la Côte d'Ivoire pour le Mali. Il revient sur son attachement à la figure tutélaire de Sundjata Keïta: " J'ai chanté Sundjata car cet homme a libéré mon peuple et changé l'histoire du Mandingue. Mon père me racontait son histoire, les griots autour de moi le chantaient, et puis j'ai lu des bouquins."

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="4">3. Ladysmith Black Manbazo: "King of Kings".

oman,times" size="4">A partir des années 1810, la guerre devient endémique entre les peuples d'Afrique du sud. Cette suite de séquences tragiques se nomme Mfecane ("écrasement"), ce qui traduit bien l'extrême violence de cette période qui jette "les groupes humains les uns contre les autres comme une série de dominos, au cours d'affrontements sans merci" (Marc Michel: source 2). Chaka Zulu est un puissant chef de guerre qui mène une véritable révolution militaire auprès du peuple zoulou. L'armée, très mobile, repose sur une impitoyable discipline qui assure son efficacité et permet aux Zoulous de s'imposer dans la région du Natal au détriment d'autres peuples banthous contraints de migrer. Les héritiers de Chaka poursuivent ses innovations et défient bientôt les conquérants blancs, d'abord les Afrikans lors du Grand Trekk, puis les Anglais qui subissent une terrible défaite à Isandhlawana en 1879, sous le règne de Cestshwayo, dernier successeur de Chaka.

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oman,times" size="4"> 

oman,times" size="4">4. Ouza et ses Ouzettes: "Lat-Dior".

mes" size="4">5. Orchestra Baobab: "Lat Dior".

ze="4">La résistance à la pénétration coloniale française en Afrique de l'ouest fut beaucoup plus importante qu'on ne le croit souvent. Après celle d'El Hadj Omar et avant Samori Touré, Lat-Dior, roi du Kayor (actuel Sénégal), lutte pendant 25 ans contre les troupes coloniales.

Lat Dior est considéré comme un héros national au Sénégal. Aussi, de nombreux artistes du pays lui ont rendu hommage en composant des morceaux à sa mémoire.

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ace="times new roman,times" size="4"> 

6. Bembeya Jazz: "Regard sur le passé 1".

mes new roman,times" size="4">Une fois la conquête achevée et les territoires solidement contrôlés, le colonisateur s'emploie à transmettre sa vision de l'histoire des conquêtes coloniales. Dans les écoles africaines, l'histoire coloniale présente Samory sous les traits d'un chef sanguinaire. L'idéologie coloniale s'attelle en effet à présenter les adversaires de la pénétration européenne en Afrique comme des chefs de bandes, cruels et fourbes.

times" size="4">Henri Wesseling (source 3) écrit: "Samori est l'une des figures légendaires qui marquèrent l'histoire de l'Afrique occidentale. Ses adversaires coloniaux français le dépeignirent comme un dictateur cruel et un tyran impitoyable, et le baptisèrent: "Samori le sanglant". Cependant eux aussi reconnurent ses qualités militaires et admirèrent son esprit d'indépendance, comme l'attestent les autres surnoms dont ils l'affublèrent: "le Bonaparte du Soudan" et le "Vercingétorix" africain. Dans l'historiographie nationaliste postcoloniale, Samori est décrit comme un héros et militant indépendantiste d'Afrique de l'ouest, comme la personnification de la résistance africaine. Ce qui est certain en tout cas, c'est que Samori fut le plus grand organisateur militaire et bâtisseur d'empire de l'histoire de l'Afrique occidentale."

,times" size="4"> 

imes new roman,times" size="4">Le Bembeya Jazz National est le groupe le plus célèbre des grandes heures de la musique guinéenne, au cours des années 1960. Sékou Touré utilise alors la musique comme une véritable arme de propagande et entend développer la politique de "l'authenticité". Il faut rompre avec la période coloniale et ses vestiges. Le régime entend alors valoriser ceux qui luttèrent contre la colonisation à l'instar de Samory. Le Bembeya chante les louanges de l'almamy sur l'album "retour sur le passé" (1968), particulièrement populaire dans toute l'Afrique de l'ouest.

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7. Alpha Blondy: "Bory Samory".

t face="times new roman,times" size="4">Dans ce reggae, Alpha Blondy chante "Fuis Samory, fuis".

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nt face="times new roman,times" size="4">8. Antoine Dougbè: "Ako Sea Guera-Behanzin".

man,times" size="4">A partir du milieu du XIX° siècle, grâce à des traités commerciaux (1851) ou des accords de protectorat (1883), la France s'implante dans la région de Cotonou et Porto-Novo. Elle doit alors compter avec le royaume d'Abomey du roi Béhanzin qui tente de reconquérir la région occupée par les Français. Après de rudes combats entre 1892 et 1894, il est finalement capturé en janvier 1894 et mourra en exil à Alger en 1906. Tous les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey. Mais, ne nous y trompons pas, cette conquête fut particulièrement difficile. Les Français y furent confrontés à une véritable armée et à un Etat remarquablement organisé qui oppose durant deux années une résistance acharnée et inattendue. Ils doivent notamment compter avec les redoutables "Amazones" du roi Béhanzin, une garde prétorienne composée de femmes particulièrement déterminées. Placées en première ligne, elles combattent jusqu'à la mort. 

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font face="times new roman,times" size="4">Sources:

font face="times new roman,times" size="4">1. Marc Michel: "la colonisation européenne", la documentation française, août 1997.

ce="times new roman,times" size="4">2. Marc Michel: "Essai sur la colonisation positive", Perrin, 2009.

es new roman,times" size="4">3. Henri Wesseling: "Les empires coloniaux européens", Folio histoire, 2009.

roman,times" size="4">4. Hélène d'Almeida Topor: "Naissance des Etats africains", Casterman, 1996.

times" size="4">5. JeanPaul Gourévitch: "La France en Afrique. Cinq siècles de présence: vérités et mensonges", Acropole, 2008.

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face="times new roman,times" size="4">Liens:

face="times new roman,times" size="4">Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances.

ew roman,times" size="4">- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

"4">- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

roman,times" size="4">- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

size="4">- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

t face="times new roman,times" size="4">- Le dossier "Samarra en Afrique".

4">- "L'épopée mandingue en musique".

t face="times new roman,times" size="4">- Ressouces sur les indépendances africaines (radio, web, lectures).

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Les décolonisations africaines en musique (1) 1957-1960

par blot Email

Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique (voir la sélection en fin d'article), nous vous proposons de revenir sur les années qui ont mené aux indépendances (il s'agit du premier volet d'une série d'articles. Le 2ème épisode est consacré à la période 1960-1990 et le troisième épisode au cas particulier de l'Afrique du Sud).

 

 

I. La longue marche vers les indépendances.

 

La conquête de territoires outre-mer par les pays européens commence au XVIème siècle, mais la constituion de véritables empires coloniaux ne date que du XIXème. En 1914, les pays européens maîtrisent 60% des terres mondiales et 65 % de la population. Deux grands Empires coloniaux dominent; ceux de la Grande-Bretagne et de la France. Ils se trouvent encore renforcés après la Grande Guerre pusiqu'ils récupèrent des mandats territoriaux (les possessions allemandes en Afrique: Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain...). Les autres colonies sont de moindre ampleur: Belgique avec l'immense Congo, l'Italie en Libye et en Somalie, le Portugal dans le sud de l'Afrique.

 

 Les occupations coloniales en Afrique (1914-1918).

 

  • Les contestations de l'entre-deux-guerres.

 

 

Dès l'entre-deux-guerre, la contestation monte dans les colonies, notamment en Asie (parti du Congrès de Gandhi, Vietminh de Hô Chi Minh en 1930) et en Afrique du Nord (l'étoile nord-africaine devenue le parti du peuple algérien en 1937 ou encore le Néo-Destour en Tunisie en 1938). Elle se fonde sur la misère et les humiliations dont sont victimes les populations indigènes.

A l'intérieur des empires, la frustration des élites indigènes, marginalisées par une bureaucratie coloniale pléthorique, ainsi que la paupérisation des masses, notamment paysannes, attisent la contestation grandissante au cours des années 1930.

Le contexte international joue également également un grand rôle, notamment le message libérateur du président américain Wilson ("droit des peuples à disposer d'eux-même") et surtout l'activisme communiste déployé par le Komintern, levier d'une contestation radicale du colonialisme occidental, notamment en Asie (Chine, Indochine).

Les puissances coloniales (en particulier la France) répriment sans états d'âme ces contestation (ainsi la révolte de Yen Bay en 1930 remplit les bagnes de Poulo-Condor au Vietnam). En Afrique noire, la remise en cause du fait colonial reste plutôt rare.

 

 

  •  De nouveaux acteurs "au secours" des colonies:

La seconde guerre mondiale entraîne le discrédit des puissances coloniales (particulièrement la France, les Pays-Bas et la Belgique, dans une moindre mesure la Grande Bretagne), car, pour la première fois, l'homme blanc est vaincu, ce qui met un terme au mythe de son invincibilité.

Les deux Grands vainqueurs de la guerre, les Etats-Unis et l'URSS, continuent de diffuser un message libérateur à l'adresse des colonies.

- Les Etats-Unis, ancienne colonie britannique, sont anticolonialistes par tradition historique et idéologique, mais aussi par intérêt économique: les colonies pourraient être de nouveaux marchés. En gage de bonne volonté, ils accordent d'ailleurs l'indépendance aux Philippines en 1946.

- les Soviétiques sont eux aussi contre les colonies, par idéologie marxiste (le colonialisme est vu comme un avatar du capitalisme) et par calcul politique: si ces territoires accèdent à l'indépendance, ils pourraient y installer des régimes proches.

- L'ONU s'impose également comme une tribune pour les mouvements indépendantistes. La charte de 1945, puis la Déclaration universelle des Droits de l'Homme en 1948 appuient le "droit des peuples à l'autodétermination".

 

 

Bref, les puissances coloniales se trouvent sur la défensive en 1945, même si leurs attitudes diffèrent quelque peu.


  • Des attitudes divergentes.

 

Les Britanniques ont déjà l’expérience de la transformation de leurs colonies blanches en dominions au sein du Commonwealth (1931 Canada, Australie, NZ, Afsud) et ils favorisent l’émergence des élites. Le Royaume uni mène avec pragmatisme une politique d’association, souhaitant préserver ses intérêts économiques et diplomatiques, quitte à négocier et accorder l'indépendance politique.

 

 

Au contraire, la France s'accroche au statut de grande puissance impériale. Déjà traumatisée par la débâcle de 1940 elle ne saurait accepter la nouvelle défaite que serait pour elle la perte de son empire. Beaucoup se souviennent du loyalisme parfait des colonies lors de la tourmente de la grande guerre avec la participation de près de 300 000 coloniaux à la première guerre mondiale. Le second conflit mondial conforte au fond cette idée que l'Empire a contribué à la victoire alliée et qu'il est un élément capital de la grandeur nationale. L'intense propagande coloniale de l'entre-deux-guerre, qui culmine en France lors de l'exposition coloniale de 1931, explique également l'attachement de nombreux Français à leur Empire (pistes 1 et 2 de la sélection audio ci dessous). Par son administration directe la France tient les populations indigènes totalement à l'écart du pouvoir.

 

 

De timides tentatives de réformes existent néanmoins.

La conférence de Brazzaville se tient en janvier-février 1944 et réunit les gouverneurs généraux de l'Afrique Occidentale française, de l'Afrique équatoriale française et de Madagascar auxquels se joignent quelques notables coloniaux, mais pas d'Africains. Dans son discours de Brazzaville, en 1944, De Gaulle envisage le droit à la "gestion de leurs propres affaires" des indigènes intégrés à la communauté française, une politique sociale audacieuse, mais refuse catégoriquement toute idée d’autonomie des colonies. Elle se limite à des réformes administratives et sociales, dénuées de tout prolongement politique: suppression du travail forcé, participation de l'élite indigène à l'administration, mesures pour développer l'éducation parmi les colonisés.

 

 

La Constitution de 1946 maintient l’essentiel de la domination métropolitaine dans le cadre de l’Union française. Jusqu'à cette date, seuls étaient représentés à l'Assemblée nationale française les quatre communes du Sénégal (Saint Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) et les trois départements d'Algérie. A partir de 1946, les territoires de l'AOF, de l'AEF, ainsi que Madagascar envoient des représentants au Parlement français. La constitution rappelle que l'objectif de la France est de conduire les peuples colonisés à ce point qu'ils pourront s'administrer eux-même un jour. Elle reconnaît la citoyennté à tous les ressortissants de l'Union française qui diffère néanmoins de la citoyenneté des Français des métropole, puisque les populations de l'outre-mer ne disposent pas du droit de vote. Mais ils se voient reconnaître des droits juridiques et judiciaires (restés parfois théoriques), qui constituent une amélioration indéniable. D'autre part comme le rappelle Marc Michel (cf: sources), "les institutions de l'Union française furent des lieux d'apprentissage pour la classe politique en formation en formation et des "espaces de sociabilité" pour les futurs dirigeants africains qui purent y nouer des amitiés personnelles et des alliances politiques.

 

 

Par ailleurs, à l'intérieur de l'empire colonial français apparaît le Rassemblement Démocratique Africain. Crée en 1946, ce grand parti politique possède des sections dans toute l'Afrique noire française. C'est qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, on assiste à d'importants mouvements sociaux (grèves, manifestations). Des mouvements syndicalistes se multiplient alors en Afrique (union générale des travailleurs africains). Dans un premier temps, le RDA s'affilie au Parti communiste français, le seul à refuser le maintien des colonies en Afrique, ce qui inquiète beaucoup en métropole dans le contexte de la guerre froide. Finalement, sous la houlette de Félix Houphouët, le RDA se débarasse de l'hypothèque communiste ,ce qui permet de renouer le dialogue avec le personnel politique dirigeant de la IVème République. Il se transforme alors véritablement en un grand parti de masse, prêt à prendre les rênes des gouvernements territoriaux en 1956. 

 

Alors que le Royaume Uni accorde l'indépendance des Indes, la France de la IVème République marque sa volonté de maintenir son Empire. La classe politique communie dans la conviction que la France ne peut se reconstruire qu'avec son Empire colonial, garant de sa prospérité économique. Toute manifestation d'indépendance doit donc être impitoyablement châtiée (l'insurrection malgache est écrasée avec la plus grande violence en 1947). En Indochine, après des hésitations, la France se lance dans une Guerre de réappropriation coloniale.

 

 

  • Les premiers craquements.

La défaite française à Dien Bien Phu en 1954 constitue un tournant majeur dans le processus de décolonisation puisqu'il s'agit dans l'Empire français de la première grande victoire d'un peuple colonisé. Les Africains, nombreux dans cette armée française qui combat en Indochine, assistent ainsi aux premières loges à la fin d'un des mythes fondateurs de la colonisation, celui de l'invincibilité des peuples blancs. Les accords de Genève qui mettent un terme à la présence française en Indochine (séparée désormais en quatre entités: Laos, Cambodge, Vietnam Su et Nord) précèdent de trois mois seulement le déclenchement de l'interminable guerre d'Algérie qui ne s'achève qu'en 1962.

 

 http://bricabraque.unblog.fr/files/2010/01/bandoung.jpg

 

* Le contexte international remet en effet chaque jour un peu plus en cause le maintien de la colonisation en Afrique noire et ailleurs.

- Du 18 au 24 avril 1955 se tient à Bandung en Indonésie la conférence internationale dite des non-alignés. Elle réunit 29 Etats du Tiers Monde. Il s'agit de la première manifestation publique de ce que l'on appelle le groupe afro-asiatique qui voit le jour à l'ONU en 1950. Si la plupart des pays participants sont asiatiques, l'Afrique est néanmoins présente à Bandung. Elle y est représentée par l'Egypte, l'Ethiopie, le Soudan, le Liberia, mais aussi ce qu'on appelle la Gold Coast (futur Ghana) qui est en train de devenir indépendante. La conférence proclame le neutralisme, exprime l'anticolonialisme, le refus du néocolonialisme, la volonté de sortir du sous-développement et la dénonciation du racisme qui continue de sévir avec virulence en Afrique du sud notamment.

 

- La crise de Suez en 1956. Le 26 juillet 1956, le chef de l'Etat égyptien nationalise le canal de Suez (prise de possession de la société du canal). Il entend ainsi récupérer l'argent dont il a besoin pour construire le barrage d'Assouan (il escomptait une aide de l'occident qui n'est pas venue). Cette crise revêt bientôt une dimension internationale puisque, parallèlement à la guerre entre l'Egypte et Israël, interviennent les troupes anglaises et françaises. Finalement, les Etats-Unis désavouent la France et de l'Angleterre en parallèle à la menace de l'Union soviétique d'intervenir dans la crise. Nasser exalte alors le sentiment national. Son attitude séduit dans une grande partie de l'opinion publique du monde arabe. L'affaire génère une amorce de panafricanisme et le raïs égyptien ressort grandi du succès de l'opération. Rappelons aussi que la même année, le protectorat français sur le Maroc prend fin. Le pays accède alors à l'indépendance.


 

 

 

II. La "ruée vers les indépendances".

 

Bref comme nous venons de le voir précédemment, le maintien du système colonial était devenu impossible pour le Royaume uni et la France.

Même si il est difficile de périodiser le processus des décolonisations africaines, il semble néanmoins possible de distinguer quelques grandes étapes. La première couvre les années 1957-1960. Au cours de ces trois années, une vingtaine d’États accède à l’indépendance de manière négociée et relativement pacifique.

 

 

  • Décolonisation britannique.

C'est la Gold Coast, futur Ghana, qui ouvre le bal en 1957, dans le cadre du Commonwealth (voir piste n°3). Cette indépendance a un retentissement considérable dans toute l'Afrique de l'ouest, d'autant plus que Nkrumah organise dans la foulée une conférence panafricaine à Accra en avril 1958. Elle accélère ainsi la revendication séparatiste de la Guinée française (cf plus bas) et inspire largement Patrice Lummumba qui organise et dirige le Mouvement national congolais, parti indépendantiste et intertribal, qui devient l'interlocuteur obligé des autorités belges qui se voient contraint d'accorder l’indépendance dans la plus grande hâte le 30 juin 1960.

 

 

- Le Nigeria

Les Portugais, premiers à établir des contacts dans cette région, avaient été chassés par les Anglais dès le XVIème siècle.

En réponse au nationalisme montant, après la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques dotent le pays d'un gouvernement représentatif en 1951, puis d'une constitution fédérale en 1954. Ils cherchent avant tout à doter chacune des trois grandes régions qui composent la fédération d'une large autonomie. En effet, ils se trouvent confronter au problème de l'unité nationale d'un territoire où les principales forces socio-politiques peinent à collaborer: le Northern People's Congress des émirs très conservateurs du nord, l'Action Group qui représente les revendications des Yoruba, enfin le National Congress of Nigeria and Cameroons très populaire chez les Ibo (la partie est du Cameroun allemand avait été avait été attribuée au Royaume-Uni avec le traité de Versailles).

 

 

Récemment affranchie de la tutelle française (voir plus bas), les élites camerounaises qui circulent dans les pays voisins donnent le coup de fouet au mouvement indépendantiste. Nnamdi Azikiwe, fondateur de l'Union pour l'indépendance du Cameroun et du Nigéria, réclame immédiatement l'indépendance du Nigéria au Royaume uni. C'est chose faite le 1er octobre 1960. Le nouvel Etat intègre en même temps le Commonwealth.

Le poids économique (pétrole) et démographique du pays l'impose comme un des pays les plus riches d'Afrique de l'ouest. Néanmoins, les forces centrifuges qui tiraillent la société nigériane se réveillent rapidement et plongent le pays dans une terrible guerre civile en 1967 (la guerre du Biafra, riche région du sud peuplée majoritairement d'Ibos qui aspirent à l'indépendance).

 

 Lors de sa tournée africaine De Gaulle expose son projet de Communauté franco-africaine" pour lequel il prévoit un référendum. Le 26 août 1958, alors qu'il se trouve à Dakar, il aperçoit des porteurs de pancartes indépendantistes, il leurs lance: "Si vous voulez l'indépendance, vous n'avez qu'à la prendre!"

 

 

  • La décolonisation française en Afrique noire.

 

La défaite en Indochine, l'insurrection algérienne, pèse d'un point déterminant sur la politique de la France en Afrique subsaharienne. Gaston Defferre, le ministre socialiste de la France d'outre-mer, comprend très tôt qu'il faut y changer de politique et remplacer l'Union française vermoulue par une instance plus adaptée. "Ne laissons pas croire que la France n'entreprend des réformes que lorsque le sang commence à couler" lance-t-il devant le Conseil de la République alors qu'il y présente sa future loi.

 La loi Cadre-Defferre, adoptée le 23 mars 1956, entre en vigueur l'année suivante. Elle accorde l'autonomie interne aux territoires d'outre-mer qu'elle dote d'une "personnalité" politique propre, en instituant des exécutifs locaux responsables devant des assemblées législatives locales. Toutefois, la France continuait de contrôler les attributs de la souveraineté internationale (monnaie, défense, politique extérieure). La politique d'indigénisation amorécée par cette loi s'est révélée une bonne école et un vivier de dirigeants africains.

 

 

Beaucoup d'élus applaudissent à l'esprit nouveau de la réforme. Le problème reste que les Africains sont divisés en gros entre deux tendances. D'un côté les partisans du maintien des fédérations de l'AOF et de l'AEF telles qu'elles existent alors. De l'autre, ceux qui considèrent qu'il faut constituer les territoires en Etats souverains, au risque de précipiter la balkanisation de l'Afrique.


 

Lorsqu'il revient au pouvoir, De Gaulle propose la création d'une Communauté française, au sein de laquelle la France conserverait des prérogatives dans des "domaines réservés" (affaires étrangères notamment). Du 20 au 29 août 1958, le général de Gaulle effectue une tournée dans plusieurs capitales africaines. Le but de son voyage est de présenter aux populations son projet de Communauté. Tous les observateurs sont frappés par les ambigüités, involontaires ou pas, du discours. Alors que les Africains attendent le mot indépendance, de Gaulle parle de Communauté. Celle-ci n'est plus la colonisation, elle n'est pas non plus le Commonwealth (puisqu'il suppose des Etats autonomes ou indépendants). Mais en instaurant des gouvernements autonomes, la Communauté mettait l'Afrique sur la voie de l'indépendance.

 

 

Une question cruciale se pose du côté des Africains, faut-il prendre l'autonomie avec la perspective d'une indépendance à moyen terme ou faut-il demander l'indépendance tout de suite? Les populations de l'Union française sont donc appeler à se prononcer lors du référendum instituant la Communauté française. La plupart des dirigeants africains appellent à voter oui (piste 4). Parmi les plus radicaux, qui veulent que le mot "indépendance" figure dans le texte et qui souhaitent accélérer le processus, se trouve Sékou Touré. Il avait lancé lors de la campagne électorale précédent le référendum: " Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage". Le oui l'emporte partout, sauf en Guinée où le "non" triomphe. La Guinée devient aussitôt indépendante, rompt avec la France et se rapproche de l'URSS (piste 5).

 


Le général, outré, suspend immédiatement toute aide à la Guinée. L'administration guinéenne, privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, doit repartir de zéro. Pire, certaines infrastructures sont démantelées sciemment par les anciens colonisateurs. Le divorce est définitivement consommé entre l'ancienne colonie et sa métropole. Paris tentera même d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.


 

La décolonisation de l’Afrique noire française est octroyée par étapes.
Nous l'avons vu, après la La loi-cadre Defferre accorde en 1956, qui reconnaît l’autonomie interne à des gouvernements territoriaux, la constitution de 1958 en fait des "Etats associés" dans la Communauté Française.
Mais cette Communauté ne durera que quelques mois avant l’accession des colonies françaises à l’indépendance complète en 1960. L'indépendance est alors accordée à quinze Etats africains restant liés à la France par la Coopération.

 

 

L'évolution commence par le Togo et le Cameroun, deux territoires placés sous la tutelle de la France sous le contrôle de l'ONU:

- Togo, 27 avril. Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Quatre ans après le rattachement du Togo britannique au Gold Coast, devenu l'État indépendant du Ghana, la République du Togo s’en sépare. La question de la réunification des Togo britannique et français au sein d'un même État, avait dominé le débat politique pendant les années 50. La victoire du Comité de l'unité togolaise aux élections du 28 février 1958 sonne le glas de cette union. Le premier président, Sylvanus Olympio sera abattu lors d'un coup d'État, en janvier 1963.

 

- Cameroun, le 1er janvier 1960:

Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Au cours des années 1940 et 1950, c'est l'Union des population du Cameroun (UPC) de Ruben Um Nyobé (d'obédience marxiste) qui réclame l'indépendance du territoire. Devant le refus des autorités coloniales de transiger, le mouvement se lance dans une guérilla violente qui sera sauvagement réprimée par la France. Alors que les médias braquent leurs objectifs sur l'Algérie, le pouvoir colonial n'hésite pas à utiliser la manière forte et une véritable guerre s'engage au Cameroun. A Paris, l'indépendance est négocié avec des individus beaucoup plus dociles, qui accepte de maintenir le pays dans le giron français.

 

 

- Madagascar, 26 juin. Le Parti social démocrate de Philibert Tsiranana, fondé en 1956, joue un rôle de premier plan dans la marche vers l'indépendance, avec un nouvel élan vers la fin des années 50. Colonie française à la fin du XIXe siècle, Madagascar est le théâtre d'une sanglante rébellion en 1947-1948, matée par une brutale répression, avant de devenir une république au sein de la Communauté française, en 1958. Investi des pouvoirs spéciaux en janvier 1960, le président Tsiranana négocie une entente de coopération avec la France qui mène à l'indépendance.

 

 

Les autres Etats, anciennes colonies intégrées aux deux fédérations de l'Afrique Occidentale Française et de l'Afrique Equatoriale française seront tour à tour membres de l'Union française (1946), puis de la Communauté, avant leurs accessions respectives à l'indépendance au cours de l'année 1960.

 

 

- Bénin (ex Dahomey), 1er août. Ancien point de départ de la traite négrière, le Bénin a accédé à l’indépendance sous la dénomination de République du Dahomey, avant de prendre son nom actuel en 1975.

Après une lutte acharnée du roi Béhanzin, le Dahomey est intégré à l’Afrique occidentale française (AOF) en 1899. En 1958, le pays devient la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française qui accède à l'indépendance deux ans plus tard. Le général Mathieu Kérékou s'empare du pouvoir en 1972 et l'oriente dans l'orbite soviétique. En 1975, la République du Dahomey devient la "république populaire du Bénin".

 

 

- Niger, 3 août. Ce riche territoire (or, fer, charbon, uranium et pétrole) est colonisé par la France au début du XXème siècle. Il fait partie de l'éphémère entente Sahel-Bénin (avec le Burkina, la Côte d'Ivoire, le Dahomey).

 

 

- Haute-Volta (Burkina-Faso), 5 août.
En 1896, le royaume mossi de Ouagadougou devient un protectorat français, à partir duquel les troupes coloniales organisent la conquête de la majeure partie de l'actuel Burkina. En 1904, ces territoires intègrent l'AOF en tant que colonie du Haut-Sénégal-Niger. Le charismatique Thomas Sankara débaptise la Haute-Volta qui devient le Burkina Faso ("pays des hommes intègres") en 1984.

 

 

Félix Houphouët-Boigny.

 

- Côte d'Ivoire, 7 août
Découverte par les Portugais, elle devient colonie française à la fin du XIXème siècle.Elle accède à l'indépendance sous la houlette de
Félix Houphouët-Boigny, un médecin de 55 ans devenu planteur de cacao et militant syndical, député à la Chambre des représentants sous la IVème République, mais aussi ministre d'Etats sous différents gouvernements.

 

 

- Tchad, 11 août. La conquête du territoire par la France débute vers 1900 avant son rattachement à l’Afrique équatoriale française en 1910.

La marche vers l'émancipation est menée par le Parti progressiste tchadien de François Tombalbaye qui s'impose à la tête de l'Etat qu'il entend conserver coûte que coûte. L'opposition est éliminée et le pays sombre dans la guerre civile en 1965.

 

 

- Centrafrique (Rép. centrafricaine, ex Oubangui-Chari), 13 août
Cette colonie française était connue sous le nom d'Oubangui-Chari (1905). Elle devient la République centrafricaine en 1958 dans le cadre de la Communauté française. Elle accède à l'indépendance un mois après la conclusion d'ententes négociées avec le gouvernement français, le 12 juillet 1960.

 

 

- Congo (Brazzaville), 15 août.

La pénétration française débute en 1875 avec Pierre Savorgnan de Brazza. Très vite (1899) l'exploitation du territoire est abandonnée à des compagnies concessionnaires qui se livrent à un véritable pillage de la région. Cette colonie française intègre la fédération de l'Afrique-équatoriale française (A-EF) dès sa création, en 1910. Territoire d'outre-mer en 1946, puis memebre de la Communauté française, le territoire connaît des affrontements sanglants en 1959. La même année, l'abbé Fulbert Youlou à la tête de l'Union démocratique de la défense des intérêts africains triomphe aux élections législatives. Sa volonté de développer la coopération avec la France facilite la passation des pouvoirs (piste 8).

 

 

- Gabon, 17 août 1960

Ce petit pays dispose de ressources importantes (manganèse, uranium, bois précieux, pétrole). Depuis le milieu du XIXèmle siècle, ce territoire se trouve dans l'orbite françasie. Il intègre l'AEF (1910-1958). Sous la houlette de Le député-maire de Libreville, chef du Bloc démocratique gabonais, Léon M'Ba, avait demandé la départementalisation du Gabon. De fait, le pays restera un des acteurs les plus sûrs du pré-carré français en Afrique, sous la conduite d'Omar Bongo.

 

 

- Mali (ex Soudan français). Jadis connu sous le nom de Soudan français, le Mali obtient une autonomie administrative relative en 1956.
Le Soudan français et le Sénégal s'unissent en 1960 au sein de la Fédération du Mali. Lors de la proclamation d'indépendance, le 20 juin 1960, Léopold Sédar Senghor assure la présidence de l'Assemblée fédérale et Modibo Keita exerce la fonction de Premier ministre. Des différends politiques entraînent le retrait rapide du Sénégal de la fédération, laissant seul le Mali. Modibo Keita prend la tête du nouveau pays, rompt avec la France et oriente son pays vers le socialisme.


Le président Léopold Sédar Senghor, le 18 avril 1966 à Dakar, lors de l'inauguration du premier festival mondial des arts nègres.

 

 

- Sénégal, 20 août. Investi tour à tour par les Hollandais, puis les Portugais, ce territoire devient finalement membre de l'AOF en 1895, après de longues affrontements. Après avoir exprimé le désir de se retirer de la Fédération du Mali, le Sénégal proclame son indépendance.

C'est l'écrivain Léopold Sédar Senghor, une des figures de proue du mouvement de décolonisation en Afrique, qui préside aux destinées du Sénégal (jusqu'à son retrait volontaire en 1981).

 

 

- Mauritanie, 28 novembre
La Mauritanie devient française au début du XXème siècle.

Lors des élections tenues en mai 1959, le Parti du regroupement mauritanien de Moktar Ould Daddah, seule formation sur les rangs, rafle tous les sièges. La Mauritanie deviendra l'une des premières Républiques islamistes. Les revendications marocaines sur ce territoire restent lettre morte.

 

 

  • La naissance de la République du Congo.

L'indépendance de la République du Congo, est proclamée le 30 juin 1960, dans des conditions dramatiques. Le système colonial imposé par les Belges reposait sur la ségrégation et le refus catégorique des colons, comme des autorités, de toute élévation sociale des Congolais ("pas d'élites, pas d'ennuis"… pour reprendre la formule des colons belges). Pourtant l'industrialisation et l'urbanisation de la colonie permirent l'essor d'une classe moyenne congolaise. Des associations (l'Abako de Kasavubu), des journaux amorcèrent une timide opposition au sytème colonial. Il semble que ce soit l'accession de la Gold Coast à l'indépendance en 1957 qui ait servi de détonateur au processus de décolonisation du Congo belge. Des émeutes éclatent dès 1958-1959 prenant pour cible les colons européens.

 

Fêtes de l'indépendance de la République du Congo, le 30 juin 1960 à Léopoldville. Un spectateur congolais vient de s'emparer du sabre du roi Baudoin, le roi des Belges.

 

 

Il semblerait que la conférence des peuples africains organisée à Accra par NKrumah en 1958 ait eu une grande influence sur Patrice Lumumba en le convertissant à un anticolonialisme radical. Il crée en octobre de la même année le Mouvement national congolais qui remporte un grand succès lors des élections de mai 1960. Lumumba, devenu premier ministre, préside aux négociations d'indépendance de la Table ronde tenue à Bruxelles en janvier 1960. Le gouvernement belge accorde une indépendance immédiate (piste 6 et 7). Elle s'accompagne de l'exode de la population blanche (environ 100 000 personnes) dans un chaos total. 

Très vite un conflit personnel oppose le président de la République Joseph Kasavubu à son premier ministre. Les thèses tiers-mondistes et panafricaniste adoptées par Lumumba l'inquiètent tout comme elles indisposent les forces conservatrices et les pays occidentaux.

 

 

La sécession de la riche province minière du Katanga menée par Moïse Tshombé, soutenue en sous-main par la Belgique, complique davantage encore la position du premier ministre. Il fait alors appel aux casques bleus de l'ONU et accepte une aide matérielle de l'Union soviétique pour mater les séparatistes. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est assassiné en janvier 1961.

Surpris par les émeutes de 1958-1959 et n’ayant pas préparé des élites locales , ils concèdent précipitamment l’indépendance en 1960 au Mouvement national congolais du marxiste Patrice Lumumba.
Le pays est livré à des luttes ethniques qui entraînent une guerre civile (compliquée par les interventions indirectes des deux grands et de l'ancienne métropole dans le cadre d'une guerre froide qui se transporte désormais en Afrique) qui entraînent une guerre civile conclue par la prise du pouvoir par l
e chef de l’armée, le général Mobutu, qui s’empare du pouvoir en 1965 pour longtemps.

 

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ANNEXE: sélection audio

 


1 et 2. Propagande coloniale. Deux échantillons types de la propagande coloniale développée alors dans la métropole française. Le premier échantillon met en avant les bienfaits de l'oeuvre coloniale et, dans la lignée d'un Ferry par exemple, développe les arguments classiques des tenants de la mission civilisatrice française:

- le “devoir moral”: Les Européens sont convaincus de la supériorité de la « civilisation blanche » et se doivent donc de porter « la » civilisation chez les peuples « primitifs », “sauvages”.

- Des raisons stratégiques et politiques. La possession des colonies est vue comme une condition pour être une puissance internationale.Les colonies participent au prestige d’un Etat.

- Un intérêt économique. Comme l'avait affirmé Jules Ferry en son temps, la colonisation est “fille de la révolution industrielle”. Les colonies sont ainsi envisagées comme des marchés potentiels pour les entreprises métropolitaines. L’étroitesse des marchés intérieurs pousse les industriels et les financiers à conquérir à l’extérieur des débouchés pour les marchandises et les capitaux. Avoir des colonies, c'est aussi pouvoir disposer d'un réservoir important de matières premières, de nouvelles ressources à commercialiser. Au cours des années 1930, la crise économique mondiale semble conforter cette analyse et les métropoles se tournent tout particulièrement vers leurs possessions ultramarines.

On insiste ici tout particulièrement sur "l'oeuvre fantastique" que la France accomplit dans les colonies au profits des peuples indigènes. Le second extrait rappelle quelques unes des grandes étapes de la conquête coloniale.

 

 

 

3. Lord Kitchener: "Birth of Ghana". En 1949, le charismatique Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à un ancien Empire africain. Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Star de la calypso (très populaire dans de nombreux pays du Golfe de Guinée), Lord Kitchener célèbre ici l'avènement du nouvel Etat, espérant que son exemple soit rapidement suivi par les autres colonies d'Afrique noire.

 

 

4. "Oui ou non". Chanson écrite sur une musique américaine en 1958 par les services du ministère de la France d’outre mer et destinée à inciter les électeurs africains à voter « Oui » lors du référendum sur la Communauté franco-africaine.

 

 

5. Bembeya Jazz National: "République de Guinée". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de ce morceau.

 

 

6. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Independance cha cha". Lors de la réunion de la table-ronde de négociations sur l’indépendance du Congo belge, l’African jazz crée cette rumba congolaise qui devient rapidement un hymne pour les jeunes nations africaines.

 

 

7. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Table ronde". Dans la foulée de son tube, Kabalese compose ce morceau consacré à la conférence de la Table Ronde. Organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, cette conférence préside aux destinée du Congo. La date d'indépendance retenue est le 30 août 1960. Elle fixe les détails politique de la séparation de la Belgique te du Congo. Elle sera suivie d’une table-ronde économique qui ne parviendra pas à aboutir.

 

 

8. Philos: "Indépendance 28 novembre". Cette chanson célèbre l'indépendance de l'autre Congo, le Congo-Brazzaville, ex-colonie française intégrée à l'AEF.

 

 

Sources:

 

- Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.

  • Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
  • L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
  • Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996.
  • Numéro spécial de L'Histoire consacré à la "fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.

 

 

Liens:

 

 

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