Samarra


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Books : le pouvoir de la musique.

par vservat Email

C'est l'été, enfin du temps devant soi pour lire et donc bronzer intelligent. Une première piste : le magazine Books. Pour ceux qui ne l'auraient jamais feuilleté, le principe en est le suivant  :  réunir sur un thème une série d'articles parus dans la presse spécialisée traitant des meilleurs livres qui abordent le sujet choisi.

 

Ce numéro spécial aurait mérité de s'intituler  "Les pouvoirs de la musique" en raison du spectre très large que couvrent les articles réunis. La partie introductive est constituée d'un entretien avec Jacques Attali. L'expérience mené en 1952 par John Cage qui composa un morceau de 4"33' de silence, étudié par Kyle Gann, compositeur et musicologue, lui succède, prenant le sujet à contrepied. 

 

Les passionnés de sciences se plongeront dans la deuxième partie du dossier qui aborde successivement les liens entre la musique et l'évolution de l'homme, l'utilisation thérapeutique de la musique et la stimulation qu'elle provoque sur le cerveau humain.

 

En toute subjectivité, la troisième partie est LE morceau de choix du magazine. Elle débute par la traduction du premier chapitre d'un ouvrage du journaliste spécialiste du Gospel, Robert Darden. Son livre, "People Get ready ! A new history of Back Gospel Music", traite du pouvoir émancipateur des negro spirituals et de leur forme discographique : le Gospel. Travaillant sur des sources parfois étonnantes, tels les enregistrements de negro sprituals a cappella par le musicologue Lomax, en Alabama, dans les années 30, ce premier chapitre retrace la genèse, l'utilisation et la trasmission du patrimoine chanté des Afro Américains jusqu'au tube mondial de Moby "Trouble so hard". On y découvre comment certains spirituals permettaient aux esclaves de prendre la fuite en se constituant une carte chantée du parcours à suivre vers la liberté. On y lit aussi la retranscription de l'émouvant témoignange de Mme Brown, esclave de Nashville, dont le père s'est mis  à chanter "Trouble in Mind" après avoir été violemmet fouetté par son maitre. Le livre n'est pas encore traduit en français mais si le reste de son contenu est aussi riche que son premier chapitre, l'investissement risque d'être  icontournable.

 

On trouvera également dans cette partie la chronique d'une biographe de Bob Marley publiée en 2006 par CJ Farley, dans la New york Review of Books. Elle est l'occasion de suivre le chemin de cet artiste fondamental du XX siècle, des faubourgs de Kingston à l'interprétation de "Redemption Song" à Pittsburg lors de son dernier concert. Un portrait très émouvant et éclairant qui cite des textes forts, ceux de "Slave driver", de "No woman, no cry" ou de "Get up, stand up" qui devint l'hyme d'Amesnesty international. Une biographie qui interroge aussi les trajectoires historiques et identitaires du peuple Noir.

 

On glisse ensuite doucement vers la fin des 70's et le début des années 80 pour une nouvelle démonstration de la force émancipatrice de la musique. Alice Echols publie en 2010  "Hot Stuff, disco and the remaking of american culture". Chroniqué dans le New York Times, on comprend, par son étude historique, comment le disco contribua à l'affirmation et la libération des identités gays à cette époque.

 

Avant de s'achever sur un portrait d'Eminen le rappeur blanc, le magazine reprend un article de The Nation s'interrogeant, à la faveur de la sortie du livre "Can't stop, won't stop" de Jeff Chang, sur l'évolution de la culture hip-hop, de son statut constestaire et menaçant l'ordre établi, à sa récupération et son intégration dans le business musical dans un pacte funeste avec "l'hypercapitalisme". Un papier aussi captivant que désolant sur la trajectoire d'une forme extremement riche et complexe de contre-culture qui s'est transformée et pervertie, au fil de sa pénétration par l'argent, et de la disparition tragique de ses figures emblématiques.

 

Le dernier volet du dossier est également assez convaincant, abordant les liens souvent forts et paradoxaux entre la musique et le pouvoir politique. Quelques articles retiennent particulièrement l'attention. Les relations entre Prokofiev et le pouvoir stalinien sont présentées dans toutes leur complexité par l'historien de la musique Simon Morrisson dans une étude intitulée "The People's artist. Prokofiev's soviet years" chroniquée dans la NY Review of Books. 3 articles abordent  les phénomènes d'instrumentalisation du 4° art dans le contexte des camps de concentration (à la fois moyen de survie et outil de propoagande et de d'asservissement pour les SS), dans le cadre des nouvelles conflictualités (Irak/Guantanamo) et dans celui des activités de Muzak Corporation, firme productrice de musiques d'ambiances destinées soit à stimuler (la production des vaches laitières ou la productivité des employés de Black et Decker!) soit à anesthésier (ce quon appelle la musique d'ascenseur ou de supermarché).

 

Au détour de ces questionnements éclairants, la chronique de la biographie de l'artiste Nigérian Fela par John Collins dans The Observer Music Monthly, est l'occasion de découvrir, (ou de se remémorrer), la personnalité à la fois provocante, iconoclaste, engagée et terriblement talentueuse de celui qui s'était autoproclamé "The Black President".

 

Bonne lecture!

Augmix # 12

par Aug Email

  • Commençons par une jeune canadienne à la voix incomparable. Coeur de Pirate (c'est son nom de scène) compose elle-même ses chansons. Ecoutez, c'est très agréable !
  • Retour en arrière avec Manau et un titre des années 1990 (la préhistoire !) que nous a choisi Anne lors de sa revue de l'actualité. Il s'agit de "L'avenir est un long passé" qui évoque un poilu de la Grande Guerre, un résistant et la montée de l'extrême droite à la fin du XXème siècle.
  • Quel est le rapport entre Queen et Léo Ferré ? Je sens que vous ne trouverez pas... Il s'agit du film L'affaire Farewell sorti cette année (je vous en reparle sur ce blog prochainement, c'est promis). Le film est basé sur une histoire vraie, celle d'un agent du KGB qui choisit de livrer des secrets à la France au début des années 1980. En échange, il ne demande pas d'argent mais juste des cassettes de Léo Ferré pou lui (en particulier ce "Mélancolie") et de Queen pour son fils.
  • Un peu de negro-spiritual maintenant avec un titre bien connu "Didn't My Lord Deliver Daniel". Comme souvent, en évoquant des passages bibliques, les esclaves du XIXème siècle faisaient allusion à leur propre situation, Julien Blottière nous en parlé sur l'histgeobox à propos de "Go Down, Moses". Ici, l'évocation de Daniel dans la fosse aux lions est une invitation à l'espoir. Si Daniel a été délivré par Dieu, Il pourra aussi délivrer les noirs de l'esclavage. J'ai entendu l'an dernier à Chicago la chorale de l'université Trinity (dirigée par Paul Satre) près de Chicago interpréter ce titre en répétition. J'en ai filmé un extrait :

 

 
  • Après les spirituals, le blues et ce morceau de Bessie Smith de 1927 "Back Water Blues" qui décrit les ravages causés par les inondations dans la vallée du Mississippi. Retrouvez l'article de Blot sur l'histgeobox à propos de la chanson de Randy Newman sur ce même sujet.
  • Crosby, Stills, Nash & Young avaient dénoncés les actions de Nixon après le massacre de Kent State en 1970, c'était "Ohio" (retrouvez mon article sur cette chanson). Plus récemment, ils appelaient à une destitution de Bush dans ce même esprit à propos de la guerre en Irak. ça s'appelle "Let's Impeach The President".
 
  • Poursuivons avec du rap.  Nas, rappeur du Queens (quartier de Queensbridge comme Jay-Z), s'est fait connaître en 1994 avec Illmatic. Son père Olu Darra est un ancien chanteur de blues et de soul. Je vous avais sélectionné un titre rassemblant les deux générations. En 2008, son album Untitled avait créé la polémique en raison du titre qu'il voulait lui donner (Nigger). Je vous ai choisi  "Queens Get The Money" le premier titre que je trouve sublime (produit par Jay Electronica). Il contient un sample de Yann Tiersen tiré de la BO du film Good Bye Lenin...

 

  • Nas avait eu au début de la décennie un beef  (querelle par rimes interposées) de légende avec Jay-Z. Les deux MC se sont ensuite réconciliés. Ce dernier vient de sortir le troisième volet très attendu de sa trilogie The Blueprint III, en tête des ventes aux Etats-Unis. Je vous ai sélectionné "Empire State Of Mind", hymne à New York interprété avec Alicia Keys. En hommage à l'équipe de Base Ball des Yankees dont c'est la couleur (pas le bleu du gang angelenos des Crips précise-t-il...) , Jay-Z déclare qu'il a le "sang bleu". Leur récente victoire aux World Series a donc dû lui faire le plus grand plaisir...

  

 

  • Kid Cudi nous vient de Cleveland, au coeur de la Rust Belt. Il sort son premier album Man on the moon : The End of day  dont je vous ai choisi le titre "Make Her Say" (qui sample Lady Gaga). Bon, les lyrics sont plutôt "explicites" mais le clip est pas mal et la présence de Kanye West et Common suffisent à enchanter mes oreilles !
 
 
  •  Common toujours avec un titre de son album Be de  2005 qui marquait le grand retour. du MC de Chicago. Aux manettes, l'inévitable Kanye West (qui sample "What It Is" des Temptations et "You Make The Sun Shine" des Temprees), au refrain les Last Poets, un groupe formé en 1969 et aux origines du rap dans sa dimension politique (plus de détails ici). Le résultat c'est "The Corner", un morceau en hommage à ce que "l'école de la rue" peut offrir de meilleur, en particulier dans le Southside de Chicago.
 
 
 

 

Enjoy !

 

Découvrez la playlist Fall session avec Temprees

Summer Mix (Augmix # 10)

par Aug Email

Allez, c'est parti pour une petite sélection, histoire de bien démarrer l'été !

  • On démarre avec un peu de Gospel et une version qui dépote bien du fameux cantique "Amazing Grace" par les "garçons aveugles", les Blind Boys of Alabama. Ce chant a été composé à la fin du XVIIIème siècle. Les paroles ont été écrites par un ancien capitaine de navire négrier devenu pasteur protestant et abolitionniste, John Newton. L'origine de la mélodie est moins certaine (folklore celte, africain ?). C'est, au XIXème siècle, un des chants d'église les plus connus dans le monde anglo-saxon avant de connaître de très nombreuses reprises au XXème siècle. Impossible d'en faire la liste complète...
  • Un petit duo Jason Mraz-Colbie Caillat, avec la chanson "Lucky".
  • Une petite chaîne de sample. Voici un morceau de 1982 du groupe The Clash, "Straight To Hell". Le morceau est samplé en 2007 par M.I.A. dans "Paper Planes". En 2008, un single de T.I. et Jay-Z, "Swagga Like Us", sample le titre précédent. Kanye West et Lil Wayne y font un featuring en utilisant l'autotune. La chanson, initialement prévue pour l'album The Blueprint 3 de Jay-Z, fait finalement partie de l'album de T.I. Jay-Z a en effet décidé qu'aucun titre de son album, produit par Kanye West, pourtant grand utilisateur de l'autotune, n'utiliserait le fameux appareil. Le dernier single de Jay-Z a d'ailleurs pour titre "D.O.A." c'est-à-dire Death Of Autotune... [Ma source pour ce sample]
  • Autre sample, cette fois-ci par le roi de la Côte Ouest, Dr. Dre, producteur de nombreux rappeurs dont Eminem. L'un des meilleurs titres de son dernier album 2001 (1999 déjà...) s'appelait  "What's The Difference Between Me & You" avec Eminem et X-zbit. La boucle de ce titre nous vient tout droit de France puisqu'elle est issue d'un morceau de Charles Aznavour de 1966, "Parce que tu crois".[Ma source pour ce sample]. Le duo R'N B Tragédie a également repris cette boucle.

 

  • J'ai découvert récemment Saul Williams. Révélé par le film  Slam (1998), c'est un artiste vraiment original mariant le hip-hop, le slam et le rock.  Ces productions me rappellent un peu Roots Manuva. Le tout avec des paroles engagées dans la réalité sociale et politique. Prenez par exemple un titre que j'adore : "Tr(N)igger", avec un jeu de mot sur gâchette (trigger) et nègre (nigger) et un sample très réussi du "Welcome To The Terrordome" des "prohètes de la rage", le groupe Public Enemy. Saul Williams y dénonce la prégnance du racisme dans le discours sur les noirs et l'apologie de la violence faite par certains rappeurs. Je vous ai mis également le clip de sa reprise du célèbre "Sunday Bloody Sunday" de U2. La chanson du groupe dublinois évoquait le massacre par les parachutistes britanniques de manifestants catholiques à Londonderry en Irlande du Nord en 1972. Williams ancre le titre dans la réalité sociale de l'Amérique du XXIème siècle, faite de misère et peuplée de sans-abris.

 

 

 

 

 

  •  Rap et engagement toujours avec "Si peu comprennent" de Roçé. Il s'agit du premier single de son album à venir L'être humain et le révèrbère.

 

  • Je vous ai parlé à plusieurs reprises de Common, MC du Southside de Chicago. Son dernier album Universal Mind Control est sorti en 2008. Je l'avais écouté une première fois l'an passé sans avoir trop accroché. Mais en le réécoutant ces derniers temps, je revois mon jugement. Les productions des Neptunes (donc Chad Hugo et Pharell Williams) et le flow de Common font mouche, en particulier dans "Announcement" (feat. Pharell Williams) et "Gladiator" que je vous ai sélectionnés.

 

  •  On continue avec un très beau morceau interprété par Kenza Farah feat. Sefyu "Lettre du front". Un titre que nous a conseillé Emy-Lou.
  • Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de Mayra Andrade. La chanteuse d'origine capverdienne sort un album. Je vous ai choisi la chanson qui donne son titre à l'album "Storia, storia".

 

  •  La télé-réalité mène à tout à condition d'en sortir. Après l'exemple d'Olivia Ruiz dont je vous parlais le mois dernier, autre illustration avec l'équivalent américain de la Nouvelle Star, American Idol. Le chanteur Daughtry ne l'a pas gagné, mais il cartonne depuis, notamment avec ce titre, déniché pour nous par Morgane : "What About Now". Il invite à réfléchir à l'avenir de notre planète en voyant son état actuel...

 

 

  • On termine avec la douce voix de Lenka, une actrice australienne qui s'est lancée dans la chanson. C'est plutôt réussi. Ca s'appelle "The Show".

 

Bon écoute et bon été à tous !

 

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