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1994 : Génocide au Rwanda

par Aug Email

Que se passe-t-il le 6 avril 1994 ?

L'avion transportant le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, et le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana (président de 1973 à 1994, à gauche en 1975), est abattu par une roquette. Aujourd'hui encore, aucune certitude absolue sur l'identité des tireurs. La France, loin d'être exempte de tout reproche dans la préparation du génocide depuis 1990 et accusée d'avoir aidé les génocidaires à s'enfuir lors de l'opération Turquoise, a tenté de l'attribuer aux rebelles du FPR. Celui-ci, composé essentiellement de tutsis, a pris le pouvoir à l'issue du génocide auquel il a mis fin. Son principal dirigeant, Paul Kagamé, après avoir laissé la présidence à Pasteur Bizimungu, est devenu président en 2000. Il l'est toujours actuellement. Pour le FPR en revanche, l'attentat du 6 avril est bien l'oeuvre des extrémistes hutus dans l'entourage du président Habyarimana qui y voyaient l'occasion de créer une situation de chaos propice au déclenchement du génocide contre les tutsis.

La journaliste belge Colette Braeckman, qui couvre l'Afrique centrale pour Le Soir, a les analyses les plus pertinentes sur cet évènement. Elle en donne un aperçu sur son blog. Si une partie du mystère demeure sur l'attentat, ce qui suit est plus clairement établi. Le génocide se déroule d'avril à juin 1994 et fait plus de 800 000 morts.

 

Comment le génocide a-t-il été planifié ?

Je vous invite à écouter cet entretien que j'ai réalisé avec l'historien Jean-Pierre Chrétien, spécialiste de l'Afrique centrale. Il nous parle de la planification et de l'exécution du génocide, du caractère construit de la différence entre hutus et tutsis. Il évoque enfin le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy dans le cadre des relations entre la France et l'Afrique. Je le remercie chaleureusement pour le temps qu'il a bien voulu nous accorder pour ces questions.

 

 

 
Jean-Pierre Chrétien a publié en 2008 un ouvrage intitulé L'Afrique de sarkozy, un déni d'histoire chez  Kharthala. Je vous invite également à consulter la chronologie de l'histoire contemporaine du Rwanda et du génocide de 1994.
 
 
Vivre après le Génocide
 
Les livres de Jean Hatzfeld sont inclassables mais précieux pour comprendre la tragédie rwandaise. Inclassable ? Après avoir reçu le prix Fémina en 2003 dans la catégorie Essai pour Une saison de machettes, l'auteur a reçu en 2007 le prix Médicis, mais cette fois-ci dans la catégorie roman, pour son dernier livre La stratégie des antilopes.
 
Parti d'un constat d'échec sur la manière dont les journalistes (lui-même à Libération) étaient en partie "passés à côté" du Génocide de 1994, Jean Hatzfeld est parti à plusieurs reprises à la rencontre des survivants. Ce sont ces rencontres qui ont donné Dans le nu de la vie, récits des marais rwandais (publié au Seuil en 2000). Il a prolongé ce travail en faisant parler les bourreaux dans leur prison. C'est le livre bouleversant Une saison de machettes (Seuil, 2003). Puis, après la sortie de prison d'une partie d'entre eux, il parle dans La Stratégie des antilopes (Seuil, 2007) de la situation créée par ces "retrouvailles" entre victimes et bourreaux. Nous avions rencontré Jean Hatzfeld en septembre 2007 à Nancy à l'occasion de la sortie de ce dernier livre, il a bien voulu répondre à quelques questions que vous pouvez écouter :
 

[photo : James Natchwey]

 

Quelques lectures pour aller plus loin

Plusieurs Bande-dessinnées abordent la tragédie rwandaise. Je vous en conseille deux :

 

  • Deogratias de Stassen explore les tourments de l'âme d'un enfant rwandais avant et après le génocide. C'est très bien dessiné et remarquable. [Aire libre-Dupuis]
  • Rwanda 1994, une oeuvre en 2 tomes de Massoni, Grenier et Ralph. Tome 1 : "descente en enfer", Tome 2 : "Le camp de la vie". Je n'ai pas encore lu le tome 2. Il s'agit d'un récit beaucoup plus factuel mais où l'on suit également l'itinéraire tragique de quelques individus  [Albin Michel].

 

Plusieurs films tentent de dire l'indicible comme le très poignant Hôtel Rwanda.

Terminons en musique avec Corneille. Le chanteur a perdu toute sa famille en 1994. Certaines de ses chansons évoquent cette douleur comme "Seul au monde" dans l'album Parce qu'on vient de loin.

 Pour en savoir plus sur les conséquences du génocide, notamment au Congo, rendez-vous  ici.

D'autres liens dans le dossier sur le Génocide au Rwanda. Sur son Histgeoblog, Véronique Servat revient sur la généalogie et le déroulement du génocide.

Pour télécharger les podcasts de ce blog, c'est par ici.