Samarra


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X-Mas Jam (Augmix #15)

par Aug Email

Pour achever l'année, je vous propose quelques titres, anciens ou récents, qui ont bercé mes oreilles en 2010. Faute de temps, je ne vous les présente pas en détail comme d'habitude... Retrouvez tous les titres à écouter en fin d'article. Enjoy !

 

 Laissons les faire leur entrée....

 

 

....Puis un détour par le Mali avec Amadou et Mariam....

 

 

 Avant de revenir sur le continent américain et les "cousins éloignés" (distant relatives) de Jamaïque et de Queensbridge à New York : Nas et Damian Marley.

 

 L'un des plus fameux diss de l'histoire du Hip-Hop fut clos par ce titre de Boogie Down Productions "The Bridge Is Over". L'enjeu de la dispute : l'origine du rap. Bronx ou Brooklyn ? Marley Marl plié en quelques mesures par les représentants du Bronx, DJ Scott La Rock (décédé peu après) et KRS-One (samples de Sly & Robbie et Billy Joel):

 

 

Et l'un des meilleurs titres du "Teacher" : KRS-One : "MC's Act Like They Don't Know" (1995), avec DJ Premier aux manettes... (sample de "The Breaks" de Kurtis Blow

 

 

 

 Vous connaissez sans doute la Danse Hongroise n°5 de Brahms....

 

....Peut être grâce au Dictateur de Chaplin...

 

 

... J'aime beaucoup cette utilisation par le rappeur anglais Professor Green :

 

L'un des meilleurs titres de Gangstarr "Who's Gonna Take th Weight". "Guru is the Mike and Premier is the anchor.." (samples de Maceo & the Macks, Kool and the Gang et LL Cool J):

 

 

Assassin, l'un des groupes emblématiques du rap français des années 1990 :

 

Une version un peu plus pêchue ici

 

 Petite visite de Philadelphie avec l'un des premiers titres du groupe The Roots. "Hé, Black Thought et ?uestlove, vous me passez un peu de popcorn ?" :

 

 

Que faire quand on ne perce pas véritablement dans le rapgame et qu'on a du groove et une belle voix comme Aloe Blacc ? De la soul ! "If I share with you my story, will you share your dollar with me?" :

 

 

"T'aimer me tue..."

 

Soul toujours avec Ben L'oncle Soul :

 

 

 

Quand Raphaël se confie à Jeanne d'Arc :

 

 

Oxmo pour terminer  :

 

Découvrez la playlist Augmix fifteen avec Boogie Down Productions

 

Retrouvez également la sélection de novembre de Blot

 

Toute l'équipe de Samarra vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année !

 

 

Hommages musicaux aux héros des indépendances africaines.

par blot Email


Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

 

- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".

- La bande son des inédpendances".

- Le dossier "Samarra en Afrique".

 

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Au cours de la période de l'accession aux indépendances, les assassinats de leaders nationalistes charismatiques aboutirent à la constitution d'un panthéon panafricain de héros et martyrs. Ces morts atroces changent en destin les vies de ces hommes, qui souhaitaient tous rompre nettement avec les métropoles.

  Aux yeux de nombreux Africains, des meneurs de la trempe de Um Nyobé, Lumumba, Cabral ou encore Sankara sont autant de héros, eux qui n'hésitèrent pas à aller jusqu'au sacrifice pour faire triompher leurs idées et libérer leurs compatriotes de la tutelle européenne, à l'instar de Lumumba au Congo ou plus tard, dans un autre contexte, du Burkinabé Thomas Sankara. Nous allons nous intéresser à quatre grandes figures des indépendances africaines: le Camerounais Ruben UmNyobé, le Congolais Patrice Emery Lumumba, le Guinée-Bisséen Amilcar Cabral et enfin le Burkinabais Thomas Sankara. Le choix de ce dernier ne saurait surprendre dans une série s'intéressant aux indépendances africaines, dans la mesure où il aspire à mettre un terme à la relation néocoloniale qui unit alors la Haute Volta à la France. Il veut doter son pays d'une véritable indépendance.

Ces hommes ne sont pas des saints. Pas question donc de verser dans l'hagiographie. Mais, ils ne ressemblent pas non plus aux portraits que firent d'eux les propagandes coloniales.

 

Ce martyrologe permet d'identifier quelques points communs chez ces personnages.

* Tous connurent des morts tragiques, fauchant des hommes jeunes au faîte de leurs actions politiques. Lumumba meurt à 36 ans, alors qu'il occupait quelques jours plus tôt encore le poste de premier ministre du Congo. Dirigeant incontesté de l'Union des Populations du Cameroun, Um Nyobé décède à 45 ans. Sankara n'a que 38 ans lors de son assassinat, Amilcar Cabral 49 ans. Leurs assassins s'ingénient tous à les calomnier. Lumumba et Nyobé deviennent l'incarnation du péril communiste en Afrique, tandis que les autorités françaises dénigrent "Sankara l'autocrate", alors qu'elles s'acoquinent ailleurs avec des dictateurs "plus arrangeants". Et comme salir leurs mémoires ne suffit pas, il s'agit en outre de mettre en scène leurs corps ou de faire disparaître leurs restes. Le corps de Lumumba, comme celui de Ben Barka quelques années plus tôt, est dissous dans l'acide; la dépouille de Nyobé photographiée et exposée de longues heures durant.

 

* Tous sont de brillants rhéteurs, capables de subjuguer les foules grâce à leurs discours enflammés (cf: ci-dessous). La dénonciation véhémente du système colonial belge par Lumumba lors des cérémonies d'indépendance du Congo reçoit un accueil enthousiaste de l'auditoire quand le reste de l'assistance grince des dents. Le discours sur la dette prononcé par Sankara devant l'Assemblée générale de l'ONU.

 

* Ils impressionnent par leur courage physique et l'activité inlassable qu'ils déploient pour triompher: Ruben Um Nyobé prend le maquis et mène la guérilla depuis la forêt; Amilcar Cabral dirige l'armée de libération de Guinée Bissau et parvient à prendre possession des trois quarts du territoire guinéen.

 

* Tous aspirent à trancher le noeud goerdien qui unit les ex-colonies à l'ancienne métropole. Pour Sankara, il convient de mettre un terme définitif aux rapports néo-colonialistes (Sankara). Nyobé, Lumumba, Cabral réclament très tôt une indépendance véritable sur les plans politique, éconimique et culturel. Dans cette optique, Cabral, à la fois musicien et poète, place la culture au coeur de son projet.

 

* Dirigeants nationalistes, ils se réclament dans le même temps du programme panafricaniste formulé par NKrumah.  Sankara tente  par exemple de créer un front panafricain contre la dette.

 

Les points communs abondent certes entre ces individus, mais les différences sont légions. Tous s'inscrivent dans un contexte différent. Nyobé engage son combat dès 1948 alors que Sankara n'accède au pouvoir qu'en 1983. Le Camerounais reste fondamentalement un pacifiste quand Cabral combat sans relâche. Intéressons nous désormais plus en détail à ces quatre personnalités.

 

* Lumumba.

 

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Il se place initialement dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. En 1958, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain. Les violentes émeutes de janvier 1959 entraînent le départ précipité des Belges. Lumumba dirige désormais le Mouvement national congolais (MNC). Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable des pourparlers belgo-congolais. En janvier 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui déterminent les conditions d'accesion du Congo à l'indépendance. En mai, son parti remporte la victoire aux élections. Le président Joseph Kasavubu le nomme premier ministre du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin. Lors des cérémonies de passation des pouvoirs à Léopoldville, Baudoin, le roi des Belges, exalte la mission "civilisatrice" de la Belgique.

"L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage et continuée avec persévérance par la Belgique. [...]

Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des États indépendants d'Afrique […] Lorsque Léopold II a entrepris la grande oeuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement, il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur. […] Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. [...] Nous sommes heureux d'avoir ainsi donné au Congo, malgré les plus grandes difficultés, les éléments indispensables à l'armature d'un pays en marche sur la voie du développement.
[…] En face du désir unanime de vos populations nous n'avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance. C'est à vous, Messieurs, qu'il appartient de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance."

 

Le nouveau président du Congo, Joseph Kasavubu lui succède à la tribune. Il y remercie Dieu et le roi. C'est alors que Patrice Lumumba prononce son célèbre discours dans lequel il prend le contrepied du roi en présentant le régime de spoliation, d'exploitation et de ségrégation qui sévissait dans le Congo belge.

 

" Congolais et Congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez. [...]

 

 Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au un régime d'une justice d'oppression et d'exploitation! [...]

Ainsi le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. [...]

Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale! Vive l'indépendance et l'unité africaine! Vive le Congo indépendant et souverain!»

 

On s'en doute, ce discours brillant et courageux lui aliène de nombreux soutiens.

 

 

 

Lumumba s'oppose dès l'indépendance aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Très rapidement, deux provinces dont le riche Katanga, font sécession, encouragées par les entrepreneurs belges soucieux de préserver leur mainmise économique et financière sur le Congo. Les rapports entre le président et le premier ministre deviennent exécrables. Lumumba se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre très limitées: les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la sécession katangaise plonge un peu plus le pays dans le chaos. Désemparé, il se tourne vers l'ONU qui lui offre une aide timide et vers l'URSS. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Les soldats de Mobutu le traque à bord d'hélicoptères grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 6 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga (photo ci-dessous).

 

Il aurait été torturé longuement, fusillé avec un ancien ministre et le président du Sénat le 17 janvier 1961, en présence d'un officier belge. Leurs corps auraient été découpés et dissous dans l'acide. Si de nombreuses zones d'ombre entourent toujours ces assassinats, nous savons désormais que la CIA et la Belgique y furent impliqués. En 2001, la Belgique a d'ailleurs reconnu sa "responsabilité morale.

 

Lumumba est considéré au Congo comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. 

 

 

* Thomas Sankara

 

Depuis l’indépendance en 1960, la Haute Volta n’a connu qu’une succession de coups d’Etat, de tentatives de démocratisation avortées sur fond de corruption et de misère économique. Le pays est pauvre et sa population considérée par les pays voisins comme un vivier de main d’œuvre bon marché. C’est dans ce contexte que survient le putsch militaire du 4 août 1983. Thomas Sankara, un officier atypique, accède au pouvoir à 34 ans. Depuis 1981, il a participé à plusieurs gouvernements où il se fait remarquer par ses dénonciations virulentes de la corruption et du néocolonialisme. Ces critiques acerbes entraînent son arrestation en mai 1983. Il sort de prison à l’occasion du soulèvement d’une partie de l’état-major voltaïque.

 

L’accession au pouvoir d’une énième junte militaire en Afrique de l’ouest, voilà qui ne laisse rien augurer de bon. Pourtant très vite, le style politique de Sankara détonne dans le paysage françafricain. A la tête du Conseil national de la Révolution (CNR), il engage d’ambitieuses réformes. Pour en finir avec les errements des régimes précédents, il entame une réduction drastique du train de vie de l’Etat et réprime sévèrement la corruption. La Haute Volta est rebaptisée Burkina Faso, qui signifie le « pays des hommes intègres ». Dans une logique de démocratie participative, des comités de défense de la révolution (CDR), élus, supplantent les chefs traditionnels.

Le CNR multiplie les mesures sociales : campagne de vaccination, cours d’alphabétisation pour les adultes, construction de logements sociaux, d’écoles et d’hôpitaux, campagne de reboisement afin de lutter contre la désertification, interdiction de l’excision.

 

Au plan économique, Sankara dénonce la dépendance du Burkina aux aides alimentaires. Dans cette optique, il entend valoriser les cultures vivrières et industries locales afin d’accéder à l’autonomie alimentaire. "Celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés [...] Ils y en a qui demandent: mais où se trouve l'impérialisme? Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c'est ça l'impérialisme, n'allez pas plus loin."

Dans ses harangues, Sankara dénonce le modèle consumériste néocolonial. Lors de la conférence internationale sur l’arbre et la forêt, à Paris en 1986, il affirme : « la plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayé de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »

 

En politique extérieure, Sankara fustige le FMI et la Banque mondiale et prend pour cible les Etats-Unis, Israël, l’Afrique du sud et la France néocoloniale qui cesse toute aide budgétaire. Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, il y prononce un remarquable discours: "Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu".
Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques. [...]
".

Le CNR remporte quelques succès : les conditions de vie et la situation sanitaire des milieux les plus populaires s’améliorent, tandis que l’autonomie alimentaire progresse. Mais, ces résultats sont obtenus de manière autoritaire. Le régime sankariste restreint les libertés politiques. Syndicats, partis d’opposition sont interdits et l’information sévèrement contrôlée.

 

Les timides progrès économiques peinent à compenser l’absence de libertés et les mécontents se font plus nombreux et viennent grossir les rangs des ennemis de Sankara : les chefferies traditionnelles destituées, les classes moyennes et aisées malmenées, les dirigeants des pays voisins qui craignent une contagion révolutionnaire depuis le Burkina, Jacques Foccart, revenu à la tête de la cellule africaine de l’Elysée…

 

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné. Un coup d’état porte au pouvoir un de ses anciens compagnons, Blaise Compaoré qui impose un régime aux antipodes du précédent. Corruption, népotisme, privatisation ont de nouveau droit de cité.

Aujourd'hui, Sankara est devenu un véritable mythe et certaines de ses idées restent plus que jamais d'actualité (la priorité aux biens publics, le panafricanisme, la recherche d'autonomie alimentaire, matérielle et culturelle, la critique du développement).

 

 

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* Ruben Um Nyobe.


De 1955 jusqu'aux années 1960, le Cameroun devient le théâtre d’une guerre coloniale particulièrement cruelle. Dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, de violents incidents éclatent à Douala. Le colonat blanc, particulièrement conservateur, n'entend nullement remettre en cause l'ordre établi et repousse les timides réformes avancées  lors de la conférence de Brazzaville.
Les populations indigènes restent marginalisées, totalement écartées des postes de direction.

 

C'est pour lutter contre cet état de fait qu'est créé en 1948 l'Union des Populations du Cameroun (UPC) emmenée par Ruben Um Nyobé. L'UPC, qui gravite dans l'orbite du PCF, s'impose rapidement comme un parti de masse. Nyobé est un personnage intriguant et pétri de contradictions apparentes. Indépendantiste farouche, il n'en reste pas moins pacifiste; éduqué par des missionnaires américains, ce chrétien est tôt attiré par le marxisme.

D’origine modeste, Nyobé exerce différents métiers. Il fait l'école normale. C'est un intellectuel, très grand lecteur, un personnage charismatique qui jouit d'une très grande popularité dans le sud et le sud-ouest du Cameroun ou vivent les ethnies Bassas et Bamileke. Nyobe, appelé aussi Mpodol, le "sauveur", multiplie les pétitions à l'ONU pour réclamer la fin de la tutelle française sur le Cameroun, sans grand succès... A Paris, ces démarches passent très mal et les autorités entendent bien juguler le succès croissant de l'UPC.  Rappelons que la guerre d'Indochine vient d'être perdue et que les affrontements en Algérie s'intensifient. Certes, le Cameroun représente un enjeu beaucoup moins important, mais on redoute néanmoins une contagion révolutionnaire aux autres colonies d'Afrique noire jusque là paisibles.

Nous sommes en outre en pleine guerre froide et l'UPC, proche des communistes, inquiète les autorités coloniales qui surveillent de très près l'organisation avant de l'interdire en 1955. Le parti est déjà passé à la dissidence en déclenchant des émeutes sévèrement réprimées en mai 1955 (à l'issue d'une dizaine de jours d'insurrection, on dénombre une vingtaine de morts). Les arrestations de militants se multiplient et les dirigeants upécistes se cachent. Nyobé a pris le maquis depuis quelques jours et se terre près de son village natal en pays bassa. Sa position reste très fragile. Résolument non-violent, il désapprouve l'insurrection du mois de mai qu'il estime prématurée et milite pour d'autres méthodes telles que le boycott des élections des députés à l'Assemblée territoriale de 1956 (loi cadre-Defferre). 

 

Pour les autorités coloniales, il est hors de question de transmettre le pouvoir à une organisation "crypto-communiste", hostile à l’ancienne métropole. Il est donc nécessaire de placer à la tête du pays indépendant, sinon des hommes de paille, au moins des obligés qui sauront renvoyer l’ascenseur. D’accord pour l’indépendance aux anciennes colonies, mais à condition de pouvoir les contrôler, politiquement et surtout économiquement. En 1956-1958, Pierre Messmer, nommé Haut-Commissaire, engage le pays dans un processus légal d'accession à l'indépendance (sic) avec l'approbation du gouvernement français. L’assemblée élue en 1956 répond aux attentes. Après avoir voté le statut d’état autonome sous tutelle, elle désigne  Henri-Marie M’Bida comme premier ministre, un modéré très anti-UPC, dont le choix a été avalisé par Messmer. En 1958, un jeune fonctionnaire musulman, Amadou Ahidjo devient le nouveau dirigeant, docile, du Cameroun.

 

Carte tirée de l'article de Marc Michel "la guerre oubliée du Cameroun", L'Histoire n°318, mars 2007.

 

Depuis les élections de 1956, l'UPC s'est dotée de strucutres armées en région bassa (CNO) comme en pays Bamiléké (SDNK). Pour les autorités françaises, il est plus que temps de lever l'hypothèque upéciste.

Messmer fait part de son expérience dans un ouvrage publié en 1998 : « les blancs s’en vont, récits de colonisation ». « (…) mon expérience de l’Indochine m’avait appris comment traiter une insurrection communiste. Les combats et les négociations avec le Vietminh m’avaient enseigné deux règles. On ne peut discuter utilement avec des dirigeants communistes que si on est en position de force, politique et militaire. Dans la négociation il faut être net et carré, ne jamais faire dans la dentelle. Face à Um Nyobe, qui tenait déjà le maquis quand j’avais été nommé haut-commissaire, j’avais d’abord mené la politique du containment, en l’empêchant de sortir du pays bassa, sa forteresse et assurant la sécurité des zones sensibles, la voie ferrée et la ville d’Edéa, avec son barrage hydroélectrique et son usine d’aluminium et celle d’Ezequa avec son industrie du bois. J’espérais aussi, à tort j’en conviens, qu’en laissant l’UPC tranquille dans ses forêts, elle condamnerait les élections sans les troubler, se limitant à des consignes d’abstentions qui avaient été d’ailleurs bien suivies lors des élections municipales. Mais puisque l’UPC avait choisi le terrorisme, je devais régir vite et fort. » 

 

 

En décembre 1957, les autorités coloniales décident de créer la "zone de pacification du Cameroun" en Sanaga maritime. Comme en Algérie, les forces armées coloniales procèdent au regroupement forcé  des villages; leur objectif: réduire par la force les maquis de l'UPC (avec si possible l’élimination physique de Ruben Um Nyobe).

 

 

Sans doute trahi par un de ses compagnons de combat, Ruben Um Nyobe est assassiné en septembre 1958 et son corps transporté dans le village le plus proche afin de prouver aux populations que le chef des nationalistes n’est plus. Beaucoup se rendent et abandonnent la lutte armée (photo ci-dessus). Depuis la région Bamiléké, Félix Moumié poursuit néanmoins la lutte à la tête de l'armée de libération du Kamerun (ALNK).

Alors que le pays accède à l'indépendance le 1er janvier 1960, de vastes zones du pays sont entrées en dissidence En vertu des accords de coopération militaire, les soldats fançais secondent activement le régime d'Ahidjo (qui mute rapidement en dictature) pour éradiquer la résistance upéciste qui se prolonge pendant presque dix ans. Les successeurs de Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié seront, eux aussi, assassinés. Le conflit franco-camerounais aurait fait  entre 70 000 et 120 000 morts.

 

On le voit, contrairement à une légende tenace, toutes les décolonisations africaines ne se sont pas déroulées pacifiquement et, aujourd'hui encore, malgré les travaux des historiens, cette guerre reste mal connue malgré les efforts inlassables de Mongo Mbeti. Le pouvoir politique français donne, il est vrai le mauvais exemple comme le prouve une phrase prononcée par le premier ministre François Fillon en mai 2009: "Je dénie absolument que des forces françaises aient participé, en quoi que ce soit, à des assassinats au Cameroun. Tout cela, c'est de la pure invention!" Quant à Ruben Um Nyobé, il n'a sans doute jamais existé...

 

 

* Amilcar Cabral.

Amilcar Cabral naît le 12 septembre 1924, à Bafatá, dans l’est de la Guinée-Bissau, de parents cap-verdiens. A l'époque, l'archipel du Cap-Vert et la Guinée Bissau sont sous domination portugaise. Le prénom du bambin en dit déjà long, ses parents ayant été inspirés par Hamilcar, le chef carthaginois (et donc Africain) qui fit trembler l'Empire romain sur ses bases! Au cours des années 1930, la famille regagne le Cap-Vert. L'archipel subit alors des sécheresses récurrentes qui provoquent des famines particulièrement meurtrières (cinquante mille morts entre 1941 et 1948). Cabral entend, à son niveau lutter contre ce fléau, qui n'est pas une fatalité. Il suit donc des études d’ingénieur agronome, à l’université de Lisbonne. Nommé directeur du Centre expérimental agricole de Bissau, il acquiert une connaissance précieuse du pays et de sa structure socioéconomique. Dans le même temps, il s'intéresse au panafricanisme dans le sillage de N'Khrumah notamment et se passionne pour la poésie de Senghor et son concept de négritude. Les autorités coloniales commencent à le trouver gênant et le contraignent à s'exiler en Angola, où il prend contact avec le mouvement nationaliste angolais.

 

 

 

 

En 1956, Cabral fonde à Bissau le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d'idéologie marxiste. Il tente alors de négocier avec les autorités métropolitaines de plus en plus isolées. En 1963, le PAIGC engage la lutte armée contre les forces d’occupation. Cabral anime avec sang-froid cette guérilla qui débute dans le sud du pays, avec des bases arrières en Guinée-Conakry (il obtient le soutien militaire des soviétiques). L'armée coloniale (près de 20 000 soldats mobilisés) se trouve très vite débordée. Les officiers portugais et leurs troupes ne tardent pas à douter du bien fondé de cet acharnement de la dictature à s'arque bouter sur son empire. Pour Bernard Droz: "Salazar avait fini par ériger l'Empire comme le plus solide rempart de son régime réactionnaire à tel point que, a contrario, anticolonialisme et antisalazarisme avaient fini par se confondre." D'ailleurs, ce sont ces officiers de l'Armée d'Afrique, notamment Antonio de Spinola qui a combattu en Guinée-Bissau, qui finiront par se retourner contre le pouvoir dictatorial du successeur de Salazar, Marcelo Caetano, renversé le 25 avril 1974.

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Sous l’impulsion de Cabral, la guérilla prend un essor rapide. En 1973, le PAIGC contrôle ainsi la majeure partie du pays. En 1972, Cabral remporte un grand succès puisqu'il parvient à organiser l'élection d'une Assemblée nationale. Cette même année, le conseil de sécurité de l'ONU somme le Portugal de mettre un terme à cette guerre coloniale d'un autre âge. Enfin, l'organisation internationale reconnaît l'Etat indépendant de Guinée-Bissau, le 24 septembre 1973. Par les accords d'Alger, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance sans drame majeur dès septembre 1974. Mais Cabral n'est plus, puisqu'il se fait tuer le 20 janvier 1973, près de sa résidence à Conakry, par des membres de son parti, avec la connivence des services secrets portugais. 

 

Tout au long de la lutte, Cabral tenta de maintenir soudé son organisation, en s'appuyant sur les milieux populaires . Meneur d'homme très souple préférant la persuasion aux purges, il ne parvint cependant pas à apaiser totalement les tensions entre combattants guinéens et cadres cap-verdiens. L'oeuvre de Cabral n'en reste pas moins conséquente. Pour Augusta Conchiglia, "Cabral laisse une oeuvre théorique remarquable, qui est constamment réévaluée. Sa réflexion sur le rapport entre libération nationale et culture est plus que jamais d’actualité. Contrairement à la tendance dominante à l’époque d’importer mécaniquement les théories marxistes, Cabral a fait une relecture des catégories sociopolitiques du marxisme à la lumière des réalités africaines". Surtout, aux yeux de très nombreux Guinéens, Cabral fait figure de héros national. A l'échelle du continent, il reste aussi un martyr, qui est allé jusqu'au sacrifice pour faire triompher ses idées et libérer ses compatriotes de la tutelle européenne.

 

Les musiciens ne tardèrent pas à rendre hommage à ces grands hommes, comme l'atteste la sélection ci-dessous. A l'applaudimètre, Lumumba semble l'emporter avec des hommages musicaux dans tous les genres musicaux et sur tous les continents (salsa, reggae, dub, rumba). Amilcar Cabral est surtout célébré dans l'Afrique lusophone, mais pas exclusivement comme le prouve les morceaux de l'Orchestra Baobab ou de de Jaliba Kouyaté. Sankara l'incorruptible ne pouvait laisser indifférents le rappeur Akpass (merci Etienne pour la découverte) ou le reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Le morceau de Tiken Jah Fakoly dresse une impressionnante liste de "martyrs", dirigeants assassinés, journalistes abattus... Dans le refrain, il prévient: "nous pouvons pardonner, mais jamais oublier".

Dans le même esprit, le chanteur congolais Franklin Boukaka oppose, dans sa chanson « Les immortels », les dirigeants politiques régnants aux grandes figures disparues. Il n'hésite pas à associer l’opposant politique marocain Mehdi Ben Barka, exilé à l’étranger en 1963 et assassiné sur le territoire français en octobre 1965 à Lumumba, Simon Kimbangu, au Che Guevara, à Ruben Um Nyobe ou encore à André Matswa… tous assassinés ou morts au nom d'un idéal. Ses textes, très critiques à l'encontre des autorités congolaises, lui attirent des haines tenaces. En 1972, il est assassiné à la suite lors du coup d’Etat manqué contre le président Marien Ngouabi.

 

 

 

Franklin Boukaka: « Les Immortels »

Africa mobimba e ……………………….(L'Afrique tout entière)
Tokangi maboko e ……………………….(A croisé les bras)
Tozali kotala e ………………………..(Nous observons impuissants)
Bana basili na kokende…………………..(La perte de ses enfants)
(...)

Oh o Mehdi Ben Barka ……………………(Oh ! Mehdi Ben Barka)
Mehdi nzela na yo ya bato nyonso………….(Mehdi, ta voie est celle de toute l'humanité)
Mehdi nzela na yo ya Lumumba……………..(Mehdi, ta voie est celle de Lumumba)
Medhi nzela na yo ya Che Guevara………….(Mehdi, ta voie est celle de Ché Guevara)
Medhi nzela na yo ya Malcom X…………….(Mehdi, ta voie est celle de Malcom X)
Medhi nzela na yo ya Um Nyobe…………….(Mehdi, ta voie est celle de Um Nyobe)
Medhi nzela na yo ya Coulibally…………..(Mehdi, ta voie est celle de Coulibally)
Medhi nzela na yo ya André Matsoua………..(Mehdi, ta voie est celle de André Matswa)
Medhi nzela na yo ya Simon Kimbangu……….(Mehdi, ta voie est celle de Simon Kimbangu)
Medhi nzela na yo ya Albert Luthuli……….(Mehdi, ta voie est celle de Albert Luthuli)

 

 

 

 

 

1. Tiken Jah Fakoly: "les martyrs".

2. Rico Rodrigue: "Lumumba".

3. EC Arinze: "Lumumba calypso".

4. Miriam Makeba: "Lumumba".

5. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba".

6. Charles Iwegbue and his archibogs"Aya Congo Lumumba".

7 Balla et ses Balladins: "Lumumba".

8 Maravillas de Mali: "Lumumba"

9. Les Cols bleus:" Chant dédié à Lumumba"

10. Yuri Buenventura: "Patrice Lumumba"

11 Tiken Jah Fakoly: "Foly"

12 Apkass: "L'incorruptible est mort"

13 Alpha Blondy: "Sankara".

14 A tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)

15 Tony Lima "Amilcar Cabral"

16 Orchestra Baobab: "Cabral

17 Jaliba Kouyaté: "Amilcar Cabral".

 Une autre petite sélection de morceaux en hommage à Lumumba:

1. Vincent Courtois et Ze Jam Afame: "l'arbre Lumumba".

2. African Jazz: "Vive Patrice Lumumba".

3. Ok Jazz: "Lumumba héros national".

4. Le discours de Lumumba et son contexte.

5. Franco et Ok Jazz: "Liwa ya Emery".

6. E.C Arinze: "Lumumba calypso".

7. Maravillas de Mali: "Lumumba".

8. Miriam Makeba: "Patrice Lumumba". 

 

 

Sources:

- Elikia M'Bokolo: "Afrique noire. histoire et civilisations", Hatier, 2004.

- "Afrique, une histoire sonore1960-2000". Une sélection des archives de RFI et de l'INA présentée par Philippe Sainteny et Elikia M'Bokolo, chez

Frémeaux et Associés.

- Marie Cissako: "Que reste-t-il de Thomas Sankara?, in Offensive n°26, mai 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun, une guerre inconnue (1955-1971)", in L'Atlas histoire  du Monde diplomatique, octobre 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun: retour sur une décolonisation sanglante", in Afriscope n° 15, mars-avril 2010.

- Rendez vous avec X (France Inter): "la décolonisation du Cameroun" (deux émissions).

- Bernard Droz: "Histoire des décolonisations", Seuil.

 

Liens:

- Rue 89: "Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n'a pas oublié."

Un monde de Rap (1-II) Royaume-Uni

par Aug Email

 

 

 [De gauche à droite et de haut en bas : Bomb The Bass, Compil' Black Whole Styles, Roots Manuva, Dizzee Rascal, Roll Deep, Wiley, Tinchy Stryder, Chipmunk, N-Dubz, Professor Green, Jammer, Tinie Tempah, The Streets, Speech Debelle et M.I.A.; Faîtes un clic droit sur l'image pour l'aggrandir]

 

Article à lire, voir et écouter en cliquant sur le lecteur ci-dessous ou en podcast. Playlist complète, carte, sources et liens à la fin.

 

 

Retrouvez la première partie sur les années 1980 et 1990 en cliquant ici.

 

 

  •  De Roots Manuva à Dizzee Rascal

 

  J'ai terminé la première partie de la présentation de la scène rap britannique par Roots Manuva qui émerge à la fin des années 1990. Entamons cette deuxième partie sur les années 2000 par le même Roots Manuva puisqu'il est toujours, en ce début de deuxième décennie du XXIème siècle, l'une des locomotives du rap made in UK. Je vous fait écouter deux extraits de titres issus de son dernier album Slime & Reason, sorti en 2008. Observez-le d'abord dans "Again and Again" jouer une partie de cricket très originale puis dans le mystique et magnifique "Let The Spirit".

 

 

 

 

 

 

 

 

L'autre tête d'affiche du rap britannique, c'est donc Dizzee Rascal. S'il vit aujourd'hui dans la douce quiétude de la campagne anglaise au coeur du Kent, il a grandi à Bow, au nord-ouest de Londres. Son père est Nigérian et sa mère Ghanéenne.

A 19 ans en 2003, il a obtenu le Mercury Prize (prix annuel décerné depuis 1992 au meilleur album britannique ou irlandais) pour Boy in Da Corner, une première pour un rappeur. Il a depuis enchainé trois autres albums et autant de succès jusqu'à Tongue N' Cheek sorti en 2009. Son tube le plus connu, c'est "Bonkers" c'est-à-dire cinglé... "Certains pensent que je suis cinglé mais je suis juste libre !"

 

 

 

 

 

  • Le "Grime", émergence du style UK ?

 

Dizzee Rascal est souvent annoncé comme le meilleur représentant du style "grime" c'est-à-dire "sale". Sale par l'univers décrit par les MC, par la rythmique plutôt violente inspirée du dancehall jamaïcain, par la rapidité du flow, les phrases courtes, les mots répétés.  Mais le grime c'est aussi  une décomplexion à rapper sans dissimuler son accent, le langage et les sujets de tous les jours. C'est le moment décisif où les rappeurs vont cesser d'imiter le rap américain. Wiley est sans doute celui qui marque la rupture, il est le "parrain" du grime. Le grime se développe donc à la fin des années 1990, au sein d'une riche scène underground (entre rave, jungle et style garage) dans le quartier de Bow au Nord-Est de Londres. C'est l'épicentre du MCing britannique.

Dizzee Rascal est celui qui va faire émerger cette scène au grand jour. Il fait alors partie d'un collectif créé en 2002 : Roll Deep. Ce collectif compte également Wiley (Photo ci-contre) et  Tinchy Stryder. Si Roll Deep continue son chemin sous l'impulsion de Wiley, c'est sans Dizzee et Tinchy Stryder qui  ont entamé avec succès une carrière solo. Rascal rejette d'ailleurs le terme grime qu'il considère comme une invention de toutes pièces par des journalistes. Wiley préfère lui parler d'Eskibeat. Sur les traces de Rascal, de nombreux artistes prennent le micro et connaissent le succès. Le grime a même sa série télé interactive : Dubplate Drama.

 

Inspirée par le grime et par les disques de Salt-N-Pepa qu'écoutaient sa mère, la jeune rappeuse Lady Sovereign a grandi dans un HLM à Wembley. Son ascencion est très rapide puisqu'elle a signé un contrat avec Def Jam après avoir bluffé Jay-Z qui lui demandait un freestyle...

Toujours dans la mouvance Grime, le très jeune Chipmunk (né en 1990, de Tottenham) a été consacré meilleur artiste Hip-Hop en 2009 aux MOBO awards (MOBO signifie Music of Black Origin). Dans le même temps, le trio N-Dubz (de Camden Town au nord de Londres) était sacré meilleur groupe. Le groupe, créé en 2000, a produit deux albums en 2008 (Uncle B) et 2009 (Against All Odds). Chipmunk et N-Dubz ont été, avec Tinchy Stryder, les plus gros vendeurs de disques Hip-hop en 2009 au Royame-Uni.

Même si certains comme Dappy de N-Dubz se distinguent souvent dans la rubrique des faits divers, ils savent aussi se mobiliser pour des bonnes causes comme pour ce titre de 2009 "I Got Soul" qui dénonce l'utilisation des enfants-soldats. Le collectif Young Soul Rebels rassemble entre autres Chipmunk, Tinchy Stryder et N-Dubz.

 

De nombreux rappeurs comme Professor Green (vidéo ci-dessous), Jammer  et Tinie Tempah s'inscrivent également dans ce courant. Le rap britannique ne se limite pas au grime, nous allons le voir. D'ailleurs il y a aussi quelques gangstas comme Giggs.


 

 

 

  • Diversité

 

Dans un autre style, le rappeur The Streets (de son vrain nom Mike Skinner), originaire de West Heath à Birmingham, a déja sorti quatre albums depuis 2002 et est un des rappeurs les plus connus du pays.

 

 

 

Autre lauréate du Mercury Prize, cette fois-ci en 2009, la jeune Speech Debelle, récompensée pour Speech Therapy. De son vrai nom Corynne Eliott, elle est née en 1983 à Londres. Elle grandit sans père avec sa mère jusqu'à l'âge de 19 ans (écoutez la très belle chanson qu'elle écrit à ce père qu'elle n'a jamais connu "Daddy's Little Girl"). Elle quitte alors sa mère et va vivre quelques années dans la précarité. Une expérience qui constitue en grande partie la toile de fond de son premier album Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). Speech Debelle est en effet une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole. L'album est sorti en 2009 sur le label Big Dada et est produit en partie par Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva. Manuva que l'on retrouve en featuring sur "Wheels In Motion". L'ensemble de l'album est une petite merveille qui mêle sonorités jazz et folk.

Malheureusement, le succès commercial n'a pas été au rendez-vous, des concerts ont été annulés (dont un à Nancy...) et Speech Debelle a décidé de rompre avec son label.  Aux dernières nouvelles, les choses se seraient arrangées... Elle travaille en ce moment sur un nouvel album annoncé pour bientôt, ça s'appellera The Art of Speech.

 

 

 

 

 

Enfin pour terminer évoquons un personnage inclassable et détonnant, que l'on ne peut bien sûr enfermer dans le seul Hip-hop : M.I.A. Elle est née à Londres, mais a vécu une partie de son enfance au Sri-Lanka, d'où ses parents sont originaires. Elle fait partie de la communauté tamoule, minoritaire au Sri-Lanka. Elle revendique fièrement cette origine et n'hésite pas à parler d'un "génocide" pratiqué par la majorité cinghalaise de l'île. Cela lui a valu de nombreuses menaces, y compris de l'armée srilankaise. Elle est davantage inspirée par le rap américain. Elle a connu la célebrité grâce au titre "Paper planes" qui figure dans la B.O. de Slumdog Millionnaire et dans lequel elle sample "Straight to Hell" des Clash ("Paper Planes" a lui même été samplé par Kanye West, voir ici). Elle vient de sortir son troisième album : Maya.

 

Voilà, tout ceci n'est qu'un aperçu subjectif. N'hésitez pas à me signaler erreurs, omissions et suggestions. Hope you enjoyed the vibe !

 

 

Découvrez la playlist UK Rap (II) avec Roots Manuva

 

Retrouvez tous les artistes évoqués dans la carte du hip-hop ci-dessous :

 


Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande

 

 

 

Sources et liens :

 

 

Un monde de Rap (1-I) Royaume-Uni

par Aug Email

 

 

 [De gauche à droite et de haut en bas : Bomb The Bass, Compil' Black Whole Styles, Roots Manuva, Dizzee Rascal, Roll Deep, Wiley, Tinchy Stryder, Chipmunk, N-Dubz, Professor Green, Jammer, Tinie Tempah, The Streets, Speech Debelle et M.I.A.; Faîtes un clic droit sur l'image pour l'aggrandir]

 

 

Inaugurons cette nouvelle série évolutive sur le rap dans le monde par une scène plutôt méconnue, celle du Royaume-Uni. Dans une première partie, nous évoquerons les années 1980 et 1990 avant d'aborder les années 2000 la semaine prochaine. Nous poursuivrons ensuite notre tour du monde par des pays comme l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Canada et bien d'autres. Cet article est disponible en podcast, vous pouvez donc l'écouter avec le lecteur ci-dessous ou le télécharger en vous abonnant au flux des podcasts de Samarra. Vous trouverez au fil de cet article des vidéos et à la fin une playlist et de nombreux liens pour écouter les titres évoqués en entier. ENJOY !

 

 

 

 

 A l'heure d'entamer cet aperçu du paysage rapologique du Royaume-Uni, posons-nous cette question : le rap britannique est-il un rap de seconde catégorie qui n'aurait jamais pu se développer à l'ombre du grand frère américain ? En juillet, le nouveau Premier Ministre britannique David Cameron a reconnu lors de sa visite à Washington que le Royaume-Uni était le "junior partner" (partenaire de rang inférieur) dans la relation spéciale entre les deux pays. Est-ce également vrai pour le rap ? Quelques éléments de réponse.

 

 Il est vrai que le rap britannique est longtemps resté embryonnaire,  mais il semble avoir pris son envol depuis les années 1990. Les amateurs de rap d'Outre-Manche ont longtemps assouvi leur passion en écoutant le rap américain, d'autant plus qu'il n'y avait pas la barrière de la langue (seulement celle du slang....).  Depuis les années 1990, ce n'est plus tout à fait vrai grâce à quelques pionniers. Essayons d'y voir un peu plus clair et de voir ce qui fait la spécificité du rap made in UK.

 

 

  • Qui et où ?

 

 Comme aux Etats-Unis et en France, les rappeurs sont souvent mais pas exclusivement issus des minorités, en particulier les immigrés ou descendants d'immigrés des anciennes colonies britanniques comme les West Indies (Jamaïque, Caraïbes), l'Afrique (Nigeria, Ghana) et le sous-continent indien (Sri Lanka, Inde, Pakistan). Mais précisons, et  c'est sans doute une spécificité , que la scène Hip-Hop a toujours mêlé des rappeurs de toutes origines.

Nous allons essentiellement ici parler du rap anglais et principalement de ce qui se passe à Londres. Je ne suis pas suffisamment pointu pour vous parler du rap écossais, gallois ou nord-irlandais, pour autant qu'il existe véritablement !

A la question posée par le magazine Start Up en septembre 2008 : "Pourquoi le Hip-Hop n'a-t-il jamais vraiment percé au Royaume-Uni ?", Roots Manuva répondait : "Commercialement, c'est vrai. Mais philosophiquement, il a pris. La scène est simplement plus petite. Je crois que le multiculturalisme est spécifique à Londres et Birmingham [La deuxième ville anglaise avec plus d'un million d'habitants, 3,8 avec l'Aire urbaine]. Les régions sont lentes à s'adapter. Il y a des petites scènes hip-hop originales comme à Cambridge, Leeds, mais ça reste petit."

Si on regarde la carte du Hip-Hop au Royaume-Uni, Londres est  donc surreprésentée, en particulier ses quartiers péricentraux de l'Est (Bow en particlier) et du Sud.

 


Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande

 

Mais revenons un peu en arrière et précisément aux années 1980.

 

 

 

  • Les pionniers : Tim Simenon et Bomb The Bass

 

 [Tim Simenon au milieu des années 1980; source]

 

En 1987, Tim Simenon, crée le groupe Bomb The Bass. Il est originaire de Brixton, un quartier multiethnique du sud de Londres qui compte une forte communauté caribéenne. Ce quartier a connu des émeutes retentissantes en 1981 suite à la multiplication excessive des contrôles de police, puis de nouveau en 1985 et 1995.  Dans sa musique, Simenon recourt massivement au sampling. En 1988, assisté de Pascal Gabriel, il se lance dans la réalisation du titre "Beat Dis", présenté au départ comme une production underground newyorkaise. Il est très inspiré par le son de New York. A l'image du "mur du son" du Bomb Squad (les producteurs de Public Enemy), Bomb The Bass empile les samples, pas moins de 72 pour le titre "Beat Dis" qui est un gros succès (2ème au Box-office britannique). Public Enemy est d'ailleurs samplé ainsi que de nombreux artistes hip-hop (Bambaataa, EPMD, Funky 4+1, Scholly D). L'inévitable Funky Drummer de James Brown et Prince sont également de la partie (La liste complète ici). Même si la direction prise ensuite par Simenon et le Bomb The Bass les emmènent davantage vers la dance et la house, preuve est faite que le hip-hop peut s'enraciner en terre anglaise. Pendant une dizaine d'années, de nombreux rappeurs se lancent dans le game, avec plus ou moins de réussite. Les maisons de disque, au départ enthousiastes, retirent peu à peu leurs billes du hip-hop qui continue pourtant en mode underground. Signalons Three Wize Men, Hijack, London Posse, Silver Bullet, Black Prophetz, Gunshot, Rodney P ou The Creators qui font partie de la première génération du hip-hop au Royaume-Uni. Au milieu des années 1990, beaucoup de chemin reste encore à parcourir...

 

 

  • Le rôle de Big Dada

 

En 1997, le label Ninja Tune lance Big Dada, sa branche consacrée au Hip-Hop. A l'origine de cette initiative, le journaliste  Will Ashon (ci-contre photo trouvée sur son blog). Ashon était frustré car personne ne pouvait se procurer les titres obscurs dont il parlait dans ses articles. Au mariage d'un de ses amis, il croise Peter Quicke du label Ninja Tune. Il le convainc de sortir un premier single pour voir. Il s'agit de "Misanthropic" du duo Alpha Phryme (voyez ici la version originale). Il faut alors un nom au nouveau label. En hommage au rappeur du Bronx Kool Keith, qu'Ashon surnomme Mac Dada, ce sera Big Dada. Au début, seuls des singles sortent sur le label.

Puis, un peu comme en France, une compilation va mettre sur orbite quelques artistes. En 1998, Big Dada sort donc la compil Black Whole Styles. Elle rassemble le meilleur du rap britannique dont Roots Manuva et l'Américain Saul Williams. C'est en 1999 que Big Dada décolle vraiment en signant le prometteur Roots Manuva. Celui-ci pose comme condition la production d'un album entier. En parallèle, plusieurs rappeurs américains trouvent, de manière fugace ou plus durable, un refuge musical propice à leurs créations au Royaume-Uni, à l'image de MF Doom ou de Saul Williams.

 

 

  • Roots Manuva  : la locomotive

 

 Avec Brand New Second Hand en 1999 (signifiant quelque chose comme "Une occasion toute neuve"), Roots Manuva obtient la reconnaissance. De son vrai nom Rodney Hilton Smith, il est né en 1972. Ses parents sont venus de Jamaïque mais il grandit à Stockwell au Sud de Londres. La musique sur laquelle il rappe est très inspirée par l'univers sonore jamaïcain (dub, ragga, reggae). Pourtant la musique profane n'était pas la bienvenue dans sa famille. Son père est un pasteur pentecôtiste qui lui a donné une éducation très stricte. Mais comme le dit Roots lui-même, c'est finalement la rue qui l'a emporté. Influence jamaïcaine donc pour la musique. Ajoutez à cela beaucoup d'humour et un délicieux accent cockney (l'accent des quartiers populaires de l'Est et du Sud de Londres). Pour vous donner un petit aperçu de l'humour à la Roots Manuva, regardez ces trois clips que je vous ai choisis. Le premier c'est celui de "Witness (1 hope)", son plus grand tube, issu de son deuxième album (Run Come Save Me). N'ayant rien gagné lors des jeux auxquels il participait à  l'école primaire, il revient  dans celle-ci vingt ans plus tard pour se rattraper...

 

 

Voici donc la playlist des titres évoqués cette semaine et de nombreux autres :

 

Découvrez la playlist UK Rap (I) avec Toastie Tailor

 

 

D'autres clips de Roots Manuva la semaine prochaine et la suite de cet aperçu de la scène rap avec la naissance du Grime et son émergence grâce à Dizzee Rascal.

Sources et liens dans l'article qui couvre la deuxième époque, celle des années 2000.

 

 

Yabby You (1946-2010).

par blot Email


 

Compositeur, interprète et producteur, Yabby You (alias Vivian Jackson) a laissé sa marque sur la scène reggae roots durant les années 1970.

 

 

Il entre en studio en 1971 et rencontre le succès l'année suivante avec son single Conquering Lion qui impose sa touche personnel au reggae roots en gestation (notamment sa voix troublante marquée par le gospel). Les thèmes de ses chansons se partageaient entre références bibliques et rastafarisme.



Le point d'orgue de sa carrière reste assurément l’album Conquering Lion sorti en 1975, avec des partcipations de King Tubby et Lee Scratch Perry (les deux sorciers du dub jamaïcain)
. En tant que producteur, Yabby You a collaboré avec Michael Rose, Wayne Wade (ci-dessous), Tony Tuff, Trinity, Dillinger, Jah Stitch, Big Youth ou Tapper Zukie. Ses musiques et mixes basés sur la rythmique basse/batterie, plus lourds et lents que les productions antérieures, se marient particulièrement bien avec le toasting des deejays (titre ci-dessus).

 

 

Vivian Jackson s'est éteint subitement à son domicile mardi soir dernier à la suite d'une rupture d'anévrisme. Il avait 63 ans.

 


  Le regretté label britannique
Blood & Fire a publié il y a quelques années une compilation intitulée Jesus Dread 1972 – 1977, un double CD reprenant les grands moments de sa carrière de chanteurs, mais aussi ses productions et collaborations avec les plus grands toasters jamaïcains. Bref, un must.




Marcus Garvey.

par blot Email

L’histoire du rastafarisme commence avec Marcus Mosiah Garvey, prophète noir qui acquit une certaine popularité dans le Harlem des années 20. Le culte de cette figure légendaire n’a pas cessé d’être célébré depuis par tous les reggaemen. Burning Spear lui consacra même deux albums entiers.

Lire l'article et écouter le morceau sur L'Histgeobox.

J'aime bien-Avril '09 (Augmix # 8)

par Aug Email

Le rap doit beaucoup à la Jamaïque. Certains pionniers du genre, à l'image de DJ Kool Herc, étaient originaires de l'île. Le toasting a ainsi influencé le mceeing naissant dans le Bronx des Block Parties dans les années 1970. En dehors de New York, l'autre ville mondiale où réside une forte communauté jamaïcaine, c'est bien sûr Londres. Rappelons que l'île fut une colonie britannique jusqu'en 1962. C'est dans l'East End de Londres qu'a grandi Roots Manuva, britannique d'origine jamaïcaine. Son rap, en même temps qu'il a un fort accent cockney (celui de l'est londonien avec son propre slang), résonne des sonorités de Kingston, à commencer par le dub et le reggae. Je vous ai choisi deux titres de l'album Slime & Reason, "Again & Again & Again" en version instrumentale. Vous pouvez regarder le clip rien que pour voir Roots Manuva s'essayer au cricket, sans doute l'impact le plus durable de la colonisation britannique (songez à la place de ce sport en Asie du Sud comme dans les West Indies). Voici surtout le très envoutant et très mystique "Let The Spirit" :
 
 
  • Dans la série "chansons sur la crise", voici "Une époque formidable" de Ysae Feat. Anis. Bon, le titre n'est pas formidable, mais j'aime beaucoup le clip, une sorte de collage d'images d'archives du début du XXème siècle à aujourd'hui :
 
 
  • Positive Black Soul est un groupe formé à la fin des années 1980 par deux MC Sénégalais rivaux, Didier Awadi et Doug E Tee Tee. Ils élaborent un rap africain conscient et qui devient très populaire à l'image du titre "Boul Falé". Une biographie sur RFi musique.
  • Dans les années 1990, alors que Los Angeles devient la capitale mondiale du Gangsta Rap (promis je vous en parle bientôt dans le prochain épisode de la petite histoire du rap), plusieurs groupes développent un son particulier à Oakland, la ville des Black Panthers. C'est le cas de The Coup, groupe très politique proche du marxisme. Voici un extrait de leur album Pick A Bigger Weapon sorti en 2006. En 2001, le groupe avait dû modifier la pochette de son album Party Music, celle-ci, imaginée avant les attentats du 11 septembre, devait en effet montrer une explosion des tours du World Trade Center...
  • Savez-vous ce que des policiers ont trouvé comme technique pour empêcher des manifestants de trouver le sommeil ? De la musique pardi ! Il s'agissait de camper pendant une semaine pour protester contre la construction d'une centrale à charbon l'été dernier. Parmi d'autres musiques comme les Walkyries de Wagner, les policiers britanniques, pleins d'imagination et d'humour, ont diffusé abondamment la nuit avec des parleurs le morceau des Clash "I fought The Law" dont les paroles disent à peu près ceci : "J'ai combattu la loi et la loi a gagné"... En cherchant les paroles de cette chanson sur le net, je suis tombé sur une autre chanson très intéressante des Clash : "Washington Bullets". Julien vous en parle en détail sur l'histgeobox.
  • Vous avez sans doute remarqué le nombre important de films consacrés à l'immigration, notamment Welcome ou Eden à l'Ouest de Costa-Gavras. Du côté de la chanson, je suis tombé sous le charme de "Bien mérité" de Clarika, qui fait partie de son dernier album Moi en mieux. C'est frais et insolent à souhait. Les paroles sonnent tellement justes que les bras nous en tombent... "T'avais qu'à naître en France" ou "T'avais qu'à tomber du bon côté de la mappemonde, ben ouais !". Le clip est pas mal ficelé.
  • Je vous avais déjà sélectionné "Je chante la France" de Roçé, mais je vous la fait réécouter rien que pour entendre cette punchline :
 
"Personne n'a à me dire le pied sur lequel je danse Qu'elle m'accepte comme être multiple et je chanterai la France" Roçé
 
  • Direction le Moyen Orient avec Y.A.S. Il s'agit d'un duo électro-arabe composé du producteur d'origine afghane et italienne Mirwais et de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan. Lui a déjà travaillé avec Madonna. au programme, sonorités électro et musiques arabes. Un cocktail plein de pépites à découvrir.Plus d'infos sur Libé next.
  • Oxmo Puccino n'a pas son pareil pour raconter des histoires. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter son album L'arme de paix tout juste sorti en dehors de la chanson "365 jours". Par contre je viens de découvrir avec émerveillement l'album Lipopette Bar (sur le label mythique Blue Note). Tout l'album est un régal. Les sonorités très jazz grâce aux Jazzbastards, la voix d'Oxmo et ses paroles nous berçant au fil de l'histoire. Car tout l'album est une histoire, une sorte de polar où l'on croise belles pépés, flingues, malettes et parties de poker. J'adore cet album ! Pour vous mettre dans l'ambiance, allez voir le site.
  • J'ai pris comme un coup de poing dans le plexus le dernier titre de Kery James "Le retour du rap français". Il est à l'image du rappeur du 94, génial et ambigü... Il nous livre une sorte de rap d'anticipation, imaginant le futur de cette musique, entre tendances gangsta et surveilance policière. A l'image de Médine, on y croise quelques figures du rap conscient dont se réclame Kery. Le titre fait partie de son nouvel album Réel à paraître très prochainement, un an à peine après le succès d'A l'ombre du Showbusiness.

 

 

Voici donc ma playlist à écouter :


Découvrez Roots Manuva!

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