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Dernière carte postale du Japon de Florent Chavouet : Manabé Shima.

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
F. Chavouet, Manabé Shima.
 
 
 
La parution de ce deuxième volume de Florent Chavouet est porteuse d'une bien mauvaise nouvelle : il quitte le Japon. Après avoir croqué Tokyo du haut de sa chaise pliante dans l'incomparable "Tokyo Sanpo", il se met en quête, pour nous faire partager ses derniers mois au Japon, d'une destination insulaire "petite par la taile et le nombre de ses habitants, et isolée mais ncore accessible". Adieu la mégalopole et les koban tokyoïtes, bonjour Manabé Shima, caillou de 1,49 km² de la préfecture d'Okoyama, dans la mer de Seto. Inutile de vous faire des cheveux blancs si vous ne situez pas car, d'une part, Florent Chavouet est un as de la cartographie (si bien qu'il nous gratifie d'une carte de l'île élaborée par ses soins et détachable en fin de volume) , et, d'autre part, une foisla dernière page tournée, cette petite île n'aura plus aucun secret pour vous. En effet, "Manabé Chiba" est une sorte de guide touritisque, humoristique et coloré de cette minuscule île japonaise.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A voir à Manabé Shima :
 
Si vous décidez de vous embarquer avec Florent Chavouet pour Manabé Shima, il faudra consentir à vous arrêter dans les hauts lieux de l'île.
 
 
On commencera par le bar piégé d'Ikkyu San, grand amateur de Shôshû, dans lequel vous pouvez prendre un abonnement quotidien, hebdomadaire ou mensuel. Attention, si vous ne vous asseyez pas au bon endroit, vous pourriez bien en resortir après la fonte des glaces. Si jamais vous ne trouvez pas Ikkyu San dans son bar, il y a quelques chances de le rencontrer au temple, en maître de cérémonie "distribuant du Dieu" dans un équilibre précaire (rapport à son alcoolémie).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Florent Chavouet, Manabé Shima.
 
 
Sur Manabé Shima, le port est, bien évidemment,  un lieu stratégique. Il faudra, par conséquent, faire un arrêt au Kaisôten d'Atsumi, mère de 5 enfants et tenancière du lieu. Ce faisant, vous en profiterez  pour passer vous coups de fil car c'est là que se situe le seul téléphone de l'île.
 
 
Aucune chance que vous manquiez le gori-gori, surtout les soirs de fête, ce sera d'ailleurs peut être l'occasion de participer à un somptueux barbecue tout en torturant un tako innocent mais sûrement délicieux cuit de cette façon.
 
 
Ne partez pas de l'île sans faire quelques lichés romantiques devant un spot labu-labu.
 
 
 
A faire sur Manabé Shima :
 
 
Impossible de s'ennuyer sur ce caillou !  
 
 
Tout un éventail d'activités sont à votre disposition :
 
 
- s'exercer à la pêche au crabe ou au tako, ou au fugu, ou encore à toute une série d'autres poissons aux noms aussi mystérieux qu'évocateurs. A déguster accompagnés de légumes locaux cultivés en toute quiétude grâce à diverses sortes d'épouvantails.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
F. Chavouet, Manabé Shima, pêche au crabe.
 
 
 
- étudier les moyens de transports locaux et leur customisation : la mini-car (le "chaînon manquant entre la tondeuse à gazon et l'automobile"), la mamie mobile qui présente de grandes possibilités en matière de tuning, le vélo de Mr Technologie, ou le pick up d'Ikkuya San.
 
 
 
- observer les techniques de combat et les conquêtes territoriales des différents gangs de l'île : celui du caïd, ou celui des Hippies. Parfois des luttes hautement stratégiques s'engagent pour la simple possession d'un trou dans le mur nécessitant la maîtrise de techniques de combat affûtées.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
F. Chavouet, Manabé Shima, questions géopolitiques.
 
 
- participer aux festivités de l'île : les hana-Bi forcément nocturnes, une représentation de kagura, une tentativede capture d'umibotaru.
 
 
Si vous vous y perdez un peu dans tout ça, pas de panique un lexique est fourni à la fin pour y voir plus clair. En outre si vous bouquinez manabé Shima sur la plage, un cahier de jeu est fourni est habilement dissimulé à l'intérieur. 
 
 
 
C'est donc une excursion en immersion complète à laquelle nous convie l'auteur. Mais par delà l'exotisme et le ton un peu moqueur (mais souvent très tendre) qu'il emploie, c'est avant tout pour les merveilleuses compositions graphiques de Chavouet qu'on souhaite rester et retourner sur son île japonaise. Dans une explosion de couleurs franches et toniques, il arrive par l'acuité de son regard et la restitution d'une foule de détails, à rendre très proche l'univers de l'île et de ses habitants y compris les plus encombrants et sans gêne. Et quand il repart au bout de 2 mois de Manabé Shima, on regrette que le séjour ait été si court. 
 
 
 
Vivement le prochain carnet de voyage car Florent Chavouet, on vet bie le suivre au bout du monde.
 
Pour suivre Florent Chavouet et déguster de savoureux sushis plusieurs adresses rendez vous sur son site  ou sur son blog
 

Japon : Quand les mangas envisagent le pire

par Aug Email

Voici plusieurs mois, un peu par hasard, j'ai lu plusieurs mangas dont le point commun était d'envisager des scénarios catastrophes suite à des tremblements de terre au Japon. Je ne suis pas un grand fan de science-fiction, mais chacun à leur manière ces trois mangas me permettaient d'en apprendre plus sur la manière dont les Japonais vivent avec ce risque permanent. Le séisme de magnitude 9 (apparamment sans précédent depuis plus de 100 ans) qui s'est produit vendredi 11 mars, semble dépasser les scénarios les plus pessimistes avec l'enchaînement d'un séisme, d'un tsunami et d'explosions dans des centrales nucléaires. Voyons au travers de ces trois mangas comment leurs auteurs ont envisagé le pire.

 

 

 

 Tokyo Magnitude 8 : entre humanité et barbarie

 

Quel comportement adopter en cas de séisme ? Les médias français nous rabattent les oreilles avec la parfaite préparation des Japonais aux séismes et leur calme stoïque en pareille circonstance. C'est sans doute en partie vrai mais jusqu'à quel point un être humain est-il prêt ?

Furaya Usamaru a décidé d'explorer cela en imaginant un séisme de magnitude 8 en plein coeur de Tokyo. Une telle éventualité n'est bien sûr pas à écarter. Le dernier grand tremblement de terre ayant touché la capitale est celui de 1923, le plus meurtrier à ce jour de l'histoire contemporaine du Japon, et il n'était "que" de magnitude 7,9.

L'histoire démarre donc sur l'île d'Odaiba, un terre-plein en baie de Tokyo (cerclé de rouge sur la carte). C'est un des rares terre-pleins de la baie dédié aux loisirs et aux commerces. Il a été construit dès le XIXème siècle pour la défense de la ville et progressivement transformé dans les années 1960. On y trouve le siège de Fuji TV, une grande roue, une réplique de la statue de la liberté, des muséess, des centres commerciaux. L'île est desservie par un métro aérien automatique, le Yurikamome qui la relie au centre de Tokyo par le Rainbow Bridge. On voit tout cela au fil de la série ainsi que des explications sur la manière dont le terre-plein a été constitué.

Jin Mishima, l'un des personnages, vient à Odaiba passer un entretien d'orientation et croise une ancienne connaissance de lycée : la jeune Nanako Okano, au look très gothique... Lorsque le séisme se produit, tout semble chamboulé. L'île s'enfonce et il faut fuir. Commence alors un périple au travers des quartiers du centre de Tokyo, de Roppongi à Shibuya. Roppongi d'abord, quartier réputé pour sa vie nocturne, très prisé par les étrangers. Passage par la Tour de Tokyo, construite sur le modèle de la Tour Eiffel en 1958 (à droite). L'occasion de mesurer l'étendue des dégâts dans la ville. Shibuya enfin, quartier branché fréquenté par les jeunes, centre de la mode, à l'image de la Tour 109, rebaptisée Tour 009 et théâtre de scènes dramatiques dans la série (à gauche).

Tour à tour, les héros sont confrontés à des dilemmes moraux et à une série de personnages très variés et pas tous sympathiques. Privés d'informations, de nourriture, d'eau, de l'intimité la plus élémentaire, ils bénéficient parfois de la solidarité et de l'humanité de certains, mais aussi se heurtent à la méchanceté qu'entraine quelquefois ces privations. Usamaru met en scène quelques unes des dérives constatées lors des catastrophes : Exploitation de la faiblesse par des mouvements sectaires, viols, vols, crimes en tout genre font donc également partie de ce manga.

 

  

La série, au-delà de l'aventure vécue par les différents personnages, envisage tous les phénomènes  observés lors d'un séisme et ses conséquences aussi bien géophysiques (liquéfaction, répliques, incendies en série) que sur les comportements.

 

Usamaru Furuya, Tokyo Magnitude 8 (série de 5) Panini-Manga

 

 

Spirit of The Sun : le Japon coupé en deux

 

On connait l'intérêt de Kaiji Kawaguchi pour la politique et la diplomatie. Je vous ai déjà parlé ici de deux de ses séries : Eagle (10 volumes), qui racontait la campagne électorale d'un Américain d'origine japonaise pour les présidentielles de 2000. Zipang (série en cours) imaginait un navire de guerre japonais du début du XXIème siècle en plein coeur de la bataille de Midway en 1942.... Avec la série  Spirit of the Sun, il imagine un tremblement de terre sans précédent et des éruptions volcaniques en série, dont celle du Mont Fuji. Mais contrairement à Tokyo Magnitude 8, il étudie assez peu les conséquences du tremblement de terre à l'échelle locale. Son terrain de jeu, ce sont les relations internationales, même lorsqu'il nous plonge au coeur de la pègre de Taïwan ou au milieu des Japonais réfugiés dans ce même pays. Le héros, enfant au début de l'aventure qui se déroule sur plusieurs années, a fui le Japon mais continue de rechercher ses parents ou d'obtenir des informations sur eux.

Si des Japonais sont obligés de se réfugier à l'étranger, c'est que le Japon connait une situation tout à fait exceptionnelle. L'île principale d'Honshu est en effet coupée en deux à hauteur du lac de Biwa , des anciennes capitales Nara et Kyoto jusqu'à Osaka qui est engloutie. L'aide internationale apportée par la Chine et les Etats-Unis se transforme vite en volonté de contrôle facilitée par l'effondrement des institutions. Le Japon est donc coupé en deux parties : le Sud est sous protectorat chinois et le Nord sous protectorat américain ! C'est donc clairement aux conséquences géopolitques du cataclysme que s'intéresse Kawaguchi. De nombreux tomes se déroulent à Taipei, capitale de Taïwan où sont réfugiés des milliers de Japonais. Les relations difficiles entre habitants taïwanais d'origine et ressortissants japonais, passée la compassion, s'avèrent de plus en plus tendues. La minorité japonaise est au coeur d'enjeux qui la dépassent, aussi bien dans la politique taïwanaise que dans les relations entre les pays de la région. Kawaguchi sait mettre le doigt où ça fait mal : il dénonce la xénophobie d'où qu'elle vienne en envoyant aux Japonais un message du type "et si c'était vous ?".

 

 Kaiji Kawaguchi, Spirit of the Sun (17 volumes tous parus), Tonkam

 

 

La submersion du Japon : forces profondes

 

Des trois mangas, c'est sans doute celui qui s'approche le plus du scénario de 2011. Le titre en lui-même semble prédestiné... Au départ, il s'agit d'un roman de Komatsu Sakyo, publié en 1973, qui a connu un grand succès, probablement parce qu'il a mis des mots sur une angoisse ancestrale : le réveil des volcans et l'engloutissement du pays. Adapté au cinéma, à la télévision ou à la radio, il a donc également été mis en dessin par Ishiki Tihihiko. Il a une dimension beaucoup plus ésotérique  et surnaturelle que les deux précédents. Tout est fait pour susciter le malaise. On a l'impression de forces telluriques à l'oeuvre, de phénomènes étranges annonciateurs d'une catastrophe. 

Une partie de l'intrigue repose sur l'association improbable entre deux caractères forts , le jeune Toshio Onodera, pilote de sous-marin et le Professeur de géologie Yusuke Tadokoro. Ces deux personnages, à commencer par le pilote, se laissent guider par un sixième sens plus que par sa connaissance scientifique. Je n'ai pu lire que les deux premiers tomes alors que le cataclysme majeur ne s'est pas encore produit.  Le pilote et le scientifique s'inquiètent de signes assez perturbants et on veut bien les croire : un immeuble disparait en quelques minutes en s'enfonçant dans le sol à Shinjuku, quartier des affaires plutôt cosmopolite de  Tokyo. Pour en avoir le coeur net, ils plongent pour explorer la fosse des Bonins et découvrent de nouvelles failles....

 

 Sakyou Komatsu (scénario) et Tokihiko Ishiki (dessin), La submersion du Japon (3 volumes parus en français, série en cours), Panini-manga.

 

D'autres mangas, très nombreux, envisagent également des scénarios sombres qui peuvent aller jusqu'à la fin du monde comme dans X réalisé par le quatuor Clamp que je n'ai pas lu (merci à Morgane pour l'info). Le célébrissime Akira de Katsuhiro Otomo se déroule dans un Tokyo dévasté par une explosion nucléaire....

 

Retrouvez notre dossier sur les mangas et les BD qui permettent de mieux comprendre l'histoire et la géographie de l'Asie (dont Zipang et Eagle de Kawaguchi).

 

Au rayon manga : Vinland Saga, Le pavillon des hommes et Hokusai

par Aug Email

Parmi les derniers mangas que j'ai pu lire ces derniers temps, je voulais vous signaler deux séries en cours et un one-shot :

 

 

Vinland  Saga, au coeur de l'épopée viking

 

Il s'agit d'une série en 7 épisodes parus à ce jour dont le titre laisse penser qu'il s'agit du récit de l'installation de Vikings sur le continent américain (le fameux  "Vinland" des sagas) autour de l'an mille. Cela est en partie vrai, mais l'essentiel de l'action se passe ailleurs, dans cette Europe du Nord qui a connu l'invasion de groupes vikings venus de Norvège, du Danemark et de Suède. Makoto Yukimura, le mangaka, nous fait voyager de l'Islande à la Norvège et au Danemark en passant par l'Angleterre où se déroule une grande partie de l'action.

Une lutte féroce s'y déroule en effet entre les Anglo-Saxons qui dominent le pays depuis la fin de l'époque romaine et les Vikings qui contrôlent une partie du pays (le territoire du Danelaw). Quelques celtes gallois viennent parfois se mêler aux rudes combats. Le récit fait en effet la part belle aux batailles et l'auteur semble fasciné par la force quasi surhumaine de certains guerriers (même si certains, comme attesté par certaines sources, mangent quelques champignons hallucinogènes pour ne plus craindre le danger..., voyez le premier extrait ci-dessous). Soulignons au passage, malgré quelques scènes un peu surnaturelles, la volonté de l'auteur de respecter autant que possible les faits historiques et le contexte de l'époque. Au total, cette série est vraiment très réussie. En suivant le désir de vengeance du jeune héros Thorfinn, à la fois allié et ennemi irréductible d'Askelaad avec qui il rêve d'en découdre, on suit les péripéties de la tentative de conquête de l'Angleterre par le roi Sven (ci-dessous au moment du siège de Londres) et la lutte pour sa succession prochaine entre ses fils Knut et Harald. Tout cela se passe donc au XIème siècle et c'est passionnant !

 

Makoto Yukimura, Vinland Saga (7 tomes parus), Kurokawa

 

 

 

 Le Pavillon des hommes, quand les femmes prennent le pouvoir

 

La mangaka Fumi Yoshinaga aime, dans ses mangas, aborder la question du genre. C'est le cas avec la série Le Pavillon des hommes qui nous conduit dans le Japon du XVIIème siècle. Une maladie mystérieuse emporte la majorité des hommes, en particulier les jeunes. L'équilibre de la société s'en trouve bouleversé et certaines choses vont changer, y compris au coeur du pouvoir.

Mais évoquons en deux mots la situation du Japon à cette époque qui sert de toile de fond au récit de l'auteur. Depuis 1603 (et jusqu'au début de l'ère Meiji en 1868), la famille des Tokugawa est détentrice du shogunat et donc de la réalité du pouvoir dans le cadre du système du Bakufu. C'est le début de la période d'Edo, la ville du shogun située dans le Kanto, qui supplante l'impériale Kyoto comme siège du pouvoir réel (le nom Edo est changé en Tôkyô pendant la période Meiji). Au sein du palais du shogun à Edo, un pavillon est réservé à des femmes qui servent le Shogun, au besoin en lui permettant d'avoir un héritier.

C'est là que Fumi Yoshinaga situe son intrigue, mais en faisant de ce pavillon, suite aux effets de la maladie, un pavillon réservé aux hommes, le shogunat étant lui-même finalement dévolu à une femme...

On pourrait craindre la caricature avec des hommes qui se livrent à des querelles pour les meilleurs places, des coups bas, des secrets d'alcoves, mais finalement, l'auteur nous permet de réfléchir à l'essence du pouvoir et à sa masculinité si courante et si arbitraire. On songe alors à quelques pièces d'Aristophane dans lesquelles les femmes prenaient le pouvoir  (L'Assemblée des Femmes) ou faisaient la grève du sexe pour que les hommes cessent la guerre... (Lysistrata). Sauf que les femmes au pouvoir dans ce manga, n'ont rien à envier aux hommes en termes d'ambition et de cruauté. Donc un Josei (le Seinen au féminin) intéressant et captivant.

Fumi Yoshinaga, Le Pavillon des hommes (5 tomes parus), Kana

 

 

 

Hokusai, le "vieux fou de la peinture"

 

Vous connaissez peut être Hokusai, peintre Japonais du XIXème siècle. Died avait évoqué dans un article récent le célèbre tableau La grande vague de Kanagawa (1831). Son oeuvre a inspiré de nombreux artistes, en particuliers des peintres français tels que Gauguin, Van Gogh ou Monet. Il a également popularisé le terme de "manga" (terme féminin pouvant signifier "dessin inabouti") en publiant en 1814 ses carnets de croquis.

Un manga de Shotaro IshinoMori récemment traduit en français nous permet de mieux connaître ce personage exceptionnel qui vécut 90 ans. L'auteur nous raconte une vie faite de multiples remises en cause, Hokusai ne souhaitant jamais s'installer dans un confort pour lui synonyme d'absence de créativité. Ainsi, à 42 ans et alors qu'il bénéficie déjà d'une grande notoriété, il décide de changer de nom d'artiste et d'adopter celui d'Hokusai qui le rendra encore plus célèbre. Aux sources de ces changements, la volonté d'être reconnu pour la valeur de son art et non pour autre chose.  L'insatisfaction et le désir, comme pour beaucoup d'artistes, sont donc de puissants aiguillons. Le récit de Shotaro Ishino Mori n'est pas linéaire et y gagne en cohérence. Chaque chapitre est conçu autour de l'une ou l'autre des périodes de la vie du peintre mais sans respecter la chronologie. Voici deux extraits, l'un nous montre Hokusai jeune, l'autre nous permet d'entrevoir les coulisses de la réalisation de sa série d’estampes Fugaku Sanjūrokkei ou Trente-six vues du mont Fuji dont fait partie la vague, publiée en 1831 alors qu'il a plus de soixante-dix ans.

 

 

Shotaro IshinoMori, Hokusai, Kana

La guerre du Pacifique : du petit au grand écran. (2)

par vservat Email

L'affrontement entre le Japon et les Etats-Unis dans le Pacifique reste sans doute une "question socialement vive" de part et d'autre du plus grand océan du monde. On a souvent, dans la presse généraliste ou spécialisée, des échos des coupes vives opérées par l'empire du Soleil Levant sur la mémoire du conflit et chaque année les commémorations du bombardement d'Hiroshima sont l'occasion pour le Japon de mettre en avant son statut de victime singulière de cette guerre. Sur l'autre rive, alors qu'Hollywood se montre d'ordinaire friand de mettre en image les vicissitudes de l'Histoire et exorcise parfois les démons de la nation par la voie cinématographique, certains silences en disent long ... à quand la production d'une fiction sur les camps d'internement pour les civils Nippo-américains en février 42 autorisés par F. Roosevelt et ouverts en Arizona, dans le Wyoming et le Nevada ? (1)

 

Taxer de partialité les auteurs-producteurs de "The Pacific" peut sembler facile quand on propose derrière une sélection d'oeuvres de fictions qui est, en elle même, forcément partiale. Toutefois, les créations retenues se caractérisent par une grande diversité des approches, des regards, des formes, des origines aussi ; les unes n'excluent pas les autres. Elles viendront en complément à la mini-série phare de la rentrée.

 

 

"Flags of our Fathers" ("Mémoires de nos pères") de C. Eastwood (2006)

Iwo Jima, février 45, 6 marines hissent le drapeau américain au sommet du mont Suribachi à 166 mètres d'altitude au point culminant de l'île. La photo, prise par Joe Rosenthal,  devient un cliché de légende aux Etats-Unis, où elle reçoit le prix Pulitzer. C'est sans doute aujourd'hui une des photos les plus célèbres de l'histoire du XXème siècle.

 

On découvre dans la fiction d'Eastwood quelques aspects de la guerre du Pacifique par l'intermédiaire de cette bataille. Le film revient notamment sur son organisation stratégique des deux côtés du front (tunnels et galeries abritant les japonais qui attendent l'engagement des marines sur la plage pour faire feu par exemple). Mais cette fiction porte en elle d'autres grilles de lecture du conflit. D'abord elle est le prétexte, comme le fait "The Pacific" avec le soldat John Basilone (2), de parler de l'arrière. La fameuse photo "Raising the flag on Iwo Jima" et certains soldats présents dessus, ont été utilisés comme support pour convaincre  la population des Etats-Unis de souscrire aux 7° bons de guerre. "Mémoires de nos pères", comme "The Pacific", relate avec conviction le trouble dans lequel sont jetés ces jeunes militaires passant du front réel au "home front" où ils sont instrumentalisés de façon parfois douleureuse pour eux.

 

Le film interroge aussi, par le biais de l'histoire de la photo de Joe Rosenthal, le pouvoir de l'image et la valeur du témoignage en temps de guerre alors que les différentes formes d'expression sont contrôlées . Le film rappelle l'histoire de la prise de vue de cette photo, devenue emblématique de la puissance militaire et du patriotisme américain, mais aussi  la part de mensonge qu'elle véhicule  que les survivants vont devoir assumer puis corriger.

 

 


 "Letters from Iwo Jima" ("Lettres d'Iwo Jima")   de C. Eastwood (2006)

C'est peut être le film qui incarne l'antithèse de la mini série "The Pacific", il est d'ailleurs surprenant de constater que certaines scènes se reflètent de façon inversée dans les deux oeuvres comme si l'on était passé "de l'autre côté du miroir". ( Rapelons que S. Spielberg est un des producteurs des 2 films d'Eastwood). Nous sommes encore à Iwo Jima, mais les yeux qui nous font découvrir les opérations en cours sont ceux d'officiers et soldats japonais. Coincés sur ce cailloux volcanique, chargés de le défendre coûte que coûte car dernier rempart protecteur de la "mère patrie", ils écrivent dans leurs derniers moments des lettres d'Iwo Jima. On y découvre une armée en bout de course dans laquelle la discipline de fer et la croyance en une victoire divine de l'empereur peine à se maintenir. Les soldats sont recrutés de plus en plus jeunes, les officiers n'arrivent plus à déterminer une stratégie de combat efficace, privés de renforts par l'épuisement de l'effort de guerre, menant un combat devenu vain dans la débandade d'une défaite qui approche. 

 


L'orage de feu est perceptible mais peu visible à l'écran, les images sont d'une grande sobriété, les hommes sont ordinaires, habités par les reminescences des temps heureux à l'approche d'un affrontement qu'ils prévoient fatal. L'originalité du film tient au fait que ce soit un américain qui raconte cette terrible  bataille de la guerre du Pacifique par les voix de l'ennemi d'alors sans le diaboliser ou le caricaturer, rendant un hommage sobre et nuancé aux combattants de la guerre.

 

 

 

"The thin red line" ("La ligne rouge") de T. Malik (1998)

C'est un film singulier qui fut victime lors de sa sortie de la sévère concurrence de "Saving private Ryan" ("Il faut sauver le soldat Ryan") et qui pourtant porte un regard tout à fait atypique sur la guerre. "The Thin Red Line" a pour cadre la bataille de Guadalcanal, mais est une oeuvre assez décontextualisée par rapport aux évènements historiques. Terence Malik choisit la voie introspective et sonde l'esprit de quelques soldats américains confrontés aux violences de la guerre. Les monologues intérieurs de ses personnages nous emmène dans une réflexion polyphonique sur la guerre qui s'individualise au gré des parcours personnels de chaque soldat. C'est donc une sorte de film choral qui maintient l'unité de temps et de lieu. 

Filmé avec une grande élégance, opposant la beauté et la quiétude de la nature à la violence et aux déchainements de fureur de la guerre, "The thin red line" met en scène une multitude d'acteurs qui sont mis au défi de faire sonner juste une voix intérieure, de se laisser habiter par les interrogations morales et philosophiques de l'humanité. Film de résonnances qui va bien au delà du seul traitement imagé de la guerre du Pacifique, l'œuvre de Terence Malik propose une vision réellement à part des autres productions. 

Pour l'anecdote le producteur du film n'est autre que Georges Stevens Jr, fils de Georges Stevens, célèbre réalisateur américain ("Geant", "Le journal d'Anne Franck") qui, mis au service de l'armée durant la deuxième guerre mondiale, filma, entre autre, la libération du camp de concentration de Dachau.

 

 

 

Quittons les productions américaines et les militaires pour se décentrer sur des rélisations japonaises, qui sans exclure certains aspects techniques du conflit, font une part plus importante au sort des civils.

 

"Kuroi ame" ("Pluie noire") de S. Imamura (1989)

 

Hiroshima, 6 août 1945, 8h15, la cérémonie du thé à laquelle participe la jeune Yasuko à l'extérieur de la ville est interrompue par un brusque éclair de lumière suivi de l'élévation d'un énorme nuage en  forme de champignon qui sidère ses hôtes. Elle se rend alors en ville à la recherche de son oncle et sa tante. Sur le chemin, Yasuko recoit des retombées radioactives sous forme d'une mystérieuse pluie noire. Elle devient une Hibakucha , une irradiée, condamnée au célibat par ceux qui ont survécu au cataclysme et rejetée de la société d'après guerre. 

Tourné en noir et blanc comme en est coutumier le réalisateur (c'était déjà le cas d'un de ses films précédents "La ballade de Narayama", palme d'or à Cannes en 1983), Shohei Imamura adapte avec "Pluie noire" le roman eponynome de M. Ibuse paru en 1970. Le roman et son adaptation cinématographique abordent les derniers temps de la guerre du Pacifique et en particulier  l'utilisation de l'arme atomique par les Etats Unis contre la ville japonaise d'Hiroshima. Aucune analyse des causes, des considérations militaires et géopolitiques de l"époque, mais une reconstitution ultra réaliste de l'explosion, de la ville et de ses habitants après la bombe. Le film constitue une bonne entrée également pour aborder les problématiques de l'après guerre et de la mémoire par la place que la société japonaise renaissante a laissé aux victimes de la bombe, un point de comparaison interessant avec le traitement mémoriel de la guerre aujourd'hui au Japon.

 

 

 

"Hotaru no Haka" ("Le tombeau des lucioles") de I. Takahata (1988)

 

"Le tombeau des lucioles" se distingue de plusieurs façons des oeuvres précédentes. D'abord dans sa forme puisque c'est un film d'animation. Ensuite par ses héros qui sont des enfants ce qui donne à cette oeuvre touchante une portée universelle dans le message qu'elle délivre sur la guerre. C'est, sur l'ensemble de cette sélection, l'oeuvre qui va le plus chercher l'émotion du spectateur. Pour les enseignants, c'est un support pédagogique très exploitable que ce soit pour étudier la guerre du Pacifique, le thème de l'enfance dans la guerre voire de la vie des civils durant  le conflit. 

Le film d'animation nous entraîne dans les pas de deux enfants abandonnés à leur sort dans les ruines d'une Kobé dévastée par les bombes incendiaires qui, rejetés par leur tante, se réfugient dans un abri. Le lien intense qui unit le frère et la soeur est vite mis en péril par la dégradation de la situation matérielle des deux enfants.

L'histoire adaptée d'une nouvelle éponyme, est servie par une très grande précision de la reconstitution, en particulier pour ce qui concerne les décors.

 

 

  

 

 

 (1) A. Kaspi, "Les Américains", tome I , "Naissance et Essor des Etats-Unis : 1607-1945" p322. Voir aussi sur le sujet le magnifique documentaire de Ken Burns et Lynn Novick "The War", 2007, qui évoque le sort des Nippo-américains et leur internement après Pearl Harbor.

(2) cf "La guerre du Pacifique du petit au grand écran (1)"

La guerre du Pacifique : du petit au grand écran. (1)

par vservat Email

Ce sera sans doute l'une des séries les plus attendues de cette rentrée télévisée, on l'annonce sur une chaîne cryptée à l'automne, en France. Il s'agit de la nouvelle saga produite par Steven Spielberg et Tom Hanks qui fait écho à l'inoubliable "Band of brothers" (1). Diffusée, comme sa grande soeur,sur la chaîne HBO, "The Pacific" nous emporte, non sur les théatres européens de la 2° guerre mondiale, mais sur ceux des archipels du Pacifique. Nous abandonnons les membres de la Easy Company, du capitaine Winters ("Band of brothers"), pour suivre la première division de marines. Quelques jeunes gens qui s'engagent dans le combat de leur vie, aux lendemains de la déclaration de guerre des Etats-Unis au Japon, suite à l'attaque de la base américiane de Pearl Harbor, le 7/12/1941. Pleins d'illusions, pétris des valeurs de l'Amérique éternelle (héroisme, patriotisme, défense de la liberté, religiosité etc.), nos marines se déplacent de saut d'îles en îles au gré des des archipels du Pacifique. Ils y découvrent, et nous avec eux,  une guerre très différente de celle qui se déroule en Europe. Ici pas de nazis, pas d'Adolf Hitler, pas de Staline non plus, mais un face à face anonyme et violent avec le "jap" (ou ses dénominations dérivées "fuckin' jap" étant la plus courante).

 

 

S'appuyant sur les mémoires de deux soldats, Robert Leckie et Eugène Sledge, la série se fait force d'être réaliste et ajoute un troisème héros au duo initial : John Basilone (2). La construction est tout à fait semblable à celle du précédent opus : on commence chaque épisode par des images d'archives, commentées, ensuite par des vétérans au regard habité, qui se remémorrent, d'une voix parfois brisée par l'émotion, leur campagne militaire dans le Pacifique. Puis, vient un générique absolument somptueux et une cinquantaine de minutes d'une vision de la guerre filmée souvent à hauteur d'homme, dans un style embarqué qui évoque, de façon quasi immédiate, le travail de Robert Capa (3). 10 épisodes pour revivre quelques unes des batailles les plus stratégiques, controversées et meurtrières de cette guerre en grande partie aéro-navale qui se termina par la réddition du Japon le 2/09/1945.

 

 

Les scénaristes n'ont pas envisagé de laisser au spectateur quelques minutes de répit (contrairement à "Band of Brothers" qui nous permit de suivre la préparation pré débarquement de Normandie de la Easy Company Outre-Manche). Dans "the Pacific", on a le droit à un aller simple supersonique pour l'enfer de Guadalcanal dès le premier épisode : les marines sont isolés sur une île dont le maintien dans le territoire des alliés est d'une importance capitale puisqu'elle protège la route de l'Australie de l'impérialisme nippon. Le baptême du feu est filmé avec une efficacité redoutable, les 2 marines, héros des épisodes d'ouverture, Robert Leckie et John Basilone, se transforment, en l'espace de deux fois 45 minutes, en vétérans au visage buriné, aux illusions entamées, au sens du sacrifice éprouvé. Le 3° épisode nous embarque en Australie pour une "pause", une permission après Guadalcanal. Le regard se décentre quelque peu puisqu'on voit comment l'arrière (le "home front") perçoit l'affrontement américano-nippon. Egrenage des morts tués au combat, perception au travers de cette littanie du caractère mondial du conflit. Toutefois, c'est bien l'héroïsme américain qu'il s'agit de célébrer avant tout.

 

 

L'épisode 4 se concentre sur la bataille de Cape Gloucester, une sorte d'enfer tropical : situé  en Nouvelle Guinée, ce cap fit l'objet d'un violent affrontement entre la première division de marines et la 53° division d'infanterie nippone pour la possession de pistes d'aterrissages situées à cet endroit. Les manoeuvres américaines furent retardées par des pluies diluviennes qui submergèrent les campements et semèrent le désespoir au sein des combattants (folie, suicide). A mi chemin de la série, trois épisodes sont consacrés aux affrontements pour la conquête de l'île de Peleliu, dans l'archipel de Palaos. Si "Band of brothers" atteignait son acmé dans l'épisode intitulé "Bastogne", nul doute que "the Pacific" atteint la sienne dans le second épisode consacré à cette bataille extrêmement meurtrière. C'est un point de basculement de la série tant la façon de filmer et les évènements reportés laissent le spectateur prisonnier d'un étau de barbarie, de sang, de feu et de soif. Pour la première division, relayée par une nouvelle compagnie dans laquelle officie le mortier Sledge, il faut aller déloger les Japonais des collines qui surplombent le nord ouest de l'île et pour ce faire s'emparer, au préalable, de l'aérodrome, no man's land carbonisé à la suite de combats acharnés, dont la traversée et la conquête exposent les américains à de nombreuses pertes. A l'issue des 3 épisodes, Peleliu est aux mains de l'armée américaine, les jeunes recrues qui en réchappent retrouvent leur base arrière (Pavuvu) le regard vide, les épaules affaissées, en véritables morts vivants. De l'autre côté de l'écran, le spectateur sort lui aussi passablement vidé du visionnage du tryptique.

 

 

Après à peine 35 minutes de répit, les auteurs nous replongent dans l'enfer d'Iwo Jima(4) qui se résume souvent aujourd'hui à une photo légendaire mais qui, à l'époque, fut une des épreuves militaires les plus difficiles pour les belligérants. Episode prolongé par une dernière confrontation, avant la déflagration finale, entre les corps de marines et l'armée nippone sur Okinawa, la plus meurtrière de la guerre du Pacifique nous rappelle-t-on. Ces épisodes ont le mérité de battre en brèche les clichés, issus pour partie des représentations européo-centrées de la guerre du Pacifique et des fictions un peu datées sur le sujet, qui ont ancré dans nos esprit l'idée que ce théâtre des opérations se résuma à un affrontement aéro-naval. L'antépénultième épisode et plus encore l'avant dernier paragraphe de la série nous plongent dans une sorte de Verdun sous les Tropiques ; l'uniforme des marines a autant la couleur de la boue que leur visage dont les yeux se vident progressivement de toute expression, de tout éclat d'humanité. La pluie torrentielle, la boue à laquelle se mèlent des cadavres en décomposition  sont un ennemi aussi coriace que le Japonais. Le retour des braves au pays, leur difficulté à se réinsérer, les douleurs des survivants clôturent la série.

 

 

Bien avant cette échéance, des interrogations surgissent. Si "The Pacific" a tenté de conserver le souffle épique de "Band of Brothers" et y réussit plutôt, on perçoit, même sans être très érudit sur la question, que l'écriture de l'histoire a été fortement  influencée par le souci de produire du roman national américain. On sait, depuis  "La liste de Schindler" (5)  notamment, que Spielberg se pose en auteur-pédagogue. L'utilisation dans sa série des témoignages de vétérans mélés aux images d'archives, légitime historiquement ses images de  fiction et c'est là où le bât blesse. Il n'échappera à personne que dans la mini-série les victimes, tout autant que les héros sont, à quelques exceptions près, toujours du côté des Etats-Unis. Ces marines sont jeunes, fiers, idéalistes quand ils entrent en guerre ; ils en sortent meurtris, anéantis, physiquement et marqués moralement à vie essentiellement par leur confrontation aux évènements, car leur sens du devoir et de l'obéissance ne les conduit guère à s'interroger sur certains de leurs actes. Les Japonais sont, eux, très peu humains : jusqu'au boutistes dans leur opposition aux marines, pervers dans l'utilisation des civils comme boucliers humains. La guerre du Pacifique filmée à hauteur d'hommes oui, mais les seuls hommes qui dirigent notre regard sont ceux de l'armée américaine. Les auteurs ne se décentrent jamais pour donner une autre perception du conflit, pour honorer finalement de la même façon les victimes de la guerre si bien qu'on n'est guère surpris du traitement fait de l'utilisation de l'arme atomique dans le récit proposé par le trio Speilberg-Hanks-Mc Kenna.

 

 

Somme toute, "The Pacific" est une mise en image poignante et impressionnante d'un des conflits de la 2° guerre mondiale. La série apporte des éclairages méritants sur des épisodes méconnus ou controversés qui se déroulèrent sur ce front. Toutefois, le sujet est traité de façon pour le moins partiale et manichéenne. Le contenu est d'autant plus contestable que les témoignages et images d'archives viennent, volontairement ou non, en appui d'une vision romancée contribuant inévitablement à produire un discours d'autorité Il n'est donc pas inutile de se plonger dans d'autres oeuvres de fiction sur la guerre du Pacifique de façon à remettre un peu de nuance et à varier les approches sur le sujet ; à cette fin, nous verrons bientôt ce qui se passe du côté du grand écran. 

 

 

 

 

(1) "Band of brothers" est une mini série de la chaîne HBO produite par le tandem Speilberg-Hanks, en 2001, relatant les faits d'armes de la Easy Company sur le front de l'ouest européen, de la préparation du débarquement de Normandie à l'effondrement du nazisme.

(2) New Yorkais issu d'une famille immigrée italienne, le Marine John Basilone reçut la médaille d'honneur pour ses actions lors de la bataille de Guadalcanal. L'armée et le gouvernement l'utilisa après sa décoration pour lever des fonds (war bounds) afin de financer la guerre.

(3) Robert Capa est un des plus grands photographes de guerre et photographe du XXème siècle. Il couvrit de nombreux conflits dont la deuxième guerre mondiale et en particulier le débarquement de Normandie sur Omaha Beach où il est le seul reporter présent pour Life magazine. Sur la centaine de photos qu'il prit ce jour là, 11 ont survécu à une erreur de manipulation d'un employé de Life qui, par mégarde, fit fondre ses négatifs. Les photos floues, tremblées témoignent de la violence des combats sur la plage devenue "bloody  Omaha" ou Omaha la sanglante.

(4) La bataille pour la prise de l'île volcanique d'Iwo Jima en février- mars 45 est une des dernières étapes militaires avant la rédition du Japon. 

(5) Enorme succès au Box-Office, "La liste de Schindler", oeuvre assez atypique à l'époque dans le filmographie de Spielberg, fut vendue en France (et sans doute ailleurs) comme une oeuvre de référence sur la Shoah. Ce discours fut renforcé par le travail entrepris par la fondation Spielberg de collecte des témoignages des rescapés du génocide. Le film a cependant fait l'objet de nombreuses critiques autant sur la forme que sur le fond, le travail de la fondation Spielberg est aussi sujet à réserves tant les témoignages recueillis sont normés et formatés. La fondation est aujourd'hui mise en péril suite  à l'affaire Madoff, le réalisateur ayant confié des fonds de sa fondation au financier, de l'ancien président du Nasdaq.

"Un zoo en hiver" de Jirô Taniguchi : devenir mangaka dans le Japon des années 60.

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Jirô Taniguchi est devenu, en quelques années, une référence en matière de manga avec les traductions et publications successives de ses oeuvres en France de "Quartiers lointains", au "Journal de mon père" en passant par "L'homme qui marche". Ses productions, proches par leur graphisme, de ce que nous connaissons en Occident, lui donnent une place un peu à part dans les réalisations pléthoriques en provenance d'Extrême-Orient. Mangaka dévoué aux oeuvres sérieuses pour ne pas dire dramatiques (gegika), Taniguchi, natif de Tottori, utilise,souvent la cartographie intime de ses personnages pour révéler la société japonaise dans son quotidien, ses pesanteurs, ses retenues et ses interdits.

Plus que leurs paysages, les oeuvres de Taniguichi sont précieuses pour pénétrer les mentalités japonaises, les implicites qui organisent les rapports familiaux, les moeurs nippones et les rapports sociaux, qu'ils soient abordés sous l'angle du travail ou du genre. Taniguchi construit ses mangas en disséquant la psychologie de ses héros, en nous faisant ressentir leurs troubles, leurs douleurs, leurs obligations au fil de pages dont l'élégance du graphisme tient beaucoup à la finesse du trait, à la précision apportée au décor. Ces planches toutes simples, dénuées de clinquant et d'outrance  extrêmement soignées, permettent aux mangas de Taniguchi d'être délivrés au public dans un équilibre subtil entre les images et le propos.

C'est justement l'angle autobiographique que l'auteur a choisi pour une de ses dernières publications françaises. 

Né en 1947, il a semble-t-il, été assez vite happé par son goût du dessin. "Un zoo en hiver" retrace son parcours de jeune homme débutant une carrière ennuyeuse dans une entreprise de Kyoto jusqu'à la publication de son premier manga. Taniguchi se présente comme un garçon atypique dans un monde étouffé par les pesanteurs familiales, dans lequel il est donc difficile d'aller contre les traditions et préjugés. S'entrainant à dessiner les animaux du zoo, il reste en marge des jeunes de son entourage, d'autant plus qu'il est affecté par son patron à la surveillance de sa fille, dont l'exitence est entachée d'une liaison hors mariage avec un homme. 

Rapidement engagé sur des chemins de traverse, notre futur mangaka, rebaptisé Hamaguchi, a l'opportunité, lors d'un séjour à Tokyo, d'intégrer un atelier de dessinateurs de mangas. Il y affute son style en faisant les décors des planches, tout en découvrant un milieu bohême, exigeant, mais relativement déconsidéré socialement, vivant en vase clos, et sacrifiant beaucoup à son art.

C'est la confrontation avec son frère qui permet de mettre en perspective les pesanteurs et les tensions qui traversent la société nippone. Celui ci étant l'ainé, il a sacrifié semble-t-il, ses goûts professionels à la nécessité d'assurer la subsitance d'une famille dont le père n'est plus. Il est à la fois fasciné par le travail de son jeune frère, qui a librement choisi sa voie, mais totalement incapable de considérer le métier auquel il se forme comme un travail à part entière. C'est tout un monde de frustrations, de choix contrariés, de responsabilités oppressantes qui affleure dans ces rapports fraternels. Ils ne peuvent, évidemment , constituer un tableau de l'ensemble de la société japonaise, mais ils en disent  suffisament sur son architecture et ses règles.

Et puis, il y a ce double passage initiatique (artistique et sentimental)  qui va mener l'auteur à la fois vers sa première publication dans le magazine "Shonen holiday" et vers sa première histoire d'amour. Taniguchi sur ce point particulier, est bien plus conformiste, en fait. Il n'aboutira à la publication de son premier manga qu'après avoir trouvé sa muse, souffert pour elle, déssiné et corrigé ses pages à l'aune de ses remarques, et avoir surmonté sa première grande épreuve sentimentale. Petit conte de fée de l'inspiration retrouvée par l'innocence de la jeune Mari, la dernière partie du "zoo en hiver" nous fait franchir les étapes de "l'accouchement" d'une première oeuvre. Le trait et la délicatesse des sentiments toujours exprimés de façon contenue,  permettent d'alléger le poids des clichés. Une certaine poésie plane sur la fin de cette histoire qui se tranforme en nostalgie, si familère aux habitués du maître, lorsqu'il se remémorre la publication d'"un voeu fait aux étoiles", moment à partir duquel il fut officiellement mangaka.

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"Tokyo sanpo" : la ville mondiale vue d'une chaise pliante.

par vservat Email

Comme il l'explique dans la préface de son ouvrage, Florent Chavouet, a passé 6 mois en 2006,  à Tôkyô, la "plus belle des villes moches". Il ne prétend pas, loin de là, donner dans "Tokyo sanpo" un compte rendu précis à usage touristique ou  documentaire de cette pieuvre urbaine, mais livre le regard d'un simple  promeneur, immédiatement plongé dans l'inconnu puisqu'à Tôkyô on "peut admirer un panneau de route tout simplement parce qu'il n'est pas comme chez nous". 

 

Florent Chavouet part donc arpenter la capitale japonaise, certains de ces quartiers en tous cas, "armé" de ses crayons, de son vélo et de sa chaise pliante. De Takanadobaba à Roppongi , d'Okubo à Shinjuku ou Shibuya, on suit son butinage tokyote avec délectation. Sans doute parce que les images que nous avons de Tôkyô, sont celles de la démesure, de la verticalité, de l'enchevêtrement, de l'urbanisme délirant et que Florent Chavouet, nous remet la ville en perspective, à hauteur d'homme, et que notre regard s'en retrouve totalement renouvelé, et certainement un peu bouleversé.

 

Chaque chapitre du livre s'ouvre par un plan du quartier  visité ; on entre ensuite dans chacun de ceux que F. Chavouet a exploré par un koban, ou commissariat de quartier (l'équivalent local du monument aux morts de 14-18, dit-il) devant lequel se trouve posté un policier amené à renseigner le chaland. Traquant le cocasse de la vie quotidienne (confrontation avec les taxis ou rencontre avec le "vieux bourré" à  Okubo, notament,) les paysages de la ville, son architecture, ses styles vestimentaires, ses héros anonymes,  ses mystères culinaires, l'agencement de ses maisons, "Tokyo sanpo" est tout autant une merveille graphique qu'un voyage unique et original dans la capitale nippone, succession de croquis librement inspirés des vagabondages de son auteur.

 

"Tokyo sanpo" a reçu le prix Ptolémée du festival internationalde géographie de Saint Dié des Vosges 2009.

Il a été chroniqué par G. Fumey sur le site des cafés géographiques : lire la chronique de Gilles Fumey sur "Tokyo sanpo".

F. Chavouet possède son site internet : http://www.florentchavouet.com/

 et un blog :  http://florentchavouet.blogspot.com/ . Ce sont des outils intéressants pour découvrir son très riche travail.

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