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Faire de la musique après Katrina : Les Brass Bands
Alo
rs que le carnaval de la Nouvelle-Orléans bat son plein, nous avons souhaité comprendre ce que le cyclone Katrina avait eu comme conséquences sur la scène des Brass Bands. Symbole de la tradition musicale de la ville, ces fanfares de jazz jouent le plus souvent dans les rues, lors des funérailles (les fameux jazz funerals) ou lors du Carnaval, pour le défilé du Mardi-Gras ainsi que sur scène. Composée d'une petite dizaine de musiciens, souvent moins, les Brass Bands emploient surtout des cuivres et des percussions.
Dans le cadre de notre "séjour" à la Nouvelle-Orléans, nous vous avons déjà parlé des Brass Bands à propos de la série Treme et de la scène rap de la ville, en particulier du style "bounce" (entretien avec Jean-Pierre Labarthe).
Pour nous éclairer sur la vitalité de cette scène, son rapport à la ville et à son passé et comprendre ce que Katrina a changé, nous avons donc posé quelques questions à un spécialiste. Nous avons demandé à Bruce B. Raeburn, professeur et responsable du centre d'archives du Jazz à l'université Tulane de la Nouvelle-Orléans, lui-même musicien (il est batteur), de nous servir de guide. Il a eu la gentillesse de nous donner quelques clés et de nous proposer une demi-douzaine de titres emblématiques joués et rejoués par les Brass Bands tout au long du XXème siècle jusqu'à aujourd'hui. Ces titres constituent la playlist que nous vous proposons après l'entretien.

[Le Young Tuxedo Brass Band en 1959, photographié par Lee Friedlander]
1. Pouvez-vous nous décrire la situation de la scène des Brass Bands dans la première moitié des années 2000, avant Katrina ?
Depuis la fin des années 1970, la scène des Brass Bands à la Nouvelle-Orléans a été d'une grande vitalité, émanant en partie des expérimentations de l'orchestre de l'Eglise Baptiste de Fairview, créée par Danny Barker. Ces expérimentations ont permis à des jeunes musiciens de Brass Band comme Leroy Jone, Gregg Stanford ou Gregory Davis (parmi beaucoup d'autres) de suivre différentes visions esthétiques, qu'elles soient traditionnelles ou plutôt expérimentales, comme celle du Dirty Dozen Brass Band. Danny leur a dit de travailler sur la discipline, la technique et le comportement, mais ne leur a jamais dicté un style. Les groupes des années 1980, comme le Rebirth BB, ou des années 1990, comme le Soul Rebels BB et le Hot 8, ont suivi les traces du Dirty Dozen, tandis que des orchestres plus traditionnels comme le Treme BB, le Young Tuxedo BB ou l'Algiers BB ont conservé un répertoire plus traditionnel. Cependant, de manière générale, le saxophone a progressivement remplacé la clarinette dans beaucoup de ces groupes, devenant l'instrument dominant parmi les instruments à anche. Malgré l'émergence de groupes plus jeunes avant Katrina tels que TBC (To Be Continued [à suivre], formé 3 ans avant le cyclone), le Rebirth et le Hot 8 étaient à la lutte pour les meilleures places dans les défilés. Le Soul Rebels BB avait décidé de ne plus participer aux défilés bien avant Katrina en vue de s'établir avec succès comme un ensemble Hip Hop sur le marché national.
2. Quels sont les quartiers de la Nouvelle-Orléans les mieux représentés pour cette musique et comment les groupes conçoivent-ils leur relation avec la ville dans son ensemble ?
Treme, Central City [à proximité immédiate du CBD] et Gerttown [entre Mid-City et Uptown, à l'ouest du centre] sont les zones privilégiées de la tradition des "second lines", mais le 9th [à l'Est du centre] et le 7th [au Nord du French Quarter] wards [arrondissements] sont aussi parfois concernés. Les groupes vont là où les Social Aid & Pleasure Clubs (1) qui veulent bien les employer sont situés. De ces quartiers, Treme est probalement celui qui a le plus fort pourcentage de musiciens de Brass Band résidants rapportés à la population dans un seul quartier, même si ils jouent dans toute la ville.
3. Comment Katrina a-t-il affecté les musiciens de la ville ?
Moins de travail et moins d'argent pour le boulot obtenu. Le remplacement des instruments a été la grande question pendant les deux premières années qui ont suivi l'ouragan, un problème largement résolu par Music Rising, de même que le problème du logement, une question plus difficile. Quelques musiciens ont pu profiter du projet Musicians Village dans le 9th ward, mais peu d'entre eux étaient des musiciens de Brass Band en raison du protocole de crédit en lien avec Habitat for Humanity (2) , qui excluait les musiciens qui ne retournaient pas leur déclaration d'impôts et avaient des problèmes récurents de crédit. Il y a eu des incertitudes dans quelques quartiers quant à la survie de l'héritage musical de la Nouvelle-Orléans. Cinq ans plus tard, nous pouvons dire qu'il a survécu, mais pas sans changement.
[Voici un petit extrait d'une parade cette année avec les Stooges. C'est filmé un peu vite, mais regardez et écoutez pour l'ambiance]
4. Comment Katrina et ses séquelles ont-ils changé la manière dont ces Brass Bands considèrent leur tradition musicale, eux-mêmes et leur ville ?
Katrina a forcé la plupart des musiciens de Brass Band à se pencher sur leur situation, ce qui a conduit à une résurgence globale de l'intérêt pour la tradition et pour le positionnement des groupes dans cette continuité. Les Soul Rebels ont réalisés beaucoup de services pour leur communauté en 2006, les Hot 8 ont travaillé avec le Dr. Michael White [Professeur, producteur et musicien] pour approfondir leur compréhension du répertoire traditionnel des brass bands et leur engagement dans celui-ci, au Sound Café en 2007. D'une manière générale, le cloisonnement entre traditionnel et moderne semble être devenu moins rigide, en même temps qu'une prise de conscience s'est opérée, permettant à chaque musicien de Brass Band d'obtenir une place d'honneur si ces compétences le lui permettent, peu importe le style.

[Baby Boyz Brass Band]
5. Y a-t-il un lien important entre la musique de Brass Band et le Hip Hop ?
Soul Rebels, Baby Boyz, Young Fellaz, TBC, Coolbone, Rebirth, The Stooge : Tous ces groupes ont exploré les synergies avec le Hip Hop, menant à l'émergence du "bounce" dans les années 1990 et, après Katrina, à une fusion des genres, des scènes et des publics dans des endroits comme Duck Off, sur Tureaud Avenue dans le 7th ward. Katrina semble avoir renforcé ce lien, tout en renouvelant en même temps l'intérêt pour le style et le répertoire traditionnels.
6. Pouvez-vous nous donner quelques titres des morceaux les plus représentatifs de la musique des Brass Bands ?
1. Bunk’s Brass Band, “Oh Didn’t He Ramble” (1944)
2. Eureka Brass Band, “Sing On” (1951)
3. Young Tuxedo Brass Band, “Joe Avery’s Piece (Second Line)” (années 1950)
4. Olympia Brass Band, “It Ain’t My Fault”. Titre créé en 1964 par Smokey Robinson et Wardell Quezergue, enregistré à de nombreuses reprises par l'Olympia BB et d'autres groupes.
5. Dirty Dozen, “My Feet Can’t Fail Me Now” (1984)
6. ReBirth “Casanova” (2001)
7. Hot 8 “Sexual Healing” (2007). Une version très New Orleans du tube de 1982 de Marvin Gaye.
Ecoutez ces morceaux dans la playlist ci-dessous. Certains morceaux n'étaient pas disponibles, j'ai donc parfois mis une version par un autre groupe ou un autre morceau du même groupe :
Propos recueillis et traduits par Aug (you can read it in english here). Merci à Véronique pour sa relecture attentive.
Un grand merci à Bruce Raeburn pour sa gentillesse et sa disponibilité !
Notes
(1) Les Social Aid and Pleasure Clubs sont des associations créées au XIXème à la Nouvelle-Orléans. Elles sont à l'origine de la tradition des "second lines".
(2) Habitat for Humanity est une ONG chrétienne oecuménique qui travaille dans le logementi. Elle construit des logements simples, abordables et convenables en partenariat avec les gens qui en ont besoin.
Liens
- Un entretien avec le Dr. Michael White, évoqué par Bruce Raeburn, sur l'évolution des Brass Bands avant et après Katrina, sur le jazz. Un podcast à écouter en anglais.
- Le Duck Off, lieu de synergie entre Brass Bands et Hip Hop.
- Le site des Archives Hogan du Jazz dirigées par Bruce Raeburn
- Le site du Dirty Dozen Brass Band
- Le site du Rebirth Brass Band
- Le site du Hot 8 Brass band
- Un site (en anglais) sur l'histoire des Brass Bands
Les autres articles de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans :
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Treme, Nola après Katrina
- Faire de la musique après Katrina
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
Treme : NOLA après Katrina

Le dieu des séries existe. Vous l'avez peut être déjà rencontré en visionnant sa création sise à Baltimore, intitulée "The Wire". Cinq saisons, 60 épisodes pour disséquer avec la précision d'un chirurgien ou nouer, avec celle d'une dentellière, les complexes relations entre les flics, les gangs, les dockers, les journalistes et les politiciens de cette grande métropole de l'est des Etats-Unis. Et autant pour faire naître, sous les yeux d'un spectateur ébahi, le quotidien sans concession, organique, poisseux des habitants de Baltimore avec lequel on se familiarise, dans lequel on sombre parfois, tant il est dénué d'angélisme et de manichéisme.

Autant dire, que "Tremé" (s'écrit "Treme" ou "Tremé" et se prononce "twemay") , nouvelle série de David Simon, qui donna vie à "The Wire", était attendue avec une certaine impatience...Saison 1 visionnée, le plus difficile maintenant est de patienter jusqu'à la deuxième et d'aller brûler un cierge pour que toutes celles qui suivront soient de la même facture.




[Albert Lambreaux dirige avec d'autres indiens une cérémonie funéraire.]

- "Katrina 2005, l'ouragan, l'état, et les pauvres aux Etats-Unis", EHESS, 2010
- "L'Amérique pauvre" , editions Thierry Magnier, 2010
- et sa contribution à "La riche histoire des pauvres", Institut de recherche de la FSu, éditions Syllepses, 2007
- Un article de la revue Vertigo : http://vertigo.revues.org/2096
- Un des derniers numéros du "Dessous des cartes" datant du 12/12/2010 : "Risques natrels, tous inégaux"
- Le site de l'office du tourisme de la ville
- Le site de la ville.
- Les dossiers du Times Picayune sur le site Nola.com en tapant Katrina das la barre de recherche.
- Site officiel de la série sur HBO
- Wendell Pierce, acteur emblématique de The WIre et de Treme, parle de son quartier natal de Treme à La Nouvelle-Orléans qu'il nous fait visiter. A voir absolument !
- Site officiel de la série sur HBO
- et sur l'Histgeoblog, un article que j'avais consacré à la série "The Wire, les territoires urbains des Etats-Unis"

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
et pour finir quelques morceaux choisis, bonne écoute !
Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans.
Depuis "Quelque part entre les ombres", la série Blacksad, dont le dernier et quatrième volume est sorti en septembre dernier, a su se constituer un public fidèle, pour ne pas dire fanatique.
Juan Dias Cazalès au scénario, Juanjo Guardino, au dessin et aux couleurs, forment un duo à la production incomparable. Des histoires aux allures de polars, un trait de crayon magnifique, une colorisation élégante, une ambiance finalement à nulle autre pareille (à la jonction entre la BD et le dessin animé, qui s'expique par le fait que Guardino a travaillé pour Disney), font de la parution de chaque nouveau tome un moment attendu avec fébrilité.
La patte de la série Blacksad réside également dans la nature de ses personnages qui sont, comme on le voit sur la planche ci-contre des animaux antropomorphes. Ils sont savamment choisis en fonction de leur rôle dans l'histoire, de leur tempérament; ce parti pris, allié à la finesse des intrigues de chaque volume, loin de désservir la narration, en la rendant moins crédible, fait mouche à tous les coups tant le choix est assumé et intelligent. (ci-contre une planche du tome 2 intitulé "Arctic nation" dans lequel les animaux polaires veulent dominer le monde).
Les 3 premiers tomes de la série nous emmènent donc dans le sillage de John Blacksad, grand matou, élégant greffier, noir et blanc, fin limier et détective privé de profession. Un privé très années 50 qui évoque les figures imposées du genre, de Boggart voire de Nicholson dans le "Chinatown" de Polanski. L'antropomorphisme constitue un vrai challenge et renouvelle le genre. Notre détective affublé de Weekly, goupil fouineur, qui l'accompagne à partir du tome 2 en travaillant pour le "What's News", conduit ses enquêtes qui se déroulent dans le paysage socio-politique des années 50 états-uniennes.
Petit rappel des excellents épisodes précédents...
![]()
"Quelque part entre les ombres" nous plonge dans le New York mafieux des années 50. John Blacksad doit résoudre le meurtre de la comédienne Natalia Wilford, qui fut également son grand amour. Son enquête l'amène sur la piste du puissant Ivo Statoc.

Une ambiance glaciale préside au déroulemet de l'intrigue du tome 2 des aventures du privé John Blacksad parti à la recherche de Dinah, une enfant de couleur. Toujours paré de son trench-coat mastic et de son costume-cravate impeccable, il doit affronter l'Arctic-Nation, parti extrêmiste défendant la supériorité des animaux à pelage immaculé. Ce deuxième volume de la série permet donc de revisiter les thèmes de l'Amérique blanche et de ses défenseurs regroupés notament dans le Klu Klux Klan.
Troisième tome de la série, où lon retrouve John Blacksad à Las Vegas. Notre matou aux moustaches lissées y retrouve un ami de jeunesse, devenu brillant scientifique, postulant d'ailleurs sérieux au Prix Nobel pour ses travaux sur le nucléaire, O. Lieber. Dans cette période marquée par le Maccarthysme et la chasse aux sorcières, la protection de John Blacksad est plus que jamais nécessaire pour sortir d'affaire son vieil ami.
John Blacksad, un privé à la Nouvelle Orléans : "L'enfer, le silence", tome 4.

Et nous voici enfin rendus à ce tome 4 qui se déroule dans une ville qui nous interesse beaucoup actuellement : la Nouvelle Orléans. Loin de Katrina et de ses flots dévastateurs (pourtant la couverture de l'album les évoquent superbement) , nous restons dans les 50's. Rien ne manque de l'imagier commun sur la ville. L'intrigue se déroule en plein carnaval de mardi gras, le jazz y est omniprésent, le gumbo se déguste à l'ombre des tonnelles, le vaudou est convoqué comme de bien entendu dans cette ville où se rencontrent aussi bien les cultures françaises que caribéennes.
John Blacksad est en mission. A l'article de la mort, Faust Lachapelle lui a demandé de remettre la main sur un des musiciens les plus talentueux de son label de musique jazz, Sebastian "Litlle Hand" Fletcher, pianiste et junkie, qu'il considère comme son fils. Epaulé par Weekly, notre félin se met en quête du musicien de clubs de jazz en bars à filles, alors que le carnaval bat son plein. Au fil de son enquête, un autre fils apparait, la femme de Fletcher accouche, ses amis musiciens se mettent à table et l'on comprend que Lachapelle ne s'appelle pas Faust pour rien.
On y rencontre des boucs maléfiques, un boxer déprimé, une guenon possédée, un canasson estropié. On regrettera peut être que la résolution de l'intrigue arrive de façon un peu abrupte et pas suffisament dévelopée, mais on ne boudera pas non plus son plaisir de se replonger au milieu de ce bestiaire haut en couleur.

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Treme, Nola après Katrina
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
E.S.T le groupe de jazz qui nous manque
En 2008, on apprenait la disparition dans un accident de plongée du leader du groupe E.S.T (Esbjörn Svesson Trio), Esbjörn Svesson. Le grand public commençait à connaître ce groupe de jazz un peu atypique.
http://www.telerama.fr/musiques/leucocyte,34133.php
JC Diedrich
Guru (1966-2010)

Une figure originale du hip-hop, le rappeur Guru, vient de disparaître. Grandi à Boston dans le quartier noir de Roxbury, Keith Elam (son vrai nom) est issu de la classe moyenne. Son père est juge et sa mère travaille dans le monde des bibliothèqyes. Après des études de commerce à Atlanta, il avait fait le choix de vivre à Brooklyn, New York, pour s'adonner à sa passion, le rap. Il crée en 1987 un premier ensemble déjà appelé Gang Starr. A la fin des années des années 1980, alors que le rap est partagé entre la rage et le son brut de New York (à l'image de Public Enemy) et le G-Funk Gangsta de la Côte Ouest (à la manière de NWA), une troisième tendance émerge, celle d'un hip-hop qui puise sa source dans le jazz et la soul. Le mouvement Native Tongue, qui rassemble De La Soul et A Tribe Called Quest, inspire toute une génération de rappeurs et de producteurs dont Guru et DJ Premier.

Associé au formidable producteur qu'est DJ Premier, (aka Chris Martin ou Primo, originaire de Houston), Guru lance alors Gang Starr sur de nouveaux rails. Les deux artistes (en photo ci-dessus, Guru est à gauche) sortent leur premier album en 1990 sur le label Wild Pitch : No More Mr Nice Guy. Les productions de DJ Premier puisent dans le répertoire du jazz et fonctionnent admirablement avec le rap créatif de Guru qui parle de la rue et de ses travers sans valoriser les protagonistes de la violence. La voix particulière de Guru et son flow font mouche. Il donne à son nom de scène une signification précise en en faisant l'acronyme de Gifted Unlimited Rhymes Universal.
En réalisant avec Branford Marsalis le titre "Jazz Thing" pour la bande originale du film de Spike Lee Mo'Better Blues, le duo lance une sorte de manifeste du jazz-rap qui a plus de succès que le film lui-même. Le succès se confirme avec l'album Step In The Arena (1991) qui les inscrit durablement dans le paysage du rap newyorkais. Daily Operation confirme cette place en 1992.
En parallèle, les deux artistes mènent plusieurs projets séparément. DJ Premier entame une brillante carrière de producteur pour de nombreux rappeurs (Nas, Common, Notorious BIG,...). Guru se lance de son côté dans le projet Jazzmatazz (un jeu de mot à partir du mot razzmatazz signifiant tape-à-l'oeil).
Il y rappe sur des morceaux joués par des musiciens de jazz comme Roy Ayers et Donald Byrd. De nombreux invités se joignent à lui comme MC Solaar. (à écouter dans la playlist) Le premier volume de Jazzmatazz sort en 1993. Trois autres suivent en 1995 (The New Reality), 2000 (Streetsoul) et 2007.
Gang Starr se retrouve pour l'album Hard To Earn (1994) à la tonalité moins jazz, , puis pour Moment of Truth (1998). Le début des années 2000 semble marquer un tournant dans leur collaboration et leur relation. Guru sort un album solo en 2001 (Baldhead Slick & Da Click) qui ne reste pas dans les annales. Leur dernier album commun remonte à 2003. Il s'intiltule The Ownerz. La tournée qui suit la sortie de l'album s'achève dans l'amertume et prématurément. DJ Premier décide de jeter l'éponge après un concert à Londres. A partir de cette date, les deux hommes entretiennent des relations compliquées. DJ Premier continue à être un des producteurs les plus demandés. De son côté, Guru continue à sortir des albums solos qui passent plus ou moins inaperçus. Il prête sa voix au jeu Grand Theft Auto (celle de 8-ball) et se rapproche d'un personnage quelque peu étrange, le DJ Solar. Celui-ci suscite la polémique en semblant avoir une emprise importante sur Guru, jusqu'à sa mort le 19 avril 2010 d'un cancer. Un message attribué à Guru est mis en ligne peu de temps après sa mort. Il refuse toute intervention de DJ Premier dans ses obsèques et la gestion de son oeuvre et accorde une place importante à Solar. Ce message sème le trouble, y compris dans la famille du rappeur, d'autant plus que Guru était probablement dans le coma depuis le mois de février.
Je vous ai sélectionné deux vidéos de Gang Starr et quelques titres emblématiques de Guru (en solo ou avec Gang Starr). Retrouvez une sélection de quelques titres de Guru sur l'excellent site abcdrduson. Pour lire le message "d'outre-tombe" de Guru (in english), c'est par ici. DJ Premier consacre un remix à son ancien partenaire sur son blog.
Retrouvez l'ensemble du dossier sur l'histoire et la géographie du rap
Une sélection musicale de rentrée (Augmix #11)
Commençons par un titre de Bob Dylan de 1965 "Highway 61 Revisited" où il évoque une autoroute coupant les Etats-Unis du Nord au Sud en reliant la Nouvelle-Orléans à sa ville natale de Duluth (Minessota) près de la frontière du Canada. La route de la liberté pour Dylan vers le sud et de nombreuses inspirations musicales, notamment le blues. Pour faire connaissance avec cette route, vous pouvez lire la série d'articles passionnants publiés cet été dans Le Monde par Nicolas Bourcier.
- Poursuivons avec Kamel El Harrachi, un chanteur algérien qui a repris le nom d'artiste de son père, auteur du célèbre "Ya Rayah" et figure du chaâbi. Son album Ghana Fenou, en même temps qu'un hommage à son père, est aussi son premier. Et cela semble très prometteur. Ecoutez plutôt... [Plus d'infos sur Mondomix]
- Petit détour par le Cap-Vert et par ....Rochefort avec la chanteuse Mariana Ramos. J'ai eu la chance d'assister à la répétition d'un de ses concerts cet été. C'était un vrai enchantement. Comme vous avez été sages, en voici un petit extrait filmé par mes soins :
- Allez, un peu de rap pour continuer. Je vous ai sélectionné un titre du groupe Sexion d'assaut qui s'intitule "Tu t'es ficha" (spéciale dédicace à Emma, Pierre et Hélène !). Ecoutez ces 8 MC parisiens, c'est un régal.
- Vous aimez le rap suisse ? Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, à part depuis quelques temps le rappeur Stress qui s'est rendu célèbre en s'attaquant au très populiste Christoph Blocher, leader de l'UDC, parti d'extrême droite un temps associé au pouvoir. Sa chanson "F**k Blocher" n'est pas sur Deezer mais je vous en ai mis deux autres qui sont plutôt conscientes.
Du rap toujours, mais pas seulement, avec Guru et son Jazzmatazz. Guru c'est la moitié de Gangstarr (avec DJ Premier), mais c'est aussi la volonté de créer une musique originale à partir de beaucoup de choses. L'expérience Jazzmatazz, entamée en 1993, c'est poursuivie en 1995, 2000 et 2007. Pour ma part, j'ai commencé avec le volume 3 intitulé Streetsoul qui m'a emballé. je compte bien explorer les autres volumes. Pour le moment, je vous ai choisi deux titres : Une reprise avec "Plenty", chanté en duo avec Eryka Baduh et "Certified".
- Direction l'Angleterre et l'East End londonien avec Speech Debelle, une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole, c'est le titre de son album et de l'une des chansons qui est magnifique :
Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). A la production, Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva dont je vous ai déjà dit du bien sur ce blog.[Plus d'infos sur Speech Debelle]
- Retour à la chanson pour terminer. Dans ma sélection du mois de mai, je vous avais sélectionné un titre de Melody Gardot. Depuis, j'ai pris la peine de véritablement l'écouter, et pas seulement sur internet. Ecoutez, c'est simple, c'est bouleversant, émouvant, apaisant. D'ailleurs c'est ce que j'écoute en écrivant cet article. Je vous ai choisi deux titres : Le sublime "Some Lessons" de son album Worrisome Heart et la chanson-titre de My One And Only Thrill.
Voici la playlist. Bonne écoute !
Quelques BD et mangas pour l'été
Aya de Yopougon (tome 4)
Je vous ai déjà longuement parlé des trois premiers tomes d'Aya de Yopougon écrits par Marguerite Abouet et dessiné par Clément Oubrerie. L'atmosphère d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, dans ces années 1980 où semble fonctionner le "miracle ivoirien". J'ai enfin réussi à lire le tome 4 qui, comme les précédents, nous fait entendre ce parler délicieux et plein d'expressions très imagées. Plus que les précédents, ce tome évoque les liens entre la Côte d'Ivoire et la France par le biais de l'émigration. Les dialogues les plus savoureux de l'ouvrage naissent de l'incompréhension entre un Abidjanais fraîchement débarqué et les Français qu'ils croisent, notamment dans le métro, haut lieu de la sociabilité parisenne... Par ces dialogues et des situations rocambolesques, les auteurs nous montrent la difficulté de l'intégration des immigrés malgré les bonnes volontés. On ne tourne donc pas en rond dans cette série décidément très réussie. On attend la suite annoncée pour l'automne chez Gallimard dans la collection Bayou de Johan Sfar (mais en avant-première cet été dans Libération).
Journaliste : A qui sert la presse ?
Mineo Mutsu est journaliste à Tôkyô au quotidien Maiasa Shimbun (shimbun veut dire quotidien en japonais). Il a un caractère bien trempé et va au bout de ses idées. Le scénariste Funwari (c'est un pseudo qui signifie moelleux...) et le dessinateur Masao Yajima nous montrent les dessous du journalisme d'investigation. En plongeant dans les histoires parfois sordides de la société japonaise sur lesquelles enquête Mineo, on mesure la difficulté du travail journalistique aux prises avec l'autocensure, les pressions poltiques et financières et le goût du sensationnalisme. Les auteurs enchaînent les enquêtes que l'on peut lire indépendamment, toujours en tentant de répondre à cette question mise en exergue : A qui sert la presse ? Une question encore plus aigüe avec la crise que traversent actuellement les journaux (disparition de journaux acentenaires aux Etats-Unis, concurrence de la presse en ligne,...). Le Japon, dont les journaux sont les plus diffusés au monde (plus de 10 millions d'exemplaires quotidiens pour le Yomiuri Shimbun !) n'échappe donc pas à cette réflexion.
Malgré ses défauts et sa vie sentimentale un peu difficile, on s'attache à Mineo et à ses combats qui semblent perdus d'avance pour la recherche de la vérité. Sa fille Sara est une précieuse alliée dans sa quête. Deux tomes sont déjà parus en français dans la très bonne collection Akata de Delcourt.
Voici enfin deux BD que je n'ai pas encore eu le temps de lire mais qui me semblent intéressantes :


Piscine Molitor : Une biographie de Boris Vian
L'artiste est mort il y a 50 ans cette année et de nombreuses publications reviennent sur son parcours et l'oeuvre. Cailleaux et Bourhis publient une BD dans la collection Aire Libre chez Dupuis.
Pour en savoir plus et écouter quelques uns des titres les plus connus du poète et musicien, rendez-vous sur l'histgeobox :
- 80. Boris Vian :"La complainte du progrès"
- 83. Boris Vian "La java des bombes atomiques"
- 153. Boris Vian:"le déserteur"
Une vie chinoise : la Chine au temps de Mao
Voici un mahnua qui n'a pas été édité en Chine. Il faut dire qu'elle aborde une période encore peu "refroidie" de l'histoire récente de la Chine : les années Mao, en particulier le "Grand Bond en avant" de la fin des années 1950. Trois tomes sont prévus chez Kana. Le premier intitulé "Le temps du père" vient de sortir. Le scénariste est européen mais a vécu en Asie, il s'agit de P.Ôtié qui a adapté l'histoire de Li Kunwu. Celui-ci est aussi le dessinateur puisqu'il a été pendant plusieurs années artiste au service de la propagande du régime communiste





28.03.11 09:59:00, 
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