Samarra


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Le jeu des hirondelles, une BD sur Beyrouth en guerre et bien plus encore

par died Email

BEYROUTH, 1984

C'est un peu dans la lignée de Persepolis de Marjane Satrapi que Zeina Abirached a publié en 2007, son magnifique album, Le jeu des hirondelles, mourir, partir, revenir. Le parallèle est bien sûr trop évident entre ces deux femmes : elles dessinent en N/B, une BD sur la guerre et le Moyen-Orient. Pour autant, il me semble que sur la forme et le dessin, il y a bien des différences que nous allons essayer de mettre en exergue ici.


Le point de départ de cette BD est un reportage télévisé datant de 1984 consultable sur le site de l'INA où l'auteur, Zeina Abirached reconnaît sa grand-mère interviewée par un journaliste où elle dit :

" Vous savez, je pense qu'on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici". Au moment, où elle prononce ces mots, on entend des déflagrations de mitraillettes.

"Ici", c'est en fait à Beyrouth pendant la guerre civile (1975-1990), il n'est pas question de présenter l'histoire très complexe du Liban. Rappelons, de manière très synthétique que le Liban est un ancien protectorat français et que depuis longtemps, il existe une communauté francophone importante. Indépendant en 1926, le Liban est un Etat où cohabitent principalement quatre communautés : les Chrétiens maronites, les musulmans sunnites, les chiites et les Druzes (musulmans hétérodoxes) qui vont se déchirer pendant quinze longues années. La présence de camps palestiniens et l'intervention des deux grands pays voisins (la Syrie et Israël) n'ont pas arrangé la situation.

 

Le récit de cette BD propose telle une tragédie classique, une unité de lieu et une unité de temps : le lieu est l'appartement à Beyrouth dans lequel, un soir, une petite fille et sa famille attendent le retour de leurs parents partis rendre visite aux grands-parents.

 

L'intérêt de cette BD est de décrire le quotidien d'une ville en guerre dans les années 80, le bruit des bombes, les difficultés quotidiennes (l'absence d'eau courante et de nourriture par exemple), la peur, l'attente, la destruction....
Sans jamais entrer dans le conflit, il se dégage au fil des pages, une universalité du quotidien des civils subissant la guerre qui nous amène à partager et à deviner de l'intérieur d'un appartement ce conflit sans jamais le représenter réellement.


 

 

Si le récit est une sorte de chronique, un peu à la Anne Franck.....la forme en est bien différente : Abirached prend le parti d'une stylisation du dessin : les personnages sont assez naïfs, avec une touche rétro dans leurs traits et des formes simples et géométriques (la chevelure des personnages est particulièrement stylisée). Elle utilise et abuse du noir qui est omniprésent sur les pages et surtout elle multiplie les effets visuels narratifs par des zooms, des gros plans d'objets, des répétitions ....on en arrive parfois à se rapprocher de l'abstraction par le biais de formes géométriques.....un vrai jeu visuel...


En cherchant à comparer, le style de ces personnages....J'ai enfin trouvé une comparaison (qui vaut ce qu'elle vaut) : les personnages me font, en effet, penser au générique d'une vieille émission des années 70 : histoire sans parole....dont voici un extrait.... hélas, je n'ai pas réussi à mettre la main sur le nom du dessinateur.



 

Enfin, je n'ai pas résisté à la mise en illustration de la tirade la plus célèbre de Cyrano...

 
Ainsi Zeina Abirached réussit à nous raconter une histoire avec beaucoup de poésie et de naïveté feinte qui dépeint de l'intérieur le conflit inextricable du Liban comme pour en exhorter tous ses vieux fantômes. D'ailleurs, elle a poursuivi dans ce sens en publiant également : Je me souviens, (Beyrouth) Catharsis et 38 rue Youssef Semaani qui sont présentés sur ce site.




JC Diedrich

 

Dans la peau d'un soldat israélien

par Aug Email

Si la guerre des Six-jours de 1967 est certainement un tournant dans le conflit opposant Israël à ses voisins arabes, l'invasion du Liban en 1982 marque également un changement important dans la société israélienne.

A cette date en effet, une partie de la société se met à douter sérieusement de la légitimité de certains combats. D'autant plus qu'une partie de ces combats a été décidée par des hommes qui ne respectaient pas toujours les volontés de leurs supérieurs. Il en est ainsi du ministre de la défense d'alors, Ariel Sharon, allant plus loin que ce que souhaitait le Premier Ministre Menahem Begin. Idem pour la prise de l'ancien château croisé de Beaufort au sud du Liban en juin 1982. Ce poste avancé israélien était ensuite le seul au nord du fleuve Litani.

 

Deux films récents (disponibles en DVD) évoquent ce tournant en insistant sur le traumatisme des soldats israéliens qui ont dû, sur le terrain, accomplir des missions peu glorieuses malgré les apparences : Permettre aux phalanges libanaises de massacrer les civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila à Beyrouth et servir de cibles vivantes au Hezbollah pour éviter une fuite "déshonorante" sur la frontière nord. Au-delà du contexte précis dans lequel ils s'inscrivent, ces films posent des questions universelles que les Israéliens n'ont pa complètement résolues (comme en témoigne la récente guerre à Gaza) : Comment un soldat doit-il se comporter face à des civils ? Le soldat doit-il obéir à ses supérieurs en toutes circonstances ?

 

Valse avec Bashir

 

Le réalisateur Ari Folman était soldat au Liban en 1982, il tente avec ce film d'animation très original, de se rappeler quel rôle il a eu lors du massacre de Sabra et Chatila. Retrouvez l'article que j'avais consacré au film et à cet évènement l'été dernier. (chronolgie, lectures,...)

 

Beaufort

 

Il s'agit au départ d'un roman de Ron Leshem qui évoque la dernière année de la défense de Beaufort avant son évacuation en 2000. Le narrateur est Liraz, un jeune officier plein de défauts et de qualités mais apprécié par ses hommes. La vie quotidienne du soldat est présentée de manière détaillée, les souffrances, les frustrations, l'amitié. L'invisibilité de l'ennemi renforce l'angoisse de ces hommes très différents dans le civil mais soudés  par la situation qui les rassemble.

 

Même si l'action se passe essentiellement dans ce morceau de territoire libanais contrôlé par Tsahal et des supplétifs libanais (la fameuse ALS) de 1982 à 2000, Ron Leshem nous offre une plongée passionnante dans la diversité de la société israélienne, divisée entre Ashkénazes et Séfarades, laïcs et religieux, pacifistes et nationalistes. C'est un très beau roman sur le traumatisme de la guerre, les difficultés de la réinsertion et le peu de considération dont bénéficient les soldats sur le terrain.

 

[Carte du Sud-Liban en 2000 avec la position du cchâteau de Beaufort; source]

Le film de Joseph Cedar ne restitue pas complètement l'atmosphère du livre même si Ron Leshem  a coécrit le scénario. Tout en contemplation, il ne nous plonge pas suffisamment dans les tréfonds de l'âme de l'officier Liraz comme le fait le roman.

 

Retrouvez des BD, des livres, des films, des musiques sur le Moyen Orient dans le dossier de Samarra.

 

 

J'aime bien-Avril '09 (Augmix # 8)

par Aug Email

Le rap doit beaucoup à la Jamaïque. Certains pionniers du genre, à l'image de DJ Kool Herc, étaient originaires de l'île. Le toasting a ainsi influencé le mceeing naissant dans le Bronx des Block Parties dans les années 1970. En dehors de New York, l'autre ville mondiale où réside une forte communauté jamaïcaine, c'est bien sûr Londres. Rappelons que l'île fut une colonie britannique jusqu'en 1962. C'est dans l'East End de Londres qu'a grandi Roots Manuva, britannique d'origine jamaïcaine. Son rap, en même temps qu'il a un fort accent cockney (celui de l'est londonien avec son propre slang), résonne des sonorités de Kingston, à commencer par le dub et le reggae. Je vous ai choisi deux titres de l'album Slime & Reason, "Again & Again & Again" en version instrumentale. Vous pouvez regarder le clip rien que pour voir Roots Manuva s'essayer au cricket, sans doute l'impact le plus durable de la colonisation britannique (songez à la place de ce sport en Asie du Sud comme dans les West Indies). Voici surtout le très envoutant et très mystique "Let The Spirit" :
 
 
  • Dans la série "chansons sur la crise", voici "Une époque formidable" de Ysae Feat. Anis. Bon, le titre n'est pas formidable, mais j'aime beaucoup le clip, une sorte de collage d'images d'archives du début du XXème siècle à aujourd'hui :
 
 
  • Positive Black Soul est un groupe formé à la fin des années 1980 par deux MC Sénégalais rivaux, Didier Awadi et Doug E Tee Tee. Ils élaborent un rap africain conscient et qui devient très populaire à l'image du titre "Boul Falé". Une biographie sur RFi musique.
  • Dans les années 1990, alors que Los Angeles devient la capitale mondiale du Gangsta Rap (promis je vous en parle bientôt dans le prochain épisode de la petite histoire du rap), plusieurs groupes développent un son particulier à Oakland, la ville des Black Panthers. C'est le cas de The Coup, groupe très politique proche du marxisme. Voici un extrait de leur album Pick A Bigger Weapon sorti en 2006. En 2001, le groupe avait dû modifier la pochette de son album Party Music, celle-ci, imaginée avant les attentats du 11 septembre, devait en effet montrer une explosion des tours du World Trade Center...
  • Savez-vous ce que des policiers ont trouvé comme technique pour empêcher des manifestants de trouver le sommeil ? De la musique pardi ! Il s'agissait de camper pendant une semaine pour protester contre la construction d'une centrale à charbon l'été dernier. Parmi d'autres musiques comme les Walkyries de Wagner, les policiers britanniques, pleins d'imagination et d'humour, ont diffusé abondamment la nuit avec des parleurs le morceau des Clash "I fought The Law" dont les paroles disent à peu près ceci : "J'ai combattu la loi et la loi a gagné"... En cherchant les paroles de cette chanson sur le net, je suis tombé sur une autre chanson très intéressante des Clash : "Washington Bullets". Julien vous en parle en détail sur l'histgeobox.
  • Vous avez sans doute remarqué le nombre important de films consacrés à l'immigration, notamment Welcome ou Eden à l'Ouest de Costa-Gavras. Du côté de la chanson, je suis tombé sous le charme de "Bien mérité" de Clarika, qui fait partie de son dernier album Moi en mieux. C'est frais et insolent à souhait. Les paroles sonnent tellement justes que les bras nous en tombent... "T'avais qu'à naître en France" ou "T'avais qu'à tomber du bon côté de la mappemonde, ben ouais !". Le clip est pas mal ficelé.
  • Je vous avais déjà sélectionné "Je chante la France" de Roçé, mais je vous la fait réécouter rien que pour entendre cette punchline :
 
"Personne n'a à me dire le pied sur lequel je danse Qu'elle m'accepte comme être multiple et je chanterai la France" Roçé
 
  • Direction le Moyen Orient avec Y.A.S. Il s'agit d'un duo électro-arabe composé du producteur d'origine afghane et italienne Mirwais et de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan. Lui a déjà travaillé avec Madonna. au programme, sonorités électro et musiques arabes. Un cocktail plein de pépites à découvrir.Plus d'infos sur Libé next.
  • Oxmo Puccino n'a pas son pareil pour raconter des histoires. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter son album L'arme de paix tout juste sorti en dehors de la chanson "365 jours". Par contre je viens de découvrir avec émerveillement l'album Lipopette Bar (sur le label mythique Blue Note). Tout l'album est un régal. Les sonorités très jazz grâce aux Jazzbastards, la voix d'Oxmo et ses paroles nous berçant au fil de l'histoire. Car tout l'album est une histoire, une sorte de polar où l'on croise belles pépés, flingues, malettes et parties de poker. J'adore cet album ! Pour vous mettre dans l'ambiance, allez voir le site.
  • J'ai pris comme un coup de poing dans le plexus le dernier titre de Kery James "Le retour du rap français". Il est à l'image du rappeur du 94, génial et ambigü... Il nous livre une sorte de rap d'anticipation, imaginant le futur de cette musique, entre tendances gangsta et surveilance policière. A l'image de Médine, on y croise quelques figures du rap conscient dont se réclame Kery. Le titre fait partie de son nouvel album Réel à paraître très prochainement, un an à peine après le succès d'A l'ombre du Showbusiness.

 

 

Voici donc ma playlist à écouter :


Découvrez Roots Manuva!

Samarra au Moyen Orient et en Asie Centrale (Histgeobulles 3)

par Aug Email

 Ce dossier recense les Bande-dessinées, les mangas, les films, périodiques et livres qui abordent l'histoire et la géographie de l'Asie centrale (y compris l'Afghanistan) et du Moyen Orient (y compris l'Iran). Pour les pays de l'Asie orientale et méridionale, voir notre dossier spécifique sur cette région.

 

Des BD qui sont parfois aussi des films (à moins que ce ne soit l'inverse...)

 

 

  • Zeina Abirached, Mourir Partir Revenir. Le jeu des hirondelles, Cambourakis, 2007. Beyrouth en 1984. Une jeune fille raconte le quotidien d'une famille dans le Beyrouth en guerre du début des années 1980.
  • Les auteurs de manhwa (la BD coréenne) n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplouse. Le premier tome est paru chez Hanguk.
  • L'un des auteurs de BD israéliens les plus connus, Uri FInk, livre régulièrement ses chroniques. Il raconte dans Israël-Palestine entre guerre et paix (Berg International) la vie d'un Israélien qui veut la paix mais "qui est entrainé dans des logiques qui le dépassent".
  • L'Américain Joe Sacco avait consacré plusieurs BD-reportages à la Palestine dans les années 1990, au moment où les premiers espoirs de paix liés aux acoords d'Oslo semblaient mettre fin aux abus les plus criants de l'occupation. Sa plongée pleine d'humour et d'intelligence dans le quotidien en Cisjordanie et à Gaza est très instructive. Joe Sacco, Palestine. Une nation occupée et Palestine. Dans la bande de Gaza parus chez Vertige Graphic en 1996. Retrouvez l'article consacré sur ce blog à un autre album de Joe Sacco sur la guerre en Bosnie, Goražde.
  • Comment devient-on terroriste ? (2) Shahidas. Des femmes terroristes en Egypte. Un entretien avec le scénariste Laurent Galandon.
  • L'italien Paolo Cossi nous offre un récit graphique pour comprendre le génocide arménien de 1915. La BD vient de paraître chez Dargaud. Cela s'appelle Medz Yeghern.
  • Ted Rall a plusieurs qualités, c'est un très bon reporter qui sait dessiner et qui a de l'humour. Illustration avec Passage Afghan, paru en 2004 et La route de la soie en lambeaux, annoncé pour août dernier et qui paraît enfin à La Boîte à Bulles. Rall est américain et a voulu se rendre compte sur place des effets de la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan après le 11 septembre 2001.
  • Kaboul Disco ou l'histoire de Nicolas Wild, dessinateur qui se retrouve à Kaboul en 2005. 2 tomes parus à La boîte à bulles.
  • Stéphane Clément. Chroniques d'un voyageur. L'engrenage turkmène par Daniel et Paûle Ceppi.

 

  • Faisons une place à part à la BD-reportage photo Le Photographe de Guibert, Lefèvre et Lemercier récemment rééditée en édition intégrale dans la collection Aire Libre chez Dupuis. Le photographe DIdier Lefèvre y raconte merveilleusement bien son voyage en Afghanistan  à l'été 1986, alors que le pays est envahi par les Soviétiques depuis 1979. Il accompagne une équipe de Médecins Sans Frontière encadrée par des moujahidines.

 

De la musique

 

  • "La Guerre du Golfe a eu sa (belle) part de désinformation (si, si, je vous jure, n'en déplaise aux journalistes qui trouvent qu'ils ont fait honnêtement leur travail), le chanteur Jean Leloup en a aussitôt fait une chanson érotico-sarcastique..." En 1990, c'est l'heure de la "conscientisation" par Jean Leloup
  • Médine, le rappeur du Havre, a consacré un titre de son album Jihad à Malcolm X et à Massoud, héros de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan : "Du Panshjir à Harlem"L'Algérino  reprend un concept proche dans son titre "Etoile d'un jour" sur son album Les derniers seront les premiers.
  • Une chanson du Colonel Bagshot sur la guerre des Six-jours de 1967.

 

 

  • Le groupe de rock russe DDT s'est rendu célèbre en 1980 par son titre  "Не стреляй!" ("Ne tire pas").  Iouri Chevtchouk et son groupe DDT deviennent alors célèbres... et suspects avec ce titre qui invite les jeunes soldats soviétiques à ne pas tirer ! Nous vous en parlons plus en détail sur l'histgeobox où vous pouvez écouter ce titre emblématique.
  • L'Afghanistan est également évoqué dans la chanson "Washington Bullets" des Clash en 1981. Plus de détails sur l'histgeobox.

 

    Des films

     

    La terre est un des enjeux essentiels du conflit qui oppose depuis plusieurs décennies Israël et les Arabes. Bien sûr, il y a également des enjeux symboliques non négligeables, ils se superposent et s'enchevêtrent sur cette terre que chacun s'accorde à penser comme sienne. Face à la complexité de ces enjeux, une approche trop manichéenne est souvent de mise. Le cinéma offre parfois, mieux que la télévision et internet, la possibilité de se plonger dans un univers qui nous est inconnu quand bien même il fait partie de notre univers médiatique.
    Deux films réalisés par des cinéastes israéliens nous permettent cette plongée.

     

    En kiosque

     

     

    Nous retenons pour ce dossier une conception très large de la notion de Moyen Orient incluant tous les pays suivants :

    Egypte, Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Irak, Iran, Koweït, Arabie Saoudite, Qatar, Barheïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Yemen, Afghanistan, Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan) et Caucase (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan).

    Pour le reste de l'Asie (orientale et méridionale), retrouvez la sélection de BD, mangas, manhwas et manhuas sur l'Asie.

     

     

Des BD pour comprendre le monde (2)

par Aug Email

 

  • L'Allemand Reinhard Kleist, dans Johnny Cash, Une vie (1932-2003) nous retrace la vie mouvementée, pleine de moments de gloire comme de désespoir du chanteur américain Johnny Cash. Paru chez Dargaud.
  • En rendant hommage à l'engagement des auteurs de BD républicains de l'après-guerre en Espagne, le scénario de Felipe H. Cava et le dessin de Federico del Barrio tentent de mettre fin au "pacte de silence" qui a permis la transition en douceur de la dictature de Franco à la démocratie. Dans leur BD, ils tentent de restituer l'atmosphère de l'Espagne franquiste qui a suivi la défaite des Républicains lors de la guerre civile (1936-1939). Bref, un des ouvrages qui contribue à sa manière à la réémergence de la mémoire douloureuse du XXème siècle espagnol. Le Piège est publié chez Actes Sud-l'an 2.
  • Dans les années 1980, deux adolescents bretons vont à l'étranger pour apprendre l'anglais. Rien que de très banal en somme. Sauf qu'ils se rendent pour cela en Irlande du Nord, alors en pleine guerre civile entre unionistes protestants et nationalistes catholiques. Entre activités habituelles des adolescents livrés à eux-mêmes et éducation politique, Kris et Vincent Bailly nous livrent avec Coupures irlandaises un récit très personnel (en grande partie autobiographique) à hauteur d'adolescent. Comme à son habitude (dans le remarquable Un homme est mort avec Etienne Davodeau), Kris nous fait découvrir à la fin de l'ouvrage les coulisses du projet et des éclairages historiques très pertinents. C'est publié chez Futuropolis.
  • L'un des auteurs de BD israéliens les plus connus, Uri FInk, livre régulièrement ses chroniques. Il raconte dans Israël-Palestine entre guerre et paix (Berg International) la vie d'un Israélien qui veut la paix mais "qui est entrainé dans des logiques qui le dépassent".
  • Israël toujours avec la publication en BD du travail remarquable d'Ari Folman et de David Polonsky (dessin) Valse avec Bashir. C'est l'histoire d'un ancien soldat israélien qui tente de se remémorer la part qu'il a prise ou non lors du massacre de Palestiniens à Sabra et Chatila perpétré par les phalanges libanaise avec la complicité de l'armée israélienne pendant l'invasion par celle-ci du Liban en 1982. Je vous avait longuement parlé du contexte de cet évènement lors de la sortie du film (Quelle est la situation du Liban en 1982 ?, Qui est Bachir ?, Que font les Israéliens au Liban?, Que s'est-il passé à Sabra et Chatila ?). Retrouvez plus de détails en lisant l'article.

 

Enfant-soldat : l'humanité au péril de la guerre

par Aug Email

 

 

Le premier procès qui vient de s'ouvrir devant la Cour Pénale Internationale concerne Thomas Lubanga, un milicien congolais accusé d'avoir enrôlé de nombreux enfants parmi ses troupes (en savoir plus ici). Je vous propose à cette occasion quelques lectures et des chansons qui abordent le drame des enfants-soldats.

 

Livres et témoignages

 

L'humanité de l'homme qui participe à la guerre en tant qu'acteur, sans même parler des victimes, est toujours mise entre parenthèse. L'enfant qui devient soldat, de gré ou de force, plonge encore plus profondément dans ces ténèbres. Certains de ces enfants, une fois sortis de cet enfer, tentent de se reconstruire par la poésie, la littérature ou le témoignage. C'est le cas d'Ismaël Beah, enfant-soldat en Sierra Leone (en photo ci-contre). Il a publié son autobiographie, Le chemin parcouru, dans laquelle il raconte son parcours et la difficulté de sortir de l'engrenage de la guerrre.

 

Sans remonter à des périodes trop éloignées, on peut dire que rôle des enfants dans la guerre n'est pas une nouveauté. Prenons le cas de la guerre d'Algérie. Le film L'ennemi intime, sorti en 2007, évoque cela par le personnage de cet enfant balloté entre les deux camps. A ce sujet,  voyez ce reportage sur Saïd Ferdi, 10 ans en 1954, auteur du livre Un enfant dans la guerre.

 

Autre témoignage, celui de Yussef Bazzi (ci-contre), aujourd'hui poète reconnu au Liban. Il avait 14 ans en 1981 lorsqu'il s'engage dans une milice pendant la guerre civile qui ravage le pays (1975-1990). Publié en 2005, son récit de ses années de guerre est aujourd'hui traduit en français.

"Tout est pris dans un brouillard de peur, d’euphorie mégalomaniaque, du sentiment de toute-puissance de celui qui remet sa vie en jeu tous les matins et ne s’en est pas encore trouvé puni de mort ou de mutilation."

(extrait du compte-rendu du livre dans Libération)

 

Du côté de la fiction, je signale aussi le roman d'Ahmadou Kourouma, Allah n'est pas obligé, paru en poche au Seuil.

 

Quelques chansons

Desartistes se sont emparés de ce sujet, je vous en ai sélectionné quelques uns (n'hésitez-pas à m'en signaler d'autres) :

  • Emmanuel Jal est lui-même un ancien enfant-soldat du Soudan. Il a réussi à s'enfuir et est devenu rappeur. Plusieurs de ses chansons comme "Warchild" racontent son expérience. Je vous en parle plus en détail de son parcours et de son excellent album ici.
  • Le groupe Dub Inc. a consacré une chanson au sujet qui s'intitule "Petit Soldat"
  • La délicieuse chanteuse canadienne Grace consacre une chanson de son album aux enfants-soldats, c'est "Who Will Tell Them".
  • Enfin, le rappeur Nas, sollicité pour la bande-originale du film Blood Diamond qui, outre le traffic de diamant (je vous en parlerais prochainement), dénonce aussi le sort des enfants-soldats, chante sur ces deux sujets  "Shine On".

 


Découvrez Grace!

 

Je vous invite enfin à consulter le remarquable travail géographique de Bénédicte Tratnjek sur les villes en guerre. Elle étudie en particulier la question des enfants-soldats.

[Photos : affiche de G. Voirin pour une exposition photo au FIG de Saint-Dié en 2008, guerre du Liban et Yussef Bazzi]