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Par dessus l'épaule de Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan. Une exposition de la National Gallery de Londres

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C’est vers 1482 que Léonard de Vinci quitte Florence pour Milan. Ludovico Sforza, qui règne sur la ville, attiré par les arts, mécène, entend faire de sa cité un modèle. Pour cela il lui faut rassembler tous les hommes de talents qui souhaitent se placer sous son patronnage bienveillant. 7 ans après son arrivée, Léonard de Vinci entre au service et à la cour du Prince ; il y reste jusqu’en 1499. Cette décennie est une des périodes les plus riches de sa vie de créateur.
 
 
A son arrivée à Milan, de Vinci est déjà précédé d’une solide réputation de musicien (il détient une lyre sans doute offerte par Laurent de Médicis qui règne lui sur Florence), de peintre et d’homme aux multiples compétences, en dépit du fait qu’il ne soit pas un homme de lettre (1). La protection de Sforza lui donne à la fois les moyens et les conditions nécessaires à l’exercice et à l’épanouissement de ses différents talents . Dans ces conditions, de Vinci va pouvoir déployer une véritable réflexion sur les rapports entre l’art, la nature et le divin en particulier dans le domaine de la peinture dont il va faire exploser au passage quelques règles canoniques.C’est moins la quantité d’oeuvres, finalement peu nombreuses, que le cheminement de de Vinci vers leur création que l’exposition londonienne nous donne à voir. Comment de Vinci révolutionne les règles en place, comment il nourrit son art d’autres disciplines dans lesquelles il excelle et comment il transforme les sujets de ses toiles en quelque chose qui dépasse la nature et le pouvoir de l’homme, tel est le sujet de cette exposition, qui propose en outre, en bonus, d’admirer une toile du mâitre récemment restaurée et attribuée (Le "Christ en Gloire").
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La visite se fait en 7 salles autour d’un nombre restreint d’œuvres puisque De Vinci n'a pas peint plus de 20 toiles, dont seulement 15 nous sont parvenues et 9 sont réunies ici. Son influence dans l’histoire de la peinture n'en fut pas pour autant moins déterminante.
 
A partir de croquis, d’esquisses, de dessins (parfois très sommaires et marqués par des tatonnements graphiques révélateurs d’une recherche intense), le spectateur pénètre l'esprit, et cerne les intentions du créateur. C’est un des tours de force de l’exposition car par ce parti pris muséographique, les organisateurs de l’exposition ne laissent jamais le visiteur écrasé sous le poids du talent de de Vinci . Au contraire, on se sent valorisé parcequ’il nous est offert de comprendre sur le cheminement intellectuel de l’Italien quand il entre en processus créatif. Du simple mais néanmoins magnifique gribouillis à l’étude plus poussée d’une partie du corps, jusqu’aux études graphiques calibrées et disséquées à l’aide de la géométrie ou des mathématiques pour tendre vers la perfection et l’équilibre ultime des formes et proportions, on observe à loisir le coup de crayon du maître pour finalement aller le rechercher et le retrouver dans l’oeuvre finie. C’est ainsi que se révèle la force de Leonard de Vinci, et il est aussi interessant de voir que le qualificatif de génie qu’on lui accole à tort et à travers est bien le fruit d’un travail, de tatonnements, d’audaces et d’essais parfois validés, parfois infructueux.
 
 
On perçoit aussi, de la position d’accompagnateur du travail de l’artiste qui est la nôtre lors de la visite, à quel point de Vinci a modifié les règles de l’art de son époque, innové en matière de composition, de représentation, innovations audacieuses et périlleuses qui pourtant expliquent son influence multiséculaire sur l’art de peindre. Il donne raison, par ses extraordinaires productions, à son bienfaiteur, car dégagé de toutes contraintes matérielles (et avant tout financières) qui auraient pu entraver sa créativité, il entraine dans son sillage de jeunes talents qui permettent d’hausser Milan au rang de grande capitale artistique de la Renaissance des arts.
 
 
 
Sans dévoiler le sel de l’exposition on peut s’arrêter sur quelques exemples frappants . Quand il arrive à la cour de Milan de Vinci réalise deux portraits de femmes : le premier est celui de la toute jeune maitresse de Sforza âgée de 16 ans, Cecilia Gallerani, "La Dame à l'Hermine". Alors que ses contemporains réalisent des portraits de profil, souvent très rigides dans leur pose, De Vinci révolutionne le genre en peignant la jeune femme de ¾. L’hermine qu’elle tient symbolise la pureté, le fond noir permet de détacher le buste de Cecilia du support, donnant une grand impression de relief au tableau. Son port de tête de et sa pose de ¾ laissent penser qu’on vient de l’appeler et qu’elle tourne la tête comme pour écouter. L’effet est totalement saisissant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le second portrait féminin, celui de « La Belle Ferronnière » (peut être la femme de Sforza, Beatrice d’Este), incorpore les règles de la géométrie. De Vinci enrichit son travail de protraitiste afin d’obtenir une beauté parfaite. De nouveau de ¾, cette « Belle Feronnière » joue sur la symétrie et l’équilibre, autant que sur la finesse des traits restitutant une beauté idéalisée qui transcende le simple portrait de la femme qu’il représente pour atteindre au divin.


Autre exemple très parlant, la mise en mirroir des deux « Vierges aux Rochers » de de Vinci. Exposées de part et d’autres d’une vaste salle la première Vierge date de 1483-1485, la deuxième de 1491-1492 et 1506-1507. Ce que l’on peut aisément mesurer est l’importante transformatIon qui s’est opérée entre les deux versions. Il faut préciser que c’est une toile de commande de la confrérie de l’Immaculée Conception, commande que l’artiste aura du mal à satisfaire. Alors que sur la première, il investit le sujet dans sa représentation la plus naturelle, détaillant l’arrière plan, jouant d’une palette de couleurs limitée ne faisant ressortir que certaines d’entre elles, travaillant le drapé des tissus, il s’en tient pour la deuxième à un arrière plan moins détaillé, une palette de couleur très réduite et travaille avant tout l’orientation de la lumière. D’une scène quasi champêtre, il tire en deuxième version un tableau habité par le divin en raison des évolutions opérées sur l’éclairage des visages notamment. Entre les deux toiles les murs exposent les dessins, esquisses, études au crayon de de Vinci sur les mains, les visages, les drapés.






















Inutile de dévoiler le reste de l’exposition pour comprendre son intérêt et sa richesse même si on n’est pas un adorateur de de Vinci. C’est intelligent sans être pesant, et en dépit de la fréquentation très dense du lieu on a vraiment l’impression de ressortir de l’aile Sainsbury de la National Gallery en ayant appris et compris beaucoup. C’est une exposition également exceptionnelle puisqu’elle réussit l’exploit de réunir de façon inattendue un nombre conséquent de toiles du maître, d’ordinaire dispersées aux quatre coins du globe. Aucun musée n’avait pris jusqu’alors le risque de mener à bien ce pari , la National Gallery l’a fait et c’est une réussite.


(1) Lire à ce sujet la très intéressante mise au point de P. Brioist de l'université de Tours.

Un monde de Rap (1-II) Royaume-Uni

par Aug Email

 

 

 [De gauche à droite et de haut en bas : Bomb The Bass, Compil' Black Whole Styles, Roots Manuva, Dizzee Rascal, Roll Deep, Wiley, Tinchy Stryder, Chipmunk, N-Dubz, Professor Green, Jammer, Tinie Tempah, The Streets, Speech Debelle et M.I.A.; Faîtes un clic droit sur l'image pour l'aggrandir]

 

Article à lire, voir et écouter en cliquant sur le lecteur ci-dessous ou en podcast. Playlist complète, carte, sources et liens à la fin.

 

 

Retrouvez la première partie sur les années 1980 et 1990 en cliquant ici.

 

 

  •  De Roots Manuva à Dizzee Rascal

 

  J'ai terminé la première partie de la présentation de la scène rap britannique par Roots Manuva qui émerge à la fin des années 1990. Entamons cette deuxième partie sur les années 2000 par le même Roots Manuva puisqu'il est toujours, en ce début de deuxième décennie du XXIème siècle, l'une des locomotives du rap made in UK. Je vous fait écouter deux extraits de titres issus de son dernier album Slime & Reason, sorti en 2008. Observez-le d'abord dans "Again and Again" jouer une partie de cricket très originale puis dans le mystique et magnifique "Let The Spirit".

 

 

 

 

 

 

 

 

L'autre tête d'affiche du rap britannique, c'est donc Dizzee Rascal. S'il vit aujourd'hui dans la douce quiétude de la campagne anglaise au coeur du Kent, il a grandi à Bow, au nord-ouest de Londres. Son père est Nigérian et sa mère Ghanéenne.

A 19 ans en 2003, il a obtenu le Mercury Prize (prix annuel décerné depuis 1992 au meilleur album britannique ou irlandais) pour Boy in Da Corner, une première pour un rappeur. Il a depuis enchainé trois autres albums et autant de succès jusqu'à Tongue N' Cheek sorti en 2009. Son tube le plus connu, c'est "Bonkers" c'est-à-dire cinglé... "Certains pensent que je suis cinglé mais je suis juste libre !"

 

 

 

 

 

  • Le "Grime", émergence du style UK ?

 

Dizzee Rascal est souvent annoncé comme le meilleur représentant du style "grime" c'est-à-dire "sale". Sale par l'univers décrit par les MC, par la rythmique plutôt violente inspirée du dancehall jamaïcain, par la rapidité du flow, les phrases courtes, les mots répétés.  Mais le grime c'est aussi  une décomplexion à rapper sans dissimuler son accent, le langage et les sujets de tous les jours. C'est le moment décisif où les rappeurs vont cesser d'imiter le rap américain. Wiley est sans doute celui qui marque la rupture, il est le "parrain" du grime. Le grime se développe donc à la fin des années 1990, au sein d'une riche scène underground (entre rave, jungle et style garage) dans le quartier de Bow au Nord-Est de Londres. C'est l'épicentre du MCing britannique.

Dizzee Rascal est celui qui va faire émerger cette scène au grand jour. Il fait alors partie d'un collectif créé en 2002 : Roll Deep. Ce collectif compte également Wiley (Photo ci-contre) et  Tinchy Stryder. Si Roll Deep continue son chemin sous l'impulsion de Wiley, c'est sans Dizzee et Tinchy Stryder qui  ont entamé avec succès une carrière solo. Rascal rejette d'ailleurs le terme grime qu'il considère comme une invention de toutes pièces par des journalistes. Wiley préfère lui parler d'Eskibeat. Sur les traces de Rascal, de nombreux artistes prennent le micro et connaissent le succès. Le grime a même sa série télé interactive : Dubplate Drama.

 

Inspirée par le grime et par les disques de Salt-N-Pepa qu'écoutaient sa mère, la jeune rappeuse Lady Sovereign a grandi dans un HLM à Wembley. Son ascencion est très rapide puisqu'elle a signé un contrat avec Def Jam après avoir bluffé Jay-Z qui lui demandait un freestyle...

Toujours dans la mouvance Grime, le très jeune Chipmunk (né en 1990, de Tottenham) a été consacré meilleur artiste Hip-Hop en 2009 aux MOBO awards (MOBO signifie Music of Black Origin). Dans le même temps, le trio N-Dubz (de Camden Town au nord de Londres) était sacré meilleur groupe. Le groupe, créé en 2000, a produit deux albums en 2008 (Uncle B) et 2009 (Against All Odds). Chipmunk et N-Dubz ont été, avec Tinchy Stryder, les plus gros vendeurs de disques Hip-hop en 2009 au Royame-Uni.

Même si certains comme Dappy de N-Dubz se distinguent souvent dans la rubrique des faits divers, ils savent aussi se mobiliser pour des bonnes causes comme pour ce titre de 2009 "I Got Soul" qui dénonce l'utilisation des enfants-soldats. Le collectif Young Soul Rebels rassemble entre autres Chipmunk, Tinchy Stryder et N-Dubz.

 

De nombreux rappeurs comme Professor Green (vidéo ci-dessous), Jammer  et Tinie Tempah s'inscrivent également dans ce courant. Le rap britannique ne se limite pas au grime, nous allons le voir. D'ailleurs il y a aussi quelques gangstas comme Giggs.


 

 

 

  • Diversité

 

Dans un autre style, le rappeur The Streets (de son vrain nom Mike Skinner), originaire de West Heath à Birmingham, a déja sorti quatre albums depuis 2002 et est un des rappeurs les plus connus du pays.

 

 

 

Autre lauréate du Mercury Prize, cette fois-ci en 2009, la jeune Speech Debelle, récompensée pour Speech Therapy. De son vrai nom Corynne Eliott, elle est née en 1983 à Londres. Elle grandit sans père avec sa mère jusqu'à l'âge de 19 ans (écoutez la très belle chanson qu'elle écrit à ce père qu'elle n'a jamais connu "Daddy's Little Girl"). Elle quitte alors sa mère et va vivre quelques années dans la précarité. Une expérience qui constitue en grande partie la toile de fond de son premier album Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). Speech Debelle est en effet une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole. L'album est sorti en 2009 sur le label Big Dada et est produit en partie par Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva. Manuva que l'on retrouve en featuring sur "Wheels In Motion". L'ensemble de l'album est une petite merveille qui mêle sonorités jazz et folk.

Malheureusement, le succès commercial n'a pas été au rendez-vous, des concerts ont été annulés (dont un à Nancy...) et Speech Debelle a décidé de rompre avec son label.  Aux dernières nouvelles, les choses se seraient arrangées... Elle travaille en ce moment sur un nouvel album annoncé pour bientôt, ça s'appellera The Art of Speech.

 

 

 

 

 

Enfin pour terminer évoquons un personnage inclassable et détonnant, que l'on ne peut bien sûr enfermer dans le seul Hip-hop : M.I.A. Elle est née à Londres, mais a vécu une partie de son enfance au Sri-Lanka, d'où ses parents sont originaires. Elle fait partie de la communauté tamoule, minoritaire au Sri-Lanka. Elle revendique fièrement cette origine et n'hésite pas à parler d'un "génocide" pratiqué par la majorité cinghalaise de l'île. Cela lui a valu de nombreuses menaces, y compris de l'armée srilankaise. Elle est davantage inspirée par le rap américain. Elle a connu la célebrité grâce au titre "Paper planes" qui figure dans la B.O. de Slumdog Millionnaire et dans lequel elle sample "Straight to Hell" des Clash ("Paper Planes" a lui même été samplé par Kanye West, voir ici). Elle vient de sortir son troisième album : Maya.

 

Voilà, tout ceci n'est qu'un aperçu subjectif. N'hésitez pas à me signaler erreurs, omissions et suggestions. Hope you enjoyed the vibe !

 

 

Découvrez la playlist UK Rap (II) avec Roots Manuva

 

Retrouvez tous les artistes évoqués dans la carte du hip-hop ci-dessous :

 


Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande

 

 

 

Sources et liens :

 

 

Un monde de Rap (1-I) Royaume-Uni

par Aug Email

 

 

 [De gauche à droite et de haut en bas : Bomb The Bass, Compil' Black Whole Styles, Roots Manuva, Dizzee Rascal, Roll Deep, Wiley, Tinchy Stryder, Chipmunk, N-Dubz, Professor Green, Jammer, Tinie Tempah, The Streets, Speech Debelle et M.I.A.; Faîtes un clic droit sur l'image pour l'aggrandir]

 

 

Inaugurons cette nouvelle série évolutive sur le rap dans le monde par une scène plutôt méconnue, celle du Royaume-Uni. Dans une première partie, nous évoquerons les années 1980 et 1990 avant d'aborder les années 2000 la semaine prochaine. Nous poursuivrons ensuite notre tour du monde par des pays comme l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Canada et bien d'autres. Cet article est disponible en podcast, vous pouvez donc l'écouter avec le lecteur ci-dessous ou le télécharger en vous abonnant au flux des podcasts de Samarra. Vous trouverez au fil de cet article des vidéos et à la fin une playlist et de nombreux liens pour écouter les titres évoqués en entier. ENJOY !

 

 

 

 

 A l'heure d'entamer cet aperçu du paysage rapologique du Royaume-Uni, posons-nous cette question : le rap britannique est-il un rap de seconde catégorie qui n'aurait jamais pu se développer à l'ombre du grand frère américain ? En juillet, le nouveau Premier Ministre britannique David Cameron a reconnu lors de sa visite à Washington que le Royaume-Uni était le "junior partner" (partenaire de rang inférieur) dans la relation spéciale entre les deux pays. Est-ce également vrai pour le rap ? Quelques éléments de réponse.

 

 Il est vrai que le rap britannique est longtemps resté embryonnaire,  mais il semble avoir pris son envol depuis les années 1990. Les amateurs de rap d'Outre-Manche ont longtemps assouvi leur passion en écoutant le rap américain, d'autant plus qu'il n'y avait pas la barrière de la langue (seulement celle du slang....).  Depuis les années 1990, ce n'est plus tout à fait vrai grâce à quelques pionniers. Essayons d'y voir un peu plus clair et de voir ce qui fait la spécificité du rap made in UK.

 

 

  • Qui et où ?

 

 Comme aux Etats-Unis et en France, les rappeurs sont souvent mais pas exclusivement issus des minorités, en particulier les immigrés ou descendants d'immigrés des anciennes colonies britanniques comme les West Indies (Jamaïque, Caraïbes), l'Afrique (Nigeria, Ghana) et le sous-continent indien (Sri Lanka, Inde, Pakistan). Mais précisons, et  c'est sans doute une spécificité , que la scène Hip-Hop a toujours mêlé des rappeurs de toutes origines.

Nous allons essentiellement ici parler du rap anglais et principalement de ce qui se passe à Londres. Je ne suis pas suffisamment pointu pour vous parler du rap écossais, gallois ou nord-irlandais, pour autant qu'il existe véritablement !

A la question posée par le magazine Start Up en septembre 2008 : "Pourquoi le Hip-Hop n'a-t-il jamais vraiment percé au Royaume-Uni ?", Roots Manuva répondait : "Commercialement, c'est vrai. Mais philosophiquement, il a pris. La scène est simplement plus petite. Je crois que le multiculturalisme est spécifique à Londres et Birmingham [La deuxième ville anglaise avec plus d'un million d'habitants, 3,8 avec l'Aire urbaine]. Les régions sont lentes à s'adapter. Il y a des petites scènes hip-hop originales comme à Cambridge, Leeds, mais ça reste petit."

Si on regarde la carte du Hip-Hop au Royaume-Uni, Londres est  donc surreprésentée, en particulier ses quartiers péricentraux de l'Est (Bow en particlier) et du Sud.

 


Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande

 

Mais revenons un peu en arrière et précisément aux années 1980.

 

 

 

  • Les pionniers : Tim Simenon et Bomb The Bass

 

 [Tim Simenon au milieu des années 1980; source]

 

En 1987, Tim Simenon, crée le groupe Bomb The Bass. Il est originaire de Brixton, un quartier multiethnique du sud de Londres qui compte une forte communauté caribéenne. Ce quartier a connu des émeutes retentissantes en 1981 suite à la multiplication excessive des contrôles de police, puis de nouveau en 1985 et 1995.  Dans sa musique, Simenon recourt massivement au sampling. En 1988, assisté de Pascal Gabriel, il se lance dans la réalisation du titre "Beat Dis", présenté au départ comme une production underground newyorkaise. Il est très inspiré par le son de New York. A l'image du "mur du son" du Bomb Squad (les producteurs de Public Enemy), Bomb The Bass empile les samples, pas moins de 72 pour le titre "Beat Dis" qui est un gros succès (2ème au Box-office britannique). Public Enemy est d'ailleurs samplé ainsi que de nombreux artistes hip-hop (Bambaataa, EPMD, Funky 4+1, Scholly D). L'inévitable Funky Drummer de James Brown et Prince sont également de la partie (La liste complète ici). Même si la direction prise ensuite par Simenon et le Bomb The Bass les emmènent davantage vers la dance et la house, preuve est faite que le hip-hop peut s'enraciner en terre anglaise. Pendant une dizaine d'années, de nombreux rappeurs se lancent dans le game, avec plus ou moins de réussite. Les maisons de disque, au départ enthousiastes, retirent peu à peu leurs billes du hip-hop qui continue pourtant en mode underground. Signalons Three Wize Men, Hijack, London Posse, Silver Bullet, Black Prophetz, Gunshot, Rodney P ou The Creators qui font partie de la première génération du hip-hop au Royaume-Uni. Au milieu des années 1990, beaucoup de chemin reste encore à parcourir...

 

 

  • Le rôle de Big Dada

 

En 1997, le label Ninja Tune lance Big Dada, sa branche consacrée au Hip-Hop. A l'origine de cette initiative, le journaliste  Will Ashon (ci-contre photo trouvée sur son blog). Ashon était frustré car personne ne pouvait se procurer les titres obscurs dont il parlait dans ses articles. Au mariage d'un de ses amis, il croise Peter Quicke du label Ninja Tune. Il le convainc de sortir un premier single pour voir. Il s'agit de "Misanthropic" du duo Alpha Phryme (voyez ici la version originale). Il faut alors un nom au nouveau label. En hommage au rappeur du Bronx Kool Keith, qu'Ashon surnomme Mac Dada, ce sera Big Dada. Au début, seuls des singles sortent sur le label.

Puis, un peu comme en France, une compilation va mettre sur orbite quelques artistes. En 1998, Big Dada sort donc la compil Black Whole Styles. Elle rassemble le meilleur du rap britannique dont Roots Manuva et l'Américain Saul Williams. C'est en 1999 que Big Dada décolle vraiment en signant le prometteur Roots Manuva. Celui-ci pose comme condition la production d'un album entier. En parallèle, plusieurs rappeurs américains trouvent, de manière fugace ou plus durable, un refuge musical propice à leurs créations au Royaume-Uni, à l'image de MF Doom ou de Saul Williams.

 

 

  • Roots Manuva  : la locomotive

 

 Avec Brand New Second Hand en 1999 (signifiant quelque chose comme "Une occasion toute neuve"), Roots Manuva obtient la reconnaissance. De son vrai nom Rodney Hilton Smith, il est né en 1972. Ses parents sont venus de Jamaïque mais il grandit à Stockwell au Sud de Londres. La musique sur laquelle il rappe est très inspirée par l'univers sonore jamaïcain (dub, ragga, reggae). Pourtant la musique profane n'était pas la bienvenue dans sa famille. Son père est un pasteur pentecôtiste qui lui a donné une éducation très stricte. Mais comme le dit Roots lui-même, c'est finalement la rue qui l'a emporté. Influence jamaïcaine donc pour la musique. Ajoutez à cela beaucoup d'humour et un délicieux accent cockney (l'accent des quartiers populaires de l'Est et du Sud de Londres). Pour vous donner un petit aperçu de l'humour à la Roots Manuva, regardez ces trois clips que je vous ai choisis. Le premier c'est celui de "Witness (1 hope)", son plus grand tube, issu de son deuxième album (Run Come Save Me). N'ayant rien gagné lors des jeux auxquels il participait à  l'école primaire, il revient  dans celle-ci vingt ans plus tard pour se rattraper...

 

 

Voici donc la playlist des titres évoqués cette semaine et de nombreux autres :

 

Découvrez la playlist UK Rap (I) avec Toastie Tailor

 

 

D'autres clips de Roots Manuva la semaine prochaine et la suite de cet aperçu de la scène rap avec la naissance du Grime et son émergence grâce à Dizzee Rascal.

Sources et liens dans l'article qui couvre la deuxième époque, celle des années 2000.