Samarra


Tags: michigan

Du Blues pour la Ford T

par Aug Email

[Henry Ford posant à côté d'une modèle T en 1921; source]

Premier véhicule produit en masse, la Ford T a profondément marqué l'imaginaire collectif des Américains dans la première moitié du XXème siècle. Il est donc normal que l'une des musiques emblématiques de cette période, le Blues, s'empare de l'affaire.

J'ai donc sélectionné pour vous quelques uns de ces blues en particulier le "Model T Blues" de Walter Roland, qui parlent de Ford et de son modèle T. Vous pouvez les écouter et en apprendre plus sur l'histoire du taylorisme, du fordisme et de la Ford T, affectueusement surnommée "Lizzie".
 

Connaissez-vous bien la Motown? (playlist, blindtest et quizz).

par blot Email

Les Temptations et les Supremes, deux groupes phares de l'écurie Motown.

 

Sélections de huit titres de la Motown.

1. Marvin Gaye et Tammi Terrell: "Ain't no mountain high enough". Chanson parfaite interprétée par le duo prometteur Marvin Gaye et Tammi Terrell. Tous deux enregistrèrent un album en commun, mais le décès prématuré de la chanteuse mettra un terme à leur collaboration. Le malheureux Marvin sera pou sa part assassiné par son père.

 

2. Gladys Knight and the Pips: "I'll be there (when you get home)." Les très nombreux enregistrements de la chanteuse épaulée par ses Pips attestent de sa créativité sans cesse renouvellée. Les sonorités rappellent ici la deep soul sudiste, ce qui permet de nuancer l'oppoisition systématique entre une soul profonde et bluesy (celle de  Stax) et une musique pop très édulcorée (qui serait celle de la Motown).

 

3. Temptations: "Message from a black man". La carrière des Temptations connaît un virage fondamental avec l'arrivée derrière les manettes du producteur Norman Whitfield. Cette soul psychédélique est en effet à des années lumières des ballades romantiques de leurs débuts ("My Girl", titre absolument irrésistible au demeurant).

 

4. The Funk Brothers: "Bernadette". Instumental stupéfiant où la basse de James Jamerson fait des ravages.

 

5. Diana Ross and the Supremes: "You keep me hangin' on". Au temps de leur splendeur (1964-1967), les Supremes furent le seul groupe capable de rivaliser avec les Beatles dans les charts pop américaines. Il faut dire que les jeunes filles avaient des aguments solides: voix de velours, mélodies accrocheuses, présence scénique déconcertante...

 

6. Stevie Wonder: "Superstition". Le petit génie dans ses oeuvres. Son introduction à l'orgue est absolument irrésistible. L'album dont est tiré ce titre ("Talking book" en 1972) est très bon, mais le chef d'oeuvre absolu de Wonder reste sans doute le double album "Songs in the key of life" (1976).

 

7. Edwin Starr: "Stop the war now". Qui a dit que les artistes Motown ne s'intéressaient pas à la situation géopolitique de leur pays? Ici, le trop méconnu Edwin Starr, clame haut et fort son refus de la guerre du Vietnam.

 

8. Detroit Spinners: "It's a shame". Le groupe ne fit qu'un petit tour chez Motown, mais y enregistra ce tube en or massif.


Blind-Test: une quinzaine de titres, en aveugle, les reconnaîtrez-vous?

 

 

Quizz: Si vous avez lu attentivement, les articles du blog consacrés à la Motown, ce questionnaire ne devrait pas vous poser trop de problèmes. Essayez.

 

 

Retrouvez les deux premiers volets de la série:

- La Motown fête ses 50 ans.

- Les raisons du succès de l'usine à tubes.

La Motown fête ses 50 ans.

par blot Email

Une jam au sein de la Motown au cours des années 1960. Kim Weston est au micro, Berry Gordy au piano, Stevie Wonder arbore ses lunettes noires et Smokey Robinson se situe à l'arrière plan de la photo (au centre).

 

La Motown vient de fêter sa cinquantième année d'existence. Cette véritable usine à tube installée à Détroit, c'est d'abord l'histoire d'un homme: Berry Gordy. Ce dernier entend s'imposer en proposant une musique sophistiquée, débarassée des racines musicales noires trop marquées (gospel et rythm'n'blues). Dans le même esprit, les premières pochettes de disques du label mettent en scène de jeunes filles blanches et pas les interpétes noires des morceaux). 

 

 Le premier tube de la Motown, Shop around des Miracles.

 

Gordy vise le crossover, c'est-à-dire le fait de conquérir une clientèle la plus large possible, sans se soucier de la couleur de peau, stratégie en phase avec l'idéal intégrationniste du dr King. Cette usine à tube met au point une musique soul sophistiquée, très pop.

 

Berry Gordy.

 

Gordy s'inspire du succès d'une compagnie de disques installée à Chicago et gérée par des Noirs, Vee-Jay Records. Or, il constate vite que la clinetèle de Vee-Jay reste cantonnée à la communauté noire. Il comprend alors qu'il convient "d'intégrer" sa production si il veut toucher le maximum d'auditeurs. Début 1959, il emprunte 800 dollars à ses proches et créé le label Tamla sur lequel il débute les premiers enregistrements d'artistes. Il remporte quelques petits succès, mais reste frustré par la nécessité de vendre les droits de ses artistes à d'autres compagnies, qui disposent, elles, de moyens de distribution conséquents.

 

Smokey Robinson.

 

Gordy s'associe alors avec une de ses connaissances, un jeune chanteur et parolier nommé William "Smokey" Robinson. Tous deux s'emploient à construire une vraie maison de disques, capable de publier et distribuer elle-même les hits qu'elle commence à engranger. En 1961, le Shop around des Miracles devient une réussite crossover puisqu'il se classe à la deuxième place des classements  pop.

 

Autre très gros tube de 1963, l'irrésistible, Heatwave, de Martha and the Vandellas.

 

Désormais, le développement de la compagnie passe par le recrutement de nouveaux interprètes. Or, Gordy, comme Robinson, disposent d'une oreille très sûre et se trompent rarement dans leurs choix. Ils engagent de nombreux chanteurs souls débutants auxquels ils proposent des chansons contant des histoires sentimentales inoffensives. Les Marvellettes (Please Mr Postman) en 1961, les dynamiques Contours (Do you love me ?), Mary Wells (You beat me to the punch), le tout jeune Marvin Gaye (Stubborn kinda fellow) en 1962, Martha and the Vandellas (Heat wave) et Stevie Wonder (Fingertips pt 2) en 1963 obtiennent des succès notables qui permettent à la compagnie de prendre son envol.




Berry Gordy devant les studios de la Tamla Motown à Detroit, appelée désormais hitsville USA.

 

Producteur de premier plan, Gordy est surtout un gestionnaire génial. Il dirige son entreprise depuis chez lui, c'est à dire le 2648 West Grand Boulevard, une petite maison sur deux niveaux qui ne paye franchement pas de mine. Smokey Robinson se souvient: "Nous avons transformé le garage en studio, la cuisine en salle de mixage, l'escalier en mini-cabine d'enregistrement." Ne doutant de rien, Gordy nomme son antre  Hitsville USA. Le moins que l'on puise dire et que l'avenir lui donnera raison. D'autres labels complètent la Tamla (Gordy, Soul, V.I.P.), mais tous se regroupent sous une même bannière, celle de Motown.

 

En 1962, les Contours embrasent les pistes de danse avec le morceau Do you love me.

 

Gordy explique ainsi ce choix de nom: "Du fait de l'importance de son industrie automobile, Detroit est surnommée la Motor city depuis longtemps. Comme je m'adressais avant tout à des gens d'origine rurale venus des états du sud, j'ai préféré remplacer "city" par "town", qui fait davantage penser à une petite bourgade, et la contraction de Motor Town a donné le mot Motown."

 

La soul psychédélique des Temptations. Ce ball of confusion dresse un tableau apocalyptique de l'année 1968 dans le monde. Admirez au passage la chorégraphie savamment étudiée. La danse est ainsi une autre spécialité des artistes Motown auxquels Gordy apprenait les rudiments de la scène.

 

 Le succès exceptionnel de la Motown ne se dément pas tout au long des années 1960. Mieux, le son de la compagnie ne cesse d'évoluer. Sous la houlette de nouveaux venus, comme le producteur Norman Whitfield, un groupe tel que les Temptations abandonne les chansons typiques des débuts de la compagnie, basées sur des ballades romantiques très mélodieuses et magnifiquement chantées, mais très innocentes, pour un son beaucoup plus élaboré (une soul psychédélique irrésistible). Certes, ces changements se font souvent dans la douleur. Ainsi, Marvin Gaye, lassé de son image de crooner innoffensif enregistre son chef d'oeuvre, What's going on, en 1971, album bouti et engagé. Or, Gordy ne veut pas entendre parler de ce projet. Le chanteur devra donc l'enregistrer en catimini et menacer de quitter Motown pour qu'il soit enfin distribué.

 

 

Les innovations musicales d'un Stevie Wonder sont, elles aussi, emblématiques de la capacité de rebond, ou en tout cas d'adaptation des artistes de la Motown. De nouveaux venus complètent la collection de tubes de la compagnie: les Supremes de Diana Ross obtiennent neuf numéros Un Pop entre 1964 et 1967 (dont You keep me hangin' on en 1966), les Jackson 5 engrangent quatre numéros 1  Soul et Pop consécutifs pour la seule année 1970, Edwin Starr rencontre un succès considérable avec le courageux War.

 

 

Pourtant, à y regarder de plus près, tout n'est pas rose dans la famille Motown en cette fin des années 1960. La grogne gagne de nombreux artistes, conscients que les contrats qu'ils ont signé avec le roué Gordy ne leurs sont guère favorables. Si les grosses stars, comme Wonder ou Gaye, parviennent à renégocier leurs contrats, beaucoup d'autres préfèrent plier bagages. Certains artisans majeurs du succès de la compagnie désertent alors les lieux. C'est le cas du trio de compositeurs Holland-Dozier-Holland, en 1967. Mais, les petits tracas de la compagnie ne sont rien au regard des troubles qui ravagent la ville. Au cours de l'été 1967, les ghettos de Detroit s'embrasent (43 morts, plus de 7000 arrestations, des centaines de magasins pillés) et les populations blanches de la ville déménagent en grand nombre.

 

The Supremes -You keep me hanging on

 

En 1972, Gordy décide de couper les ponts avec la grande ville du Michigan. Il tire par la même occasion un trait sur l'ambiance familiale qui régnait dans les studios du 2648 West Grand Boulevad tout au long de la décennie précédente. Fasciné par Hollywood, symbole de la réussite suprême à ses yeux, Gordy s'installe à Los Angeles et y produit des séries TV autour des Jackson 5 et des films biographiques centrés sur Diana Ross. La fuite des talents s'accélèrent à partir de ce déménagment: les Four Tops en 1972, les Jackson Five en 1975... Certes, de nouvelles recrues rencontrent un beau succès comme les Commodores de Lionel Richie ou encore le funky Rick James, mais la flamme de la Motown pâlit incontestablement. En 1988, Gordy vend sa maison de disques à MCA pour 61 millions de dollars. Une des plus belles pages musicales de l'Amérique du XXème siècle se tourne à ctte occasion.

 

Lire la suite de la série consacrée à la Motown: "les raisons du succès".


Enfin, un quizz, une playlist et un blindtest pour clore cette série sur la Motown.

 

Sources:

- Sébastien Danchin: "L'encyclopédie du Rythm and Blues et de la Soul", Fayard, Paris, 2002, article "Motown records", pp 412-416.

- World sound n°2, interview de Sylvester Potts, pp53-54, janvier-février 2009.

- Vibrations n°111, février 2009,  interview de Lamont Dozier pp28-29.

- Volume n°7, février 2009, pp34-40.

 

Liens:

- Hommage à Norman Whitfield, le sorcier du son Motown.

- STAX, l'autre grand label de musique noire des années soixante.

 - Le blog des 50 ans de la Motown.

 

* Les artistes Motown sur L'Histgéobox:

- Edwin Starr et son titre "War".

- "Message to a black man" par les Temptations.