Samarra


Tags: modèle américain

George Wallace.

par blot Email

George Wallace, le gouverneur de l'Alabama (1963-1987).

 

 

George Wallace représente l'archétype du politicien sudiste populiste. Il doit ses succès électoraux et sa grande popularité au refus de toute déségrégation et au maintien de lois racistes dans l'état dont il sera gouverneur durant de longues années: l'Alabama. Pendant près de deux décennies, il devient un des adversaires les plus impitoyables des militants des mouvements pour les droits civiques. Revenons sur son cas grâce à une chanson de Ray Scott.

 

 

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Motown 2.

par blot Email

La Motown vient de fêter son cinquantième anniversaire. La compagnie fondée par Berry Gordy en 1959 a su enchaîner les succès tout au long des années 60 et 70.

Un simple pavillon dans le centre-ville de Detroit. Gordy le baptise très vite Hitsville USA (Memphis estdevenue pour sa part Soulville USA grâce à l'écurie Stax).

 


Comment expliquer le succès exceptionnel de la Motown?

Plusieurs facteurs complémentaires sautent aux yeux:

- d'abord la personnalité exceptionnelle du fondateur de la compagnie, Berry Gordy. Ce meneur d'Hommes et un gestionnaire exceptionnel. Dès la création de la Tamla, il adopte une stratégie crossover qui s'avère très vite payante. L'entrepeneur ne laisse absolument rien au hasard et fait de sa compagnie une véritable usine à tubes, au sens propre. La Motown est une entreprise de standardisation de la musique noire. D'ailleurs, Gordy s'inspire des méthodes de standardisation appliquées dans l'industrioe automobile, notamment chez Ford, dont l'entreprise est basée à Detroit... Il raconte: "Je voyais des barres de métal entrer à un bout de la chaîne, et des voitures toutes neuves en sortir à l'autre bout. J'ai eu une révélation: pourquoi ne pas en faire de même avec la musique? Engager un parfait inconnu, lui apprendre à chanter, danser, marcher, parler en société, et en faire une star!" On ne peut pas mieux résumer le système Motown.

La Motown parvient ainsi à contrôler progressivement toutes les étapes de "production", de la composition du morceau jusqu'à l'organisation des concerts, en passant par l'enregistrement des titres, leur distribution et commercialisation. Bel exemple de concentration verticale en somme!

- Le contexte géographique et politique joue assurément un rôle dans le succès du label. Pour Gordy, "grandir à Detroit fait de vous une personne plus forte et plus dure que la moyenne -le froid glacial, l'environnement industriel ultra-compétitif... Cette ville fabrique des champions." Au cours des années soixante, la ville connaît d'ailleurs un essor sans précédent.

 

Un des innombrables tubes des Supremes. Diana Ross, meneuse du groupe est la chouchou du boss et aussi sa compagne pendant un bon moment. 

 

- D'autre part, et c'est essentiel lorsque l'on pilote une compagnie de disques, Gordy possède une oreille musicale très sûre. Tout jeune, il écrit et produit  un morceau pour Jackie Wilson. Il sait ainsi choisir ses collaborateurs, tels Smokey Robinson ou encore les compositeurs maisons. Sauf à de très rares exceptions (Marvin Gaye, Stevie Wonder et encore d'âpres discussions), Gordy garde la main en supervisant toutes les sorties de la compagnie. Ainsi, chaque semaine, il dirige une réunion d'écoute à l'issue de laquelle il sélectionne les meilleurs morceaux.

 

Cette méthode se fonde donc sur la compétition puisque les chanteurs recalés devaient remettre leur travail sur l'ouvrage, jusqu'à ce qu'ils obtiennent l'aval du patron. Or, il apparaît à la lecture des nombreux entretiens accordés par les survivants de la Motown que cet esprit de saine compétition constituait bien une des clefs de la réussite de la Motown dans la mesure où les artistes rivaux devaient se transcender pour s'imposer. Sylvester Potts, chanteur des Contours se souvient: "On était comme une famille, mais en même temps, il y avait de la commpétition entre nous. Une fois, juste avant un concert, je me souviens que Melvin Franklin des Temptations était venu me voir et m'avait dit (avec un air méchant) "Ce soir, on va vous anéantir!" Et moi j'ai fait (sur un ton ingénu): "Ah bon? On va voir." Je suis allé prévenir les autres et quand on est redescendu de scène, on avait tellement mis le feu que le public scandait "More! More! More!" Et Melvin se sentait con, le regard fixé sur ses souliers. Mais, ce n'était pas méchant. Comme dans toutes les familles, il y avait des petites rivalités, mais on était vaiment comme des frères et soeurs."

 

- Une famille. Rappelons que Gordy fonde son entreprise grâce à des fonds familiaux. Ses soeurs, Esther, Gwen et Anna intègrent d'ailleurs l'encadrement du label. Au cours des années soixante, la Motown fonctionne comme une véritable ruche dans laquelle régnerait une tès grande effervescence familiale. De fait, beaucoup y travaillent effectivement en famille tels les fères Holland à la composition, les chanteurs David et Jimmy Ruffin, sans parler des fratries Isley ou Jackson. Mieux, des couples s'y font et s'y défont: Berry Gordy et Diana Ross, Stevie Wonder et Syreeta Wright, Marvin Gaye et Anna Gordy, Smokey Robinson et Claudette Rogers. Ces derniers iront même jusqu'à appeler leurs enfants Tamla et Berry! Cette atmosphère cordiale a donc sans doute contribuer au succès de la compagnie.

 

Lamont Dozier, Brian et Eddie Holland.

 

- Les facteurs qui pécèdent ne doivent pas faire oublier que la Motown reste avant tout une foyer de création musicale exceptionnel. Elle le doit à de nombreux acteurs qui, utilisés de manière complémentaire, parvinrent à donner le meilleur d'eux-mêmes.

Gordy recrute un trio de choc d'auteurs-compositeurs, qui travaillent exclusivement pour lui. Ce trio compte les deux frères Brian et Eddie Holland, associés à Lamont Dozier. Leurs compositions, généralement très solides, permettent à de très bons interprètes d'enchaîner les hits internationaux. Leur départ en 1967 portera un coup très dur au label.

- En studio, Gordy se dote d'un orchestre extrêment soudé et inventif: les Funk brothers.Le groupe se trouve derrière tous les succès de la Motown et pour Sylvester Potts, chanteur des Contours, "le son du label, c'était avant tout les musiciens. Pas les chanteurs, mais le groupe qui jouait sur les enregistrements. Ce sont les Funk brothers qui ont donné à la Motown une identité forte..." Un film récent, "Standing in the shadows of Motown" rend hommage à ces héros oubliés du son Motown (voir la bande annonce ci-dessous).

 

 

- Enfin, la réussite du label tient aussi à la concentration d'interprètes et musiciens exceptionnels. Quel autre label peut se targuer de compter en son sein une telle floppée de chanteurs d'exceptions? Smokey Robinson et les Miracles, les Four Tops, Diana Ross an the Supremes, Martha and the Vandellas, Gladys Knight and the Pips, Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Jackson Five...

Il est désormais l'heure de tordre le coup à certains clichés ou stéréotypes entourant la Motown. Très souvent, on oppose la compagnie de Detroit à Stax, la maison de disque de Memphis. Cette dernière n'aurait pas reniée ses racines musicales noires à la différence d'une Motown qui agirait sous la houlette de Gordy comme une gigantesque machine à lisser ou "blanchir" ses artistes. Des interprètes très marqués par le gospel ou le blues enregistrent à la Motown (Kim Weston, Edwinn Starr, Gladys Knight, les Four tops) sans édulcorer le moins du monde leur propos. Pour Kim Weston: "Motown avait plus de rythme, Stax plus de blues, mais tous deux jouaient du rythm'n'blues".

 

Les Funk Brothers et le jeune Stevie Wonder en pleine répétition.

 

 

Autres critiques récurrentes concernant la compagnie de Detroit, son relatif désintérêt pour la cause des droits civiques. Là encore, il convient de nuancer fortement cette vision des choses, plutôt simpliste. Certes, Gordy a toujours fait preuve d'une très grande prudence dès qu'il sagissait de s'engager sur une voie extra-musicale, il n'empêche qu'il n'est pas resté aussi sourd qu'on a bien voulu le dire au contexte socio-politique. Cette affirmation est en partie fausse. Certes, lors des débuts du label, Gordy tente de séduire un public le plus large possible et adopte donc une musique et des paroles susceptibles de séduire les classes moyennes blanches. Il privilégie donc les ballades romantiques chastes, "blanchit" les pochettes des disques de la compagnie, s'appuie sur une musique très pop. Mais assez vite, le son et le discours de la Motown s'infléchit sensiblement. Ainsi, avec les premiers succès dans la lutte pour les droits civiques et sous la pression de certains artistes du label, Gordy finit par accepter des morceaux plus engagés, politiques, à l'instar du Ball of confusion des Temptations ou de l'album What's going on de Marvin Gaye.

N'oublions pas que c'est la Motown qui se charge de publier les discours du Martin Luther King sur disque. De la même manière, il semble extrêment réducteur et même faux, de considérer les artistes de la Motown comme peu concernés par les transformations sociales de leur temps. Marvin Gaye, Stevie Wonder, les Temptations le prouvent sur leurs morceaux de la fin des années soixante ou du début de la décennie suivante. Dans l'extrait ci-dessous, nous pouvons voir Kim Weston (artiste Motown) entonner avec force l'hymne afro-américain (lors du festival Wattstax organisé à l'initiative du label rival à Los Angeles, en 1972) "Lift ev'ry voice and sing".

 

 

D'aucuns ont un peu vite qualifié la Motown d'usine à soupe, mais c'est faire peu de cas des chefs-d'oeuvre torturés de Marvin Gaye, Stevie Wonder ou encore des Temptations. Mieux, les morceaux les plus pops ou les plus sophistiqués ne manquent pas d'attraits. Ainsi, une chanson aussi pop qu'"Ain't mountain high enough" n'en reste pas moins parfaite et n'a pas pris une ride (la preuve ci-dessous).

 

Tammi Terrell et Marvin Gaye interprètent ce titre irrésistible. Le décès prématuré de la jeune femme, qui s'effondre dans les bras de son partenaire lors d'un concert affectera durablement le chanteur à la voix de velours.

 

 

Enfin, Gordy est souvent considéré comme un véritable tyran, or comme le rappelle Lamont Dozier dans une interview accordée récemment au magasine Vibrations: "le succès de Motown tient dans l'alchimie miraculeuse trouvée par Berry entre des personnalités très diverses. Il a su conduire tout ce monde dans une direction que lui seul avait entrevue. Il a cimenté et catalysé toutes les énergies. Il a même su jouer sur la compétition entre les artistes."

A l'opposé, le récent film consacré aux Supremes, Dreamgirls, dresse le portrait d'un Gordy cynique et impitoyable, véritable esclavagiste qui léserait systématiquement ses artistes. Certes, Gordy fut âpre au gain et les contrats signés toujours à son avantage, néanmoins il assurait à la plupart des artistes la garantie d'un salaire régulier, ce qui était plutôt rare à l'époque.

 

 

Pour terminer laissons la parole au fondateur du label qui définit joliment sa position: "Lorsque j'ai monté la Motown, j'ai dit à Smokey (Robinson): "nous n'allons pas faire que de la musique noire, nous allons faire de la musique pour tout le monde." Comment aurions-nous pu ne pas faire de la musique noire? Je suis noir, ma mère est noire, me enfants sont noirs. Mais cette musique était destinée à tous, Blancs ou Noirs, car je pense que les ressemblances entre deux êtres humains sont bien plus fortes et nombreuses que leurs différences".

 

Pour ceux qui n'auraient pas lu le premier volet de la série: "La Motown fête ses cinquante ans". C'est ici.

 

A lire, le dernier volet de la série consacrée à la Motown: une sélection de huit titres, un quizz et un blindtest. 

 

Source:

- Sébastien Danchin: "L'encyclopédie du Rythm and Blues et de la Soul", Fayard, Paris, 2002, article "Motown records", pp 412-416.

- World sound n°2, interview de Sylvester Potts, pp53-54, janvier-février 2009.

- Vibrations n°111, février 2009,  interview de Lamont Dozier pp28-29.

- Volume n°7, février 2009, dossier consacré  la Motown rédigé par Auréliano Tonet, pp32-40.

 

Liens:

- Hommage à Norman Whitfield, le sorcier du son Motown.

- STAX, l'autre grand label de musique noire des années soixante.

 

* Les artistes Motown sur L'Histgéobox:

- Edwin Starr et son titre "War".

- "Message to a black man" par les Temptations.