Samarra


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Une terre pour tous!

par blot Email

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Manifestation de paysans sans terre (Crédit photo : Sebastião Salgado).



Alors au début de sa carrière, Chico Buarque compose le thème musical d'une pièce du poète João Cabral de Melo Neto. La chanson principale, Funeral de um lavrador, est une mélopée lente, tragique. Le poète y décrit l'enterrement d'un pauvre hère qui n’a pour tout bien que la fosse dans laquelle il repose sur les terres du grand propriétaire terrien. Les premières "ligues paysannes", à l'origine simples associations d'entraide se créer justement pour payer un cercueil et organiser des funérailles décentes aux misérables péons.

Cette chanson nous permet de revenir sur les inégalités particulièrement criantes dans les campagnes brésiliennes.

 

A lire sur l'histgeobox.

Un disque par sa pochette : Midlife, un kaleidoscope des années Blair ou années Blur.

par vservat Email

 
Blur/Blair : deux parcours imbriqués: 

Groupe anglais, fer de lance de la "Britpop", Blur nait précisément en 1990. En 1994, sort son 3° album intitulé Parklife, qui propulse le groupe en haut des charts européens;  cette même année, Anthony Blair (4°ligne, 1ère vignette) prend la tête du parti travailliste qu'il travaille à "rénover", traçant une troisième voie, avec une orientation libérale nette.

De 1997 à 2007 Tony Blair est premier ministre. La carrière de Blur s'arrête (temporairement?) sur le plan de la production discographique en 2003, année de sortie de "Think tank" (encore un outil politique fort prisé de T. Blair, à croire que le hasard fait bien les choses).
 
Projetons nous en 2009 lorsque Blur fait paraître un "best of" intitulé Midlife dont la pochette est un heureux montage de quelques étapes marquantes des années Blair qui deviennent donc les années Blur et inversement. Elle s'inspire graphiquement des célèbres guides "Beginner's guide to" dont voici d'autres exemplaires :
 

 
 
Que voit-on sur celle de Midlife? 
 
Quelques repères pour le groupe et le contexte musical d'abord. Le comté de l'Essex (1ère vignette, 1ère ligne)  d'où sont originaires les deux fondateurs du quatuor (Damon Albarn et Graham Coxon) et l'Union Jack (2ème ligne) au vent ,symbole d'une Angleterre qui a retrouvé une certaine aura après l'entre-deux que constituèrent les années Major (1990-1997). C'est aussi le symbole du retour de la pop nationale, ou Brit pop, incarnée par le tandem Oasis-Blur, alors que se déchaine la vague grunge aux Etats-Unis, les deux mouvements s'opposant  de part et d'autre de l'Atlantique. On ajoutera à ces deux premières vignettes celle du pack de lait qui marche (3° photo, 1ère ligne). Il s'agit d'une image tirée du clip "Coffee & TV", titre de l'album "13", paru en 1999, qui a largement contribué à la popularité du groupe.

Les 90's : entre grandes réalisations et nouvelles interrogations.

Les années 90 sont des années sandwiches constituant la dernière ligne droite avant le grand saut dans le nouveau millénaire. Le passage à l'an 2000 fera l'objet en Grande Bretagne de travaux pharaoniques notamment sur les bords de Tamise. Londres, ville mondiale, ne doit pas rater son examen de passage et deux grands édifices sortent de terre : la Millenium Wheel (London eye)  et le Millenium Dome (2° ligne, 3° vignette de la pochette). Destiné à être une salle d'exposition pour la "Millenium experience", sous la plus grande bâche du monde, cette construction futuriste devint assez rapidement un gouffre financier et nécessita d'être reconvertie pour être rentabilisée (aujourd'hui c'est la plus grande salle de concert couverte de la capitale anglaise rebaptisée O2 Arena). Livré dans les temps, le projet ne fut pas pour autant une réussite.
 
 
La pochette du disque nous renvoie également aux grands bouleversements qui ont parcouru les années Blair et donc l'Angleterre des années 90 dans les domaines scientifiques. On reconnait aisément Dolly sur la deuxième vignette de la 1ère ligne ; premier mammifère cloné, Dolly est une brebis issue des travaux en génétique d'un laboratoire écossais. Née en juillet 96, elle meurt en 2003 et ouvre le débat du clonage animal et au delà même, de celui des hommes. Il est à noter que 1996 est une année particulière dans ces domaines : la crise dite de la "vache folle" qui s'est abattue sur l'Angleterre (et au delà) depuis la fin des années 80, prend alors une nouvelle dimension puisqu'il est  établi, à cette date,  que l'ESB (Encéphalite Spongiforme Bovine) est transmissible à l'homme par ingestion de produits carnés. Est-ce alors un hasard si la dernière vignette de la première ligne nous montre une grande manifestation, sans doute de l'ALF, (Animal Liberation Front)  une des plus importantes associations de lutte contre la vivisection en Grande Bretagne. Apparentée aux mouvements eco-terroristes, cette organisation fit un retour en force au cours des années 90 grâce à des actions spectaculaires dont la plus contestée fut l'enlèvement d'un journaliste infiltré dans ses rangs qui sera soumis à la torture et brûlé au fer rouge pendant sa détention. 

Les années 90 : instabilité planétaire, globalisation et émergence de la question climatique.

La pochette de "Midlife" nous emmène bien au delà des frontières de l'Angleterre et de l'Europe. Placée en position assez centrale (3°ligne, 2° vignette), une photo de la guerre du Golfe. Dans le désert koweitien, un puits de pétrole est en flamme, au premier plan se trouve un soldat irakien. En août 1990, après que Saddam Hussien a envahi le Koweit, une vaste coalition intervient dans la région pour stopper les ambitions irakiennes. La Grande Bretagne ,  en effectifs, fournira le 3° contingent de soldats de l'opération "tempête du désert". La photographie renvoie à la fin du conflit lorsque les soldats irakiens sabotent les puits de pétrole koweïtiens afin de gêner l'aviation des alliés, et perturber  l'économie mondiale, via la flambée des cours du pétrole. L'évocation de cette opération ne peut que nous ramener à la participation ensuite très critiquée, en 2003, de la Grande Bretagne en appui de l'intervention américaine en Irak. Cette constance du gouvernement Blair dans son soutien indéfectible à la politique étrangère des Etats-Unis nourrira une contestation intérieure très forte et coûtera au premier ministre britannique une bonne partie de son ancienne popularité.
 
4 vignettes évoquent la "globalization",  phénomène que nous traduisons en France par "mondialisation". On peut commencer par celle qui se rattache à la mondialisation des modes de vie  (la tennis bleue Adidas, 3°ligne dernière vignette) et des habitudes alimentaires exportées depuis les Etats Unis par des Sociétés TransNationales surpuissantes (ici Mac Donald's). Blur s'est formé au moment où ouvrait en Russie le premier restaurant MacDonald's (4°ligne, 2°vignette), c'est à dire en 1990. Emblématique de la mondialisation menée par les pays à économie de marché, l'image porte aussi en elle l'idée de la recomposition géopolitique du monde, les frites du géant du fast food écrasent le sachet de carton rouge marqué de la faucille et du marteau, signifiant ainsi le triomphe du camp occidental sur celui du bloc soviétique abattu à la fin des années 80. 
 
La mondialisation touche également les communications et l'information. Les années 90 sont celles d'un accès généralisé à une multitude de sources d'informations : de nouvelles fleurs décorent les balcons et terrasses du monde riche  : les antennes paraboliques (4° ligne, 3° vignette). Profusion d'images, individualisation de leur  diffusion, profusion de paraboles : on pourrait croire que le monde avance vers davantage de libertés et de diversité. Pourtant on sait que les médias sont dès cette époque contrôlés par quelques grands groupes qui inondent le monde d'images identiques, calibrées, contrôlées. CNN est l'emblème de ces nouveaux médias.
 
Enfin, les années 90 sont celles de la prise de conscience mondiale de la crise climatique illustrée sur la pochette de l'album par les deux ours polaires flottant sur un bout détaché de banquise. (4°ligne dernière vignette). Les problèmes de la couche d'ozone, des gaz à effets de serre et de la biodiversité sont à l'ordre du jour du sommet de la Terre qui se tient à Rio en 1992 sous l'autorité des Nations Unies. Peu contraignant pour ce qui concerne les décisions qu'il prend, ce sommet est suivi 10 ans plus tard de celui de Johannesburg qui met au cœur des discussions le développement durable notamment par la gestion des ressources terrestres (eau, énergie etc). En ce laps de temps, la question angoissante de l'avenir de l'humanité est devenue centrale. Les discours catastrophistes les plus outranciers occupent désormais de façon incontournable  le paysage médiatico-politique laissant parfois une petite place à une réflexion raisonnée sur le sujet. Est-ce pour oublier ces peurs, pour tourner le dos aux interrogations suscitées par l'avenir incertain, le nouvel ordre mondial, la consommation qui s'emballe jusqu'à l'indécence, ou tout simplement pour planter dans le décor ce nouvel idéal de la réussite matérielle mesurée par l'argent que la dernière vignette (3°ligne, 1ère image) nous montre des boules de bingo
Les différentes hypothèses peuvent être validées comme ultime voie de lecture de cette décennie riche en bouleversements apposés, dans un choix forcément subjectif ,sur la pochette de ce "guide pour les débutants", un guide qui doit permettre de rendre la musique et le parcours du groupe Blur, ancrés dans les années 90, beaucoup moins "flous".
 
Pour replonger dans les années Blur, quelques titres majeurs qui animèrent les années 90 et nous accompagnèrent jusqu'en 2003 (seuls 2 titres visibles ici, cliquez sur le titre de la playlist pour couter 10 autres morceaux) :
 

Découvrez la playlist les années Blur : la playlist avec Blur

 

Comprendre les mafias

par Aug Email

Les groupes mafieux jouent un rôle économique important à l'heure de la mondialisation. Certains flux illégaux, comme le trafic de drogue, sont en grande partie contrôlés par la Mafia. Pour mieux comprendre ce que recouvre ce terme, souvent utilisé de manière abusive, voici quelques précisions et des conseils de lecture, de films ou de musique sur ce titre. Au départ, l'activité mafieuse est basée sur une offre de protection contre rémunération, c'est le racket de protection imposé aux entrepreneurs et commerçants. Cette rémunération est appelée pizzo en Sicile. Le patronat italien a établi en 2007 une cartographie permettant de mesurer l'étendue géographique des activités des différentes mafias en Italie. Outre Cosa Nostra, pionnière en la matière, l'Italie abrite en effet trois autres groupes mafieux : la 'Ndrangetha calabraise, la Camorra napolitaine et la Sacra Corona Unita qui sévit dans les Pouilles. En dehors de ces quatres groupes, cinq autres organisations criminelles peuvent être qualifiées de mafia dans le monde. Il s'agit de la Cosa Nostra américaine, prolongation de la sicilienne, de la mafia albanaise (Albanie, Kososvo, Macédoine), de la maffya turque, des Triades chinoises et des Yakuzas du Japon. Ces groupes forment ainsi une sorte de "G9" évidemment non structuré même si des liens existent entre ses groupes.
 
Quelles sont les caractéristiques de ces mafias ?
  1. Le contrôle d'un territoire, que ce territoire soit un secteur économique ou un espace géographique. 70 % des Napolitains ont ainsi affirmé dans un sondage que la Camorra contrôlait la ville... Ce contrôle ne permet aucune contestation, même de la part de l'Etat.
  2. Une capacité d'ordre et de domination : "Une mafia représente un ordre juridique alternatif, parallèle et concurrent de celui de l'Etat"
  3. La hiérarchie et l'obéissance : "L'individu disparaît derrière l'organisation"
  4. L'ethnie et la "Famille" : chaque mafieux appartient à cette nouvelle "famille" que constitue la mafia et ses liens sont plus forts que les liens du sang. Le recrutement des mafias se fait dans un même groupe ethnique, gage de sécurité et de confiance.
  5. La poly-criminalité : Les mafias ne sont pas spécialisées dans une activité criminelle mais s'investissent dans les activités criminelles de leur époque. Racket d'activités légales; trafic de drogues, de cigarettes, d'êtres humains, d'organes, d'armes; usure; jeu; contrefaçon; industrie du sexe (prostitution, proxénétisme, pornographie).
  6. Les mythes et les légendes : Les mafias s'inventent un récit fondateur, "un passé glorieux de patriotisme, de résistance à l'oppression et de pratiques chevaleresques" pour se légitimer.
  7. L'ancienneté et la pérennité : Il s'agit de sa capacité à survivre quelles que soient les conditions économiques et les pouvoirs en place (démocratie, régime autoritaire, fascisme,...).
  8. Le secret et l'initiation : Silence, codes entre mafieux, rites initiatiques empreints de religiosité font parite de l'univers mafieux.

En dehors de ce G9, de nombreux groupes criminels organisés ont des points communs avec ces mafias sans pour autant en avoir toutes les caractéristiques (maras d'Amérique centrale, groupes criminels russes, colombiens, balkaniques, nigérians, albanais...).

 

Des livres :

  • Toutes ces informations et les citations viennent de l'excellent ouvrage du commissaire Jean-François Gayraud, aujourd'hui disponible en poche : Le monde des mafias, Géopolitique du crime organisé, paru chez Odile Jacob en 2008.
  • Pour comprendre l'origine de ces entités criminelles, il faut lire le livre de John Dickie, Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, paru en poche dans la collection Tempus chez Perrin en 2007.
  • Un Atlas des mafias est paru fin 2009 chez Autrement. Ecrit par le géographe Fabrizio Maccaglia et l'historienne de l'Italie Marie-Anne Matard-Bonucci. Grand amateur des atlas Autrement, j'attendais avec impatience cet ouvrage. Pourtant, je dois avouer que je suis un peu déçu. Le livre parle plus de la criminalité transnationale organisée et de la face sombre et illégale de la mondialisation que des mafias elles-même. Les cartes en particulier me semblent décevantes dans leur forme comme par les thèmes qu'elles traitent. On ne perçoit pas vraiment la dimension locale de contrôle d'un territoire.
 
 
 Des BD :

 

Deux chansons sur l'histgeobox pour approfondir l'histoire de la mafia en Sicile et aux Etats-Unis :

  • Pour avoir un aperçu rapide mais pertinent de l'histoire de Cosa Nostra, écoutez "La Cosca" d'Akhenaton. Je vous en parle en détail sur l'histgeobox où vous pourrez l'écouter.
  • 98. Prince Buster : "Al Capone" Sur les traces du parrain de Chicago dans les années de la prohibition...

 

Des films :

  • Ne ratez pas le film Gomorra de Matteo Garrone. C'est une plongée passionnante dans la cité des Vele à Scampia dans la banlieue déshéritée de Naples, rongée par la drogue et la Camorra. Le film suit quelques uns des personnages du livre du même nom , écrit par Roberto Saviano. Saviano, originaire de Scampia, a écrit un livre magistral qui permet de comprendre les logiques économiques au coeur du fonctionnement de la Camorra. Il vit aujourd'hui sous protection policière. Voyez cet entretien qu'il a accordé à l'émission Métropolis sur Arte :
 

 

 

Une première version de cet article avait été publiée en 2008.

Gringo, ne m'appelle pas "mangeurs de haricots".

par blot Email

La chanson Frijolero du groupe de rock mexicain Molotov propose un aperçu radical des rapports et des représentations qu'ont les habitants de part et d'autre de la frontière Etats-Unis/Mexique.

Lire la suite sur l'histgeobox.

Sur les traces des espaldas mojadas.

par blot Email

 

Délit de fuite

Caricature trouvée dans Courrier International: "délit de fuite".

  

Le Mexique, membre de l’OCDE, de l’OMC, a pourtant le plus fort revenu par habitant de toute l’Amérique latine. Il s'agit d'un pays émergent non dépourvu de ressources. Par ses liens avec les Etats-Unis , c’est presque un pays « du nord ». Les deux Etats font partie de l'ALENA, l'Association de Libre échange des Etats d'Amérique du Nord, par exemple. Elle a permis d'accroître les échanges économiques entre les deux pays (échanges libres de droit, encouragement aux investissements). Pour autant, les termes de ces échanges sont inégaux et le Mexique souffre d'un rapport de domination, en tout cas de dépendance, à l'égard des Etats-Unis. Par exemple, les Etats-Unis absorbent 85 % des exportations mexicaines, alors que le Mexique ne fournit qu'un cinquième des achats américains.

 

Le niveau de développement plutôt moyen du pays permet de classer incontestablement le Mexique dans les pays du Sud. Les écarts de revenus qui le séparent du grand voisin du Nord restent très importants et expliquent que les flux de clandestins ne risquent pas de se tarir.

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Photo empruntée au site Laïus d'Olibrius qui commente une intéressante série de clichés de migrants pauvres qui tentent de rejoindre un pays du Nord (2003 © Gary Coronado).

 

Ainsi des milliers de migrants poussés par la pauvreté quittent leurs pays dans l'espoir de trouver du travail et un avenir meilleur chez le grand voisin du Nord. Ce voyage est dangereux et semé d'embuches. 

La chanson  interprétée par Lila Downs dépeint avec humour les pérégrinations mouvementées d'un migrant confronté à toutes sortes de dangers. Sans le sou, affamé, esseulé, désorienté, il ne parvient pas à échapper aux gardes frontières.

 Malheureusement, dans la réalité, l'issue de ces migrations se termine souvent bien plus mal.

  

Lire la suite sur l'histgeobox

 

 

"Naître adulte, arriver sur terre par catapulte..."

par Aug Email


A l'occasion des 20 ans de la Convention internationale des droits de l'enfant, le rappeur Oxmo Puccino a offert une chanson à l'Unicef. Je vous propose sur l'histgeobox de découvrir cette chanson et d'en apprendre plus sur la situation des enfants dans le monde avec quelques aspects du rapport 2009 de l'agence.



"Les fils de la terre" : au coeur du Japon rural

par Aug Email

Le Japon est aujourd'hui associé à la frénésie des villes de la Mégalopole. A juste titre puisque l'essentiel de la population japonaise (70% soit 90 millions) y réside. Pourtant, il y a un siècle, le pays était encore essentiellement rural. Une grande partie de l'identité et des traditions nippones (religieuses, culturelles,...) puise ses racines dans les campagnes.

 

C'est surtout après la défaite de 1945 que les campagnes se sont profondément transformées. Avec la réforme agraire voulue par la puissance occupante, les Etats-Unis. L'objectif : dans le contexte de guerre froide, éviter que les paysans adoptent une posture révolutionnaire en protestant contre la concentration des terres aux mains de quelques uns. Deux millions d'hectares ont alors été redistribués. Un million et demi de propriétaires fonciers (jinushi) doivent ainsi vendre à l'Etat qui les revend à quatre millions de paysans. Cet épisode est évoqué dans le manga Ayako d'Osamu Tezuka. La famille d'Ayako était proriétaire de nombreuses terres et doit se résigner à les céder (image ci-contre). La conséquence de cette réforme est d'émietter la propriété et de réduire la taille des exploitations. Accompagnée de la mécanisation et de l'utilisation d'engrais, cet émiettement a poussé de nombreux paysans à l'exode rural vers les villes et l'emploi industriel, souvent plus rémunérateur. Les années de la Haute-croissance (1955-1975) ont ainsi vu la population urbaine devenir majoritaire. Dès la première moitié des années 1950, les urbains étaient plus nombreux que les ruraux.

 


L'agriculture japonaise se modernise et engage une course à la productivité comme dans les autres pays du Nord (la PAC européenne date de 1963). Comme ailleurs, le nombre d'agriculteurs baisse. Entre 1950 et 2005, le nombre d'exploitations passe de 6 à moins de 3 millions. La population agricole a été divisée par 3 (37 millions en 1950, 13,5 en 2000). C'est une population vieillissante. la part de l'agriculture dans le PIB passe de 8,8% en 1960 à 1% en 2000. En parallèle, les agriculteurs sont de plus en plus endettés et dépendants des fluctuations du marché.

 

 [source : DF]

Pourtant, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis, le Japon n'est pas une puissance agricole. La surface agricole diminue et l'autosuffisance alimentaire recule passant de 90% en 1960 à 40% en 2000. Seule la riziculture échappe à cette dépendance croissante des importations, en particulier chinoises.

 

Au début du manga Les fils de la terre, c'est cette situation préoccupante de dépendance qui semble inquiéter le Premier Ministre japonais, au point qu'il organise un conseil des ministres sur ce sujet. Un jeune fonctionnaire du ministère de la culture et de l'éducation (en charge des lycées agricoles), Natsume, est envoyé dans une région agricole pour remédier à la crise des vocations. Même s'il ne s'agit pour les ministres et le premier d'entre eux (dont la coiffure rappelle celle du libéral et très populiste Junichiro Koizumi du PLD) que de s'attirer temporairement la sympathie d'une clientèle électorale, Natsume va prendre sa mission très à coeur.

 

En se rendant dans ce lycée et sa région, il va se heurter au scepticisme des premiers concernés, à savoir les agriculteurs et les habitants des campagnes. Mais sa naïveté et sa créativité débordante vont être de précieux atouts. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Ses recettes, faire appel à cette entraide paysanne (yui) et ne pas hésiter à mettre en place un Chisan-chisho, c'est-à-dire un système dans lequel la population locale consomme la plus grande partie des produits agricoles locaux. Voilà pour la leçon de japonais...

On aurait pu craindre d'un tel livre qu'il soit quelque peu manichéen en prônant une forme de retour à la terre contre les villes où les valeurs se perdent, bref qu'il ait quelques relents de pétainisme ("la terre, elle ne ment pas"...). Mais il n'en est rien. C'est un manga plein d'optimisme. Finalement, il s'inscrit assez bien dans un projet de reconquête de leur propre destin par les paysans. A défaut de convertir le Japon tout entier à leur système, ils décident de commencer par agir localement. Bref, un éloge de la transformation par le bas en vue d'un Mura-Okoshi (réveil des villages).

 

  • Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), Les fils de la terre, (3 tomes), Delcourt, coll. Akata, 2007
  • Osamu Tezuka, Ayako, Delcourt, coll. Akata, 2003
  • Les chiffres concernant l'évolution de l'agriculture et des campagnes japonaises proviennent de l'excellent Atlas du Japon de Philippe Pelletier paru chez Autrement en 2008.

 

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