Samarra


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Noires histoires...(et géographies).

par vservat Email

Il est des lectures qui s'enchaînent de façon aléatoire, et qui, une fois terminées, forment de façon inattendue, un ensemble cohérent. C'est le cas de ces trois romans lus récemment. Noirs, puisque deux d'entre eux sont des polars, noirs aussi en raison de leurs personnages, sombres dans leurs intrigues, qui distillent, au fil des pages en format de poche, les parfums mêlés de l'histoire et de la géographie.



200

On ne présente plus vraiment Dennis Lehane, écrivain américain d'origine irlandaise, vivant près de Boston. Ses romans connaissent généralement un franc succès, certains d'entre eux ayant été adaptés avec la même réussite au cinéma ("Gone Baby Gone", "Mystic River", et "Shutter Island" plus récemment).


Boston, 1918, la guerre se termine en Europe, on attend le retour des soldats. Pour l'heure, il faut encore faire tourner la machine économique et la population noire a été mise à contribution. La ville doit faire face à de nombreuses difficultés : pauvreté, criminalité, inflation, corruption. Et puis, il y a ce vent rouge qui souffle depuis la Russie vouée, depuis octobre 1917, au bolchevisme et qui gagne Boston, alimentant aussi bien la Red Scare chez les tenants de l'ordre établi et immuable, que l'enthousiasme d'un prolétariat urbain qui se tourne vers la lutte syndicale ou la lutte armée terroriste. 


Dans ce paysage troublé et instable, on suit les pérégrinations d'un flic irlandais pris entre sa famille, incarnation de l'establishment, son boulot de policier, qui le conduit à infiltrer les milieux rouges de Boston et son amitié grandissante pour un jeune noir entré au service domestique de son père. Rattrapé par le vent de l'Histoire et par l'injustice sociale, il accompagne la plongée de sa ville dans le chaos, lorsque les policiers se mettent en grève et s'allient à la centrale syndicale de l'AFL. 


Tiraillé en permanence entre tensions sociales et tensions raciales, "Un pays à l'aube", décrit une ville emblématique des Etats-Unis à un moment d'incertitude de son histoire. Socialement, nous sommes encore au XIXème siècle, et le roman place le lecteur dans l'horizon des possibles du XXème siècle qui n'est pas encore né autrement que par la chronologie. Parfois un peu guimauve dans la love story, le livre restitue une ambiance qui oscille sans arrêt entre espoir et chaos, au fil des luttes, du rythme de la rue  qui s'abandonne à l'anarchie et tente de retourner la peau du destin. 

 

 

200

Restons aux Etats-Unis mais presque un siècle plus tard avec "Ville noire, ville blanche" de Richard Price, un des grands romanciers américains actuels. Il s'agit d'un polar, tout autant que d'une monographie ou d'une étude sociologique d'un territoire urbain.

 


Nous sommes à New York. Au coeur du quartier défavorisé d'Armstrong, une étincelle  suffit à raviver des tensions anciennes et ancrées  entre afro-américains et blancs. Lorsque Brenda, la mère du petit Cody arrive, hébétée à l'hôpital suite à l'enlèvement de son fils, les soupçons et l'enquête de la police se dirigent immédiatement en direction du ghetto noir. Confiée pour partie à Lorenzo, une figure de la police locale, la quête de la vérité s'avère très difficile, entre les intrigues des journalistes, les bavures des équipes de police et de maintien de l'ordre, et la fragilité du seul témoin, la très paumée Brenda.
 

 

Le livre de Richard Price vous met très rapidement la tête sous l'eau, en totale immersion dans un quartier dont l'air est chargé d'électricité, sur le fil du rasoir, au bord du précipice, chaque pas est compté, chaque faux pas est fatal. C'est une plongée dans la ville américaine des ségrégations socio-spatiales, des inégalités et du déclassement  dans une atmosphère très lourde,  dense, parfois étouffante mais qu'on sent très en prise avec la réalité.  New York : l'envers du décor.

 

 

 

Trieste est un bout d'Europe sans doute idéal pour y situer un polar. C'est une ville chargée d'histoire (ancien débouché maritime de l'empire austro-hongrois), un territoire carrefour (entre l'Italie, la Slovénie, la Croatie), cosmopolite, fortement chargé culturellement (James Joyce y séjourna) qui s'ouvre sur une baie magnifique, parfois baignée par une lumière écrasante, parfois balayée par un vent glacial appelé la bora nera. 

 

C'est justement un jour de bora nera que la maison des Gubian explose dans un petit village aux alentours de Trieste. Dans le sillage de ce meurtre resurgissent les haines d'un passé encore douloureux lorsque la ville, au terme du deuxième conflit mondial dût passer des mains des fascistes italiens à celles des partisans communistes yougoslaves de Tito. Bien des vies ont alors fini dans les failles du karst, les foibe, sur les hauteurs de la ville, jetées au fond de ses crevasses taillées dans le calcaire. De nombreux fascistes italiens y terminèrent leurs vies, à Trieste mais aussi dans d'autres villes du nord de l'Italie.

 

Les tensions du passé ayant des échos dans le présent, on découvre avec Proteo Laurenti, le commissaire qui mène l'enquête, une ville en proie aux doutes et aux tensions héritées de son histoire et de sa situation géographique. Une ville d'immigration, dans laquelle se côtoient italien, slovènes, croates et de nouveaux migrants venus d'autres continents dans une cohabitation parfois difficile ; une ville livrée à l'influence grandissante des partis de l'extrême droite italienne ; une ville également sujette aux trafics qui s'opèrent avec une certaine quiétude au large des côtes de l'Adriatique. 

Peut être  moins flamboyant que les deux précédents, "Les morts du Karst", est un polar très efficace, et intéressant moins pour la densité de son intrigue que  par l'environnement qui lui sert d'écrin. Trieste est une ville singulière et magnifique, c'est l'occasion de la découvrir ou de se la remémorer.

 

Lisette Model, la photographe des gens pas comme les autres

par died Email

 

Une belle exposition, au musée du Jeu de Paume m'a fait découvrir, il y a peu, Lisette Model (1901-1983). Une galerie de portraits noir et blanc d'hommes et de femmes des rues de Paris mais surtout de New-York, voilà en substance, ce qui fait l'œuvre de Lisette Model.
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
Retraçons rapidement le destin de cette photographe, les femmes artistes sont encore rares à cette époque, elle est née à Vienne en 1901. Elle se destine au départ à la musique et devient l'élève du grand musicien Schönberg, elle arrive à Paris en 1924 et tente de débuter une carrière de chanteuse, elle rencontre alors son mari, le peintre russe Evsa Model. C'est en 1933 qu'elle débute dans la  photographie et se fait connaître par le reportage qu'elle réalise sur la promenade des Anglais à Nice : une série de portraits de vieilles bourgeoises critique l'opulence au regard des autres personnages des rues qu'elle photographie habituellement. 
 
Photos de la série,  Promenade des Anglais. 
 
 
Elle quitte Paris pour New-York en 1938 pour fuir l'antisémitisme et trouve rapidement du travail dans les revues new-yorkaise. Elle publie d'ailleurs la série de la promenade des Anglais. Elle poursuit son oeuvre pendant près d'un demi-siècle en arpentant Manhattan, en saisissant les visages, les souffrances se reflétant dans les vitrines de l'opulence.
 
Lisette Model prend des photos N/B, souvent en contre-plongée, avec un souci évident de la composition et du cadrage.....Elle photographie les gens, les jambes des passants, les vitrines et des personnalités au visage qui ne répond généralement pas aux canons de la beauté. Ses photos l'inscrivent complètement dans la photographe humaniste à l'instar d'un Willy Ronis ou d'un Robert Doisneau.
 
Au début des années 50,  le Maccarthysme lui fait perdre la possibilité de vivre de ses reportages pour les revues, elle devient enseignante dans la photographie au New School of research social. De nombreux photographes ont suivi ses cours dont la célèbre Diane Arbus. Elle devient également la photographe de quelques stars comme Sinatra ou de nombreux jazzmen new-yorkais. 
Il faudra cependant qu'elle attende la fin de sa vie pour connaître les honneurs d'une rétrospective : 1982.
Ces deux derniers portraits résument  à la fois l'œuvre de la photographe mais également les deux faces d'un  XXe siècle imparfait, injuste et cruel. Heureusement, le  XXIe siècle semble bien différent.... quoique !
 
 
 JC Diedrich

 

Bruce Springsteen chante Ellis Island dans "American Land".

par vservat Email

L'histgeobox semble avoir jeté l'ancre sur la côte est des Etats-Unis. 

 

Descendant d'une arrière grand mère italienne qui passa les portes d'Ellis Island en octobre 1900 avec ses 5 enfants, Bruce Sprinsteen rend hommage aux "McNicholas, Posalski's, Smiths, Zerillis" qui ont construit le nouveau monde en s'y installant et en y travaillant, attiré par les perspectives de réussite et d'intégration.


12 millions d'immigrants venus de tous les coins du vieux continent passeront par cette petite île au large de Manhattan, veillée par la Statue de la Liberté, entre 1892 et 1954. Pour en savoir davantage rendez-vous sur l'
histgeobox !

 

 

 

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