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Lewis Hine : du fond de la mine au sommet de l'Empire State.

par vservat Email

Située non loin de la gare Montparnasse, la fondation Henri Cartier-Bresson est un élégant espace d'exposition  dont les vitres, les mezzanines lumineuses et les escaliers en colimaçon mettent en valeur et guident le visiteur vers des photographies d'exception. En ce moment et jusqu'au 18/12, deux des trois étages (montez tout de même au 3° voir le superbe premier Leica du maitre sous les toitures vitrées), accueillent les photographies de l'américain Lewis Hine. 150 tirages originaux habillent les murs de ce havre de paix et de lumière.

 

 

Sans le savoir, on connait tous quelques photos de Lewis Hine. Ce monsieur qui a beaucoup photographié le XX° siècle naissant est l'auteur des vertigineux clichés qui immortalisèrent la construction de l'Empire State Building  et des grands buildings de fer et de verre de New York. On y voit des ouvriers funambules s'aligner sur des poutres pour déjeuner ou faire des numéros d'équilibristes insensés pour visser un boulon au dessus du vide. Rappelons qu'au début du XX siècle, Lewis Hine prend ses vues à l'aide d'une chambre photographique dont la légèreté et la maniabilité est inversment proportionnelle à celle de nos actuels appareils numériques.

 

 

 

 

Ouvriers du Rockfeller Center, 1928                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Empire State, 1930.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le travail photographique de Lewis Hine s'apparente aussi bien à l'anthropologie qu'à la sociologie. qui était d'ailleurs sa première formation universitaire. En effet, Lewis Hine l'étudie successievement à Chicago puis à New York, ville dans laquelle il prend résidence en 1901. Trois ans plus tard, il s'introduit dans les milieux progressistes en rencontrant Arthur Kellog qui édite avec son frère Paul la revue "Charities and the Commons"

 

Sensible au sort des plus démunis et habité de solides convictions sur l'impact que peut avoir son travail, il réalise une série de photos d'immigrants en 1905-1906 à Ellis Island. Nombre de ses portraits sont présentés ici, dans un ensemble qui forme une étude quasi anthropologique de ceux qui débarquèrent par milliers en terre promise durant le premier quart du XX° siècle. Il reviendra sur cette île au large de Manhattan en 1926, lorsque les quotas à l'immigration seront mis en place. Encore un moment qui rend compte du choix militant de l'artiste.
 

 

 

 

Famille italienne à la recherche d'un bagage, Ellis Island 1905.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retrouvera plus tard, le même type de travail, au service, cette fois de la Croix Rouge. Hine entreprend un tour des régions balkaniques de l'Europe. Il photographie des populations affectées par la guerre, rendant compte, par ce biais, des désordres occasionnés : la figure du réfugié est alors emblématique de ce qu'il veut montrer.  Parfois, on peut éventuellement deviner dans certains regards fixés par Hine sur le papier, les prémices d'un avenir qui s'annonce déjà fort sombre. 

 

 

 

 

 

Jeune Tsigane de Salonique 1918.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours de l'exposition, on pourra également admirer les photos de Lewis Hine exhumant, dans une apparente spontanéité, alors qu'il compose ses scènes, le début du siècle états-unien en une grande confrontation entre progrès technique, révolution industrielle et archictecturale et misère sociale.

 

Des taudis de New York  où les marmots dorment sur deux chaises mises face et face et couvertes de gros matelas, aux tenements insalubres d'autres grandes métropoles industrielles de la Manufacturing belt, en passant par ses scènes de rues, on a que l'embarras du choix pour découvrir la variété et la richesse du travail de ce photographe engagé. Il s'arrête aussi, en raison d'une commande passée par le  NCLC (National Child Labour Committee) dès 1907  sur le travail des enfants : fileuses de la Nouvelle Angleterre, petits vendeurs de journaux de rue, mineurs aux visages noircis sont autant de déclinaisons saisissantes de cette thématique. 

 

 

Enfants trieurs de charbon, 1912.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ses photos plus tardives sur le thème du travail montrent une nette évolution du propos : Hine photographie la noblesse du geste, loue la concentration de ses sujets sur leur tâche, immortalise l'exploit technique, en une série de clichés montrant des hommes (il y a quelques femmes aussi) au travail,  à l'instar de cette photo prise en 1920 (voir ci dessous) ou de celles des ouvriers funambules défiant les lois de l'apesanteur sur les hauteurs des gratte-ciels new yorkais.

 

 

"J'ai voulu montrer ce qui devait être corrigé ; j'ai voulu montrer ce qui devait être apprécié." Lewis Hine.

 

 

Site de la FHCB pour l'exposition Lewis Hine.