Samarra


Tags: révoltes

"Les invisibles" de Jean Harambat.

par vservat Email

Des ravages de la gabelle en Gascogne.

Gascogne, milieu du XVIIème siècle. Alors que le royaume de France est plongé depuis bien longtemps dans les guerres intérieures et européennes, dans les campagnes, les paysans souffrent de façon récurrente des disettes. La guerre, à cet égard, ne fait qu'aggraver la situation comme l'a si bien représenté Jacques Callot et ses eaux fortes réunies dans "Les grandes misères de la guerre".(1)

 

Pour financer les guerres européennes que ce soit celle du premier XVIIème siècle dite de 30 ans (1618-1648), ou les guerres de Louis XIV (guerre de Dévolution), la fiscalité est un levier qu'il ne faut négliger. Parmi les impôts les plus impopulaires est la gabelle, perçue sur le sel.

 

Le sel est un bien précieux puisqu'il sert en particulier à conserver les aliments. Sa vente est un monopole royal. Le recouvrement de l'impôt sur le sel est affermé. Ce sont des fermiers généraux qui en paient le montant au roi, à leur charge ensuite de se "rembourser" en prélevant ce qu'ils ont "avancé" sur la population.

 

Tout le royaume n'est pas assujetti de façon égale à la gabelle. Certaines parties en sont exemptées. Mais avec la guerre le trésor a besoin d'être régulièrement approvisionné et sous Colbert, la gabelle est étendue au pays gascon.

 

 

"Vive le roi sans gabelle".

Depuis le XIVème siècle, les soulèvements paysans diversement motivés sont récurrents, on les nomme désormais jacqueries en référence à la révolte paysanne de 1358, Jacques Bonhomme, surnom générique du paysan français pourrait être à l'origine du mot. Quoiqu'il en soit, les jacqueries, sont nombreuses dans les siècles suivants et parfois en lien étroit avec le recouvrement des impôts.


Dans "Les invisibles", Jean Harambat décide de nous conter l'une d'entre elle. Bernard d'Audijos, issu d'une famille de la petite noblesse locale en est le meneur. Entouré de quelques hommes de confiance, dont Pilate et maître Johannique, il prend la tête d'un groupe armé qui dévalise les fermiers royaux, luttant ainsi contre le recouvrement de la gabelle organisé dans le pays par un parent de Colbert, l'intendant Pellot. La forêt est leur refuge, les paysans leur soutien et même l'église parfois leur lieu d'asile.

 

Bernard d'Audijos est une personnage historique. L'auteur adosse son travail à de solides références historiques puisqu'il a consulté les archives et a beaucoup échangé durant l'élaboration de son volume avec l'historien  Yves Marie Bercé (3). Il restitue le parcours d'Audijos ancien soldat du roi, devenu rebelle avec le souci de replonger son lecteur dans l'époque.

 

L'originalité du volume de Jean Harambat vient aussi de son travail sur le point de vue. En effet, il raconte finalement 3 fois l'épopée d'Audijos et de ses "invisibles". D'abord vue des yeux de sa mère Diane D'audijos, née Talazac Bahus, qui la narre du point de vue des petits nobles de province. Puis, c'est au tour d' Anne d'Audijos de retracer pour nous les hauts faits de son frère. Elle est proche du monde rural et on décentre notre regard avec le sien. Enfin, Jeanne-Marie D'Audijos, née Durboudieu, jeune femme romantique, un peu précieuse, idéalise le parcours de son mari, qu'elle ne voit qu'en héros.  

 

La narration est servie par un très beau trait de crayon réhaussé de nuances de gris qui donnent aux planches une réelle élégance. 
 

 

Notes :

(1) Jacques Callot, "Les grandes misères de la guerre" , Nancy (1592-1635).

(2) Yves Marie Bercé est le spécialiste français des soulèvements populaires sous l'Ancien Régime. Il a notamment publié :

Croquants et Nu-pieds : les soulèvements paysans en France du XVII au xixe siècle,  1974.

Histoire des Croquants : étude des soulèvements populaires au xviie siècle dans le sud-ouest de la France, 1974. 

Fête et révolte : des mentalités populaires du XVIe au xviiie siècle, 1976.

 

 

 

 

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix