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"Exhibitions, l’invention du sauvage" au Musée du quai Branly.

par vservat Email

Rendre compte de 5 siècles de regards posés sur « l’autre » par des yeux européens (du continent ou installés Outre Atlantique), tel est le pari de l’exposition « Exhibitions, l’invention du sauvage », présentée depuis quelques jours et jus'au mois de juin, au Musée du Quai Branly. De l’altérité importée des terres découvertes au XVème siècle sur les rivages et dans les cours du vieux continent, aux zoos humains du XIX siècle finissant, c’est dans ce « théâtre du monde» que  se jouent aussi bien une mise en spectacle de la différence, qu’une volonté d’adosser la domination blanche à des théories « scientifiques » afin de mieux en délivrer une propagande légitimante.

 

En faisant une belle place à l’enchainement des regards portés sur l’autre, (monstruosité, sauvagerie, animalité, exotisme) l’exposition nous aide aussi bien à comprendre le monde d’hier que celui d’aujourd’hui, reprenant à leur source les préjugés et idées  racistes. Elle nous aide à saisir comment, par le biais du divertissement et du spectacle notamment, s’est construite, en 5 siècles, une image infériorisée et dégradée de l’autre d’autant plus acceptable qu’elle s’est introduite en douceur dans les consciences collectives.

Placée sous la tutelle de Lilian Thuram, commissaire de l’exposition, « Exhibitions » donne à voir à travers un nombre colossal de documents certains aspects du travail mené notamment au sein du laboratoire de recherche Achac (1) par Pascal Blanchard et ses équipes depuis 1989.

 

 

Puisqu’elle s’attache à nous faire découvrir le « théâtre du monde » dans lequel l’autre est mise en scène, l’exposition propose un parcours en 4 actes à la dramaturgie d’une inégale intensité mais présente de bout en bout. Elle se fixe également pour but de redonner une identité, une humanité à toutes ces personnes, hommes, femmes et enfants, qui furent utilisées de façon dégradante et exploitées pour mieux légitimer la puissance de cette partie du monde dans laquelle perdurentjusqu'à aujourd’hui des stéréotypes et des schémas de pensée datant de l’époque des « Exhibitions ».

 

Au cours de l’acte 1 intitulé « La découverte de l’autre : rapporter, collectionner, montrer », nous naviguons essentiellement dans les cours européennes du XV° au XVIII° siècle. Là sont « montrées » des personnes ramenées sur les rives du vieux continent par les explorateurs de retour de leurs expéditions autour du monde. Il en va ainsi des 4 Inuits du Groenland exhibés à la cour de Frédéric III de Prusse en 1664 ou d’Omai, originaire du Pacifique qui suscite l’engouement des anglais et satisfait leur soif d’exotisme (il sera reconduit sur ses terres natales par Cook en 1784). Au cours de cette période, en Europe, il y a également un attrait certain pour les « curiosités » qu’elles soient des objets exotiques collectionnés dans un cabinet ou qu’elles s’incarnent en des individus présentant des caractères extraordinaires. Il en va ainsi d’Antonietta Goncalves, affublée d’une pilosité envahissante sur le visage ou de Madeleine de la Martinique qui souffre, pour sa part, de dépigmentation. 

 



"Groenlandais" Thiob, Cabelou, Gunelle et Sigio. Attribué à S. Von Hager 1654.

[photo@vservat]







 

 

 

 

De la fin du XVIII° siècle au début du XIX° siècle, on voit s’opérer un glissement dans l’appréhension de l’altérité. Saartjie Baartman, que l’on connait désormais sous le nom de « la vénus noire », en est emblématique. Cette jeune Bochimane arrachée à ses parents et son pays à l’âge de 19 ans, suscite à la fois l’intérêt des européens pour son fessier proéminent (la « vénus noire » est en effet stéatopyge) mais aussi celui de scientifiques, en particulier de l’équipe du muséum d’histoire naturelle de Paris, qui l’étudie de son vivant, puis réalise des moulages de son corps et conserve certains de ses organes dans le formol.

 

 

 

Le céphalomètre de Dumoutier, 1842. (à gauche)

 

 

L'"Histoire naturelle du genre humain" de J-J Virey, 1801. (à droite)

 

 

[Photos@vservat]


 
 
 
 
 
 
 
 


 
 

Voici venu le temps de passer à l’acte 2 « Monstres et exotiques : observer, classer, hiérarchiser » dans lequel les scientifiques élaborent un discours sur la hiérarchie des races qui vient conforter les représentations sur la prétendue infériorité des non-européens.  A cette même époque, les « monstruosités » jusqu’alors souvent exposées à des groupes sociaux limités, se popularisent. Partout en Europe, et la vénus Hottentote, en est encore une fois un exemple représentatif (2), sont donnés à voir des spectacles mettant en scène des « freaks ». Londres en est la capitale, mais Paris ou d’autres grandes villes du continent participent à cette mondialisation de l’entertainment. Aux Etats-Unis, le cirque Barnum propose également ce type de « divertissements » dans lequel l’exposition  d’indigènes est, en fait, un sous genre. On y montre bien sûr, des personnes atteintes d’infirmités ou de particulairtés (géants, nains, siamois etc), mais aussi d’autres, comme Saartjie Baartman que l’onmet en scène en accuentuant leur animalité, leur sauvagerie. Cette façon particulière de regarder l’autre façonne l’esprit des européens et cela sert de façon très utile les intérêts des états qui se lancent alors dans l’expansion coloniale. 

 

 

Affiche de l'exhibition de l'homme lion, Maong Phoset. (à gauche).



A droite, le smagnifiques portraits des Sioux lakotas réalisés par Gertrude Kasebier. 

[photos@vservat]

 

 

 

 

L’acte 3 nous propulse dans une nouvelle ère, celle du « show ethnique ». Nous sommes désormais dans le dernier quart du XIX siècle. Les grandes villes d’Europe possèdent leurs salles réservées pour ce type de spectacle : les Zoulous se produisent aux Folies Bergères de Paris, l’Egyptian Hallde Londres ou le Panoptikum de Berlin, sont d’autres lieux clés en Europe. L’affiche joue un rôle déterminant dans la promotion de ces spectacles et l’exposition en propose un très grand nombre afin que le visiteur puisse en saisir les codes et les messages. Outre Atlantique, le show de Buffalo Bill, "Wild West", pour lequel 50 à 60 Sioux Lakotas sont embauchés et qui se produit de 1887 à 1906 est un autre exemple de ces shows ethniques, extrêmement populaires. (3)

 


Affiche du spectacle des Zoulous aux Folies Bergères. 

 

 

[Photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’acte 4 propose, en dernier lieu, au visiteur de faire plus ample connaissance avec les « Mises en scènes raciales et ethniques » qui prennent une dimension tout à fait inédite avec la multiplication des expositions coloniales, universelles ou les reconstitutions de villages dans les jardins d’acclimatation : c’est le temps des zoos humains. Ces mises en scène  viennent en appui de l’entreprise coloniale européenne. C’est là que se fabrique et qu’est exposé le négatif, le contre-exemple, l’antithèse de l’européen à l’échelle de la culture de masse. A la sauvagerie mise en scène dans un décorum qui convoque exotisme et dangerosité, peur et fascination, s’oppose le progrès et la modernité des nations européennes organisatrices.

 

 

 

 
Magnifique affiche d'A. Mucha pour l'exposition Universelle de Saint Louis en 1904.
 
 
 
[photo@vservat]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

C’est donc une exposition très riche qui nous est proposée. Deux remarques toutefois. La profusion de documents (4) conduit parfois à une certaine lourdeur qui ne sert pas forcément la démonstration, la répétitivité ou l’empilement n’étant pas toujours plus efficace que le discernement. L’exposition comprend un « appendice » sur la mémoire des « exhibitions » qui prend la forme de 4 vitrines où sont présentés des documents parfois intimes (au sens où ils circulèrent dans les sphères privées), en très grand nombre, sans grande lisbilité. Etant donné la prétention de l’exposition à faire résonner les problématiques évoquées dans le présent,  il aurait peut être été intéressant de rationnaliser davantage le choix des documents exposés dans le cœur du parcours de façon à mieux en exploiter la toute dernière thématique, qui se trouve un peu sacrifiée.

 

En outre, on ressort avec l’impresssion que le regard des européens sur l’autre n’est jamais sorti des « modèles », des stéréotypes  véhiculés par les « exhibitions ». Il y a pourtant vraisemblablement eu des voix discordantes, on ne les entend que très peu. Il aurait été utile de réserver une partie de l’exposition ou d'ajouter un espace dédié à ces autres regards, à ces autres discours sur l’autre, peut être rares, atypiques, inaudibles ou simplement opposés aux « exhibitions ». Leur absence, à l’exception, notable, d’un citation de Léon Werth (5),  est un peu regrettable.

 

Le repas des Zoulous, exposition d'un

groupe de 13 Zoulous à Londres, 1853.

par N. Henneman. [photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

notes : 

(1) Pascal Blanchard est chercheur associé au CNRS. Il a publié un certain nombre d'ouvrages sur le fait colonial et la culture coloniale. Le laboratoire ACHAC travaille sur la colonisation, l'immagratoion et le post-colonialisme.

(2) Avant son arrivée à Paris où  elle sera étudiée par l'équipe du museum d'histoire naturelle, Saartjie Baartmann est également une attraction dans la capitale britannique. Quand elle arrive à Paris, ses spectacles londoniens l'ont déjà rendue célèbre.

(3) Au même moment, les Indiens des Grandes Plaines sont repoussés vers l'Ouest et massacrés. Les Sioux lakotas du spectacle de Buffalo Bill, paradoxalement, sont préservés sous leur forme "mise en scène" dans leur tradition pendant que d'autres nations indiennes sont englouties avec leurs traditions par la domination que leur impose les européens.

(4) L'exposition a bâti un epartie de sa promotion sur le nombre exceptionnel de documents présentés ("500 pièces et documents")

(5) Léon Werth en 1912 parle de "Tous ces gens sur qui la civilisation n'a passé que comme un dressage ont des instincts de marchands d'esclaves" à propos des organisateurs de spectacles ethniques.

 

 

 

 

La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone

par Aug Email

Dans le cadre de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans, VServat nous a récemment présenté le  4ème épisode de la série BD Blacksad, réalisée par des auteurs espagnols. Pour prolonger cet article, je voudrais vous donner un petit aperçu de quelques BD francophones plus ou moins récentes dont tout ou partie de l'action se déroule à la Nouvelle-Orléans. Ces BD se déroulent à différentes époques , je vous propose donc de suivre l'ordre chronologique.

 

 

 

 

La petite fille Bois-Caïman : La Nouvelle-Orléans française, espagnole.... et américaine

 

La série des Passagers du Vent, inaugurée par François Bourgeon en 1980, fait partie des BD qui donnent goùut à l'histoire. Les 5 premiers tomes, publiés entre 1980 et 1984, s'appuyant sur une documentation impressionnante, se déroulent au XVIIIème siècle. Isa, l'héroïne aux prises avec une histoire familiale troublée, navigue, au sens propre comme au sens figuré, entre l'Angleterre, la Bretagne, le Bénin et les Caraïbes. L'essentiel de l'action se déroule en effet sur mer, à bord des navires de la Royale, des négriers ou des pontons, ces navires-prisons si usités alors. Bourgeon nous fait parcourir les trajets du commerce que l'on dit aujourd'hui "triangulaire" c'est-à-dire  celui de la traite négrière transatlantique. C'est une aventure hors-pair qui s'était achevée à Saint-Domingue, alors perle française des Antilles (aujourd'hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue) vers la fin du XVIIIème siècle.

L'aventure s'est prolongée en 2009 et 2010 par deux albums conçus comme deux tomes d'une même aventure intitulée La petite fille Bois-Caïman. Dans ces deux tomes, Bourgeon nous conduit cette fois-ci en Louisiane, sur les traces d'Isa et de son arrière-petite-fille, jusqu'aux années 1860 du XIXème siècle.

 

Lorsqu'Isa arrive à La Nouvelle-Orléans au début des années 1790, c'est pour fuir la révolte de Saint-Domingue qui va engendrer la proclamation de l'indépendance d'Haïti en 1804. De nombreux Créoles de l'île se réfugient ainsi en Louisiane. Ils rejoignent alors d'autres francophones, les Acadiens, chassés par les Anglais de leur Acadie natale au Nord-Est du Canada en 1755. La Nouvelle-Orléans, comme la Louisiane à l'Ouest du Mississippi est devenue espagnole après le Traité de Paris de 1763, mais la ville compte essentiellement une population de langue et de culture française. Les incendies que connait la ville sont évoqués par Bourgeon, en particulier celui de 1788. La reconstruction entraine une transformation progressive de la ville, sous l'influence espagnole. C'est à cette époque que le vieux centre ( actuel French Quarter) prend son aspect actuel (fer forgé sur les façades, patios à l'arrière,...), en fait véritablement espagnol. Les images de la ville dans la BD nous montrent en effet des échafaudages, en particulier sur la Cathédrale Saint-Louis sur la Place d'Armes (illustration ci-contre, sur la dernière image en arrière-plan).

 

 

La période de la Guerre de Sécession (Civil War) est l'autre période longuement abordée dans ce dyptique final mais je vous en parle à propos de la BD suivante. Entre temps, la ville a connu un essor important en entrant dans le giron des Etats-Unis. La population a augmenté et l'activité du port, montrée à presque un siècle d'intervalle, s'est développée.

 

[Deux planches qui montrent la Nouvelle-Orléans lors de la Guerre de Sécession]


 François Bourgeon, Les passagers du Vent

1. La fille sous la dunette, Glénat, 1980 (édition originale)

2. Le Ponton, Glénat, 1980 (édition originale)

3. Le comptoir de Juda, , Glénat, 1981 (édition originale)

4. L'heure du Serpent, Glénat, 1982 (édition originale)

5. Le Bois d'Ebène, Glénat, 1984 (édition originale)

6. La petite fille Bois-Caïman, Livre 1 (2009) et Livre 2 (2010), 12 bis

A lire également : Michel Thiébaut, Le chemin de l'Atchafalaya, 12 Bis, 2010. Michel Thiébault explique comment Bourgeon a travaillé et s'est documenté. Le compagnon indispensable à la lecture de la série.

 

 

Black Face, Les Tuniques Bleues au coeur du Sud

 

 La Guerre de Sécession est évidemment au coeur des aventures des Tuniques Bleues dessinnées par Willy Lambil et scénarisées par Raoul Cauvin. Black Face, publié en 1983, est le 20ème album des aventures de Blutch et Chesterfield et sans doute l'un des plus réussis de la série, par la complexité des personnages et des idées qu'ils défendent. Black Face, le "héros" éponyme, est un noir affranchi chargé par les Nordistes de susciter la révolte parmi les noirs du Sud, l'une des hantises des Sudistes. Mais désabusé par la position subalterne dans laquelle sont maintenus les noirs  au Nord malgré leur affranchissement, il décide de jouer son propre jeu. Il a le mérite de montrer les ambiguités de cette guerre où la question de l'abolition de l'esclavage n'est pas le seul enjeu. Ce n'est dailleurs qu'en 1863 que Lincoln décide, et de manière partielle, d'abolir l'esclavage.

Une partie de l'action se déroule à proximité de la Nouvelle-Orléans, ville située sur le flanc ouest des Confédérés. La ville et l'axe du Mississippi sont très disputés : La Nouvelle-Orléans est prise par les Nordistes dès avril 1862. Le 29, une escadre commandée par Farragut prend ce qui est alors la ville la plus peuplée des Confédérés. La victoire lui vaut le grade d'Amiral, alors jamais donné à un officier américain. A partir de là, les troupes nordistes remontent vers le Nord et opèrent la jonction avec les forces de Grant venues du Nord à Vicksburg (Mississippi) prise le 4 juillet 1863. Le Sud est dès lors coupé du Texas.

 

Lambil et Cauvin, Les Tuniques Bleues. n°20 : "Black Face", Dupuis, 1984

  

 

 

Quand Lucky Luke remonte le Mississippi

 

 En 1961, Morris et Goscinny faisaient du cavalier solitaire un marin d'eau douce... Mettant aux prises deux capitaines de bateaux à roues à aube (les paddle steamers), cette aventure de Lucky Luke sortait en effet un peu de l'ordinaire. Même si l'intrigue démarre dans un lieu de boisson, il  ne s'agit pas d'un saloon traditionnel de l'Ouest mais d'un "Café Créole" de la Nouvelle-Orléans. La ville de Louisiane ne sert pourtant pas de décor principal à l'album. La première page évoque rapidement l'atmosphère de la ville et montre le French Quarter à la fin du XIXème siècle, tel que transformé à l'époque espagnole. Pour Goscinny et Morris, la Nouvelle-Orléans est une "ville étrange, conservant ses origines françaises, peuplée d'habitants cosmopolites : vieux colons, noirs affranchis  par la guerre entre les Etats [l'esclavage a été officiellement aboli suite à  la Guerre de Sécession], aventuriers venus du Nord [dont les fameux carpetbaggers], métisses, Indiens..."

Les auteurs parlent de "La Nouvelle-Orléans capitale de la Louisiane". On peut donc penser que l'action se déroule à un moment où c'est encore le cas, donc avant 1880 (et après la guerre de Sécession). Après cette date et jusqu'à aujourd'hui, c'est Bâton Rouge qui remplit en effet cette fonction.

L'intrigue tourne donc autour d'un duel opposant deux capitaines de bateau qui veulent s'aroger le monopole de la ligne Nouvelle-Orléans-Minneapolis sur le cours supérieur du fleuve. Signalons d'ailleurs qu'une carte me semble comporter une erreur, corrigée dans une carte identique quelques pages plus loin. La carte du cours du Mississippi de la page 6 semble indiquer que le fleuve prend sa source dans le Lac Supérieur et relie Duluth sur les rives de ce lac à Minneapolis. Or le Mississippi prend sa source plus à l'Ouest. Il n'existe d'ailleurs pas de canal reliant le Supérieur au fleuve. La liaison entre les Grands Lacs et l'"Old Man River" se fait  à  partir du Lac Michigan par l'intermédiare de la Chicago River (dont le cours a été inversé en 1900) et l'Illinois & Michigan Canal construit entre 1836 et 1848. (Je ne suis par ailleurs pas très sûr qu'il y ait des alligators au nord de Saint-Louis comme dans la BD....).

Le bateau qui rallie en premier Minneapolis en s'arrêtant aux étapes prévues (Bâton Rouge, Vicksburg, Memphis, Saint-Louis,...) obtiendra le monopole de la ligne. Coups tordus et imprévus se multiplient, notamment une inondation assez fréquente qui fait sortir le lit de son fleuve de manière impressionnannte.

 

Morris et Goscinny, En remontant le Mississippi, Dupuis, 1961

 

 

 

"L'homme de la Nouvelle-Orléans" (Charlier-Giraud-Rossi)

 

Jim Cutlass est un héros de BD créé par Jean-Michel Charlier (également créateur de Blueberry avec Giraud). Il apparait pour la première fois dans un hors-série de Pilote intitulé "Western" en 1976. Il s'agissait alors du premier épisode de "Mississippi River". Jean Giraud est le dessinateur. Quand Charlier décède en 1989, une suite est entamée, Giraud poursuit le scénario, le dessin est confié à Christian Rossi. "L'homme de la Nouvelle-Orléans" sort en feuilleton dans la revue A suivre (Casterman) à partir de 1990. [Plus d'infos sur la série]

 

Cutlass est un officier originaire du Sud des Etats-Unis mais engagé au côté des Nordistes pendant la Guerre de Sécession. Dans "Mississippi River", on le voit brièvement juste avant la guerre, au début de l'année 1861. Se rendant à la Nouvelle-Orléans pour toucher un héritage, il est déjà fermement opposé aux idées des hommes du Sud dont il est pourtant originaire. Il a été formé pendant quelques années à l'école militaire de West Point près de New York. Il est alors affecté au fort Sumter (en Caroline du Sud près de Charleston), pensant y être tranquille... C'est pourtant là qu'a lieu le premier incident qui conduit à la guerre en avril 1861. Le fort est bombardé par les Confédérés suite au refus de la garnison de l'évacuer. Mais c'est surtout l'après-guerre et la Reconstruction qui sont au coeur des aventures de Jim Cutlass. La propriété dont il avait hérité est en difficulté et en proie aux carpetbaggers, qui veulent racheter à bas prix son domaine (le terme désigne les Nordistes qui viennent s'installer au Sud après la guerre pour y faire fortune).

 

 

La ville de la Nouvelle-Orléans y est montrée conformément à la représentation habituelle de la ville de cette époque. On y trouve des bars, des prostituées, des juges véreux, de vieilles familles très aristocratiques. On y croise également le Ku Klux Klan qui n'en est qu'à ces débuts et qui incarne le désir de ravanche de nombreux sudistes.

 

 Charlier, Giraud et Rossi, Jim Cutlass. L'homme de la Nouvelle-Orléans, Casterman, 1991

 

 

 

 

Amerikkka, au coeur de l'Amérique raciste

 

On retrouve le Ku Klux Klan bien des années après, au début du XXIème siècle. La série Amerikkka raconte les aventures d'agents spéciaux chargés de repérer et lutter contre les milices d'extrême droite. Les héros, Angela Freeman et Steve Ryan prennent des risques énormes, en particulier lorsque Steve s'infiltre parmi des groupuscules. Ils ont d'ailleurs une facilité un peu déconcertante à survivre malgré les balles... Inspiré des livres de Stetson Kennedy, lui-même infiltré dans le Klan dans les années 1950, ces aventures  nous conduisent tour à tour à Philadelphie, Atlanta ou Chicago.

Le tome 2 a pour cadre les "bayous", ces cours d'eau au coeur des marécages du Sud des Etats-Unis. Pourtant il ne s'agit pas de la Louisiane mais des bayous de la Floride occidentale, non loin de la Nouvelle-Orléans. La scène finale du tome 6 de la série,  "Objectif Obama", réalisé après l'élection historique de Barack Obama, se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans une ville en reconstruction après Katrina.

Le tout est scénarisé par Roger Martin, spécialiste du Klan et mis en dessin par Nicolas Otéro.

 

  • Otéro et Martin, Amerikkka tome 2 : "Les Bayous de la Haine", Editions Hors Collection, 2002
  • Otéro et Martin, Amerikkka tome 6 : "Opération Obama", Emmanuel Proust Editions, 2010

 

 

 

 

 Enfin signalons la BD O' Boys réalisée par Philippe Thirault et Steve Cuzor (Dargaud, 2 tomes parus en  2009). Si l'action ne se déroule pas à la Nouvelle-Orléans, elle a pour cadre ses environs et la vallée du Mississippi. Les auteurs se sont inspirés de l'histoire de Huckleberry Finn, roman de Mark Twain. Au prgramme, la fuite d'un garçon blanc et d'un jeune noir, de la musique, les inondations du Mississippi, la Dépression des années 1930.

 

Autre BD dont une partie de l'action se déroule à la Nouvelle-Orléans : Frenchman de Patrick Prugne (chez DM en 2011). La ville n'apparaît que de manière très impressionniste. L'histoire met en scène deux jeunes hommes de Normandie en 1803, au moment de la cession de la Louisiane aux Etats-Unis. L'un des deux est tiré au sort pour faire partie des troupes de Napoléon, l'autre non. Après un passage par la ville, les personnages remontent le long du Mississipi jusqu'à Saint-Louis en compagnie de coureurs des bois et des Indiens Pawnee. Plus ici.

 

Vous connaissez d'autres BD dont l'action se passe à la Nouvelle-Orléans, n'hésitez-pas à nous le signaler en commentaire !

 

Les autres articles de notre dossier sur la Nouvelle-Orléans : 
 

"Vénus Noire" A. Kéchiche.

par vservat Email

Le 27 octobre est sorti sur les écrans français le remarquable dernier film d'Abdélatif Kéchiche intitulé "Vénus Noire". Remarquable, le film l'est à plusieurs titres : par la qualité de ses acteurs, par le juste traitement du sujet abordé qui nécessite de ne verser ni dans le manichéisme, ni dans le voyeurisme, ou le misérabilisme et le pathos, et enfin par la distance qu'il a su prendre vis à vis de cette sombre et douloureuse destinée qu'il relate, laissant le spectateur gérer son face à face avec l'Histoire. 


Car c'est bien une plongée dans l'Histoire que l'histoire de la Vénus Noire nous propose. Une Histoire finalement universelle, celle du regard porté sur l'autre dans une époque pré-coloniale et pré-darwinienne qui préfigure pourtant, dans le sort fait à cette femme du continent noir, les pires heures de l'impérialisme européen.

 

Rencontre avec Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote, entre histoire, mémoire et quête identitaire : sur l'HISTGEOBLOG.

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